CHAPITRE XI
Sort d» religieuses dans nos départemeDts. — Madeleine de Scépeaax de Moulinvieux. -> Marie de l'Incarnation. — Les calvaiheaoes de Mayenne. — Leur courage en face de la mort — Dévouement de Le MaréchaL — Ursulines et hospitalières de ChAteau-Gontier. — Visitandines du Mans. — Hospitalières de LaTal et d'autres localités de la Mayenne. — Situation des autres religieuses à Laval. — La sœur Jeanne Delhommeau et sa compagne. — Rétractation des religieuses de Laval. — Louise-Jalienne Château. — Les administrations de Laval^ Domfront^ Mayenne, Emèe rappellent les religieuses pour leur confier les hôpitaux. — Les soeurs de la Chapelle-au-Riboul. — Pétition de trente habitaotd de Marolles-Ies-Braults. — Établissement de la maison-mère à Evron. — Sœurs de Beaumont-le-Vicomte, et autres. —Fréquentation des pèlerioages. — Mauvais traitements infligés àdeux religieuses. — La jeune cliente de Notre-Dame de Toutes-Joies
Pendant que les révolutionnaires travaillaient avec une énergie satanique à effacer l'idée de Dieu en France, et à établir l'athéisme par la proscription et par la hache, que devenaient les vierges qui s'étaient vouées à la vie religieuse dans le cloître ou dans la vie active ? Elles étaient réduites généralement à TeStistence la plus déplorable. Elles avaient refusé le serment, presque sans exception; on leur avait pris leurs biens, et on les avait laissées cependant nvre en communauté jusqu'aux mois de septembre et d'octobre 4792. La faim et la misère les assiégeaient, il fôt^Tai; car les pensions promises étaient insuffisantes et inal payées ; mais elles s'estimaient encore heureuses de pouvoir observer leurs règles et de vivre ensemble. Au inois de septembre (i) pour les villes du Mans et de
(1) Le 16 septembre 1792 pour la ville du Mans.
Laval, et dans les mois suivants pour les autres localités de nos départements, on les obligea à abandonner leurs solitudes et à rentrer dans le monde : la plupart se réunirent par petits groupes et vécurent dans la retraite, autant qu'il leiu* était possible de le faire, pratiquant dans Tombre et le mystère tous leurs exercices ordinaires. D'autres furent obligées de rentrer dans le sein de leurs familles, pour y trouver des moyens de subsistance. C'est ce qui arriva à Madeleine-Joséphine-Catherine-Éléonore de Scépeaux de Moulinvieux, religieuse professe de l'abbaye d'Estival-en- Charnie, et abbesse de Nyoiseau, au diocèse d'Angers, depuis le 28 septembre 1760. Elle se retira avec une de ses religieuses. M"* d'Aussenac, au château de Moulinvieux, paroisse d'Asnières^ chez son frère, et elle y termina sa longue carrière au commencement de 4793, en proie à une vive anxiété sur le sort que la tourmente révolutionnaire réservait à ses anciennes compagnes du cloître et à sa famille ; heureuse néanmoins de voir que pas une des pieuses filles dont elle avait été la mère n'avait rétracté ses vœux.
Dans la paroisse de la Pellerine, la vénérable Marie de rincamation, religieuse urbaniste de Fougères, dont les révélations ont eu un certain retentissement au commencement de notre siècle, s'était retirée chez son frère, pauvre laboureiu*, mais fervent chrétien , qui au milieu des désordi'es publics, sut conserver dans sa famille les vertus patriarcales qui en faisaient le plus riche héritage. Elle y vécut dans une grande retraite, et néanmoins ne fut pas inactive pour maintenir dans la population l'excellent esprit que le vertueux curé, Louis Leroy, soutenait de son côté par ses travaux et au péril de sa vie.
Heureuses celles de ces saintes vierges qui parvinrent à se soustraire à la surveillance soupçonneuse des révolutionnaires I celles qui s'étaient cachées dans les villes n'eurent point en général cette fortune. Lear profession, quoiqu'elles eussent abandonné leur habit, les désignait aux ombrages des terroristes; dès ([ue vinrent les jours sombres de 1793, elles furent arrêtées comme suspectes et jetées en
prison. Lorsque la commission révolutionnaire arriva d^s la \ille de Mayenne, les religieuses bénédictines du Calvaire et plusieurs sœurs de la Charité de la Chapelle-au- R^ul étaient renfermées dans l'hôtel de Hercé (4), transibnné en geôle pour suppléer aux autres maisons de détention déjà encombrées de catholiques et de royalistes.On les a?aient incarcérées sous le prétexte qu'elles fanatisaient ka femmes près desquelles eUes s'étaient retirées. On leur proposa de faire le serment ; toutes refusèrent sans hésitation, à l'exception d'une seule, qui eut la faiblesse d'apposer sa signature sur le registre. Elle ne tarda pas à se relever : dès le lendemain, elle alla trouver le commis de la municipalité^ nommé Cottereau, se jeta à genoux devant lui, et le conjura de lui remettre le registre, protestant qu'elle allait expirer de chagrin, s'il la refusait. Touché des larmes qu'il lui voyait répandre et de sa profonde affliction, il lui présenta le registre ; elle effaça sa signature avec empressement, et s'écria : a Maintenant je suis heureuse; je vais mourir avec mes sœurs, et je le souhaite de tout mon cœur en expiation de ma faute ! » Aussitôt elle alla rejoindre sescompagnes, qu'elle combla de bonheur (2). Celles-ci voyaient de leurs fenêtres la guillotine dressée sur la place voisine, et elles l'entendaient chaque jour fonc-
(1) Le chevalier de Hercé était émigré avec son jQIs aioé, mort évôqoe de Naotes, en mai 1849.
(2) Voici la formule du serment consenti par cette religieuse. « 7 germinal an II. Serment devant la municipalité de Mayenne de Marie Boutros, bénédictine de Mayenne, qui promet et affirme de De jamais faire rien de contraire à la loi de la république, de ne jamais manifester publiquement ses opinions religieuses ni faire aocan rassemblement contraire au bien de la nation; a promis en outre de faire tout le bien qui dépendrait d'elle, d'être fidèle à la nation et à la loi, de maintenir la liberté, Tégalité et l'indivisibilité de la république. » Ce serment, que nous transcrivons sur le registre même, prouve ce que nous avons dit plus haut, que les autoritéit républicaines imposaient des formules arbitraires. A la suite de celui de cette religieuse ou en trouve un autre semblable pour le fond; noua avons des raisons de croire que celle qui Tavait souscrit eu même temps que la première se releva aussi promptement.
tionner. Elles apprirent un jour que Volclair s'était rendu au comité de Salut public^ et avait sommé le président de les déférer toutes à la commission militaire pour en faire une prompte justice. Heureusement le président du comité était un honnête négociant de la ville, nommé Le Maréchal, qui n'avait accepté ses fonctions cpi'à son corps défendant et pour se sauver la vie. Il refusa d'obtempérer à la demande du féroce accusateur public, et le repoussa avec indignation ; une discussion violente s'engagea entre eux, et Le Maréchal recevant un coup au visage s'emporta contre son lâche adversaire, le saisit à bras-le-corps, voulut le jeter par la fenêtre, et ne fut empêché d'exécuter sa menace que parce que le châssis était fermé trop fortement; mais il le frappa rudement contre une cheminée, le blessa, le précipita à terre, et partit aussitôt pour Laval. Il obtint du représentant en mission l'ordre de suspendre le jugement des religieuses; c'était leur grâce. Aussi Le Maréchal s'envint triomphant, chargé de cette heureuse réponse. La scène violente entre Volclair et Le Maréchal s'était passée dans l'hôtel de Hercé ; les victimes que réclamait l'infâme accusateur public, avaient entendu ses vociférations contre elles; croyant leiu* heure dernière arrivée, elles s'étaient coupé réciproquement les cheveux, et avaient récité en commun les prières des agonisants. Dieu se contenta de l'acceptation qu'elles faisaient de leur sacrifice; mais elles n'oublièrentjamais le dévouement admirable de l'homme courageux qui leur avait sauvé la vie; et lorsque les sœurs de la Chapelle-au-Riboul transportées à Évron apprirent sa mort en 1806, elles se mirent toutes en prières pour le repos de son âme (1).
Les ursulines et les hospitalières de Ghâteau-Gonlier
(1) II paratt que les religieuses qui desservaient l'hôpilal général de la Madeleine à Mayenne consentirent h prêter le serment de liberté-égalité, et sans doute qu'on ne leur en demanda pas d'autres; car le 3 fructidor an II (20 août 1794) et le 19 frimaire et 8 nivùse an II 1 (9 et 28 décembre 1794) l'administration municipale s'occupo du traitement de ces religieuses et de leur supérieure.
Paient renfermées avec une foule de suspects dans le monastère des premières de ces religieuses, transformé aussi en maison de détention. A force d'industrie et d'adresse, elles s'étaient formé une sorte de clôture dans les combles el les greniers, et elles y vivaient comme dans une communauté. Mais cette jouissance si grande pour des âmes religieuses était bien précaire et achetée au prix de précautions sans nombre. On ne saurait assez admirer le courage des ecclésiastiques qui se dévouèrent pour aller plusieurs fois leur porter les consolations de leur saint ministère. Au moment od la commission militaire avait établi la machine à sang sur la place publique de Château-Gonlier, on crut que ces saintes filles seraient des premières victimes; im ecclésiastique nommé Prévost, qui, du reste, rendit de très-grands services dans toute la contrée, pénétra dans cette geôle, entendit les confessions, célébra les saints mystères, et communia toutes ces saintes filles que l'Agneau sans tâche semblait convoquer à ses noces éternelles. Quelque temps après le 9 thermidor, les hospitalières de Saint-Joseph se réunirent toutes dans une maison prise à loyer, vécurent du travail de leurs mains, sans discontinuer d'aller visiter les malades, auxquels elles portaient même des aumônes. En 1801, les administrateurs de la ville les invitèrent à reprendre le soin de l'hôpital, et elles y rentrèrent le 24 juin : mais elles ne consentirent à recevoir une allocation annuelle de deux mille francs que durant quelques années, ayant toujours servi les pauvres gratuitement.
Lorsque Anne-Louise Couppel de Bellée, supérieiu*e de la Visitation au Mans, vint à mourir le 29 mai 1792, les religieuses ne perdirent pas confiance; et le jour même Jean Bureau, vicaire général et cure de Saint-Nicolas en la ville du Mans, supérieur de la communauté, et Duroy, confesseur, entrèrent dans la sacristie intérieure; car il fallait se cacher; et Marie-Éléonore de Montesson fut élue supérieure; le 2 juin la communauté se réunit de nouveau, et fit l'élection des officières. Peu de temps après, trente-trois
religieuses composant la communauté (i), plusieurs trèsâgées et très-infirmes, comme le constata le procès-verbal des officiers municipaux, furent conduites en prison dans le monastère des ursulines transformé en geôle. Elles avaient quitté leur habit religieux : elles étaient escortées parla garde nationale, tambour battant; le peuple les accompagnait, les couvrant de huées ; et comme il faisait un très-mauvais temps, il leur, jetait des pierres et de la boue, en sorte que plusieurs furent blessées et toutes couvertes d*immondices. Éléonore de Mon tesson, par ses exhortations et plus encore par ses exemples, ne cessa de soutenir le courage de ses filles; et certes il fallait une foi bien vive pour supporter sans défaillir une captivité qui dura presque deux ans entiers, et qui fut accompagnée de si rudes privations, que Félicité Le Page, la plus jeune de la communauté, expira par suite du régime auquel elles étaient toutes soumises. Ses compagnes eurent la douleur de la voir les quitter sans pouvoir lui procurer ni les sacrements ni une sépulture chrétienne. L'espoir du martyre les soutenait ; et c'était l'avenir que leur montrait la mère de Montesson. A la chute de Robespierre, elles virent les portes de leur prison s ouvrir : quelques-unes se réunirent en petits ménages, d'autres allèrent \ivre dans leurs familles, toujours sous lautorité de la supérieure.
G était le 16 septembre 1792 que les officiers municipaux du Mans obligèrent les religieuses du Mans à quitter leurs cloîtres ; le 27 du môme mois un membre de la municipalité de Laval présida à la sortie des bénédictines, des ursulines et des urbanistes, obligées également à quitter les maisons dans lesquelles elles désiraient mourir en servant Dieu et priant pour leurs frères. Presijue toutes les religieuses expulsées restèrent à Laval; celles qui n'y avaient pas leurs familles furent reçues pour la plupart chez des personnes charitables ; et ce que l'on avait vu au
(1) Au mois d*août 1790 eUes étaient encore trente-huit tant religieuses de chœur que conrerses.
Mans et ailleurs se reproduisit sur les bords de la Mayenne ; elles cherchèrent autant que possible à se réunir en de modestes logements pour suivre en commun les règles de teirs instituts.
Lfôlois du i 7 et du 18 août 1792 qui ordonnaient l'évacuation des maisons occupées par des religieuses, exceptaient celles qui étaient consacrées aux services des hôpitaux. Dès le commencement de la même année, on avait donné des aumôniers constitutionnels dans ces établissements; mais à Saint-Joseph, h Laval, et à l'Hôtel -Dieu de Graon, les religieuses avaient été laissées libres d'appeler dfê prêtres catholiques pour leur administrer les sacrements ; elles n'avaient aucune ralation avec le prêtre assermenté; à Laval, elles firent même construire un mur à la place de la grille de leur chœur, qui leur servit de chapelle^ tandis que l'intrus occupait l'église. Cette position anormale attira nécessairement quelques tiraillements : les intrus se plaignirent que les religieuses n'avaient point assez d'égard pour eux, qu'elles admettaient des personnes étrangères à leurs offices^ et qu'elles influençaient les malades pour les faire se confesser aux prêtres catholiques; malgré ces doléances des assermentés, les administrateurs traitèrent les religieuses avec ménagement et convenance. C'était au mois de février 4792 que ces difficultés avaient lieu; au mois d'octobre de la même année, les aifaires avaient marché; on exigea des hospitalières de Laval^ de Château- Gontier, d'Emée, de Craon et des autres lieux du département qu'elles quittassent leur costume, et, à cette condition, on leur laissa le soin des malades. A Laval, l'hôpital ne tarda pas à être transformé en établissement militaire ; il fut confié dès lors à un directeur et à des employés salaria Conune il y avait beaucoup de troupes à Laval et <ians les campagnes voisines, l'espace manquant, on plaça des malades dans l'église. Les religieuses n'eurent plus de rapport avec l'hôpital militaire ; mais elles continuèrent d'occuper leur maison; et elles eurent même la permission de recevoir quelques malades de la ville dans le bâtiment
nommé Thôpital Saint-Charles, destiné précédemment aux incurables. Ainsi elles continuèrent de servir les pauvres selon leur vocation ; mais au prix de combien d'angoisses? La plus cruelle de toutes était d'ùtre privées le plus sou* vent du sacrifiée de la messe et de Tusage des sacrements; car durant la Terreur aucun prêtre ne put résider habituellement auprès d'elles.
Après avoir passé dans cette pénible situation l'année 4793, ces paisibles filles virent Forage fondre sur elles dès le commencement de Tannée suivante. Tout à coup on leur signifia Tordre de prêter le serment de liberté-égalité. L'embarras où elles se trouvèrent fut terrible. On leur avait déclaré que si elles refusaient ce qu'on exigeait, elles seraient traitées comme suspectes; ce qui signifiait dans les circonstances que Ton pouvait être d'un moment à l'autre envoyé à Téchafaud. Nous avons dit ce que les docteurs pensaient du serment de liberté-égalité; vuTesprit qui dominait l'administration, il est probable qu'on ne le demandait à des femmes inoifensives que pour leur faire abjurer implicitement la religion. Quel parti prendre? Après des hésitations aussi longues que pénibles, avec des autorités qui allaient vite en affaires, après de nombreuses conférences entre elles, et avec les personnes qu'elles pouvaient consulter, presque toutes les religieuses de Laval consentirent à prêter le serment. Les premières entraînèrent les autres, déjà ébranlées par la vue des sanglantes exécutions dont la ville était témoin chaque jour, et par les sollicitations de leurs familles ou de leurs amis. Quelques prêtres de Laval, en relation avec des diocè^s étrangers, et surtout avec Paris, se montraient favorables au serment; il s'en trouva même un qui engagea positivement les dames de Saint-Joseph à le prêter : il était connu pour peu éclairé ; mais les bonnes religieuses suivirent son conseil, entraînées surtout par le désir qu'elles avaient de continuer à servir les pauvres et à observer leur règle. La communauté tout entière prêta le serment.
Les autres religieuses de la ville, nous l'avons dit,
DURANT LA RÊVOtmON. !ia
maieot issolément; il s'en trouvait parmi elles qui sem- Waieot décidées à suivre une autre voie; elles furent d'abord renfermées dans la maison des bénédictines, triDsfonnée en geôle, et on leiu* déclara que, si elles n'obéissaient pas dans un délai de trois jours au plus, elles seraient condamnées à mort ; or cette menace venait dans la huitaine qui suivit l'exécution des quatorze prêtres immolés pour refus du m(>me serment. On les plaça dans un des greniers du château, où elles se trouvèrent abaQ'ionnées à elles-mêmes. Le premier étage était occupé par un grand nombre d'habitants de Laval, arrêtés comme suspects; elles désiraient entrer en relation avec eux pour demander des conseils ; mais chacun évitait leur présence ; c'était un plan arrêté entre les détenus, qui craignaient qu'on ne les accusât d'avoir influencé les religieuses. On De peut s'expliquer cette conduite égoïste que par la profonde stupeur qui glaçait tous les esprits dans ces jours sinistres. Il est juste aussi de reconnaître que plusieurs, par réserve et humilité, ne se croyaient pas assez éclairés pour décider dans ime matière où il y avait divergence d'opinion^ et pom* donner des conseils dont la vie dépendait. Enfln toutes les religieuses se décidèrent à faire le serment, à l'exception de deux seulement : l'une était une religieuse de chœur, déjà âgée, atteinte d'une maladie dironique, et qui mourut peu de temps après; l'autre était la sœur Jeanne Delhommeau, converse ursuline, née à Saint-Denis-d'Anjou.
M"* Boullier, alors détenue comme suspecte dans la prison de Laval, a laissé sur ces deux coiu^ageuses servantes de Dieu des détails trop édifiants pour que nous ne les reproduisions pas d'après son fils, l'auteur des Mémoires tcclésiasiiqves concernant la ville de Laval et ses environs pendant la Révolution (i).
« Les religieuses sortirent le 28 janvier (i79i), pour aller prêter leur serment à la municipalité ; elles ne ren-
(1) Pages i52 ei 2&a.
tu. - S
lli L'ËGLISR DU MANS
trèrent pas à la prison. Je m'étais affligée de Tabandc dans lequel on les laissait; j'avais manifesté le dés d'entrer en communication avec elles; mais j'y avai renoncé, pour ne pas me brouiller avec des parents et d^ amis, qui craignaient que je ne les compromisse eux-na mes. D'ailleurs j'étais très-opposée au serment : je n'aiirspu manquer de parler dans ce sens ; et je ne crus pas avo mission pour prêcher le martyre. Au moment de 1er départ, je rencontrai les religieuses dans un escalier; j*€ connaissais plusieurs, qui m'abordèrent d'un air joyeti: et me firent leurs adieux, que je reçus froidement. Elll* voulurent justifier leur démarche, qui paraissait peser "^^ peu sur leur conscience, et me dirent qu'on leur av^ assuré que, si elles étaient mises à mort pour refus serment, elles ne jouiraient pas des privilèges du m^^ tyre. Je répondis peu de chose, mais assez pour faire v< que je ne partageais pas cette opinion.
« Le lendemain matin, j'appris la mort de ma m^ ^ Elle était détenue avec nous, et nous n'avions obtenu depuis quelques jours qu'elle fût transportée chez déjà mourante. J'étais désolée de n'avoir pu assister et derniers moments; mais ce qui me navrait surtx^ c'est qu'elle n'avait point reçu les secours de la religî^^^ il avait été impossible de faire arriver un prêtre au d'elle. Ne pouvant faire offrir le saint Sacrifice poui* repos de son âme, je désirais vivement qu'on priât I> pour elle. Je me souvins des deux religieuses restée :5 prison après le départ de leurs compagnes; on d qu'elles allaient être traduites ce jour-là même devant^ commission révolutionnaire. Je pensais qu'il ne pouvai avoir de prières plus agréables à Dieu que celles de généreuses lilles qui se dévouaient au martyre ; je résol de leur recommander ma mère; je n'écoutai plus auci^ ménagement, et j'allai les trouver dans leur grenier. ^ était environ dix heures du matin; la religieuse était cou " chée, et la sœur Jeanne se tenait assise près de son lit. J^ connaissais beaucoup cette dernière, qui, depuis sa sortie
'd couvent, avait été recueillie par une de mes tantes.
îoaies les deux étaient aussi calmes qu'elles eussent pu
'%« dans leur communauté. Je leur dis le motif de ma
^te; elles prirent la part la plus sincère à ma douleur,
''promirent de prier de tout leur cœur pour ma mère.
^^^gàgeai la sœur Jeanne à réciter à cette intention Toffice
^ morts, et Je le ferai volontiers, me répondit-elle tran-
f^ement; mais je vous prie de me prêter un livre car j'ai
^yojé les miens avec mes autres effets à ma famille. On
^t que nous allons être guillotinées aujourd'hui ; je n'ai
*^ïdé que mon chapelet et les vêtements que j'ai sur moi.»
« J'aperçus siur une chaise le modeste déjeuner de la
^nne sœur ; je lui demandai pourquoi elle ne le prenait
^s. a II parait, répondit-elle, qu'on va venir bientôt nous
t^ercher; j'ai pensé que je n'avais pas besoin de rien
**ndre avant d'aller au tribunal. » J'étais profondément
r»iue, et je ne pus m'empêcher de témoigner aux deux
^Tvantes de Dieu l'admiration qu'elles m'inspiraient; La
^^de me dit : a Oh ! Madame, je ne fais rien que de
i.«n simple. Je ne dois point blâmer celles de mes sœurs
i ont prêté le serment ; quant à moi, je suis sur le bord
ma fosse , je n'ai plus que quelques jours à vivre ; je ne
■CDuvais pas les disputer au bon Dieu : je ne lui fais pas un
'x-and sacrifice. »
« 11 y avait dans tout ce que je voyais et ce que j'en-
E^ndais une simplicité qui me parut le comble du sublime
de pareils moments ; j'étais tentée de me jeter aux
eds de ces saintes filles, et de les invoquer. Pendant
c^iielque temps j'oubliai ma pau\Te mère: je pleurais
encore ; mais ce n'était plus de douleur c'était d'atten-
â^rissement. d
La sœur Jeanne et sa compagne furent trompées dans
^«l^ attente, et n'eiu'ent point le bonheur de verser leur
Sîng pour Jésus-Christ. La religieuse infirme mourut au
V)ulde quelques jours dans la solitude et les misères de
^ geôle; la soem* Jeanne, plus isolée que jamais, resta en
pnson jusqu'à la lin de la Terreur. Elle désirait vi>'ement
rentrer dans une communauté; elle eut ce bonheur en 1807 : les ursulines de Château-Gontier étant parvenues à recouvrer leur ancien monastère, et s'étant réorganisées en communauté, elle y fut admise avec empressement, et y mourut le 27 octobre i818, après avoir, pendant onze ans, édifié ses compagnes par ime ferveur qui ne se démentit jamais.
Si les autres religieuses de Laval échappèrent aussi à la hache révolutionnaire, elles ne le durent pas, au moins le plus grand nombre, à Tactc de faiblesse que nous venons de rapporter. L'opinion des c^itholiques à Laval se prononçait de plus en plus ouvertement contre le serment; les religieuses qui l'avaient prêté ne tardèrent pas à se repentir de leur démarche, que les fidèles, par un zèle exagéré toutefois, taxaient d'apostasie; elles résolurent de réparer leur faute, et elles le firent avec un courage au-dessus de tout éloge. Louise-Julienne Château, religieuse ursuline, donna l'exemple aux autres : elle alla durant la nuit afficher plusieurs exemplaires d'un écrit dans lequel elle rétractait son serment. Sa famille, instruite de sa démarche, fit enlever de grand matin cet écrit. Louise-Julienne Château se rendit alors à la municipalité avec une autre lu'suline qu'elle avait déterminée à la suivre. Elles demandèrent à avoir communication du registre des prestations de serment pour effacer leurs signatures. Surpris de tant de hardiesse, les officier municipaux hésitaient à répondre ; les deux religieuses demandèrent ce qu'elles devaient faire, puisqu'elles rétractaient leur serment; on leur ordonna de se rendre en prison; ce qu'elles firent sur-le-champ, sans que la municipalité leur donnât personne pour les conduire. Bientôt d'autres religieuses suivirent ce bel exemple ; toutes finirent par s'y conformer, mais quelques-unes seulement après la Terreur. Les hospitalières ne s'y prirent pas toutes de la même manière : les unes allèrent rétracter leur serment à la municipalité, et furent remises en prison; les autres se bomèi^ent à faire afficher une déclaration, après laquelle elles s'attendaient
hêtre arrêtées; car la Terreur régnait encore; mais on les laissa tranquilles, et ainsi leur connmunauté continua de subsister sans éprouver aucune interruption. Quelques mois après la révolution du 9 thermidor, toutes les religieuses incarcérées furent mises en liberté. Dès -1795 on rendit aux dames de Saint-Joseph la direction de Thôpital. Tant de désordres et de déprédations avaient eu lieu sous les agents salariés, que les autorités mirent le plus grand empressement à replacer les religieuses à la t^te de cet établissement.
D autres administrations s'empressèrent de rappeler les religieuses pour desservir les hôpitaux : les premières furent celles de Domfront, de Mayenne et d'Emée. Domfront et Mayenne avaient pour hospitalières des sœurs de b ChapcUe-au-Riboul. Cette congrégation avait toujours intéressé les municipalités, tant que celles-ci n'avaient pas été livrées aux terroristes. Le 29 mai 1792, les corps municipaux de la Ghapelle-au-Riboul, de Champéon et d'Hardange adressèrent au directoire du département de la Mayenne une pétition à relTet d'obtenir que les sœurs de la congrégation dite de la Chapelle-au-Riboul fussent conservées dans la maison qu'elles occupaient pour continuer d'y instruire la jeunesse et soigner les malades. Le directoire répondit : cette pétition ne peut être accueillie, attendu qu'elle est directement contraire à la loi du 18 août supprimant les congrégations. De plus, les sœurs n'ayant pas prêté le serment demandé par la loi du i5 août 17îl2, ne peuvent plus instruire la jeunesse. Considérant enfin que ces filles sont toutes infectées par le fanatisme religieux, qui ne pourrait par elles que s'étendre, le directoire ordonne auxdites religieuses de quitter sous trois jours leur maison, et leur fait défense d'instruire désormais la jeunesse.
Cet arrêté ne fut point mis immédiatemenl h exécution; ce ne fut que le 7 septembre que l'autorité municipale dressa la liste des membres de la congrégation, prenant note de leur âge, de leur dot, et du lieu de leur résidence
projetée. Les sœurs étaient au nombre de cent soixantedix, plus vingt-trois novices (i). Le même jour, la mère Marie Mailay, supérieure de la congrégation, obtint du directoire du district de Mayenne l'autorisation provisoire» sauf l'approbation du ministre, d'enlever quelques meubles, et de laisser dans la maison-mère les malades et quelquessœurs nécessaires pour en prendre soin. Elle se retira elle-même au Pas, dans sa famille, et, aidée des conseils des sœurs Leroyer et Rottier, qui habitaient la paroisse de Vaucé, elle gouverna toutes ces religieuses, qui furent toujours en communication aussi intime que possible avec elle. Elle eut la douleur ou plutôt la consolation d'en voir deux mourir pour la foi dans la ville d'Ernée. Beaucoup d'autres furent mises en prison à Laval, à Mayenne, à Alençon et à Évron. On a retenu une réponse de la sœur Madeleine Pélouin, de rétablissement de Saint-Jean-sur- Erve. Le directoire du district d'Évron, qui la tenait dans la maison d'arrêt, la pressant de faire le serment, elle dit : a La Convention a décrété que les opinions étaient libres : en conséquence, je ne me crois pas obligée à prêter le serment : je l'ai déjà refusé, et je ne le prêterai jamais. » C'est le 43 thermidor an II (31 juillet 1794) qu'elle fit cette réponse, qui pouvait être un arrêt de mort ; mais au bout de cinq mois on lui rendit la hberté.
Ce qui se passa à MaroUes-les-Braults mérite d'être rapporté. Les officiers municipaux avaient soutenu les trois sœurs de la Chapelle-au-Riboul à la tête de l'hôpital et de l'école aussi longtemps qu'il avait été possible ; enfin, le 18 septembre 1792, il fallut cédera un arrêté du directoire du district, et les trois religieuses durent s'éloigner, emportant avec elles les sympathies et les regrets de toute la population. Ces sentiments ne tardèrent pas à se manifester avec une entière évidence : le 1 1 août 1793, trente citoyens signèrent une pétition demandant le rappel des sœurs à
(l) Suivant une notice imprimée en lôte des Règles, il y avait vingt-huit novices; mais nous suivons les procès-verbaux originaux qui sont aux archives de la Mayenne.
lli^^pital; la municipalité adopta elle-même cet acte courageux; mais ne pouvant agir sans Tautorisation de l'adfflinistration départementale, elle fut obligée de s'adresser au directoire du département. Obéissant à des inspirations bien différentes, les membres du directoire rejetèrent la pétition comme l'œuvre ténébreuse du fanatisme le plus dangereux. Peu de jours après, trois des signataires furent jetés en prison, et l'on crut que leur démarche en faveur des sœurs de l'hôpital était la cause véritable de la persécution qu'ils éprouvaient.
Les territoristes trop nombreux à Domfront dénoncèrent les sœurs qui desservaient l'hôpital de cette ville au représentant BentaboUe, député du Bas-Rhin, en mission <lans le département de TOme. Ce démagogue ardent, à qui la fougue révolutionnaire avait ravi le bon sens, au dire des hommes de son parti, destitua les religieuses par un arrêté du 9 germinal an II (23 mars 4791); il déclara qu'elles devaient être traitées comme suspectes à raison de leur refus de serment, et les fit conduire dans les geôles d'Alençon. Le représentant, qui s'occupait de tous les détails imaginables, confia le soin de l'hôpital de Domfront au citoyen Jehan, ancien organiste à l'église paroissiale, et comme tant d'autres artistes resté sans occupation. Il devait se faire aider par sa femme; et comme on comptait sans doute beaucoup sur leur dévouement à la chose publique, on leur alloua seulement une rente annuelle de six cents livres. Par le fait, cette somme, qui aurait été ridicule à raison de sa modicité, se trouva bien suffisante ; car, à Donifront comme au Mans, à Château-Gontier, à Emée, et partout, les indigents aimaient mieux mourir de besoin, mais libres, que de se renfermer dans ime salle où ils n'auraient rencontré ni la liberté, ni les soins que réclamaient leurs soufirances. Il n'y eut bientôt plus dans les h<^pitaux que des soldats blessés; et les orateurs de la démagogie trouvèrent là un thème fécond contre la stupidité monastique, qui entretenait la paresse et la misère parmi le peuple.
Le vrai peuple cependant ne pensait pas de même; il connaissait mieux ses amis sincères, et il le prouva en demandant, aussitôt qu'il put élever sa voix, le retour de ces vierges admirables qui consacraient et leurs forces et leur vie pour le soulager. Celles de l'hôpital deDomfront furent renfermées dans la prison de Bicêtre à Alençon, et elles auraient sans doute comparu devant le tribunal criminel de rOme, qui les aurait condanmées à mort comme tant de malheureuses femmes qu'il livra au bourreau; mais la chute de Robespierre survint et leur ouvrit les portes de la geôle. La ville de Domfront ne fut plus entièrement pliée sous la tyrannie d'un groupe de terroristes exaltés, et elle s'empressa de rappeler les religieuses, dont l'absence était si cruellement ressentie par les indigents et les malades; l'administration de Mayenne imita cet exemple dès les premiers mois de l'année 1796 ; et la supérieure envoya dans ces deux établissements les mômes sœurs qui les desservaient en 1793 et 1794. En 1801, Auvray, préfet de la Sarthe, et Hamard, préfet de la Mayenne, invitèrent la mère Marie Mailay à réunir les membres dispersés de la congrégation, et lui proposèrent de s'établir à Sillé-le- Guillaume. Bientôt Le Lude, Beaulieu, les deux maisons de la Providence à Saint-Vénérand et à Notre-Dame de Laval réclamèrent de ces religieuses. Hamard leur donna une autorisation générale pour s'établir partout où les autorités locales le permettraient. Le 14 décembre 1803, il leur octroya le pouvoir d'occuper les bâtiments de l'antique abbaye d'Évron; et la mère Marie Mailay en prit possession le 21 du même mois. Dom Alexandre Barbier, l'ancien prieur, dirigea lui-même les travaux de réparation. Le 6 juillet 1805 s'ouvrit la première retraite annuelle, sous la présidence de Charles-François Duperrier-Dumourier, vicaire général de Tévôque du Mans : cent sœurs y assistèrent avec vingt-huit novicîcs.
Le plus grand nombre de celles qui manquaient à ce rendez-vous si rempli de joie et de consolation avaient succombé aux fatigues endurées durant six ans de
DURANT LA RÉVOLUTION. iil
persécution. Toutes n'avaient pas eu à souffrir la prison; mais toutes s'étaient dévouées pour secourir les misères du prochain^ pour seconder le ministère des prêtres catholiques. On cite spécialement deux sœurs qui étaient à Beaimiont-le-Vicomte, et qui y restèrent durant tout le cours de la Révolution : jouissant de l'estime uni- Terselle, elles rendirent d'inappréciables services ; et leur action fut pour beaucoup dans la conservation de la religion en cette ville, où de déplorables scandales pouvaient ftfanler les convictions religieuses dans les Âmes faibles et peu éclairas. De leur côté, trois sœurs de Saint- Vincait-de-Paul, cachées au Mans, ne cessèrent jamais, môme au plus fort de la Terreur, de visiter les malades et de procurer tous les secours possibles aux prêtres confesseurs delà foi. U y eut, du reste, ime sorte d'émulation de zèle entre les religieuses de tous les ordres, pour porter secoui*s à l'Église attaquée si violemment.
Par leurs exemples et par leurs relations, elles contribuèrent puissamment à maintenir dans les masses, nonseulement l'esprit de foi, mais encore les pratiques de la piété sans lesquelles les âmes les plus ferventes ne tardent pas à s'attiédir. Quoique les révolutionnaires prodiguassent les menaces et les supplices pour faire disparaître toutes les manifestations religieuses et pour arracher tous les souvenirs de l'antique religion, leurs efforts étaient vains : on suivait en secret tous les exercices de la dévotion, même ceux que la rigueur du précepte ne commande pas. Nous en avons donné déjà des preuves; il nous suffira de rapporter ici ce que les traditions les plus certaines racontent du concours des pèlerins aux sanctuaires vénérés de la Mère de Dieu. Les chapelles de Notre-Dame du Chêne, à Mon et à Saint-Martin-de-Connée , de Notre-Dame de Toutes-Joies, à Vezot, de Notre-Dame de la Brosse, à Mé- Kray, de Notre-Dame de Torcé, de Notre-Dame d'Avénières, et lesautres, furent visitées par lesfidèles ; ils y vinrent dans toutes leurs joies, et surtout dans toutes leurs douleurs, «te d'y trouver le secours dont l'homme a besoin ici-bas
dans les différentes positions où il est placé. L'impiété avait eu beau condamner les portes de ces sanctuaires; les pieux chrétiens s'agenouillèrent sur le seuil. Si la surveillance des ennemis en interdisait rentrée, ou même Tabord, diu*ant le jour, la nuit prêtait ses mystères pour favoriser la piété. Souvent on acheta à prix d'or l'ouverture d'une église que les révolutionnaires avaient condamnée ou profanée par des usages profanes, et même païens ; mais la foi n'en devenait que plus vive, et obtenait souvent des faveurs propres à la vivifier. A Montreuil-en-Champagne, au plus fort de la persécution, les fidèles allaient prier sur la tombe de leur ancien curé, Marie-Étienne Rouillon, mort en odeur de sainteté et inhumé le 18 mai 1786. Ils ornaient son tombeau de fleurs, et ils y puisaient les forces nécessaires pour résister à la peur ou aux entraînements du mal.
11 fallait, du reste, ne pas craindre de s'exposer aux insultes et aux mauvais traitements des ennemis de la religion, pour suivre ainsi les mouvements delà piété. La paroisse de Mézeray et sept ou huit autres voisines s'étaient signalées par leur attachement à l'Église; elles furent même des premières à prendre les armes contre la tyrannie du jacobinisme, et elles devinrent l'objet d'une surveillance toute particuUère de la part de ceux qui voulaient détruire tout ce qui rappelait l'ancien ordre des choses : deux religieuses surprises en prières par des soldats dans la chapelle de la Brosse, furent fouettées et cruellement traitées. Les disciples des philosophes tiraient une grande gloire de ces glorieux exploits.
Dans d'autres circonstances une protection visible de la Providence couvrit ces âmes fermes et constantes que les persécutions ne pouvaient décourager. Dans la petite paroisse de Vezot, une jeune paysanne se glissait tous les soirs dans l'église, et venait déposer une humble et fervente prière au pied de l'autel de Notre-Dame de Toutes- Joies, une guirlande de fleurs, une petite corbeille de fruits, ou quelque blanc tissu. Tandis que l'impiété dans sa
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faiear dépouillait les autels, elle aimait à couvrir d'un loile préparé par ses mains la statue de pierre de la Mère de Dieu. Il y avait dans cette action naïve un sacrifice qui iitagréable au Ciel. Quelque mystère qu'elle mit dans ses secrets pèlerinages, elle fut remarquée par l'un de ces kwDmesque la haine rend vigilants. Il avait lui-même con- Wwé à dévaster ce sanctuaire, et il y pénétra furtivement à la suite de la jeune fille, pour épier ses actes etsespaitk. f Que viens-tu faire ici, dévote fanatique ? » lui dit- il ttia Toyant se prosterner devant l'autel de la Vierge, et M laire son offrande accoutumée. En disant ces mots, il • ptédpitait vers elle pour la frapper brutalement. La JMiechrétieimese retourna intrépide et lui dit : a Arrête, ^«■li arrête. J'avais une mère que le Seigneur m'avait Iméepour soigner mon enfance; et toi, tu l'as arrachée «Dtre mes bras et plongée dans un cachot; elle y expire [ïBiWtreen ce moment loin de sa fille... . ; mais j'ai [Wéune autre mère auprès de laquelle je pleure et me 5.Cette mère-là, quelle que soit ta rage, tu ne me la pas ; je mourrais plutôt à ses pieds !....» La couraîÉO&ût ne dit que ces mots : le terroriste avait disi; elle fit le tour du sanctuaire, et s'assura qu'elle était avec son auguste protectrice, aux pieds de laquelle 'Oiotinua chaque soir de déposer ses douleurs et ses