CHAPITRE XIV
Les Représentants dn peuple Bentabole et BoUet activent la persecntion contre l'Église dans le Passais. *— Meurtre du diacre Vaugeois à Lonlay-l'Abbaye. — Martyre de Jean Guibaud.— Tribunaux criminels.— Commissions militaires. — Le comité de salut public lesaerre en ses mains toute l'autorité. — Il modifie l'administration des départements. — Hébert, Danton et leurs factions sont immolés par Robespierre. — Le culte de l'Étre-Supréme. — Approbation universelle pour cette innovation. — Les sociétés populaires se montrent dès plus ardentes. — Séauces du club de Mayenne. — Discours de François-Primaudière. — Fête de l'ttre- Snpréme à Mayenne, à Evron, à Laval, an Mans. — Chants composés pour Ja fête. — Charles- Julien Délogé. — Adresse aux citoyens du Mans. — Relation de la fête, et discours du maire.
Au commencement du mois de mars 1794, le comité de législation recherchait les moyens propres à faciliter Texécution prompte des décrets sur la confiscation des biens des prêtres insermentés, déportés ou détenus. De leur côté les terroristes de nos départements poiu^uivaient avec une ardeur toujours nouvelle leurs projets contre l'Église, dont ils auraient voulu anéantir même les derniers vestiges. Jusqu'à ce moment le district de Domfront avait été relativement assez paisible. Sans admettre les principes du terrorisme, les bons habitants du Passais, grâce à leur esprit prudent, ne se compromettaient point par une résistance ouverte. La vLUe de Domfront, il est vrai, comptait dans son sein un groupe trop nombreux de bonnets rouges, disposés à seconder les vœux les plus subversifs de la Montagne. A l'aide de leurs amis dispersés dans les paroisses rurales du
voisinage, ils tenaient tout le pays sous le joug de la la plus sombre. Cependant à l'époque dont nous par lorsque le régime de la Terreur fut parvenu à son de paroxisme, les chouans commencèrent à se montrer ces parages. Les jeunes gens appelés au service milj refusèrent de se rendre sous les drapeaux, et firent alli avec ceux qiie la haine de la tyrannie religieuse et tique de la <]k)nvention avait portés à prendre les arm( représentant Bentabole qui, d'accord avec notre coi triote Levasseur, avait énergiquement établi le régin la guillotine à Lille, vint à Domfront, et sur ce nou théâtre ne montra pas moins de zèle démagogique dans la Flandre. Il débuta par arracher aux infortim aux malades leurs consolatrices les plus dévouées; ne fut pas sa faute si leurs têtes ne tombèrent soi hache révolutionnaire. Il organisa les mesures les actives pour découvrir les prêtres fidèles qui brav chaque jour la mort, poui porter aux chrétiens cons dans la foi le secours de lem* ministère. Les rechei ordonnées et préparées par Bentabole furent encore vées et étendues par Bollet, député du Pas-de-Calais voyé par la Convention avec la mission de réduii chouans à néant. 11 ne réussit pas entièrement dant entreprise. Il arriva même que dans la nuit du 3 mes (21 juin) tous les arbres de la liberté à Domfront et les environs furent coupés et renversés. On constal peu plus tard que c'étaient des sans-culottes qui av fait ce coup ; et néanmoins on mit les suspects en pi Quel motif pouvait pousser les sans-culottes à une blable entreprise? C'était évidem:nent pour activer la sécution déjà trop échauffée. Mainte fois au cours Révolution on retrouve ainfei la main des démocrate plus ardents dans des entreprises qui avaient Tair de piration contre le gouvernement révolutionnaire, trames perfides ne trompaient pas toujours le pi mais elles donnaient néanmoins prétexte à une recr cence dans les mesures de persécution et de terrorisn
Les insurgés du Passais ne se laissèrent pas intimider ; maigre les troupes accumulées au chef-lieu, malgré les courses et les menaces des anarchistes de Domfront, ils se maintinrent durant quelque temps; et une proclamation affichée au centre du district et dans toutes les paroisses, le 12 frimaire an III (2 décembre i79i) appliquée ce pays me disposition déjà décrétée pour les départements de la Sartheetde la Mayenne. On y reconnaît tout Tesprit violât des hommes de sang qui tenaient entre leurs mains le timon des affaires, et qui obéissaient autant à la peiu» qu'à la haine. U était donc édicté que toute commune en ^tde se défendre contre les chouans, et qui ne les aurait pasrepoussés de son territoire, serait par là même déclarée «létat d'insurrection contre la République, et serait traitée comme pays ennemi.
Sm* ces entrefaites, un diacre du nom de Vaugeois, orifmaire de la paroisse de Lonlay-FAbbaye, fut victime de lafeur démagogique et anti-chrétienne d'une bande de i^volutionnaires échauffés par les proclamations de Benta- We et de BoUet. Surpris sur le territoire de Lonlay-FAbl^ye même, il fut impitoyablement massacré, sans que fe tortures qu'on lui fit endurer et la vue "de la mort ''"arrachassent un acte de faiblesse.
tn autre ecclésiastique qui appartenait à TÉglise du ^ par les fonctions importantes qu'il remplissait dans 1* diocèse, rendit témoignage à la foi dans le même ^ps. Q se nommait Jean Guibaud, et était membre de la agrégation de la Mission. Petit-neveu de Massillon, il ^t né à SolUès-Pont, au diocèse de Fréjus. Ses supérieurs Vivaient envoyé à la fin de 1787 pour remplir les fonc- ^Dsde missionnaire dans le diocèse du Mans. Il s'acquitta ^ son ministère avec zèle, prudence et talent, mais sur- ^t avec un profond esprit de foi. Proscrit pour refus de ^^eut, mais n'écoutant que la voix de la conscience, qui W criait de braver les périls pour travailler à maintenir «règne de Dieu au miheu de la persécution, il se cacha ^ le pays, et par\ int à se soustraire à la déportation. Sa