‹ L'église du Mans durant la RévolutionChapitre 13 sur 104 · III · texte numérisé non relu

III

santé robuste lui permettait de supporter les privations et les fatigues, compagnes inséparables du genre de vie qu'il adoptait; et il les embrassa avec calme et empressement. Ses travaux lurent très-fructueux, au Mans surtout et dans la contrée voisine.

Chassée elle-même du cloître dans lequel elle avait consacré sa vie au service de Dieu, Louise Pavet de Courteille , d'une très-honorable famille du Maine, s'était retirée dans une propriété de ses ancêtres, nonmiée La Motte, dans le quartier des Arènes, à la porte du Mans. C'était ime âme grande et généreuse, un esprit élevé et perspicace, im cx)urage ferme et magnanime; les dangers ne l'efiTrayèrent jamais; au contraire, ils donnèrent toujours un nouveau ressort à tout son être. Quoique sa demeure fût naturellement suspecte aux persécuteurs de la religion, elle n'hésitait jamais à y recevoir l'un de ces proscrits de Dieu, qui étaient obligés de chercher l'ombre et le mystère pour se dévouer au service de leurs frères. Bien plus, elle transforma sa maison en une sorte de sanctuaire, où les prêtres, les religieux, les religieuses vaquaient aux services propres à leur vocation. Une de ses anciennes compagnes, sous la règle de saint Benoit en l'abbaye de Montsort, y passa presque tout le temps de la persécution à côté d'une fille de saint Augustin de l'abbaye de la Perrigne. Cette maison hospitalière fut durant plusieurs mois le quartier général du clergé catholique réduit à se cacher. C'était là que les supérieurs ecclésiastiques adressaient leurs ordonnances pour la conduite du troupeau fidèle.

Jean Guibeau y célébra souvent la messe, y confessa, y baptisa et y bénit plusieurs mariages. C'est dans cette retraite qu'il fut arrêté le 10 mars 1794. Il avait été dénoncé par une malheureuse femme à laquelle il avait souvent rendu service, et qui se laissa gagner par le misérable appât de cent hvres, offertes en prime à tous ceux qui livraient un prêtre catholique. Chez cette femme le remords se changea en haine furibonde contre la religion; et, quoiqu'elle ait survécu longtemps à son crime, elle mou-

nit dans les mêmes sentiments et sans vouloir entendre le ministre de Dieu, qui venait lui offrir le pardon. L'un de ses frères, qui avait poursuivi les Vendéens avec une fureur sauvage, expii'a aussi dans les transports d'ime rage forcenée. Quant au saint prêtre, il fut renfermé dans k maison d'arrêt des ursulines, où se trouvaient, à la même époque, plusieiu^ prêtres fidèles, qui furent déportés. Sa bienfaitrice fut elle-même jetée en prison et sur le point de porter sa tête sur Téchafaud. Au fond des cachots, elle n'oublia point le ministre de Jésus-Christ, et, sans s'inquiéter du danger qui planait sur elle-même, elle trouva le moyen, par l'intermédiaire de M'*® de Gordouan, de gagner le gardien de la geôle. JeanGuibaud refusa de profiter du moyen d'évasion qui lui était offert, dans la crainte de compromettre ceux qui le lui procuraient.

U comparut le 18 mars devant le tribunal criminel du département de la Sarthe, et entendit prononcer contre lui la sentence conçue en ces termes :

« 28 venlôse, an II (18 mars 1794).

Jugement de mort contre Jean Guibaud, prêtre lazariste

insermenté.

« Au nom de la République française une et indivisible, à tous présents et à venir salut.

« Le tribunal criminel du département de la Sarthe a rendu le jugement suivant :

« Vu le procès-verbal dressé le six de ce mois par le citoyen Guy, l'un des membres du comité de surveillance de cette conunune du Mans, en présence du citoyen Mesniau, conunissaiie du troisième canton de la section de la Liberté, du<[uel il résulte que s'étant transportés en une maison nommée La Motte, au lieu des Arènes, ils aiu'aient enquis la citoyenne Pavet, ci-devant religieuse, occupant ladite maison , de leur déclarer si elle ne logeait point d'autres personnes que celles désignées sur la liste dudit commissaire de quartier; à quoi ayant répondu négative-

ment, ils avaient fait perquisition dans Tintérieur de ladite maison et trouvé dans un des appartements d'icelle un particulier qui a dit se nommer Guibaud, originaire de Toulon, lequel ils avaient arrêté et fait conduire à la maison d'arrêt, ainsi que la citoyenne Pavet, ci-devant religieuse, la citoyenne Pavy et la nommée Denis, et mis sous le scellé les meubles et effets incombants à ladite maison ;

a L'interrogatoire subi par ledit Guibaud, le huit du même mois, devant les membres du comité de surveillance, duquel il résulte entre autres choses qu'il est prêtre lazariste, originaire de Favier (lisez Solliès-Pont), district de Toulon, demeurant en la maison dite de la Mission de cette ville jusqu'au temps où la loi l'a obligé d'en sortir, depuis cette époque jusqu'à la fin du mois de février mil sept cent quatre-vingt-treize chez le citoyen Dorison, basses rues de cette ville, et enfin, à partir de là, chez ladite citoyenne Pavet, où il a été trouvé ;

« Que ses fonctions dans le temps où il était à ladite maison de la Mission, étaient d'aller prêcher dans les campagnes : ce qu'il a cessé de faire lors de l'installation de l'évêque constitutionnel ; et qu'il n'avait fait aucun serment à la République, parce qu'il n'était pas fonctionnaire public ;

a Vu pareillement les procès-verbaux d'interrogatoires subis devant lesdits membres du comité de surveillance par René Grassin, bordager audit lieu de La Motte, Jeanne Bleu, femme dudit Grassin, ladite Pavet, ci-devant religieuse, et Victoire Pavy et Françoise Denis, ledit jour huit et le onze de cedit mois ;

a Et après avoir de nouveau ouï et interrogé publiquement en la présente audience ledit Guibaud, le tribunal ouï l'accusateur public se déclai'e compétent pour juger révolutionmiirement le procès dont il s'agit, et après que les avis ont été donnés à haute voix, déclare :

a 1° Que le fait est constant que ledit Guibaud est prêtre de la ci-devant congrégation de Saint-Lazare ;

« 2° Qu'il est convaincu d'avoir été sujet à la déportation.

D[JRANT LA RÉVOLUTION. 168

rot dans les mêmes sentiments et sans vouloir entendre le ministre de Dieu, qui venait lui offrir le pardon. L'un (le ses frères, qui avait poursuivi les Vendéens avec une fareur sauvage , expira aussi dans les transports d'une rage forcenée. Quant au saint prêtre, il fut renfermé dans la maison d'arrêt desursulines, où se trouvaient, à la même époque, plusieurs prêtres fidèles, qui furent déportés. Sa bieniisdtrice fut elle-même jetée en prison et sur le point déporter sa tête sur Téchafaud. Au fond des cachots, elle n'oublia point le ministre de Jésus-Christ, et, sans s'inquiéter du danger qui planait sur elle-même, elle trouva le moyen, par l'intermédiaire de M"' de Ciordouan, de gagner le gardien de la geôle. Jean Guibaud refusa de profter (lu moyen d'évasion qui lui était offert, dans la crainte de compromettre ceux qui le lui procuraient.

D comparut le 18 mars devant le tribunal criminel du département de la Sarthe, et entendit prononcer contre lui la sentence conçue en ces termes :

«28 venlôse, an II (18 mars 1794).

Jugement de mort contre Jean Guibaud, prêtre lazariste

insermenté.

« Au nom de la République française une et indivisible, à tous présents et à venir salut.

« Le tribunal criminel du département de la Sarthe a rendu le jugement suivant :

« Vu le procès- verbal dressé le six de ce mois par le citoven Guv, l'un des membres du comité de surveillance

« ml '

de cette conmiune du Mans, en présence du citoyen Mes-

niau, commissaire du troisième canton de la section de la

liberté, ducpiel il résulte que s'étant transportés en une

maison nommée La Motte, au lieu des Arènes, ils auraient

enquis la citoyenne Pavet, ci-devant religieuse, occupant

ladite maison , de leur déclarer si elle ne logeait point

d'autres personnes que celles désignées sur la Uste dudit

commissadre de quartier; à quoi ayant répondu négative-

République seront envoyés à la maison de justice du tribunal criminel du département, dans l'étendue duquel ils auront été ou seront arrêtés, et après avoir subi un interrogatoire, dont il sera tenu note, Us seront, dans les vingtquatre heures, livrés à l'exécuteur des jugements criminels et mis à mort, après que les juges du tribunal auront déclaré que les détenus sont convaincus d'avoir été sujets à la déportation.

a Ledit tribunal, d'après l'autorité des différents articles de la loi ci-dessus rapportés, et dont lecture a été publiquement faite, condamne ledit Jean Guibaud à la peine de mort ; renvoie pour l'exécution au commissaire national près le tribunal du district de cette ville; déclare ses biens meubles et inmieubles acquis et confisqués au profit de la République ; ordonne que le présent jugement sera imprimé au nombre de cent exemplaires, et affiché, tant en cette ville, que partout ailleurs où besoin sera, et trois desdits exemplaires signés du greffier et adressés par Taccusateur public, l'un au conseil exécutif, le second à l'administration des domaines nationaux, et le troisième à la régie nationale de l'enregistrement et du domaine.

a Fait et prononcé publiquement en la salle d'audience du tribunal du district du Mans, par territoire emprunté,

par René G , l'un des juges du tribunal, faisant, pour

l'empêchement par maladie du citoyen Ysambart, président

de celui criminel, où étaient les citoyens H...., T et

R...., remplaçantles citoyens Lavalette,Lemore et Launai, juges des tribunaux de La Flèche, Sablé et Sillé, qui étaient de service au tribunal criminel pour le trimestre actuel, et qui ont été empêchés d'en continuer les fonctions, les deux premiers par maladie, et le troisième par mort.

« Le vingt-huit ventôse Tan second de la République française.

a Au nom de la République, il a été ordonné à tous les huissiers de faire pour l'exécution du présent jugement les actes de lem* ministère requis et nécessahes ; à tous commandant, etc....

c En foi (le quoi ledit jugement a été signé par les juges et par le greffier (i). o

La sentence prononcée le 18 mars fut exécutée le lendemain. Jean Guibaud n'avait que trente ans. 11 marcha à la mort avec un calme et ime sérénité qui témoignaient hautement de la noble cause pour laquelle il souffrait. Ce fut le second et dernier prêtre qui rougit de son sang Téchalaud révolutionnaire dans la ville du Mans, uniquement en qualité de « prêtre réfractaire à la loi ; » les autres qui forent mis à mort avaient suivi l'armée catholique, et furent condamnés par la commission militaire révolutionnaire comme prêtres insermentés et comme brigands de la Vendée.

Par sa foi, par sa charité, par son dévouement sans bornes aux œuvres de miséricorde, Louise Pavet de Gourleille était digne de participer aux souffrances et à la couronne de Jean Guibaud. Le tribunal qui venait de verser le sang de ce digne disciple de saint Vincent de Paul recula devant le parti de faire trancher la tête de la fille de saint Benoit; mais en prolongeant sa vie, il ne fit que prolonger ses souffrances et augmenter ses mérites. Une sentence rendue quelques jours après celle que nous ve- Dons de rapporter condamna M"' Louise Pavet de Courteille à la déportation à la Guyane. Bientôt elle dut pai'tir pour Lorient, et le voyage s'accomplit au miheu de toutes les circonstances qui devaient le transformer en un long et douloureux supplice. En arrivant, elle fut renfermée dans une prison en laquelle se trouvaient grand nombre d'autres religieuses, surtout du diocèse d'Angers, que les tribunaux avaient condamnées à aller succomber dans ces régions inhospitalières de l'Amérique. Traitées en coupables de lèse-nation, elles eurent à endurer tous les tour-

(1) Registre du tribunal criminel du Mans, n^ 2, p. 236. — ArchÏTes municipales de la ville du Mans, n» 1507. — Lochet, Saint Vincent de Paul et ses institutions dans le Maine, p. 51.

ments que peuvent supporter des femmes; injures, mauvais traitements et privation des choses les plus nécessaires à la vie. Plusieurs succombèrent à une suite non interrompue de fatigues et d'inhumanités. Mais on ne les embarqua pas pour la Guyane, quoiqu'un vaisseau eût été équipé à cet efifet, et se tînt tout prêt dans le port. La crainte des croisières anglaises mit obstacle à leur départ.

Au mois de mars 1795, le peuple de Lorient, enhardi par la réaction qui se manifestait en tout lieu contre le régime de la Terreur, réclama hautement la liberté des religieuses qui étaient détenues dans les cachots. Les représentants du peuple en mission dans le Morbihan, leur ouvrirent les portes de la prison, et leur permirent de rester sous caution dans la ville, dont elles ne devaient pas sortir. Au mois d'avril il leur fut permis de regagner leurs foyers. Louise Pavet de Courteille ne tai'da pas à succomber aux soùifrances et aux infirmités qu'elle avait contractées durant sa captivité : mort prédestinée qui, selon le sentiment des anciens Pères, l'associait à la gloire du martyre.

D'autres religieuses furent condamnées à la déportation; et nous parlerons dans la suite des souffrances qu'endurèrent Catherine Fourmond et Anne Perreau, du monastère de Notre-Dame de La Flèche. Marie Mariât, de la Visitation de la même ville, condamnée à la même peine, resta dans les prisons d'Angers. Françoise et Marguerite Richon, hospitaJières à Craon, de l'ordre de la Croix, arrêtées en la ville d'Angers, furent exportées à Lorient.

Les religieuses dont nous venons de parler furent jugées à Angers par une commission militaire, le 21 et le 22 avril 1794 (1); Jean Guibaud, au contraire, et Louise Pavet de Courteille furent soumis au tribunal criminel de laSarthe; c'est qu'à la date de leur condamnation, il n'y avait plus de commission militaire en activité de service dans le département. Nous devons, du reste, pour offrir

(1) D. PioIiD, Souvenirs de la Révolution. Persécution endurée par les religieuses hospitalières de Saint- Joseph de Beau fàrt-en-V allée.

un tableau vi'ai de la situation du pays, faire connaître les différentes commissions militaires qui ont successivement paru dans notre territoire et compléter aiinsi ce que nous avons dit précédenmient (I).

La première fat créée par Thirion pour condamner les chouans du district de Sablé et les Vendéens ; ce fut elle cpii fit mourir plusieurs habitants d'Auvers-le-Hamon. A rapproche de l'armée vendéenne elle prit la fuite, et fut dès lors considérée comme dissoute.

Le i4 décembre 1793, le lendemain de leur entrée au Mans, les représentants du peuple, Turreau, Bourbotte et Prieui' établirent dans la ville une commission militaire à la suite des armées réunies contre les Vendéens, et attacha au quartier général. Aussitôt constituée, et dès le premier jour, elle tint une séance et condamna à mort douze personnes de condition obscure, prononça im sursis à regard d'une treizième, et ordonna que quinze enfants, dp quatre à quinze ans, seraient élevés dans une maison d'arrêt. Le lendemain elle quitta la ville, décidant qu'il serait siursis, en attendant des ordres ultérieui-s de la Convention, au jugement de vingt-huit femmes de seize à vingt-sept ans.

Cette commission, dont les débuts, comme ceux de

Néron, furent modérés, presque humains, ne persévéra

pas longtemps dans cette voie. Conservant toujours le

ûora de commission militaire du Mans, elle se mit à la

poursuite des débris de Tarmée catholique, et elle immola

des hécatombes de prisonniers à Savenay, au château

d'Aux, à Nantes. Sur ces ditférents théâtres, elle fit un

nombre effrayant de victimes; M. Berriat-Saint-Prix en a

compté deux mille neuf cent dix-neuf nominativement

consignées sur les registres encore existants. Ce chiffre

place cette commission au-dessus de toutes ses rivales, par

delà même le tribunal révolutionnaire de Paris.

(1) V. M. Henri Chardon^ la Justice révolutionnaire et les prisonvtrt vendéins dans la Sarthe.

Le lendemain du départ de cette commission, le 16, i en arrivait une autre au Mans, qui, elle aussi, suivait le armées à la piste comme une bande de corbeaux ; c'étai la 0 deuxième commission militaire et révolutionnaire établie à la suite de Tarmée à Angers, le 5 décembre, pa les conventionnels Bourbotte, Prieur, Francastel, Esnuc Lavallée, qu'on a appelée la commission Proust, du noc de son président, le seul toutefois de ses membres qui et de l'humanité.

Après avoir accompli sa hideuse tâche à Angers dan l'absence de la commission Félix, elle accourait ave l'exécuteur Frillaux et un train d'artillerie légère menac la guillotine, sa compagne inséparable. L'exécuteur et s€ deux aides étaient des sans-culottes solides qui buvaien en se jouant dans des crânes chevelus, et donnaient à tan ner des peaux d'hommes, dont un tailleur des hussards fi des culottes. Heureusement cette commission eut à pein le temps de s'installer au Mans ; une lettre des représen tants, datée du 18, l'appela à Laval; elle siégea le 49, c partit le 20 pour le département de la Mayenne. Elle ; trouva la tâche simplifiée : le 22, Bissy et Bourbott créèrent la commission révolutionnaire de la Mayenn dont nous avons fait connaître les œuvres. Du 22 au 29 la commission Félix n'en siégea pas moins à Laval, pen dant que la nouvelle commission faisait couler des flot de sang à Mayenne et à Emée.

Jaloux sans doute de réserver de l'occupation à la com mission dont il était l'organisateur, Bissy signifia à FélL et à ses hommes de vider les lieux et de se rendre à Sablé où ils arrivèrent le i" janvier 1794. Mais la municipaUti de Sablé trouva que son arrivée était de sanglante étrennes pour la commune, et eut le courage de s'oppose à son établissement, en la considérant comme révoqué par la loi du 14 frimaire. Sablé, il faut le dire, avait asse de la commission militaire qu'elle s'était donné le lur d'établir pour elle seule, dès le 4 décembre, en vertu dU simple réijuisitoire du procureur-syndic du distrid

Ihi \ décembre au !•' janvier i79i, en quatre séances, ce tnbmial avait condamné à mort trente-deux Vendéens, et eommencé Tinstruction contre dix-neuf autres et un voksar. Il dut remettre ses pièces à la commission Proust, qui avait triomphé de l'opposition de la commune , et resta à donner ses soins à Sablé et à y expédier les dermers prisonniers, depuis le il janvier jusqu'au 14, qu'elle rentra enfin à Angers. Durant le temps qu'elle avait parcouru le Maine, elle avait fait tomber quarante tètes. Ce nombre parait peu considérable en le comparant à toutes les victimes qu'elle aurait pu faire, et aux exploits posténeurs de deux de ses membres, Vacheron et Morin, les iofenteurs des jugements par F (fusillé) et par G (guillotiné), les auteurs de « cette œuvre d'enfer, » ainsi qu'on h appelée, plus infâme et plus meurtrière que les quelques jugements «en blanc » du tribunal révolutionnaire de Paris.

Après le départ de ces commissions militaires, le Mans setronvait dépourvu de ces ouvriers de meurtre, et toujours encombré de prisonniers. Bien qu'ils eussent été Murns d'abord par les magasins militaires, puis presque snkpiement par la charité privée, il se trouva quelques Kiii, heureusement en petit nombre, pour les accuser fiSaimer la ville, et aussi d'y répandre la contagion. U 30 décembre, Garnier (de Saintes), qui n'avait eu qu'à «louer de la justice expéditive et de l'obéissance passive d&thbunal criminel de l'Orne, ordonna au tribunal crimi- >d de la Sarthe de procéder révolutionnairement contre ks brigands détenus. C'était une cruelle commission pour k tribunal du Mans, habitué à la procédure parjurés, et fi une fois seulement avait procédé révolutionnairement à Sablé dans une fatale circonstance, le 22 septembre 1793.

Garnier (de Saintes) rencontra une opposition à laquelle kspocoDsuls de la Convention n'étaient pas accoutumés. k président et l'accusateur public, l'dme du tribunal «minel de la Sarthe, étaient animés de sentiments d'hu-

manité bien rares à cette époque dans la classe à laqi ils appartenaient. Ils firent des objections au représeni qui leur répondit le 2 janvier 179i : « Il faut que vous dépouilliez de Tidée que vous n'êtes que des j que la loi a environnés de formes. Vous devez prendr caractère différent, révolutionnaire ; vous devez rév tionnairement juger et débarrasser promptement la ciété de ces monstres qui, après l'avoir assassinée, 1 poisonnent aujourd'hui. Chaque jugement sera un 1: fait envers elle. Justice et justice prompte, voilà le de du tribunal. » Le Carpentier exprimait la môme idé moins de mots: « A quoi bon ces lenteurs? le nom profession, la culbute, et voilà le procès terminé. »

Le tribunal criminel de la Sarthe dut obéir ; maiî lieu de dépasser sa mission, comme tant d'autres, i restreignit autant que possible. Garnier n'avait excepi la sentence de mort que les garçons et les filles de huit ans ; le tribimal résista, et, malgré les réclamai réitérées de quelques clubistes et du comité de sur lance, il ne livra aucune femme au supplice. Du 7 a janvier 1794, il prononça contre les prisonnière vend cent trente-sept condamnations à mort; la plus large i prit vingt-neuf victimes. En dehors de ces condamnai portées contre les débris de la Vendée, le tribuna encore dresser deux fois la fatale guillotine; il imi en tout cent quarante-huit victimes. Ce nombre p minime lorsqu'on le compare aux hécatombes d Mayenne, de Maine-et-Loire et de Id Loire-Inférieur* Mans ne vit ni unCairier, ni un Francastel, ni im nard, ni aucun de leurs sanguinaires acolytes ; mais \ places et ses rues ne virent point couler aussi longti que Laval, Angers et Nantes des ruisseaux de sang, « grâce aux circonstances qui éloignèrent de cette villi commissions révolutionnaires présidées par Laloue Proust et Félix. Nous avons assez fait connaître les

(1) Moniteur,^ mars 1794.

missions révolutionnaires de la Mayenne; il serait inutile d'eu parler de nouveau. Quoique ces commisions, qui variaient leurs noms selon les circonstances, fussent essentiellement transitoires, elles continuèrent d'exercer leurs fonctions bien au delà du terme qui leur avait été fixé à l'origine.

Les tribunaux criminels, au contraire, étaient établis comme une institution permanente. Ils se composaient dans chaque département de trois juges, pris alternativement chaque mois dans les tribunaux civils du même département, outre le président, l'accusateur public et le greffier, établis par les mêmes électeurs qui avaient nommé les membres de la Convention. Ce tribunal fut organisé dans le département de la Sarthe vers la fin de fructidor an II (septembre 4793) : le président fut le citoyen Ysambart, qui moinrut sous l'empire dans de grands sentiments de pénitence; l'accusateur public, Varossum ; le greffier, Landreau. Nous ne savons si ces fonctionnaires furent réellement désignés par l'élection, comme le voulait le texte de la loi ; ce qu'il y a de certain, c'est que les représentants du peuple Esnue-Lavallée et Thirion, qui organisèrent le tribunal criminel de la Mayenne, désignèrent eux-mêmes et sans consulter personne, le président, l'accusateur public et le greffier. Esnue-Lavallée confia ces postes à trois de ses amis ; le président fut Sébastien-Fran- Giiis Basile (1); l'accusateur public, François Midy (2), et le greffier, Michel Bezier (3). Nommés en vendémiaire an lï (septembre 1793) par la seule autorité des conven-

(1) Né en 1740, avocat postulant au siège de Craon en 1762, notaire de 1765 à 1782, électeur jusqu'en 1792.

(2) Né en 1752, employé dans les bureaux du ministre Turgot en 1774 et 1775, avocat au parlement et procureur du roi au grenier à sel de Craon de 1782 h 17S9, électeur pour le canton de Saint-Aignan de 1789 à 1791 , second suppléant pour la Mayenne à la Convention, juge au tribunal de Craon depuis 1791.

(3) Né en 1770, il terminait ses études en 1790, et fut employé dans les bureaux de la recettii du district de Laval.

tionnels qiie nous venons de désigner, ils furent maintenus tous les trois par Laignelot, Boursault et les autres représentants du peuple envoyés en mission par le comité de salut public. Nous avons rapporté que la commission révolutionnaire de la Mayenne rendit son dernier jugement le 18 vendémiaire an III (9 octobre i794). Elle fut alors supprimée, après neuf mois et sept jours d'existence, et le représentant du peuple Boursault réorganisa le tribunal criminel le 25 vendémiaire an III (16 octobre 1794.)

Nous venons de nommer le comité de salut public ; c'était en réalité entre ses mains que se trouvait toute la puissance qui gouvernait alors la France ; et Tâme de ce comité était Robespierre. C'était le comité qui avait fait suspendre la Constitution à peine votée par l'Assemblée, qui avait établi le tribunal révolutionnaire, qui choisissait les représentants du peuple pour les envoyer dans les départements. C'est de lui qu'émanèrent tous les décrets qui ont rendu si justement odieux le nom de Terreur. Il fit modifier aussi l'administration des départements; et il n'est pas inutile d'exposer en quelques mots les ressorts qu'il substitua à l'ancienne organisation.

Les assemblées des conseils généraux des départements furent considérablement réduites, en vertu de la loi du 14 frimaire, qui fondait le gouvernement provisoire et révolutionnaire. Ainsi le département de la Sarthe, qui se composait de trente-six membres, n'en compta plus que huit ; les vingt-huit autres furent supprimés. Les présidents et les procureurs-généraux-syndics furent également supprimés. L'exercice des fondions de président fut alternatif entre les membres du directoire, et ne pouvait durer plus d'un mois. Le président était chargé de la correspondance et de la réquisition et siu'veillance particulière dans la partie d'exécution confiée aux directoires de département. Les attributions du directoire étaient extrêmement restreintes ; elles se bornaient uniquement à des questions d'intérêt local. Tout ce qui était relatif aux lois

révolutionnaires, n'était plus de leur ressort ; en conséquence, la hiérarchie qui plaçait les disti*icts, les municipalités, ou toute autre autorité sous la dépendance des départements, était supprimée pour ce qui concernait les lois révolutionnaires et militaires, les mesures du gouvernement, de salut public et de sûreté générale.

La surveillance de l'exécution des lois révolutiomiaires et des mesures de gouvernement, de sûreté générale et de salut public dans les départements, était exclusivement attribuée aux districts, à la charge d'en rendre compte exactement tous les dix jours, au comité de salut public, pour les mesiu'es de gouvernement et de salut public ; au eomité de surveillance de la Convention, pour ce qui conœraait la police générale et intérieure, ainsi que les indi- ^dus. A la place des procureurs-syndics de district supprimés, il y avait des agents nationaux spécialement Aargés de requérir et de poursuivre l'exécution des lois, »nsi que de dénoncer les négligences apportées dans cette ttécution, et les infractions commises. Ces agents natiooaux étaient autorisés à se déplacer et à parcourir l'arronfaement de leur territoire, pour s'assurer plus positivement que les lois étaient exactement exécutées. Ces agents nationaux, attachés aux districts, étaient tenus l'entretenir une correspondance exacte avec les comite de salut public et de sûreté générale. Ils écrivaient «tt deux comités tous les dix jours, pour certifier l'exécution des lois révolutionnaires et dénoncer les fonctamaires publics négligents et prévaricateurs. L'agent totional du district du Mans fut d'abord Rigomer Bazin, îoe nous avons fait connaître précédemment (I). Oq le voit, le comité de salut public, comme tous les fepotes, écartait la discussion, et voulait la centralisation l^plus complète, la plus minutieuse. Ce régime ne pou- ^t durer longtemps; car tous les chefs de la Révolution

(t) Il y avait aussi des agents nationaux dans chaque municipïlité; ils tenaient la place des commissaires de la commune.

prétendaient avec des droits égaux à Thonneur de conduin le char de TÉtat; et chacun voulait faire prévaloir son sys tènie. La tyrannie de Robespierre d'ailleurs devenait de jour en jour plus soupçonneuse, et ne pouvait plus souiMi l'ombre d'une rivalité. La commune de Paris, depuis la mort de Marat, était dirigée par im homme digne de succéder à l'Ami du peuple, le féroce Hébert; sonpouvoir portait ombrage au dictateur : il le renversa avec ses adhérents. Danton, et avec lui le club des cordeliers, effrayés du mouvement qui avait emporté les girondins et la commune, peut-être touchés de repentir du sang qu'ils avaient versé, essayèrent d'arrêter cette lave qui dévorait tout; ils furent aussi sacrifiés à Tambition du despote. La société populaire et révolutionnaire de Mondoubleau, ainsi que la société des sans-culottes de La Ferté-Bernard, adressèrent à la (invention des félicitations, parce qu'elle avait écrasé les hommes qui voulaient modérer la marche de la Terreur (1).

Le christianisme avait été aboli par la Commune; on lui avait substitué le culte delà Raison; Robespierre, disciple de Jean- Jacques Rousseau, fit décréter par la Convention : «Le peuple français reconnaitrexistcncederÊtre-Supréme et l'immortalité de l'âme.» — On ajoutait: «Usera célébré le 20 prairial(8 juin) une fête en l'honneurde l'Être-Suprème. La libellé des cultes est maintenue. » Robespierre voulait régénérer la France dans le déisme et dans le sang; entreprise aussi insensée qu'impossible. Les supplices, en effet, n'avaient jamais été plus multipliés qu'à cette époque où l'on prétendait faire régner la Terreur au nom de la vertu. C'était le mot que le despote avait sans cesse à la bouche, parce qu'il affectait un grand mépris pour les débauches honteuses de ses adversaires; mais ses phrases menteuses, empruntées au philosophe dont il était le disciple, ne trompaient personne pai^mi les chrétiens. Le culte de l'Étre-Suprême que l'on voulait introduire n'était qu'un

(1) Moniteur, s avril 1794.

ressort politique dans la main de ses propagateurs, qu'un moyen de repousser les dogmes et la morale du christianisme, n n'y avait du reste aucun doute possible à ce sujet; non-seulement les hommes qui conduisaient l'État, ne relâchaient rien de leur acharnement contre les ministres delà religion révélée; mais les chants composés par Joseph Ghénier pour la fête projetée étaient une insulte continuelle à la religion du Christ. La liberté des cultes dont parlait le décret signifiait la défense sous peine de mort d'oi pratiquer aucun autre que celui nouvellement inventé.

Quoique ces vérités fussent évidentes pour tous, la nou- TeUe que la France ne faisait plus officiellement profession d'athéisme, fut un soulagement inexprimable pour toutes les consciences. On en trouve la preuve dans tous les actes publics de l'époque. Les sociétés populaires et les clubs lurent les premiers à témoigner leur joie. Voici ce qui se passa dans le club de Mayenne : le 5 prairial (24 mai 1794), ou y donna lecture du rapport de Robespierre sur les fêles publiques et sur l'existence de TÊtre-Suprème ; la séance était nombreuse, parce que l'on attendait quelque chose d'extraordinaire; et tout le monde applaudit avec enthousiasme. Le 12 prairial (31 mai), il y eut une nouvelle réunion dans le temple de la Raison (l'église Notre-Dame, qui «nrait de lieu de rassemblement aux membres de la soâété); le représentant du peuple, François-Primaudière prononça un discours contre les aristocrates, les modérés (le parti de Danton et de Philippeaux) et les ultrarévolutionnaires (le parti d'Hébert et de Bazin, au Mans). Tous les membres du club signèrent une adresse à la Convention, pour la féliciter d'avoir reconnu l'existence de l'Être- Suprême et l'immortalité de l'âme. 11 fut résolu en même temps que, puisque la municipalité ne montrait pas assez d'empressement pour hâter les préparatifs de la fête de iMTe-Suprôme, on devait nommer des commissaires pour imprimer de l'activité aux travaux nécessaires. Le 15 prairial (3 juin), nouvelle séance de la société, et nouveau dis-

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