CHAPITRE XV
Message de Garnier (de Saintes) à la Convention pour annoncer s< travaux révolutionnaires dans la Sarthe. — Dans la Mayenne, Frai çois-Primaudière organise de nouveau les comités révolutionna res. — Despotisme et tyrannie exercés dans la Mayenne par Esna Lavalléc. — Jean- Antoine Meraud. — Jean Pansait. — Élie Ma tin, curé de Bouêr. — J.-B. Morice de la Rue et Pierre Cruche — Formules terroristes. — Dénonciation des crimes d'Esnue- Lave lée. — Poursuites contre les magistrats de 1790. — Nouveau me sage de Garnier sur Tétat des esprits dans la Sartbe. — Publicî du culte, même sous la plus grande Terreur. — Catholiques Mayenne et de Lassay. — Procession de Saint-Fraimbault. Punition d'un sacrilège. — Chute de Robespierre. — Adresse félicitation du département de la Mayenne.— La Terreur contiiB dans nos départements. — La chouannerie se fait craindre cz terroristes. — Délivrance des suspects détenus en prison. — Bo** sault fait arrêter les terroristes. — Scène qui se passe à Lassay. Adresse du district de Mayenne demandant la punition des \M roristes. — Dénonciation contre Esnue-Lavallée par les habitai de Laval. — Défermon. — Lesage. — Dans la Sarthe on espère retour à l'ordre. — Amnistie qui rend la liberté aux terroristes
Le 2 germinal an II (samedi 22 mars ^94), Garni (de Saintes) écrivait à la Convention : a Depuis mon reto au Mans, mes chers collègues, Tordre y est totalement ré'i bli ; les patriotes fidèles à la Convention ont repris Tempi
qu'ils n'auraient jamais dû perdre Demain la socié
populaire va être réorganisée, et sa fonnation va détrur les combinaisons des modérés, qui ont un instant concer en leur laveur im projet d'existence politique sm* cet év nement (l'arrestation des bazinistes).
« Je vais épurer de nouveau mes épurations ; car la cat>ale et Tintrigue avaient surpris ma religion; ce nouveau travail est nécessaire pour la justice et pour le succès de la chose publique.
« Je viens de parcourir le district de La Ferté-Bemard
et de La Flèche. Dans le premier jai trouvé le peuple
^faitement disposé pour la liberté. La commune peu
fortunée a déposé 13,000 livres d'offrande sur l'autel de
\a patrie.
I La Flèche en a donné plus de 80,000 ; mais dans cette
CQmmune l'esprit public était déchiré par deux partis qui,
s'y disant tous les deux le parti patriote, agissaient néan-
i&oins, par suite de leurs passions, comme des hommes
(wr (pii la patrie n'est rien. J'ai fait naître dans le cœur
fc ces deux partis le repentir de leurs divisions ; tous
n'mt paru se rallier de bonne foi autour de la Convention
DîtioQale et à l'unité de la République. Je dois dire néan-
nwins que dans cette commune il règne im germe de
ïûodérantisme dont la société populaire m'a fourni toutes
épreuves. Elle se réorganise dans ce moment; et c'est
pirletravail que je jugerai des fruits de ma mission
«Cependant, au milieu de toutes ces querelles, le peupk est toujours constamment patriote ; partout la raison P»ce;etje juge de l'attachement des sans-culottes à la ï^lique, je dois le dire cependant, par le courage avec ^Qel ils supportent les premiers besoins delà vie (i). » Tout nous porte à croire ce tableau de la situation du Pys parfaitement fidèle : on y souffrait les dernières ^gœursde la disette; les sociétés populaires s'organisaient k toutes parts sur un nouveau plan ; tout ce qui était ^opçonné de n'être pas dans le sens le plus exagéré de la "Solution était rigoureusement exclu : la note de modéré feitla plus dangereuse. Les comités révolutionnaires de toeiUance étaient partout établis de nouveau, et on n'y *inettait que les plus purs sans-culottes, la plupart pris
(I) Moniteur, 24 avril 1794.
19i L'ËGLISE DU MANS
dans les classes les plus infimes de la société. C'est aia que François-Primaudière, envoyé par le comité de sali public dans la Mayenne, y montra une très-grande act vite pour l'installation ou Tépuration de ces comités, et fit entrer des cordonniers, des sabotiers, des maréchaux, • autres éléments pris dans la même catégorie. Le 16 prairi (4- juin) il établit à Mayenne un de ces comités dont Ipremiers soins furent d'accorder des secours aux fille mères; de placer une garde plus forte à la porte de la pr son des religieuses ; car ces saintes filles voyant leur v chaque jour en danger , avaient demandé .elles-mêm cette mesure au représentant Billy ; de faire arrêter 1 deux dames Hallois, religieuses bénédictines d'Emée re' rées à Géhard, et que Ton accusait de fanatisme ; de cai ser les comités révolutionnaires de Saint-Baudelle, * Contest et autres, parce qu'ils demeuraient inactifs, et a poussaient pas suffisamment l'action révolutionnaire. C dernières décisions sont des 21 et 22 septembre i79i.
A Laval, le représentant Esnue-Lavallée par lui-mên ou par ses agents, tous choisis dans la lie de la sociéi remplissait la ville et la contrée des horrem^s de la tjTa" nie la plus atroce. Il y méprisait ouvertement, même I ordres les plus formels de la Convention. Aussi un repa sentant n'hésita pas à dire à la tribune de la Conventi(^ le 19 pluviôse an III (7 février 1795) que la Terreur ava été plus terrible dans le département de la Mayenne q« dans tout le reste du territoire soumis aux lois de la Rép blique ; que tous ceux qui avaient voulu se rendre à Pai pour soutenir la Convention au 2 juin 1793, avaient € poursuivis et mis à mort; que les représentants en missi« qui avaient montré plus de dignité et avaient voulu intr« duire une justice plus régulière, avaient été dénoncés ê comité de salut public par Esnue-Lavallée, et avaient ë rappelés (I). L'orateur qui parlait ainsi ne s'occupait qi des révolutionnaires modérés qui avaient souffert dai
(1) Moniteur, 20 pluviôse an U (8 février 1795.)
leurs personnes et dans leurs biens; quel tableau n'auraitil pas eu à tracer, s'il avait daigné abaisser ses regards sm* ie sort fait aux prêtres, aux religieux, aux religieuses^ aux royalistes, aux honnêtes gens en général ?
Tandis que le sang de toutes les victimes continuait à rou^ les places publiques à Laval, au Mans et dans les antres villes de notre province, Paris voyait un trop grand nombre de nos compatriotes périr sous la hache du tribunal révolutionnaire à la requête du féroce Fouquierrmville. Nous en avons déjà nommé plusieurs, mais nous n'avons pas épuisé les listes de l'accusateur public. Voici «icore deux autres victimes: Jean- Antoine Meraud, âgé de soixante ans, natif de l'Écluse, département du Puy-de- Wme, curé constitutionnel de Melleray, canton de Mont- BÙrail, département de la Sarthe, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris, et exécuté le 19 prairial Pjuin 1794-). Avait-il rétracté son serment? Nous n'avons pi en acquérir la certitude. Jean Pansait, âgé de quaiante<;inq ans, né à Vitry-le- François, département de la fcme, maître d'école à Mareil (i), département de la Sarthe, fut condamné à mort par le même tribunal, IsBmessidor (26 juin). Puis les assassinats se multipliaient avec d'autant plus de rapidité qu'ils restaient impunis, surtout lorsqu'il s'agissait de prêtres ou d'aristocrates : *inàÉlie-François-jMichel Mai*tin, curé deBouër, vieillai'd *logénaire (2), fut assassiné le dimanche 23 mars 1794; *^ le petit trésor qu'il avait caché fut découvert et dérobé, to ecclésiastique avait fait le serment le 30 janvier 1791, |ûais avec des restrictions qui le rendaient catholique. Ses ermites et son grand âge étaient cause qu'on l'avait "•^ paisible dans son ancienne paroisse; mais son ca- '^ctère inquiétait encore des révolutionnaires qui voulu- 'oits'en défaire et ravir son argent.- Ite>enu suspect à son tour, le clergé constitutionnel
(1) Mareil-en-Champagne ou Mareil-sur-Loir ?
[i] 11 élait curé de Bouôr, depurs le mois d'août 1754.