III
If4 L'ÉGLISE DU MANS
remplissait les prisons de Laval et du Mans ; il n'y i plus guère pour lui d'autre moyen d'échapper à la pi cution que de se marier ou de se faire soldat : beau( eurent recours au mariage, mais un certain nombre férèrent se faire enrôler dans les bataillons de volonta Tous les autres gages possibles donnés à la Révolutio suffisaient pas pour assurer la sécurité : ainsi le 2 themn (dimanche 20 juillet 1794), Huchedé, le féroce pi dent de la commission révolutionnaire de la Mayei demandait qu'on lui livrât Jean-Baptiste Morice de La 1 dont nous avons parlé plusieurs fois, ancien vicaire < copal à Laval, et maintenant retiré à Mayenne, où il c chait à se faire oublier, et Pierre Cruchet, qui Pavait s dans ses erreurs, et aussi dans sa retraite ; mais la m cipalité de la ville prit leur défense en disant qu'ils ava été l'un et l'autre des premiers de tout le pays à prèU serment, que Morice de La Rue n'avait jamais ena aucun blâme, depuis qu'il était revenu à Mayenne; Cruchet avait pris les armes contre les brigands d Vendée et marché avec les volontaires vers Laval; d'ailleurs le grief de fanatisme allégué contre eux pa comité révolutionnaire était dépourvu de fondement Morice de La Rue, qui était riche, n'avait depuis k temps répandu d'abondantes aumônes, et ne s'était* assu protection intéressée de plusieurs démagogues des purs, nos deux ecclésiastiques constitutionnels aura certainement porté leur tète sur l'échafaud.
Tout jusqu'aux simples formules employées sur actes officiels, portait les traces de la violence qui ét^ l'ordre du jour. En tète des circulaires de la commisi militaire révolutionnaire, on lisait en gros caractè] « Gouvernement révolutionnaire ; d un peu plus b « Égalité, liberté, impartialité ; d au-dessous : a La lib< aux innocents^ la mort aux coupables ; b et au milieu ces deux sentences se voyait une vignette grossière rej: sentant ime épée et ime branche d'olivier en sautoir, tout surmonté de l'ignoble bonnet phrygien.
DURANT LA RÉVOLUTION. i9ft
A la vue des actes de violence du nouveau gouvernement ou gouvernement révolutionnaire, les premiers pro- ?rx*ateiu^ de la Révolution, les administrateurs de i790 à 1793 s'enfuirent ou demeurèrent cachés ; c'est qu'en eflFet leur vie était aussi bien menacée que celle des prêtres et des aristocrates. L'un de ceux que les représentants du peuple envoyés par le comité de salut public avaient écartés, était le chirurgien Urbain Hubert, ancien maire de Laval; lorsqu'il rentra dans ses foyers au mois de Janvier i795, il porta au directoire du département une plainte dans laquelle il expose que durant qu'il a été obligé de se tenir caché, on a usé d'actes illégaux envers ses propriétés, fl accuse Melouin (ex-prêtre), administrateur du département, et Choquet, directeur des postes aux lettres, de s'être emparés de ses meubles et de sa maison, et d'avoir affermé ses biens sans aucune des formalités requises; ce qui avait eu lieu dès le 16 octobre i793.
Nous trouvons dans ime autre pièce non moins authentique, mais trop longue pour être rappoi*tée tout entière, la preuve des violences dont nous parlons. Cette pièce est intitulée : a Pétition de citoyens de la commune de Laval, département de la Mayenne, présentée à la barre de la Convention par les citoyens Hubert, Enjubault Boesay et Frin-Cormeré, destitués par le représentant du peuple Eaïue-Lavallée, et désignés dans le rapport de Julien (de Toulouse), sur le prétendu fédéralisme, pour être traduits iQ tribunal révolutionnaire. » On y lit en substance :
I La loi du 17 septembre, relative aux gens suspects, ve- Mit d être rendue ; et déjà on annonçait l'arrivée de deux itprésentants du peuple qui devaient, en la faisant mettre à exécution, renouveler les autorités constituées. Enfin, fcdloyen Esnue-La vallée arrive ; c'est lui qui s'est chargé faéeuter dans le pays qui l'a vu naître ce ministère de rigueur ; c'est lui qui va lancer la foudre au milieu de ses wodtoyens ; c'est lui qui va inonder de leur sang, et d'un
sug innocent, les places et les rues de la cité On le
^ bientôt avec elfroi s'entourer des êtres les plus per-
vers et les plus immoraux, de ces êtres qui depuis longtemps n'avaient rien épargné pour mettre le trouble dans notre malheureuse commune. Des pouvoirs immenses leur sont confiés, et Tabus qu'ils en font suit de près l'instant où ils en ont été investis Esnue-Lavallée casse le
comité révolutionnaire trop lent à son gré, trop négligent à lui fournir des victimes. [1 en compose un autre de fonctionnaires qui cumulent, tyrannie sans exemple I tous les pouvoirs à la fois, et disposent en même temps de la fortune, de la réputation et de la vie des citoyens.
« Le nouveau comité, d'accord avec un tribunal de sang, recherche avec lui les victimes que celui-ci doit immoler ; et tandis que Tun enferme, vole, dilapide, opprime de toutes les manières, abuse des réquisitions, ou se permet des faux de toute espèce, Tautre, c'est-à-dire la commission militah^e présidée par Clément , commet presque autant d'assassinats qu'elle rend de jugements.
a Ces récits, et les cii'c^nstances dont ils sont accompagnés, font frémir la Convention, et Esnue-Lavallée qui a ordonné ces horreiu-s siège dans l'Assemblée comme législateur. C'est lui qui a fait porter la tète de Jourdain à Ernée, lui qui a fait exécuter Anjubault-Laroche, et ordonné d'exposer sa tête sur une pique, ordre, circonstance notable, donné avant le jugement; c'est lui qui a fait exécuter à Laval le ci-devant prince de Talmont, qu'un décret formel de la Convention appelait à Paris. Où vit-on jamais un mépris plus ouvert de la majesté des lois, une violation plus indolente des ordres de la représentation nationale, im despotisme plus odieux, une tyrannie plus cruelle? » La pétition continue en énumérant de nouveaux griefs contre le représentant coupable de tant de crimes. « Oui, dit-elle en finissant, oui, les horreurs commises à Laval sous les yeux d'Esnue-Lavallée sont comparables à ce qu'il y a de plu& atroce dans les massacres d'Arras, d'Angers, d'Orange, de Nantes et des autres lieux où les proconsuls de la Terreur ont donné pleine carrière à leur soif de sang et aux plus honteux penchants d'une natm*e profondément corrompue. i>
A rappui de cette dénonciation, les députés de Laval apportaient trois lettres autographes et signées d'Esnue- Lavallée, dans lesquelles il ordonnait positivement les cricaes atroces dont on l'accusait.
Rien n'était mieux prouvé que les forfaits commis par ce (ligne émule des Lebon, des Carrier, des Francastel et de tant d'autres. Les mémoires ne disent pas par quels moyens il parvint à se soustraire au sort qui le menaçait ; mais la corruption était si universelle dans l'Assemblée, que Ton n'a pas lieu d'être surpris en le voyant échapper à une accusation régulière. Comme Carrier et Lebon, il aurait pu alléguer que dans ses ordonnances les plus atrocement cruelles, il avait suivi, si ce n'est la lettre des décrets Je l'Assemblée, au moins son esprit.
Mais il est une fin de non-recevoir qu'il dut sans doute alléguer. Ces purs patriotes de i789, ces fondateurs irréprochables de la liberté, ces vertueux vengeui*s du crime n'avaient pas les mains pures de rapine et de vols, et plusieurs de ceux qui se déclaraient ses ennemis avaient été actionnés par lui comme ayant soustrait à la nation des inuneubles considérables. Ainsi, le 14 messidor an II (^juillet 1794), on avait constaté que l'ancien receveur général du département de la Mayenne, s'était emparé des maisons conventuelle etpriorale de Sainte-Catherine, sans avoir rempli aucune formalité, et s'en était dit adjudicataire sans prévenir la municipalité de Grenoux ; et la République était rentrée dans ses droits (1). Le crime poursuivant sdnsi le crime est l'un des traits les plus caractéristiques de cette lamentable époque. C'était ime éclatante justification des desseins de la Providence.
Les anciens administrateurs de la Sarthe, les hommes de 1790 à 1793, restaient enfermés dans les cachots de Chartres ou obligés de se dérober pour échapper à un système qui semblait vouloir anéantir tout ce qui était ca-
(1) On établit dans les bâtiments de Sainte-Catherine un hôpital militaire uommé La Fraternité.
pable d'opposer la moindre résistance à ses volontés tp* niques. C'est ce que Gamier (de Saintes), l'organisateur ce gouvernement de la hache, nous apprend clairem dans un çiessage du 7 messidor (5 juin 1794) à la Gonv tion.
a La vertu et la probité triomphent ensemble, mes ch collègues ; encore une nouvelle victoire remportée pai peuple sur les méchants. A peine ai-je paru dans la c< mune du Mans, en vertu des nouveaux ordres du con de salut public, que les désorganisateurs se sont cach quelques-uns ont pris la fuite. Peu jaloux de courir ap eux, j'ai cru plus instant de courir à la source du mal.. convoqué le peuple dans ses assemblées primaires ; qi torze ou quinze mille citoyens se sont ralliés autour de n et, après leur avoir présenté avec énergie le tableau malheurs que ces hommes sans probité et sans mer préparaient à la Républicpie, et leur avoir Iburni I affligeante situation pour exemple, après leur avoir mandé où en étaient en ce moment les intrigants perse teurs qui avaient coutume de montrer un front si au cieux, quand rien ne contrariait leurs coupables projp a il n'y a en effet, s'est-on écrié, que les criminels ( fuient! » Au même instant, j'ai demandé au peuple de dire avec franchise d'où dérivait la source de ses ma quels en étaient les auteurs (1). »
Il est quelquefois des rapprochements qui jettent p de lumière sur une situation que de longs commentaii Sur la môme page du Moniteur où se trouve la lettre < nous venons de rapporter, on lit une adresse île la a I ciété populaire, républicaine, révolutionnaire, régéné
de Cambrai, unie à un peuple immense, à la Conventi nationale.
«Citoyens représentants, disent les républicains régé; rés, la Société populaire et toute la commune de Camb nous envoient vers vous pour vous demander instauinn
(i) Moniteur, 11 messidor an II (29 juin 1 794.)
que Joseph Lebon... soit conservé dans nos murs. Depuis qull y est, il n'a cessé de faire le bien, et d'en purger les
Meux Il pratique toutes les vertus que vous avez
mises à Tordre du jour, les fait pratiquer et aimer. Nous Tenons donc vous demander... que vous veuilliez bien nous conserver le représentant Lebon dans nos murs, pour y achever le bien qu'il a si heiu*eusement commencé : c'est le vœu de tous les signataires ci-joints. »
Deux mois après, les mêmes signataires attestaient des dénonciations contenant la preuve des monstruosités commises par Lebon , monstruosités telles que jamais l'histoire n'eut rien de pire à enregistrer. Nous avions donc raison de dire que la Terreur régnait au nom de la probité et de la vertu. Dans tout ce qu'affirmaient les terroristes au comité de salut public, il n'y avait qu'une seule chose vraie, c'est qu'ils avaient forcé à la fuite quelques hommes couverts de cnmes et de rapine; mais ceux qu'ils avaient établis à leur place étaient-ils plus probes?
Malgré les efforts des terroristes, la religion catholique subsistait, et elle se révélait, même par des manifestations publiques, non-seulement de la part des martyrs qui versaient leur sang sur l'échafaud, mais encore de la part de populations pre^que entières ; nous en avons déjà donné des exemples ; il faut encore on citer. A Lucé-sous-Ballon, leciu-é François Tirot avait, il est vrai, prêté les sennents delà Constitution et de liberté-égalité ; mais il exerçait encore son ministère dans son église au mois de juillet 1794, et il ne quitta jamais sa paroisse (i). Louis-Augustin de Lorgerie, curé de Beaufay, n'avait pas seulement prêté les sennents que nous venons de mentionner, mais il avait même livré ses lettres de prêtrise au commencement de l"94; et malgré cela il ne cessa d'exercer ses fonctions publiquement dans son église durant toute la Terreur. Cette église ne fut fermée qu'au mois de décembre de cette année, au moment où la persécution semblait vouloir s'arrêta) 11 rétracta ses sermenis au Maus^ le 25 mars 1795.
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t(^r. Le curé habitait toujours le presbytère; en décembre, un otticier municipal vint lui signifier Tordre de se retirer en ces termes : « Sors d'ici ; c'est moi qui suis le maître ; je ne te donne que quatre jours pour enlever tes meubles; autrement je te ferai jeter à la porte. » Le curé paraissant surpris : a C'est la loi, citoyen, » dit le municipal avec un geste auquel le malheureux prêtre obéit sur-le-champ (i). Dans des contrées même où Tesprit révolutionnaire semblait avoir obtenu le plus complet triomphe, les populations ne pouvaient se passer de quelques souvenirs du culte antique ; le récit que fait Pierre-Louis Marchand, vicaire à Juvigny-sur-Braye, est très-remarquable. 11 avait prêté les serments que Ton avait exigés de lui, et s'était conformé en tout à la volonté des révolutionnaires. Il abandonna ses fonctions durant la Terreur ; mais il les reprit aussitôt après qu'elle se fût apaisée. « Dans toutes les paroisses du voisinage, dit-il, où la plupart des prêtres avaient apostasie, les maîtres d'école nous représentaient dans les églises, montaient en chaire, faisaient le prône, bénissaient également le pain ; revêtus d'habits sacerdotaux à l'autel, ils récitaient les prières de la messe, et montraient au peuple un crucifix à l'élévation. Le peuple courait en foule à ces assemblées. Cette conduite scandaleuse, ajoute Pierre Marchand, me fit craindre que le peuple satisfait de ce culte ne pensât plus à son ancienne religion (2). » Il y avait peut-être moins de danger dans ces assemblées que ne se le figure le vicaire. Elles eurent lieu dans plus de quarante paroisses du diocèse durant tout le temps de la plus sombre Terreur. Elles n'auraient pas été possibles dans les cantons où l'opposition à l'esprit révolutionnaire s'était manifesté plus énergiquement ; l'attention des co-
(1) Le il juiUet 1795 Louis-Augustin de Lorgerie se rétracta à MaroUes-les-BrauUs entre les mains de François Marquis du Castel, curé-doyen de Marollcs, de Le Breton, prêtre et chanoine, de dom Roquais, prieur de Tironneau.
(2) Pierre-Louis Marchand se rétracta le 23 juillet 1795^ entre les mains de Julien Uayes de la Sorière.
DURANT LA RÉVOLUTION. iOl
mités terroristes y était trop active ; mais dans ces pays-là les prêtres catholiques ne laissaient pas sans le secours de leur ministère les fidèles qui le réclamaient. Il se fai sait même des réunions très-nombreuses, surtout dans les campagnes, pour assister aux saints mystères. Même dans les rilles, et au plus fort de la Terrem*, ime distinction iDai|Dée séparait ceux qui restaient attachés à la religion catholique de ceux qui avaient adopté les idées à Tordre du jour. Ainsi, le 21 juillet 1794, le club de la ville de ilayenne signait une adresse à la municipalité, a pour demander que ceux qui ne fêtent pas les jours de décade, mais fêtent les dimanches, n'aient pas de part à la distribotioa du savon. » Les chrétiens ne craignaient donc pas <le montrer ouvertement leurs croyances, et les pratiques qu'elles leur imposent les désignaient hautement à la laine des ennemis; mais leur grand nombre les faisait respecter des hommes de sang qui aiu*aient voulu anéantir la religion du Calvaire.
A Lâssay, où les terroristes avaient pris tant d'empire, h croix boissée du cimetière avait été renversée par ordre dû comité révolutionnaire; mais le 2i mars, vendredi de la seconde semaine de carême, de courageux chrétiens la «levèrent et la rétablirent sur sa base. Dans la même ville, le lundi de la Pentecôte, 3 juin, le peuple se rassembla, et, sans prêtre, puisque aucun ne pouvait paraître en puttc, mais avec une croix et une bannière, portant des rameaux en fleur et une image de saint Fraimbault, il fit une prosession qui diu*a plusieurs heures, parcourut un bng circuit au chant continuel des litanies et des hymnes. Tont s y passa dans le plus grand ordre ; et les terroristes n'osèrent pas s'y opposer, voyant la masse des habitants nnanime dans cette démonstration religieuse. Les sansculottes dénoncèrent ce fait aux administrateurs du dépar-' t^ent, qui rendirent un arrêté de blâme très-sévère, et défendirent pareille cérémonie à l'avenir. En attendant, Marat-Rigandière ordonna le même jour, au retour de la procession, à cinq ouvriers charpentiers de monter sur le
tôt L'ÉGLISE DU MANS
clocher et d'en abattre la croix. Tandis que les étaient à chercher des échelles dans le bourg, 6c Beruchet, le seul qui montrât de l'empressement pou besogne, monta sur le plancher le plus voisin def cloches afin d'atteindre le premier au but ; m^ énorme soliveau se rompit aussitôt sous lui, et il mort, vomissant le sang à gros bouillons. Persor voulut poursuivre une entreprise' qui commençait s pareils auspices.
La Providence préparait un exemple plus mém de ses justes vengeances. Robespierre, Saint- Just ( thon formèrent un triumvirat qui entendait gou seul la République, et qui parvint à son but un m par la pusillanimité de la Convention. Us avaient d'abattre toutes les têtes qui poiu*raient leur faire qi obstacle. Tout le monde se sentant menacé, une tion se forma de montagnards, de girondins et d< bins, qui renversèrent le tyran et ses collègues le 9 tl dor (27 juillet i794), et les conduisirent à i'échafaud gré les efforts de quelques sections de Paris qui s*< insurgées pour les délivrer.
Au mois de novembre, le club des jacobins fut le tribunal révolutionnaire dissous, et l'Assemblée i à ses travaux après avoir été vingt fois décimée. Qi le parti vaincu s'agitât encore sourdement, et te diverses reprises de se relever, la Terreur fut terr Paris, les prisons laissèrent échapper leurs victin Téchafaud n'eut plus la même activité.
Aussitôt les administrations de la Mayenne et Marne envoyèrent des adresses à la Convention pc faire part a de leur joie et de leur reconnaissance d plice des conspirateurs du 9 thermidor (i). » Ce furpremières. Les administrateurs de la Sarthe rédi aussi une adresse aux représentants pour les félicit ils la firent imprimer pour la répandre dans le j
(1) Momieur^ 28 thermidor (ift août 1794).
Dès le % du même mois, Levas?eur (de la Sarthe), qui crait été envoyé en mission dans les Ardennes par le comité de salut public et par Robespierre, qui s'était vanté d'avoir toujours voté avec le député d'Arras, montait à la tribune pour parler contre le despote renversé et contre le
comité.
Malheureusement notre pays fut des derniers à ressentir les fruits de la révolution du 9 thermidor. Tandis que les antres parties de la République saluaient avec ivresse l'ère de leur délivrance (elles le pensaient du moins), une fermentation active et profonde agitait la ville du Mans et plusieurs autres localités du département ; c'étaient les démagogues les plus exagérés qui espéraient maintenir par des manifestations menaçantes le régime de la Terreur; mais après quelques arrestations dues au vœu public, la sécurité fut rendue au pays : sécurité néanmoins bien précaire , puisque les administrations restaient toujours composées en partie d'hommes qui avaient trempé dans tous les crimes de la Terreur, et qui avaient intérêt à maintenir ce régime. L'un des moyens qu'ils employèrent pour parvenir à leur but fut d'exagérer Timportanoe de l'opposition royaliste. Il est certain que les diouans prenaient à cette épocjue une plus grande extenâon. Le comité de surveillance de Mayenne constatait que dans certains cantons, notamment dans celui de ChampéoD, tous les jeunes gens appelés par la réquisition désertaient le drapeau tricolore pour rejoindre les insurgés. C'était le iO prairial an II (29 mai 179i) que le comité faisait ce rapport au représentant du peuple François-Primaudière, et le 25 fructidor an II (Il septembre 1794) l'administration du département de la Mayenne, « considérant que par une coupable coalition avec les chouans, les habitants des campagnes refusent débattre leurs grains et de livrer aux propriétaires demeurant dans les villes la part qui leur revient dans le produit des récoltes, » envoie des garnisons dans toutes les communes, non-seulement pour Caire la guerre aux royaUstes, mais encore pour con-
traindre les a^culteurs à exécuter les travaux de la son. Le 23 thermidor (dimanche iO août 4794), un dont le Moniteur ne mentionne pas le nom, s'ex ainsi à la tribune de la Convention : « J'annonce à la vention que depuis quatre jours la députation de la est avertie que le noyau des chouans se grossit à c! instant, et surtout depuis que le tyran Robespierre abattu, parce que les aristocrates cherchent à profile la victoire des patriotes (1). » Les membres du club de signaient dans le môme temps une adresse à laConventi^^ pour demander l'anéantissement complet des chouans.
Enfin le 29 thermidor (i7 août 1794) Dubois-Dul>fy député du Calvados, que nous verrons bientôt en misBi^*'^ dans le district de Domfront, parla ainsi à la tril>iïï>^ de TAssemblée : « Citoyens, je viens à cette tribune Cairt entendre encore la voix plaintive d'un grand nombre à0 cultivateurs dont j'ai reçu les réclamations ; je viens à^ nouveau invoquer en leur faveur votre justice et yotr^ humanité, sentiments auxquels vous vous plaiisez tant A' vous livrer depuis que vous avez frappé le tyran et anéaot^ son odieux système; je viens enfin réclamer TétendutiP d'une mesure bienfaisante et essentielle, mais qui a &f tellement restreinte sbus le régime oppressif qui existait^ qu'elle a été presque sans effet.
« Citoyens, vous devez vous rappeler le décret que je pro-, . voquai en faveur des cultivateurs détenus ; vous sentîtes alors les motifs puissants de justice, et même d'intérêt public, qui devaient vous porter à restituer à l'agriculture des hommes innocents ou trompés, et dont l'abondance de nos récoltes rendait encore les bras plus nécessaires et plus précieux; mais alors aussi il était si difiicile de faire le bien, que ce décret, blâmé depuis ouvertement par Fin fâme Robespierre dans son dernier discours, fut paralysé par les dispositions qu'il contenait (2) » Nous sommes
(1) Moniteur, 24 thermidor Tan î! (t2 août 1794).
(2) Moniteur, 30 thermidor i*an II (dimanche 17 août 1794).
d'ajoater que René Levasseur appuya la motion jjijii^^Miok-MiàY^ et qu'il réclama énergiquement pour OrnSpfooi^BDdlt immédiatement la liberté aux paysans que ^;^y.9Bâb révolutionnaires détenaient en si grand nombre. vyJ Ces justes réclamations n'empêchaient pas les commis- ^jBébs réyolotionnaires de livrer chaque jour une foule .-^jADoopntes victimes à la hache du bourreau, ni les «ailés révolutionnaires de dénoncer et de faire jeter dans .l^^beacbots les personnes soupçonnées de ne pas aimer la ntM '^'Mp)!gie,ni les mesures les plus dures du régime despoiiiIDe d'être appliquées avec une rigueur exti*éme, telle ,,..^H fielaloi du Maximum (i).
*^i '^prétextes dont les proconsuls de la Convention et ^J kœs adhérents se servaient pour maintenir leur tyrannie, ^1 hent enfin céder à Tévidence et aux cris de détresse et fiïdignation d'une population entière. Le premier signe k retour de la justice fut la liberté rendue à quelques Jïisoimiers dans le cours du mois de septembre 1794 ; j/M "^'^de ce mois on ouvrit les portes de la maison d'arrêt des bénédictines de Laval au P. Liberge, capucin, à l'abbé (feRnéaulx et à Guyard, son domestique. Un mois plus tard, Je 46 octobre, on permit aux deux ursulines. M"" Châfean et Doré, de sortir de leur geôle, ainsi qu'à M"" Jouet, religieuse de Patience , à la sœur Angélique Mautolet , sœur de Saint-Laxare, à la sœur Croissant, de la Chapellem-Riboul, et à d'autres encore.
Le comédien Boursault-Malherbe, qui siégeait à la Convaition comme député de Paris, et qui avait beaucoup contribué à l'arrestation d'Esnue-Lavallée, fut envoyé dans nos départements de l'Ouest, pour y calmer l'agitation des esprits et réunir les opinions qui les divisaient. En arrivant dans la Mayenne, il réorganisa le tribunal criminel, puis cassa la commission militaire, et fit arrêter un certain nom-
(1) Journal des opérations du comité révolutionnaire du district de Ma^Hne, commencé le Î2 fructidor an II (8 septembre 1794). — Affi'^ dies du Mansj jaiUet et août 1794, p. 133 et suiv.
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bre (le terroristes, dont la présence suffisait pour enle toute sécurité aux esprits modérés. Mais les républicc moins avancés se plaignirent des exceptions qu*il a^ admises, et de ce que plusieurs de ces hommes de & avaient été laissés libres de parcourir le pays. Ses op< tions, d'ailleurs, se faisaient lentement.
Le 10 novembre, Boursault était à Lassay ; il y tint i assemblée du club dans l'église ; mais il y fit venir i compagnie de gendarmes. Après une allocution contr régime de la Terreur et contre ses agents, durant laquell fut plusieure fois interrompu par des signes d'assentim de la pai't de l'auditoire, il commanda aux gendarmes se saisir de Marat-Rigandière, de Volclair, de Potier France, et de La porte. Volclair et Laporte parvinrent i sauver, et ce dernier s'enfuit dans le bois d'Haudeville, il s'empoisonna, et où l'on retrouva plus tard son cadai Rigandière et Potier furent conduits en prison ; et représentant ayant demandé à l'assemblée s'il fallait k laisser, toutes les voix s'élevèrent pour crier qu'il l'ai les y laisser périr. Voyant celte unanimité, Bourse repartit le lendemain conduisant les deux prisonnier Laval. Volclair, poiu-suivi avec activité, fut aussi arr quelques jours après et renfermé dans la geôle de Lava
Le ii pluviôse an III (vendredi 30 janvier 1795) les i ministrations du district de Mayenne envoyèrent à la C vention l'adresse suivante. Elle fut lue dans la séance 16, au soir, au moment où le tribunal révohitionni avait déjà achevé le procès de Carrier, et poursuivait et de Fouquier-Tinville. Voici le texte de cette lettre (I):
a Les administrateurs du district de Mayenne à h
Convention nationale,
« A Mayenne, le 11 pluviôse, Tan III* de République une et indivisible.
a Citoyens représentants, les succès rapides et coi tants qu'ont eus toutes vos mesures depuis le 9 thermid
(1) Moniteur, 20 pluviôse an 111(8 février 1795).
snccès coaronnés par la conquête d'Amsterdam et de tonte la Hollande, attestent de la manière la plus éclatante qu'il n'est rien où ne puisse atteindre un gouvernement Wé sur la justice et sur la vertu.
« Nous vous envoyons un exemplaire que nous venons Retrouver delà circulaire écrite le 1** pluviôse, II* année, par Taccusateur public. près la commission militaire et rfnJutionnaire de ce département. Cette commission fiait créée uniquement contre les brigands que Tarmée de kVendée laissa dans ce pays, lors de son passage. Vous wrez avec horreur, dans cette lettre, et l'extension qu'elle donnait à ses pouvoirs, et l'impudence atroce avec Quelle elle requérait des victimes. Elle somme chaque ttiniléde surveillance et chaque municipalité du départenient de lui fournir des accusés et des témoins, à peine fmcarcération, c'est-à-dire à peine de mort, puisqu'alors «lue sortait de prison que pour aller à l'échafaud.
«Nous ne verrons plus de semblables horreurs ; la pre- Bi^des nations ne courbera plus, devant des scélérats et fe factieux, un front que la victoire ceint chaque jour de wnveaux lauriers.
«Salut et fraternité. » (Suivent les signatures.)
On lit ensuite la circulaire signée par Volclair, dont nous Wons donné pr^Mdemment le texte. A cette phrase : a En 'tftu des pouvoirs qui me sont délégués, je vous déclare que PWtoe commune n'existe qui ne contienne de ces monste (tolérants, fanatiques, fédéralistes, royalistes ou autres aristocrates). Toute municipalité ou comité de siu*veillance <pi ne fera pas traduire à la maison d'arrêt de son district te accusés, et qui ne ferait pas entendre contre chacun «n moins deux témoins de leurs dires ou actions, sera réputé les receler et les favoriser, et pour ce fait, se trouvera, à ma diligence, de jour ou de nuit, incarcéré sur mon réquisitoire : a un mouvement d'horreur et d'indignation, dit le Moniteur, se manifeste dans toute l'Assemblée. »
Après que le secrétaire eut terminé : arAssemblée, ajoute
la feuille olflcielle, frémit à la lecture de cette lettre; elle la renvoie au comité de sûreté générale. »
« Lecomte (député de la Seine-Inférieure) : Qu'est devenu cet homme? S'il n'est pas arrêté, je demande qu'il le soit. (Applaudissements.) »
Un député, que le Moniteur ne nomme pas : « Nonseulement cet homme^ mais eucore tous ses collègues dans la commission militaire, sont en état d'arrestation. (Applaudissements). On a beaucoup parlé ici des dépaiiements où la Terreur avait régné ; je puis assurer que nulle part elle n*a régné avec autant d'arrogance que dans celui de la Mayenne. C'est là surtout qu'on a persécuté ceux qui ont été soupçonnés d'avoir pris part à la mesure adoptée par différents départements de venir à Paris assurer la tranquillité de la Convention nationale; ceux qui ont pensé comme cela dans le temps étaient des hommes probes, qui pensaient qu'il fallait assurer la tranquillité de leurs représentants. Eh bien ! citoyens, c'est pourtant le prétexte qui a fait vexer, persécuter, incarcérer, condamner à mort un nombre considérable de citoyens de ce département. C'est en vain que les représentants du peuple qui y ont été envoyés ont voulu arrêter ce fléau dévastateur ; ils ont été dénoncés ; moi-même je l'ai été quatre fois par ces hommes dont les derniers forfaits viennent de vous indigner aussi justement. Voici une nouvelle désobéissance aux arrêtés émanés de vos commissions.
(( D'Autichamp (lisez de La Trémoille, prince de Talmont, comte de Laval) avait été pris. 11 devait être envoyé à Paris, l'ordre en avait été donné ; eh bien ! on le guillotina là-bas ; et bien plus, on mit sa tête dans de l'esprit de vin, et elle fut exposée sur la porte de sa maison. (Mouvement d'horreur). Tous ces coipiins seront jugés comme ils le méritent. Je demande l'insertion au Bulletin de la lettre lue, comme une preuve de l'approbation de la Convention : c'est ainsi que vous encouragerez les honnêtes gens à vous dénoncer avec courage les coquins, les scé-
lératsqui les ont si longtemps opprimés ou assassinés. (On applaudit pendant longtemps.) p
On voit par cet extrait du Moniteur que le député anonyme qui parle contre la commission révolutionnaire de la Mayenne confondait dans ses souvenirs des faits trèsdistincts. Ce que nous avons dit précédemment suffît pour rétablir la vérité. Il n'osait peut-être pas, d'ailleurs, dénoncer ouvertement un de ses collègues, et probablement un de ses compatriotes. Enfin le corps municipal de Lavai, éleva la voix, pour accuser devant la Convention le proooosul qui avait fait gémir tout le département de la Mayenne sous une si cruelle tyrannie. Mais il est trèsimportant de rapprocher les dates.
Robespierre était tombé le 9 thermidor (27 juillet i79i) et ce fut seulement le 5 floréal an lU (24 avril i 795) que les habitants de Laval reprirent assez d'assiu*ance poiu* faire connaître l'odieux auteur de leurs maux. Voici donc ce qui se lit dans le compte-rendu de la séance de la Convention du 5 floréal an III (1).
f La commune de Laval (département de la Mayenne) >ient dénoncer les horreurs commises dans leur ville par le représentant du peuple Esnue-Lavallée; ils demandent ensuite que la Convention fasse enfin punir les scélérats, complices de ce représentant, qui, au mépris des ordres da représentant du peuple Boursault , qui avait arrêté qu'ils seraient incarcérés, jouissent encore de leur Uberté. I La Convention nationale renvoie au comité de sûreté générale la dénonciation faite contre Lavallée, et au comité de législation la demande faite contre les autres indindus, pour y faire droit. »
Quelque fondée que fût cette dénonciation d'une commune importante "parlant par la bouche de ses représentants naturels, des autorités constituées ^ elle n'am^ait peotétre pas obtenu l'arrestation de l'auteur de tant de crimes, si le représentant Defermon ( d'Ille-et- Vilaine )
0) Mtmiteur, 8 floréal an III (lundi 28 avril 1795).