‹ L'église du Mans durant la RévolutionChapitre 19 sur 104 · HT. - U · texte numérisé non relu

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SIO UÉGLISE DU MANS

n*avait élevé la voix dans là séance de la Convention du 5 prairial (dimanche 24 mai 1795). « Puisqu'on parle de Rossignol, dit-il, je dois citer un fait dont malheureusement Tatrocité doit retomber sm' un de nos collègues, Esnue-Lavallée.

« Pendant ma proscription, je vis un de mes anciens collègues de l'Assemblée constituante, Enjubault-Laroche; il avait fui Laval, son domicile ordinaire, pour se retirer dans une campagne et éviter les recherches d'Esnue-Lavallée. Cependant Tarmée de Talmont était entrée dans Laval, et n'avait point pillé la maison d'Enjubault. Il me dit alors : « Si je ne parais pas à Laval, on me croira complice de Talmont. »

« Il quitte sa retraite, trouve sur sa route Esnue-Lavallée, et lui demande s'il peut sans crainte aller à Laval. Celui-ci l'en assure, le fait monter dans sa voiture.

a A peine sont-ils à Rennes, qu'Enjubault se voit attacher les mains derrière le dos, et jeter dans un cachot. Il écrite Paris pour obtenir un jugement; il fait solliciter dans tous les comités, avec la confiance et la simplicité d'un honnête homme qui croyait encore à la justice. 11 ne reçoit point de réponse ; et, peu de temps après, Esnue- Lavallée écrit à Rossignol que la tète de Talmont figurera bien entre celle d'Enjubault-Laroche et d'un citoyen Jourdan, qui avait aussi des principes de probité; et Rossignol signe l'ordre de transférer Enjubault à Laval.

« Cet honnête citoyen y perd la vie, et sa tête est placée au bout d'une pique, sur la porte de la maison que sa femme habitait.

et Pour toutes pièces de jugement, il n'existe que l'ordre de Rossignol.

a Citoyens, voilà les hommes qui, par des mesures forcenées, des pillages, des profanations d'églises, des vols, la crapule la plus basse, ont, dans la ci-devant Bretagne (et le Maine), fait tant d'ennemis à la République, à laquelle ils attachaient, par leur conduite, l'idée de la destruction de tout ordre social. »

DURANT LA RÉVOLUTION. tli

A la suite de ce discours TAssemblée décréta l'arrestation d'Esnue-Lavallée et de Rossignol, o au milieu des plus vifs applaudissements (i). »

Deux mois et demi après cette arrestation, une nouvelle accusation vint peser sur Esnue-La vallée. Le 21 thermidor an II! (8 août 1795), la Convention venait de rendre un décret d'arrestation contre Lequinio (du Morbihan), dont nous avons parlé ; Lesage (d'Eure-et-Loir) monte à la tribune et dit : a Ce décret ne suffit pas : Lequinio était accusé d'assassinat ; il en est convenu lui-même; il est accusé de vol ; il n'a pas répondu sur ce fait, dont à la vérité il n'avait pas connaissance. Gela n'cmpéche pas que la Ck)nvention ne doive le faire constater ; c'est une précaution dont le décret d'arrestation porté contre Esnue-Lavallée a prouvé la sagesse ; car lors de l'apposition des scellés on a trouvé chez lui des calices, des ciboires, des patènes, des

chasubles très-riches. (Mouvement d'indignation) o

Les orateurs qui suivirent prouvèrent que Lequinio avait dérobé deux barriques remplies de l'argenterie des églises de Rochefort et des environs. En constatant l'immoralité de ces proconsuls, on comprend pour quelle raison ils proscrivaient la religion chrétienne. La vue du moindre signe r^gieux réveillait en eux des craintes trop intolérables.

ACraon, Jacques- Anne-Nicolas Chartier, qui était parvenu à la tète de l'administration, avait créé dans les plus mauvais jours une société populaire qui effrayait tout le monde par ses principes ultra-jacobins, et qui faisait subir les plus dures vexations à quiconque passait pour religieux, aristocrate ou modéré ; on se contenta de saisir ses armes; encore lui furent-elles rendues le 17 vendémiaire an IV (9 octobre 1795.)

Au Mans, ime réaction, ou plutôt un retour à un régime moins violent, se faisait sentir peu à peu; car là encore l'ordre renaissait lentement. Cependant une certaine sécurité réjouissait les esprits toujours disposés à saluer avec

(1) Moniteur, 10 prairial an lil (29 mai 1795).

9ia L'ÉGLISE DU MANS

empressement les plus faibles lueui^s d'un avenir moins sombre. On lisait dans un journal du Mans (i), sous la date du 25 fructidor an III (vendredi il septembre 1795) ces réflexions naïves, et cependant très- significatives, lorsqu'on considère qu'elles ont été écrites quatorze mois après la chute de Robespierre. « Les assemblées primaires ont eu lieu le 20 de ce mois ; dans toutes les sections, la nouvelle Constitution y a été acceptée à l'unanimité. On a procédé de suite à la nomination des électeurs; et l'on voit avec plaisir que le scrutin n'a donné que des citoyens probes dont le patriotisme, soutenu depuis 4789, ne s'est point déshonoré sous le règne de la tyrannie. Cette nomination est un pronostic heureux pour le choix qu'ils feront des membres de la nouvelle législature. Voici leurs noms : les citoyens Menard-Lagroye, Laudreau, Mortier-Duparc, Varossmn, Livré, Goupil, Ysambart, Chenon-Beaimiont Thoré, Guy, Lefaucheux, Rousseau.

« Après trois ans de troubles et d'anarchie, nous allons donc reposer sous l'égide de la Constitution. A l'arbitraire des volontés individuelles va succéder la volonté légale de tous. 11 est temps que le règne de la justice succède aux horreurs de l'anarchie I d

C'était beaucoup se hâter que d'embrasser ainsi avec pleine confiance les premières apparences ; la Convention se chargea d'y donner bientôt un éclatant démenti. Avant de se séparer pour faire place aux conseils des Anciens et des Cinq-Cents et au gouvernement du Directoire, elle prononça une amnistie qui rendit à la liberté tous les hommes de sang dont l'existence était une menace continuelle pour des iniUiers de citoyens irréprochables. Defermon (2), qui avait fait arrêter Esnue-LavaUée^ ré-

(1) Âffichet du Mans, 1793.

(2) Defermon ayant été accusé par Levasseur (de la Sarthe) à& complicité avec les girondins, fut obligé de se cacher durant dixhuit mois en Bretagne; et il ne reparut à la Convention que le 8 décembre 1794. Durant ce temps il eut de nombreuses relations dans le Maine.

clama contre une mesure trop générale qui allait à amnistier le vol et la concussion. Il dit donc : « Ce n'est pas sans suprise que j'ai entendu faire la proposition qui vous occupe (celle de l'amnistie pour les représentants du peuple prévaricatem^). Sans doute, si ceux que Ton réclame n'étaient arrêtés que pour de simples opinions, nous démons prononcer sur leur sort ; et encore ne pourrionsnous pas les ti-aiter plus favorablement que les autres citoyens ; mais qu'on se rappelle qu'il n'y a pas seulement contre certains d'entre eux de simples présomptions, mais <fes preuves écrites de vol

« Charlier : U faut juger ceux-là.

t Defermon : Je ne veux pas que le soupçon plane injustement sur la tête de qui que ce soit; mais ce n'est pas sans suprise que j'ai vu dans les corridors de la salle un homme qui a entendu retentir dans cette enceinte un procès-verbal constatant qu'il avait été trouvé dans son linge (les morceaux de vases sacrés (i) »

Après ime discussion assez vive, l'Assemblée prononça l'amnistie le 4 brumaire an IV (lundi 26 octobre 1795). 11 semble que les administrations de notre pays avaient prévenu ce décret, puisque, dès le 9 octobre, elles rendaient les armes à l'un des terroristes les plus signalés de la contrée.

(1) Momtew^ 14 brumaire an III (5 novembre 1795.)

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