CHAPITRE I
Les chefs de la révolution thermidorienne entendent continuer le régimede la Terreur à leur profit, et sont trompés dans leurs espérances.— .Situation difficile dans laquelle se trouve l'Église. — Le club des jacobins est fermé. — Les sociétés populaires languissent et périssent. — L'Église schismatique commence à se relever. — Son état misérable dans la Sarthe et dans la Mayenne. — Position du clergé schismatique vis-à-vis de l'Étal. — Jacques Prudhomme reparaît au Mans, et signe la première encyclique des évéques réunis.— Jacques Lefessier pousse Prudhomme à se montrer, et publie une lettre remplie de calomnies. — Réunion des prêtres schismatiques au Mans; ils publient une exposition des principes. — Cinq ou six prêtres schismatiques tués par les insurgés. — Accusation portée contre le clergé catholique. — Prudhomme officie dans l'église cathédrale. — Il refuse d'adopter la liturgie parisienne. — Petit nombre du clergé constitutionnel. — Manifestations du sentiment religieux nu Mans. — Ouverture des églises à Vilaines-la-Gonais, Ballon, Saint-Mars-sous-Ballon. — Nombreuses rétractations. — Prêtres catholiques qui s'emploient spécialement à la réconciliation des prêtres jureurs. — Julien Uayes àe la Sorière. — Réitération du baptême. — Pratique di-
ai6 L'ÉGLISE DU MANS
verse pour la réconciliation des jureurs. — Emmanuel Coupé. — Maihurin Fortin. — Julien-François Le Mesnager et autres.— Prêtres devenus missionnaires après leur rétractation. — Joseph Martinet. — Louis-Marin Léon de la Touche. — François Deiay. — Dangers qui menacent les prêtres rentrant dans Tunité. — Le clergé catholique reparaît dans les campagnes^et rentre en beaucoup d*églises. — Grand nombre de prêtre^ déportés rentrent en France. — Délivrance c|es prêtres détenus à Rochefort, Bordeaux et Rambouillet. — Récit d'André Dubuisson.
La révolution du 9 thermidor amena la fin du règne de la Terreur et de la dictature ; mais ce fut un résultat tout à fait inattendu des comités, « qui avaient sacrifié Robespierre comme celui-ci avait sacrifié Danton, parce qu'il voulait adoucir et modérer la Révolution ( 1 ) . » Après la mort du despote, les chefs du mouvement thermidorien espéraient imprimer une énergie nouvelle au gouvernement révolutionnaire et au régime de la Terreiu* ; mais il en arriva tout au contraire de leurs espérances, a Les terroristes et leurs doctrines avaient survécu à Robespierre, dit Napoléon (2) ; mais la victoire n'avait pu se remporter sur les jacobins et la commune que par l'appel à tous les citoyens, de sorte que pour la masse de la bourgeoisie et du peuple, la mort de Robespierre était la mort du gouvernement révolutionnaire. Toute la nation cria que la journée avait été contre la tyrannie ; et cette croyance la fit finir. 0
Pressés par l'opinion publique, les membres de la Convention, ceux mêmes qui avaient siégé à la Montagne et qui avaient espéré voir un régime plus expéditif dans l'œuvre de la Révolution, c'est-fi-dire de la destruction absolue du passé, se virent contraints à prendre des mesures entièrement opposées à leurs principes. De là, une contradiction et une alternative très-significatives dans
(i) Mémorial de Sainte- Hélène, t. IV, p. 269. (2) Ibidem.
les décrets émanés de FAssemblée, et une situation trèsembarrassante pour l'Église et ^s ministres. Aussi c'est une chose étonnante pour un esprit réfléchi que le dédain avec lequel beaucoup d'historiens traitent celte partie de la période révolutionnaire : à leurs yeux tout semble fini du moment que la hache du bourreau ne fonctionne plus avec la même activité ; mais l'ère des martyrs n'était pas femiée, ainsi que nous le montrerons par de nombreux exemples; et de grandes leçons restent encore à recueillir. La Convention sembla un moment vouloir tarir la source de l'anarchie. Le 10 octobre, elle adopta une loi qui portait un coup mortel au club des jacobins ; elle Tabandonnait aux traits de la a jeunesse dorée, » chef de file des réactionnaires; et un mois plus tard (11 novembre) eDe faisait fermer, par autorité^ la salle des réunions. Si cette vigueur avait été soutenue, on aurait vu la sûreté et la paix renaître bientôt dans tout le territoire français. Aussitôt, en effet, les clubs commencèrent à languir partout et à disparaître peu à peu : dans nos départements de la Sarthe et de la Mayenne, les chefs révolutionnaires, qui considéraient avec raison ces sociétés comme la clef de voûte de leur système, essayèrent de les régénérer précisément à la même époque, durant les mois de novembre et de décembre; mais leurs eifoiis n'obtinrent qu'un bien faible résultat ; ceux mêmes qui avaient sacrifié des sommes considérables pour former ces associations, refusaient désormais d'y paraître ; les réunions attestaient le discrédit où elles étaient momentanément tombées, et quelques-unes cessèrent entièrement d'exister. C'est ce qui arriva à la société des sans-culottes de Mayenne : au commencement de janvier 1795, elle comptait encore deux cent deux membres, et le 23 du mois suivant elle déclarait qu'elle cessait de se réunir, parce qu'il n'y avait plus personne (pli voulût venir à ses séances. Au Mans, Timoléon (Rigomer) Bazin ne trouvait que trente habitants dans toute la ville qui voulussent signer une pétition contre les cloches des églises. C'était à la fin de décembre 1794.
Les églises commençaient donc à s'ouvrir de nouveau h cette date; mais c'était seulement en faveur du clergé constitutionnel. L'Église schlsmatique néanmoins au commencement de 1795 paraissait presque détruite; quarante sièges épiscopaux, c'est-à-dire la moitié, étaient vacants par mort, mariages (i) ou apostasie, ou encore abandonna par les titulaires qui avaient pris d'autres fonctions; le reste était menacé d'une dissolution prochaine, lorsque Grégoire vint à son secours, forma la société des réunis, établit des correspondances, engagea quelques évoques à reprendre leurs fonctions, créa des presbytères, organisa des synodes, frappa à toutes les portes, usa de tous les moyens, et parvint, pai* une activité prodigieuse, à redonner quelque existence à im parti qui n'avait plus qu'un soufQe. Il rédigea deux encycliques en 1795, et une foule d'autres écrits qui eurent une malheureuse influence dans le Maine. Sa position de membre du corps législatif lui donnait plus d'autorité encore ; et il en usa pour retenir dans le schisme beaucoup de prêtres qui seraient rentrés dans le sein de TÉglise véritable, s'ils avaient été laissés à l'impulsion de leur conscience.
Le parti du schisme constitutionnel était au moins aussi désespéré dans le Maine que dans les autres parties de la France. Pas un homme d'une valeur personnelle un peu remarquable ne lui était resté attaché. Au Mans, Jacques Pmdhomme, après son apostasie, s'était prudemment retiré à la campagne, où il cherchait à se faire oublier; ce n'était pas, d'ailleurs, une tête capable de relever et de conduire une secte ; les deux seuls vicaires épiscopaux qui auraient pu lui donner un secours efficace par leurs talents et leur activité, avaient pris le parti de se marier, et occupaient des positions entièrement séculières ; Roustel était
(l; Les évoques mariés étaient : Lindet (Eure), Massieu (Oise), Porion (Pas-de-Calais) , de Jarente (Loiret) , Torné (Cher) , Laurent (Allier), Ponlard (Dordogne), Joubert (Charente), Dumouchel (Gard), et Talleyrand (Saône-et- Loire).
devenu procureur-général-syndic, puis accusateur pubi ic, c t Maguin, garde-magasin, en attendant qu'il parvint au poste de oonunissaire du directoire^ où nous le retrouverons. Pierre- André Ledru et Thomas-Jean Pichon n'étaient pas dispcfêés à sortir du repos indispensable à leur vieillesse, quoique, d'ailleurs, ils manifestassent plus d'attachement poor la Constitution civile que poiu* la religion elle-même : oûotradiction qui ne peut s'expliquer que par les faux principes qu'ils suivaient depuis longtemps.
Le prétendu diocèse de la Mayenne se trouvait dans une atnation non moins désespérée : Gabriel Villar siégeait à la ÛQDvention, et refusait de répondre aux instances que ses partisans lui adressaient pour le rappeler à leur tête : il avait évité l'apostasie, et il aurait été l'un des membres de Tépiscopat schismatique qui auraient fait le plus d'honneur aucorps, s'il avait consenti à s'y rattacher; mais il ne donnaitde signe de vie que par un rapport très-républicain qu'il lot à la Convention le 25 vendémiaire (17 octobre 1795), SOT la bibliothèque du roi, devenue bibliothèque nationale (i). Le lettré semblait tout oublier pour les premiers objets qui avaient captivé son imagination, les lettres et le iant4>me d'une république à l'instar de Rome et de la Grèce. Comme au Mans, les membres les plus distingués du conseil épiscopal s'étaient empressés d'apostasier et de 96 marier. U ne restait d'hommes capables de conduire un parti que Charles-François d'Orlodot, curé intrus de Saint- Vénérand, et Louis-Julien Létard, curé de Cossé-le-Vivien. Ce dernier s'était retiré durant les plus mauvais jours de laTerreur à Troyes, et il y avait établi un magasin de toiles; il revint de bonne heure et rentra dans sa paroisse, où il comptait de chauds partisans. U dut pourtant se retirer à l^val par la crainte des chouans, ennemis des constitufoimels, et ne reparut à Gossé-le-Vivien que durant les ^urts intervalles de paix. Le curé de Saint-Vénérand avait continué ses fonctions jusqu'à la fin de décembre 1793 ; il
l*) Moniteur, 30 vendémiaire an IV (22 octobre 1795).
s'était ménagé des amis dans tous les camps ; ce qui lui permit de se montrer des premiei'S, en annonçant qu'il voulait reprendre son poste (i). Ce turent ces deux hommes qui rétablirent sur sa base chancelante l'édifice de l'Église constitutionnelle dans la Mayenne.
La position de cette Église était complètement changée : d'abord elle ne s'était soutenue que par l'appui du gouvernement civil ; n'avons-nous pas vu quels efforts les magistrats du temps prodiguèrent pour rétablir ? Elle n'avait plus le même soutien : la république ne reconnaissait plus aucun culte ; mais elle laissait la liberté provisoire à ceux qui voulaient en pratiquer un. Elle accordait même une pension aux membres du clergé qui déclaraient recon-. naître ses lois et s'y soumettre ; mais elle n'en salariait aucun pour les fonctions qu'il pouvait remplir : elle déclarait ne pas s'en occuper.
Cependant Jacques Prudhomme commença à reparaître timidement au Mans ; le séjour à la campagne ne lui paraissait plus sur; car elle était toute occupée par les chouans. Il crut devoir se loger dans un petit hôtel garni de la rue Thionville, et eut soin de se faire délivrer tout aussitôt un certificat de civisme sur l'attestation de deux citoyens de la classe la plus infime. Le premier signe qu'il donna comme membre de l'épiscopat constitutionnel re-
(1) Le 13 messidor an III (1" juillet 1795), D'Orlodot ex-curé, de Saiot-Véaérand^ demande au direcloire du département de la Mayenne la somme de 2,250 francs pour les trois derniers quartiers de son traitement de curé pendant la deuxième année républicaine, à raison de 3,000 francs par an, et celle de 800 francs pour la troisième année entière, prix de la pension à laquelle il a droit, n'ayant pas encore cinquante ans. Le directoire répond que d*0rlodot ayant continué ses fonctions la majeure partie de la deuxième année républicaine, et n'ayant pas été payé depuis le dernier frimaire de ladite année (20 décembre 1793), recevra 750 francs pour traitement du trimestre de nivôse jusqu'au 1®' germinal suivant, époque à laquelle le traitement particulier des curés a été supprimé; et à partir de cette dernière époque il a droit à 800 francs de traitement par an.
DURANT LA RÉVOLUTION. Mi
eoostitné, fut d'adhérer à la lettre encyclique des réunis (htéeduâ5 ventôse an III (dimanche 15 mars 1795). Sa agnature est ainsi conçue : J.-G. R. F. Prudhomme,évèque k diocèse de la Sarthe, au Mans. Jacques-André-Simon Uksàer, évéque du diocèse de l'Orne, à Séez, souscrivit ^ealemeDt(i); et l'on voit que malgré leur haine pour /'aDcien ordre de choses^ ces novateurs cherchaient dès i«s à s'en rapprocher dans les formes. Peu à peu ils en norent à supprimer le nom ridicule du département, et à h ta ils ne prenaient plus que le nom de la ville épiscopale, comme les prélats catholiques le pratiquaient depuis de longs siècles. Ce fut Grégoire qui leur donna encore cet exemple. Mais ce qu'il y a de vraiment étonnant, c'est l'audace de ces hommes dont l'apostasie est attestée par les «Jcicuinents les plus authentiques, et qui osaient dans leurs le^tlres pastorales, et dans leur journal se mettre au nombre ^prêtres toujours fidèles à la religion (2). Plus entretenant et plus jeune que l'évêque de la Sarthe, Jacques l^ier le pressait de se mettre en avant. Lui-même il pttUiadès le 26 germinal (15 avril) une lettre pastorale iQ(Hns destinée à édifier les fidèles de sa communion qu'à Qciter la persécution contre les catholiques. 11 y déplore dialeureusement les maux occasionnés par les prêtres en communion avec le Saint-Siège, qu'il nomme des réfracto^, et qu'il désigne clairement comme les fauteurs de la goerre des chouans. 11 ajoute : a Nous avons concouru à établir notre sublime Révolution. Sans doute nous n'avons pas à nous glorifier de sa reconnaissance. C'est à nous à la consolider. Nous le ferons; je m'y engage, moi, jusqu'à ma tète inclusivement. Ce langage est celui des évèques et des prHres qui, en grand nombre, sont restés fidèles à Dieu et à la patrie (3). » Ce chef-d'œuvre d'imposture, de calomnies
(1) Annales de la Migion, 1. 1, p. 60. (î} Ibidem.i. I, p. 551 ; t. 11, p. 97.
(3) Ibidem^ U I, p. a? ; t. II, p. 91. ^Lettre pastorale, etc, in-4« de U pages.
et de jactance éhontée lut adopté par le parti, q donna toute la publicité possible.
Les prêtres assermentés du diocèse de la Sarthe i rent point un ton de vanterie aussi ridicule dans le feste qu^ils crurent devoir publier au mois de mai. floréal (samedi 2 mai), ils s'étaient réunis au Mans av< évêque en une conférence ecclésiastique, pour avis< moyens de relever leur parti aux abois : l'expédient d s'avisèrent fut de rédiger ime exposition de pri qui parut peu de temps après, et qu'ils répandirent qu'ils purent. Il est permis de croire que la phin tenue par Michel-Charles-François Monrocq, qui dui Terreur s'était établi libraire au Mans, et qui d'aill publié d'autres écrits. Deux années d'expérience, c ils, ont prouvé que l'athéisme ne pouvait que eau malheur des peuples. Pour les rapprocher de la rel ils leur exposent les principes d'après lesquels ils si conduits durant le cours de la Révolution. La soun aux lois est le premier devoir des prêtres qui d donner l'exemple du patriotisme. L'Assemblée ( tuante chargée de régénérer l'empire a exigé le serir promulgué la Constitution civile du clergé, qui ra l'esprit des temps apostoliques, et est destinée à le rei en vigueur, en réduisant les ministres de la religio simplicité primitive, et rétablissant l'ancienne discî Ils expriment une grande horreur pour la perséci mais c'est encore là un de ces abus de langage par le on détourne entièrement le sens des mots, dans le bu troduire des idées fausses ; par persécution ils foi tendre le recours à la voie de coercition dont l'É reçu de son divin fondateur le droit de se servir. Toi ils évitent de s'exprimer clairement. Enfin la pi renaître; la liberté et la religion vont refleurir. La ] des cultes décrétée par l'Assemblée fait toute leur espé Mais à ijcine cette première lueui* d'un avenir m» s'est-elle montrée, que la persécution a repris son pour eux prêtres patriotes; déjà plusieurs d'enti
DURANT LA RÉVOLUTÎON. ««8
ont payé de leur sang le dévouement religieux qu'ils avaient montré à la patrie, tandis que d'autres prêtres leur reprochent leur soumission aux lois. Pour prouver qu'ils ont dû se soumettre, ils citent des textes de saint Augustin et de saint Isidore de Séville auxquels ils prêtent un faux sens. Ils adhèrent à la Déclaration promulguée par les éfêques réunis à Paris au nombre de cinq, le 15 mars 47^ ; déclaration à laquelle se sont rattachés dix autres prélats qui n'étaient pas présents, entre autres Jacques Fradbomme ; et c'est là ce qu'ils appellent les évêques de France. Us finissent par exhorter les prêtres catholiques à se réunir à eux, en gardant chacun son opinion (i).
On vient de voir les ministres de l'Église constitutionnelle du Mans se plaindre de la persécution qu'ils éprouvaient ; et il est vrai que cinq ou six d'entre eux furent mis à mort par les chouans; mais tout en détestant l'action de ces derniers, nous sommes bien obligé de reconnaître qu'elle avait été provoquée par la conduite de ces prêtres schismatiques, qui avaient été les plus empressés à dénoncer les prêtres fidèles et les royalistes , à conduire les colonnes mobiles contre eux, et souvent à présider en personne et à encourager des exécutions sanglantes. De tous les eccléâastiques jureurs qui reçurent la mort de la main des insurgés, pas un ne pouvait se dire exempt de participation plus ou moins ouverte à la guerre ou à la persécution. Les partisans du schisme n'en poussèrent pas moins des cris d'alarme contre ces représailles qui sont les tristes suites de l'état de guerre ; ils firent tout ce qu'ils purent pour provoquer les sévérités les plus outrées du gouverne-
(l) Exposition des principes catholiques des prêtres assermentés ^département de la Sarlfie... Imprimé chez Monnoyer, et se vend thez leC. Mouray, vis-à-vis Saint-BeDoit. ln-8 de 16 pages. — Annaiadela Religion, t. 1, p. 253 ; t. II, p. 102.— Les auteurs de cette âécUratioQ réimprimèrent au Mans peu de temps après une lettre âe Claude Le Coz, métropolitain de l'Ouest, à Rennes, par laquelle il invitait les [irétres non assermentés à se réunir à lui.
ment. Ce qu'il y eut de plus odieux dans ce manège, c'est qu'ils cherchèrent à faire retomber la responsabilité de ces meurtres sur les prêtres en communion avec le Siège apostolique. Leur journal, les Annales de la Religion^ est rempli de cette calomnie cruelle ; et Rangeard, ex-constituant, curé jureur d'Andard, qui s'était mis à la tête d'un petit troupeau de schismatiques poiu* organiser le presbytère de Maine-et-Loire, ne craignit pas de dénoncer nommément les prêtres fidèles des diocèses d'Angers et du Mans (1).
Peu à peu Jacques Prudhomme s'enhardit, et il osa reprendre son rôle d'évêque usurpateur. Le journal du Mans, les Affiches, annonça même une cérémonie qu'il avait faite dans l'église cathédrale. Voici ses expressions : « An III, 29 prairial (14 juin 1795), M. Prudhomme a fait une célébration solennelle dimanche dernier à Saint-Julien. » Ce dimanche était celui dans l'octave de la Fête-Dieu, et il est probable que c'était à l'occasion de cette solennité si populaire, qu'il reparut avec ses insignes épiscopaux.
11 résista, du moins, à une proposition de ses collègues les évêques réunis qui engagèrent toutes les ÉgUses de leur communion à adopter la liturgie parisienne du xvni' siècle, et qui publièrent à leur imprimerie-librairiechrétienne, dirigée pai* l'évêque Desbois, de la Somme, sous le nom de Missale Gallicanum le Missel de Paris, de 1736 (2).
Dans toutes leurs publications, les constitutionnels de la Saiihe et de la Mayenne évitent avec le plus grand soin de spécifier leur nombre ; et tout porte à croire qu'il était trèspetit à cette époque. Outre ceux qui avaient complètement apostasie, et qui affichaient l'impiété, tous ceux qui s'étaient mariés avaient éclairci leurs rangs ; mais ce qui contribua surtout à les réduire, ce furent les rétractations de tous
(1) Annales de la Religion, 1. 1, p. 67, 02 et 9A.
(2) Ibidem, t. I, p. 206. — Dom Guéranger, Institutions liturgiques, t. Il, p. 620.
ceux qui avaient été entraînés de bonne foi ou par peur dans le schisme. Quoique très-faibles de toutes manières, ils ne laissaient pas de nuire beaucoup au clergé fidèle, en 8emant partout la déûance contre lui, et en entretenant les dispositions hostiles des administrateurs. C'est surtout dans leurs relations intimes que les autorités laissaient percer cette haine contre le christianisme. Dans un message du 45 thermidor an 111 (2 août 4795) les administrateurs du département de la Sarthe ordonnent au général de brigade Brouville de faire arrêter deux hommes, Tun à Puntlieue, l'autre au Mans, et ils ajoutent : « 11 serait peutêtre nécessaire que les arrestations ne se fissent que demain ; car le ci-devant dimanche est encore fêté par les chouans et ceux qui leur ressemblent (i). » 11 fallait que le sentiment religieux de la population fût bien prononcé, pour imposer à ce point à des hommes parmi lesquels se tr(»uvaient plusieurs renégats.
Ainsi que l'ont constaté tous les historiens, l'opinion publique entraîna les chefs du gouvernement, tous ceux en qui résidait une autorité publique quelconque, et qui étaient presque tous des hommes d avant le 9 thermidor, fl y eut cependant des localités où la magistrature essaya d'entraver le mouvement ; mais elle n'eut qu'à se repentir de cette tentative. On peut en juger par ce qui se passa dans trois paroisses de la Sarthe. Dans le petit bourg de Vilaines-la-Gonais, près de La Fei*té-Bernard, l'église demeurait encore fermée au mois de mars par l'influence de quelques particuliers; le 25^ fête de l'Annonciation (i), toutfô les femmes se réunirent, allèrent en troupe arra-
(1) Archives de la Sarthe, i3. L. 10.
(i) SeloDd^uutres renseignemeots^ cette émeute eut lieu le ÎOmarg. U coré Jeao-Reoé Barré fit le seroieot. Il envoya au district (14oct. ^; QD soleil, deux calices et une custode. On vendit les ornements *Qr la place publique le 1" floréal an II (20 avril 1794). Le 27 frucli- <ioraa II (14 sept. 94), il signait encore curé, et achetait sou presby-
^^- Le 15 septembre 1795, il déclarait à la municipalité vouloir
^pfeudre ses foucLions et se soumettre aux lois de la République.