JUSTICE, HUMANITÉ
a Au nom du peuple français.
« A Alençon le 44 ventôse l'an III de la République française, une et indivisible.
« Le représentant du peuple dans les départements de rOme et de la Sarthe,
a Informé qu'il est beaucoup de nos frères que leur éloignement de leurs foyers doit moins faire regarder comme ennemis de leur patrie que comme des citoyens égarés ;
a Considérant qu'on ne doit ménager aucun des moyens de les instruire de l'accueil que leur feront les autorités constituées, lorsqu'ils marqueront quelque repentir et le désir d'obéir aux lois de la République ;
a Attendu les bons témoignages rendus au civisme et à la moralité de François Guillais, greffier du tribunal du district de Domfront;
a L'autorise à ramener dans leurs communes tous ceux des citoyens qui lui marqueront quelque désir de se rapprocher de leurs frères et de vivre avec humanité et soumission aux lois ;
a Le charge de recommander aux autorités constituées
(1) Archives du département de l'Orne. Registres des délibéra lions du directoire du district de Domfront.
SOUS la surveillance desquelles ils se ti^ouveront, de les faire
respecter dans leur personne^ leurs propriétés et leurs
opiDions religieuseSt
Signé : Dubois-Dubais. »
Quelques jours après cette proclamation la réconciliation entre les chouans et les républicains était accomplie. Le 21 mars, deux chefs des insurgés vinrent au Mans ; le maire, le commandant de la place et tout Tétat-major allèrent les chercher à leur auberge, les conduisirent à l'hôtel de ville, leur faisant l'accueil le plus sympathique, et leur donnant l'accolade fraternelle. Les deux chefs prirent la cocarde tricolore, et parcoururent les rues à cheval, accompagnés de la municipalité, de la garde nationale, de la garnison et d'une musique guerrière. Ils répétèrent plusieurs fois les cris de Vive l'union et la paix I Mve la République ! Ils promirent ensuite de parcourir les campagnes pour y annoncer la paix, et ils déclarèrent qu'ik se rendraient pour le 1 0 germinal (30 mai*s) à Rennes, (Jù la paix générale devait se conclure. Elle fut arrêtée, en effet, le 48 avril, à la Mabilais, près de Rennes, et signée par le général Hoche et les chefs des chouans. Déjà la pacification était accompUe avec les Vendéens, et leurs généraui avaient publié une proclamation qui fut réimprimée au Mans, promulguée et affichée dans la ville et dans les campagnes par ordre des administrateurs. Remarquable à plusieurs points de vue, cette proclamation l'est surtout en ce qu'elle présente comme principal et presque unique motif de poser les armes^ la liberté promise à la religion catholique romaine. En promulguant cet acte dans le département de la Sarthe, les membres du directoire reconnaissaient de la manière la plus authentique que la cause de l'insurrection dans le Maine, était la m(^me que dans la Vendée. C'est ce que le représentant Dubois-Dubais alïirma de la manière la plus positive, dans une proclamation au commencement du mois d'avril. 11 dit que les chouans se sont armés contre la République, parce que leur foi religieuse
SftO L'ÉGLISE DU MANS
était attaquée par celle-ci. Il promet une vraie liberté ( cultes ; mais il ne veut pas que les communes puis» s'emparer de leur autorité privée des églises, qui sont, ( il, devenues propriétés nationales. Dans le département la Mayenne, les membres de l'administration n'avaient un autre langage : le 9 floréal an III (28 avril 4795), consi rant que la Proclamation des chefs de Tarmée catholic royale de Bretagne aux habitants des campagnes, e1 Lettre chrétienne d'un prêtre de la ci-devant Bretag adressée aussi aux habitants des campagnes, étaient ti propres à favoriser la pacification, ils firent imprimer m exemplaires de la première, et quinze cents de la secon pour les publier et afficher dans tout le département. Ei dans un rapport fait à la Convention le 12 floréal (1" ra le représentant Ruelle, l'un des négociateurs de la pac cation, fit voir par des faits combien les dispositions chouans étaient sincères, et combien ils étaient enne des brigandages qu'on leur attribuait faussement (1).
Obéissant à l'impulsion générale, les administrations la Sarthe, de la Mayenne et de l'Orne, qui durant le ii de février, vendaient encore les biens des prêtres déten déportés ou émigrés, et ceux des fabriques et des hôpita cessèrent dès le mois d'avril ces opérations auxque l'esprit public répugnait de plus en plus. On avait b les donner pour des valeurs évidemment dérisoires ; on trouvait pas d'acquéreurs. Le district de Domfront ess en vain de louer les presbytères et les jardins attac aux demeures des ecclésiastiques : personne ne voi accepter lesofiFres' avantageuses qui étaient faites. Au n de mai, ces ventes avaient été suspendues dans les tj départements.
Il est vrai que la conduite des administrateurs ne fut entièrement uniforme sous ce rapport comme sous j sieurs autres. Tandis que les administrateurs du dépa] ment de la Mayenne autorisaient les captifs de Ramboui
(1) Moniteur, 20 floréal an III (12 mai 1795).
DUBANT LA RÉVOLUTION. Ui
iwins à la liberté, à faire lever les scellés apposés sur Jbor meubles et effets (i); le comité de sûreté générale k département de la Sarthe adressait aux agents natiaDiQx des différents districts de son ressort une circulaire où se lit oe qui suit (2).
9 Nous sommes informés que dans plusieurs districts des prêtres insermentés que leur âge ou leurs infirmités nous ont déterminés à rendre à la liberté, prétendent que (|oelqaes-uns d'entre eux ayant en même temps obtenu la mainlevée de leurs scellés, ils doivent rentrer dans la propriété et la jouissance de leiurs biens meubles et immeubles... si par principe d'humanité nous avons cru (devoir) mettre un terme à la réclusion de ces prêtres, notre intention n'a jamais été de porter atteinte aux lois te 17 septembre 1793 et 29 vendémiaire suivant, en vfftu desquelles il a dû être procédé au séquestre et à la T^te même de leurs biens... »
Le comité termine en recommandant à ses subordonnés de surveiller avec la plus minutieuse attention la conduite et les paroles de ces prêtres, et de les lui dénoncer dès le phs petit écart commis. La circulaire est du À germinal anni (24 mars 1795.)
Quelles que fussent cependant les dispositions particulières te administrateurs, ils ne purent se refuser à rendre aux WBux des populations l'usage des églises qui n'étaient pas détruites ou aliénées. La Convention les y autorisait par une loi du 11 prairial (samedi 30 mai 1795) ; mais les administrations de nos départements avaient devancé ce décret, tes le 20 floréal, le district de Mamers avait permis aux habitants de Contilly, Aillières, Louzes,Moncé, Ponthouin, Toigné, les Mées et Saint-Vincent-des-Prez de jouir de
0) Arrêté du directoire du département de la Mayenne du 19 ger- "ùûal an lïï (8 avril 1795) relatif à Sébastien-Grégoire Omo, ci-de- ^i curé de Ménil, près de Ghâteau-Gontier, élargi de la maison de ^étenlion de Rambouillet par^ arrêté du comité de sûreté générale de la GoDTention, en date du 26 pluviôse an III (14 février 1795).
(i) Archives municipales du Mans, n» 1975.
25S L'ÊGLISR DU MANS
leurs ci-devant églises, à la condition toutefois d'en pay^ le loyer (i). Le 8 prairial (mercredi 27 mai 1795), le di rectoire du département de la Mayenne écrivait au procu reur-syndic du district de Craon, qu'il n'y avait pas d'in convénient à ce que les autorités accordassent provisoire ment aux communes qui le demandaient l'usage des ai ciennes églises, et même la faculté d'y fau'e célébrer pa des prêtres de leur choix. Par cette dernière clause, si ell avait été sérieusement appliquée, il n'y a pas de doul que le clergé catholique serait rentré en trois mois en poî session de toutes les églises dans notre contrée. Toutes k communes en effet, presque sans exception, réclamèrei l'ouverture de leurs églises ; elles le redemandèrent, no comme un privilège, mais comme un droit. Changé-lea Laval, puis les habitants de la paroisse de la Trinité, ceu de Saint- Vénérand, Grenoux, Avénières, Andouillé, d< mandèrent et obtinrent d'ouvrir leurs églises et d'y fair célébrer les offices publics. Ernée était déjà en possession d sanctuaire de Charné; elle demanda et obtint l'usage de I grande église. Il est vrai que dans les villes on réserva, souvent une partie de l'édifice pour servir de dépôt d fourrage ou pour tout autre usage public ; on stipulai aussi que les assemblées populaires continueraient à t tenir dans l'enceinte destinée au culte ; il fallait aussi qiles chrétiens qui demandaient à jouir des églises fisseï exécuter les réparations à leurs frais ; mais toutes ces re trictions étaient évidemment provisoires; elles devaiej tomber d'elles-mêmes devant l'esprit religieux des popuK tions, si la persécution avait été réellement arrêtée, comm on le désirait, sans trop y croire.
Pour ne point se mettre en rapport avec les schistm tiques, un certain nombre de catholiques de Laval prirei à ferme l'église de Patience, et y appelèrent des prêtres ^ communion avec le Saint-Siège, pour y faire l'office divL:i Ainsi ce sanctuaire, théâtre de tant de scènes déchirante
(I) Archives de la Sarihe, 23 — L. 1.
fit Je premier ses autels se parer de fleurs, et des fidèles CD grand nombre y répandre leurs prières avec une ferveur toute nouvelle.
Quoique incomplète, la liberté rendue à TÉglise catholique aurait suffi pour assurer au gouvernement républieain le concours de nos populations, si cette liberté avait été assurée et appliquée de bonne foi. La supériorité évidente du catholicisme aurait fait rentrer dans le néant au bout de peu de temps les faux systèmes qu'on avait vainemait essayé de lui opposer. Sans doute les sympathies universelles n'étaient pas pour le régime inauguré par réchafeudde Louis XVI; mais, sa foi en sûreté, notre fays se serait soumis à toutes les exigences du nouveau mode d'administration. Malheureusement il était évident pour tout le monde que la liberté promise plutôt qu'accordée n'était que pr^îâire, et qu'elle couvrait des pièges et des embûches.
Les prêtres en communion avec le Saint-Siège pouvaient ïentrer en possession des édifices sacrés dans les lieux où le Tœu du peuple les y rappelait; ainsi le voulait la loi, nuûs à la condition de souscrire l'acte de soumission oulois de la République ; ce qui en éloigna un grand nombre; de plus, les prêtres catholiques qui pouvaient ostensi- Ifanent se montrer n'étaient guère que ceux qui avaient ^exemptéS'de la déportation, en qualité de sexagénaires ^ïtt d'infirmes, et ceux qui avaient été détenus en captivité ^Bordeaux, à la rade de l'île d'Aix ou à Rambouillet. A l'éprddes prêtres émigrés ou qui avaient été réellement déportés, la Convention se montra constamment inflexible. Bu certain nombre de ces prêtres, qui avaient appris les événements au fond de leur exil, et qui étaient disposés à les interpréter dans le sens le plus favorable, avaient cru pouvoir rentrer furtivement dans leur patrie. Le zèle le plus désintéressé avait seul inspiré cette démarche hardie, «t ils bravaient les plus évidents dangers pour venir au secours de leurs fi:ères. Nous verrons plusieurs de ces kommes généreux payer de leur sang ce magnanime dé-
vouement. La Convention, à laqueUe on les avait dé nonces, voulait que Ton continuât à leur appliquer le lois sanguinaires qu'elle n'avait pas révoquées. Un décre du 22 nivôse (H janvier 1795) enjoignait c aux accu sateUrs publics et aux agents nationaux de toute la Repu blique, sous les peines édictées contre les fonctionnaire publics négligents ou coupables , de poiumiivre et fair juger suivant la rigueur des lois les émigrés et 1( prêtres déportés qui auraient osé rentrer sur le territoii de la République (1). » Ces ordres furent plusieurs foi renouvelés dans le cours de Tannée 1795. Nous devoE constater que le directoire du département de la Mayenn chercha à donner l'interprétation la plus libérale, la pli généreuse à ces différents décrets. Consulté par le prc cureur-syndic du district de Craon, il répondit le 8 pra rial (mercredi 27 mai) : « Pour concilier les dilTicult< résultant de la loi du 12 floréal sur les prêtres déportés ceux qui se sont soustraits à la déportation, les sexag^ naires ou infirmes qui ont été reclus pour refus de sermei à la Constitution civile, peuvent librement exercer lei culte ; sont exceptés ceux qui ont été déportés ou qui oi émigré et sont rentrés ; ceux-là doivent sortir de Franc sous un mois. »
Mais parmi les prêtres qui s'étaient soustraits à la dépoi tation, beaucoup pouvaient craindre que leurs ennemis n les fissent passer pour des émigrés rentrés, et ils conti nuèrent sagement à se tenir cachés. Ce fut surtout dar le département de la Mayenne que cette conduite leur fu imposée par la nécessité ; dans la Sarthe, ils jouirent d'u peu plus de liberté ; et Ton voit des cantons presque et tiers, celui de Marolles-les-Braults entre autres, où h curés catholiques reprirent possession de leurs églises, et restèrent plus ou moins paisiblement jusqu'au mois d septembre 1795. Pressés par les chefs de leur parti, e
(1) Bulletin des lois pour 1795, n© 110. — Picot, Mémoires, t. V p. 42a.
DURANT LA RËYOLUTION. S55
anssipar nn certain nombre de fidèles peu éclairés qui ne pouvaient attendre plus longtemps le retour des solennités religieuses, les prêtres constitutionnels s'emparèrent des ^lises pour empêcher le clergé en communion avec la chaire apostolique d'y rentrer. C'est ce que nous voyons anÎTer spécialement à Bonnétable, où deux prêtres, qui avaient renoncé à leur caractère et déposé leurs lettres de prêtrise, célébrèrent publiquement la messe dans l'église paroissiale pour prévenir les prêtres insermentés, qui les environnaient, disent-ils,, de toutes parts.
Voyant leur isolement, et voulant voiler la honte d'un passé qui les couvrait de confusion, les prêtres schismaùpes faisaient tous leurs eflforts pour engager les prêtres romains avenir célébrer dans leurs églises, qu'ils offraient dp partager. Nous les avons vus inviter le clergé catholique à se réunir à eux, chacun conservant sa croyance ; ce moyen ne leur ayant pas réussi, ils en essayèrent un autre ; et ce fut Thomas Pichon qui le proposa dans une brochure à laquelle il donna ce titre : Avis fraternel aux p^tm catholiques du département de la Sarthe sur les avan- ^ et les inconvénients du culte religieux dans les temples fMcê ou dans les maisons particulières (i). Us sentaient parfaitement que, si le clergé en commimion avec le Pape avait consenti à cette union apparente, il les aurait par là ïûème réhabilités aux yeux du plus grand nombre des Mêles, de ceux surtout à l'estime desquels ils attachaient dans leur conscience le plus de prix ; mais ils ne pouvaient obtenir ce qu'ils désiraient. Ils s'avisèrent bientôt d'un iBlre stratagème : on répandit au Mans et dans tout le ^l^twèsequele Pape désirait la réunion des deux commuons, et qu'il avait posé lui-même dans un bref apporté ^ France, les bases sur lesquelles elle devait s'établir. Le clergé constitutionnel était tout disposé à s'y soumettre ; <îarles principes essentiels de son organisation étaient res- P^j et ses évoques conservaient même leur autorité,
f») U Mans, Moimoyer, iu-8.
non comme titulaires toutefois, mais comme coadjuteurs des anciens évèques avec future succession (i). Nous ignorons quel fut l'auteur de ce grossier mensonge, qui n'obtint, paralt-il, aucun succès et ne trompa personne.
En s'emparant d'un événement tragique, dont la victime était une jeime fille de dix- sept ans, le parti démagogique remua plus profondément le pays. Il obtint auprès d*mi certain public un avantage, dont on ne le soupçonnait guère susceptible : il se donna Tauréole de la sainteté. Le fait est extraordinaire, unique même dans les fastes révolutionnaires. Nous devons rapporter cette triste histoire., parce qu'elle a donné lieu à une superstition qui a eu cours dans notre pays pendant un demi-siècle.
Perrine Dugué naquit à Épineu-le-Séguin en 1779 (2), et fut élevée chez ses parents à la ferme des Pins-aux- Larges, paroisse de Thorigné-en-Charnie. Elle avait cinq frères. Tous les membres de la famille embrassèrent avec ardeur les doctrines les plus exagérées de la Révolution : ils épiaient les démarches des royalistes, et les dénonçaient aux troupes républicaines. Après la déroute du Mans, ils poursuivirent avec acharnement les débris de l'armée catholique, et ils exercèrent sur plusieurs d'horribles cruau<% tés. Pour se soustraire au juste ressentiment des chouans, quelques parents de Perrine se réfugièrent à Sainte- Suzanne avec d'autres révolutionnaires également compromis par leurs exagérations anarchiques.
La jeune fille aimait à faire parade des sentiments démagogiques qu'elle avait puisés au foyer paternel. N'ayant encore que dix-sept ans, elle montrait une audace et une ardeur républicaine surprenante dans une personne de son sexe. La retenue convenable à son âge et à sa condition n'était pas du reste la qualité qu'elle semblait préférer. On la voyait fréquenter l'église de Thorigné transformée en
(1) Affiches du Mans, 1'' ao^t 1795.
(2) Gerault , Mémoires Ecclésiastiques concernant le district cTEvron, p. 171 et suiv.
caserne; et ron disait généralement dans le pays qu'elle transportait la correspondance entre les soldats du cantonnement et ses frères réfugiés à Sainte-Suzanne. Les diouans l'ayant rencontrée deux fois, la menacèrent de la mort, si elle reparaissait. Nullement intimidée par ces menaces, elle voulut aller à la foire de Sainte-Suzanne, le mardi saint 26 mars 1796. Sa mère et ses voisins firent toQs leurs efforts pour l'en empêcher : un habitant de Saint-Jean-sur-Erve la prévint que les chouans se trouveraient sur la route. A toutes ces représentations, elle répliqua « que le diable lui-même ne la retiendrait pas. » Elie monta à cheval derrière l'un de ses voisins, et partit. Trois chouans les rencontrèrent sur les confins des paroisses de Saint- Jean-sur-Erve et de Thorigné. Ils firent descendre Pwrine Dugué, et renvoyèrent son compagnon, comme ils avaient renvoyé dans la matinée tous les autres voyageurs qui s'étaient présentés, leur affirmant que la foire ne se tiendrait pas ce jour-là. Ces hommes avaient bivouaqué toate la nuit, et ils étaient échauffés par le vin. Quelle conversation s'engagea entre eux et la jeune et enthousiaste républicaine, on l'ignore ; ce qu'il y a de certain, c'est que trm d'eux se rendit bientôt dans une ferme voisine, et dit en montrant son sabre teint de sang, que Perrine Dugué avait voulu passer malgré eux, qu'elle les avait accablés d'injures, pendant qu'ils la fouillaient, et qu'ayant trouvé ies lettres dans ses souliers, ils l'avaient frappée à coups de sabre.
La mort de Perrine occasionna une forte rumeur dans la contrée : tout le monde et les chouans les premiers blâmèrent la brutalité de ces trois hommes qui étaient de Saint-Jean et de SaintrPierre-sur-Erve. La victime fut inhumée dans un champ, à quelques pas du lieu où le crime avait été commis.
Voyant la vive impression que cet événement avait produite sur les esprits, les démagogues publièrent que Perrine était une sainte, et qu'elle avait été assassinée par un homme qui avait essayé d'attenter à son honneur. Le