‹ L'église du Mans durant la RévolutionChapitre 24 sur 104 · UL · texte numérisé non relu

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bruit fut répandu qu'on voyait quelque chose d'extraordinaire sur sa fosse ; et une vieille femme prétendit y avoir cueilli certaines herbes qui ne croissent que sur le tombeau des bienheureux. On publia aussitôt des miracles, et Perrine fut déclarée sainte. Aussitôt on érigea une croix et un tombeau avec un tronc pour les offrandes.

Deux mois à peine écoulés, un grand nombre d'étrangers, boiteux, bossus, aveugles, vinrent se prosterner sur la fosse ; puis ils se mettaient à courir sm* la lande comme des fous, en criant : Miracle ! miracle I L'affluence des pèlerins s'accrut si extraordinairement, durant dix -huit mois, que le dimanche surtout, les auberges des bourgs voisins étaient insuffisantes ; on établit des tentes dans la plaine ; et les granges des métairies étaient encombrées. Des cierges étaient sans cesse allumés en grand nombre sur la tombe ; et les pèlerins remportaieat des sacs remplis de la terre recueillie à Tentour.

La mort de Perrine Dugué fut célébrée dans ti*ois complaintes que des chanteurs ambulants répandirent promptement dans toute la France. 11 n'est pas encore très-rare (le rencontrer dans quelques hameaux du Bas-Maine la gravure grossière qui représente le meurtre de la jeune républicaine, et les trois chants qui l'encadrent. Si ces complaintes n'attribuent point aux chouans la mort de Perrine, et la présentent seulement comme martyre de la pudeur, c'est que les démagogues avaient intérêt à proclamer sa sainteté d'une manière plausible. On attribue à Pierre Choltière, prêtre renégat et ancien curé de Dallée, que nous ferons connaître plus tard, la composition de c^s chants populaires ; et le panégyrique d'une vierge martyre de la chasteté par ce prêtre libertin émérite, ne fut pas le trait le moins signilicatif de cette étrange histoire.

Quoique le tronc eût été volé plusieui's fois, les recettes furent assez abondantes pour permettre à la famille Dugué d'acheter un terrain près du théâtre du meurtre, et d'y laire construire ime chapelle. Le corps fut exhumé et

transporté a la nuit tombante dans le nouveau sanctuaire. Iiaosla crainte des chouans, la translation avait été tenue secrète ; il s*y trouva néanmoins une centaine de personne? avec des cierges allumés. On publia que le corps avait e¥ préservé de corruption ; mais deux témoins ont affirmé qu'il était presque impossible de suivre de près le convoi à raison de la puanteur qu'exhalait le cadavre. Un autel fat placé sur les restes mortels de Pen^ine, et près de l'autel la croix qui était sur la fosse primitive.

Les miracles s'arrêtèrent aussitôt que la sainte eut pris jKfêsession de son sanctuaire ; et les pèlerinages ont à peu près complètement cessé d'avoir lieu. La famille Dugué permet au fermier voisin d'y renfermer du fourrage pour ses bestiaux. En 1849, des démarches furent faites pour obtenir une translation solennelle des restes de la prétendue mart^Te dans le cimetière de la paroisse ; mais l'autorilé ecclésiastique prescrivit que rien d'extraordinaire n'accompagnât cette translation ; et les promoteurs ne poursuivirent pas leur entreprise. On conserve encore la croa noire placée primitivement sur la fosse, et on lit sm' le marchepied de l'autel l'inscription que nous transcriï(ms fidèlement :

ICI EST EN TAIRRE LE CORPS DE CrrOYENNE PERRINE DUGUÉ DE LA COMMUNE DE THORIGNAY, DÉCÉDÉ LE 26 MARS i790. V. S.

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