CHAPITRE
L'agitation continue dans le pays. — Message du département de la Mayenne à Defermon. — Le département de la Sarthe en proie à la disette et à la démocratie. — Martyre de Pierre Bachelier et de Jean Leduc-Larivière. — Martyre de Charles Desnayes. — Assassinat de De Tilly et de Mouton. — Vexations et cruautés exercées par les soldats républicains. — Reprise des hostilités entre les chouans et la République. — Leur influence sur le sort des prêtres. — Arrestation et délivrance de Joseph Renault. — Baudouin. — Prêtres catholiques parmi les insurgés. — Expédition de Quiberon. — Urbain-René de Hercé, évêque de Dol. — François de Hercé.— René Bréheret. — Pétition présentée à la Convention par Enjubault — Dénonciation contre Michel-Élie Dupuy. — Jean-Baptiste Hersant.
— Julien-Joseph-Charles Pivron. — Message des administrateurs du département de la Sarthe contre les prêtres. — Proposition de René Cornilleau tendant à faire incarcérer tous les prêtres. — Serment civique. — Opposition de la majorité du clergé. — Conduite prudente de Tévêque du Mans. — Le clergé manceau se divise sur cette question. — Joseph Paillé prononcé pour la soumission.
— Le conseil administratif qualifie durement le serment civique, que Tévêque tolérait. — Hilarion Dabin.— L'administration départementale de la Mayenne fidèle au principe de la séparation de l'Église et de l'État. — Nouveau décret de persécution promulgué par la Convention. — Mesure persécutrice de la municipalité de Château-Gontier. — On recherche les prêtres catholiques dans le département de la Mayenne. — Ils sont renfermés dans différentes prisons et à l'abbaye d'Évron.— Le directoire du département de la Sarthe réveille la persécution sept semaines avant le décret de la Convention. — Recherche et arrestation des prêtres dans ce département. — Dépêches au représentant René Cornilleau, au co-
mité de sûreté générale, aux admiDistrateare d'Eure-et-Loir. — Provocation à la haiue publique contre le clergé catholique. — La CoDYeation laisse le pays en proie à tous les maux.
La paix avait été conclue entre les chouans et la République ; mais les animosités anciennes vivaient encore au fond des cœurs. Il suffisait à ceux qui appartenaient aux classes autrefois privilégiées de se montrer, même de la manière la plus inoffensive, et pour les actes de la vie rinle permis à tous les citoyens d'un pays civilisé ; aussitc't les révolutionnaires croyaient leurs vies et leurs biens en danger^ et invoquaient à grands cris le rappel des lois (le proscription. Le iO prairial an III (29 mai 1795), l'admiDistration du département de la Mayenne écrit à Defermon(i) pour le prier de hâter l'arrivée du représentant Ruelle (2) ; a Car, dit-elle, notre position est telle qu'il nous est impossible de continuer nos fonctions, sans l'aide
d'un représentant La barque que nous conduisons fait
eau de toute part ; et nous sommes menacés d'être engloutis en tous sens, par la faim, le terrorisme, l'aristocratie et l'avilissement le plus complet des assignats. »
Le département de la Sarthe n'était pas dans une situation plus favorable. Le pain manqua dans l'hôpital du Mans ; et la municipalité de cette ville fit annoncer dans toutes les communes que les personnes qui viendraient à la foire de la Pentecôte eussent soin de se pourvoir des provisions nécessaires, parce qu*il n'y en avait pas dans la cité pour les habitants.
La fermentation que la disette ne manque jamais de produire dans les masses, acquérait im nouveau degré de force par les commotions politiques qui se renouvelaient sans cesse. Ainsi, le 18 juiu, il fallut exécuter, au Mans, une nouvelle arrestation de terroristes, en vertu de la loi du 21 germinal : les démagogues poussèrent des cris ; on
(1) La lettre des administrateurs l'appelle Fermont. (S) Albert Ruelle, député d'Indre-et-Loire.
redoutait une émeute; la ville néanmoins ne fut témoin de scènes sanglantes : mais les terroristes fu — rent relâchés sans subir de jugement, comme dans la^ Mayenne.
C'était surtout dans les campagnes que les excès de Tanarchie se faisaient sentir de la manière la plus cruelle; et c'était principalement contre la religion catholique qu'elle exerçait ses fureurs. Nous avons déjà rapporté l'assassinat de François Uefay, cruellement massacré par une colonne mobile qui le rencontra revêtu d'un scapulaire au cœur de Jésus. C'est au mois d'avril que ce triste événement arriva, au moment où les royalistes, comme les révolutionnaires, faisaient les plus grands efforts pour s'entendre et éteindre le feu de la discorde. Dans le même mois fut accompli le meurtre d'un prêtre vénérable avec les circonstances les plus odieuses.
Pierre Bachelier, né à Froid-Fond (i) en i728, titulaire d'im bénéfice dans la paroisse de Chemeré-le-Roy, habitait la paroisse de La Bazouge-de-Chemeré, dans laquelle il jouissait de la prestimonie Rossignol, et remplissait les fonctions de sacristain-vicaire. Il n'avait jamais eu d'autre position depuis qu'il était prêtre. Ses supérieurs le considéraient comme un clerc rempli de mérite ; mais il ne désirait pas de cure, jouissant d'ailleurs d'un revenu assez considérable, dont il faisait l'usage le plus généreux. 11 n'avait fait aucune concession à la Révolution, et, s'étant soustrait à la déportation, il se tenait caché dans les paroisses voismes de son domicile, et y exerçait son pénible ministère avec le zèle le plus admirable, malgré les infirmités de son âge. Il se trouvait avec André-Charles d'Orgeuil, lorsque celui-ci fut arrêté, et il ne parvint lui-même à se soustraire aux mains des soldats que grâce au dévouement de la jeune fille Louise Chadaigne, dont nous avons raconté le glorieux martyre. Le dimanche 26 avril 1795,
(1) Tous les ouvrages imprimés portent Saint-Charles-la-Forét ; mais les titres de l'éTêcbé du Mans disent Froid-Fond.
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débité la métairie de la Grande-Guyonnière, commune èChemeré, tenue à ferme par Jean Le Duc-Larivière, fd était luinnème propriétaire, et dans l'aisance. Beaufflopde personne^se rendirent dès le matin pour assister i la messe. Ce concours inaccoutumé attira l'attention de mâus malintentionnés ; et l'un d'eux courut au bourg de Ballée, éloigné de moins d'une lieue, annoncer qu'il y arait un prêtre à la Guyonnière. Nous avons déjà dit que fiallée était la place forte des démocrates de la contrée. fl s'y trouvait un cantonnement de troupes de ligne ; et beaucoup de révolutionnaires des communes voisines, qui ne se croyaient pas en sûreté chez eux, à raison de la présence des chouans, faisaient le service militaire avec les soldats et les gardes nationaux (i). Sui' l'avis donné par le dénonciateur, un détachement courut à la Guyonnière, et y arriva avant que la messe fût commencée. Au premier ■gnal de l'approche des bleus, l'assemblée se dispersa ; mais Pierre Bachelier, Jean Le Duc et son fils, âgé de seiie ans, tombèrent entre leurs mains. On décida de les conduire à Laval, et on les fit partir sur-le-champ. Leur escorte s'arrêta pour dîner au bourg de la Cropte ; durant ce temps, les trois prisonniers furent renfermés dans une étable à porcs. On reprit ensuite la route ; mais à une demi-lieue de la Ci'opte, les militaires, échaulfés par le vin, changèrent tout à coup de résolution. Ils se dirent que, s'ils conduisaient leui's prisonniers à Laval, on ne les guillotinerait pas ; qu'il valait mieux les massacrer, afin d être sûrs qu'ils n'en reviendraient jamais. Pour exécuter leur abominable projet avec plus de sécurité, et ne pas attirer l'attention des habitations voisines, ils ne se servirent point de leurs fusils, mais ils les percèrent de leurs baïonnettes. Us dépouillèrent ensuite leurs trois victimes, et se proposaient de les jeter dans la petite rivière
(1) On aommait réfugiés ces révolutionnaires qui avaient quitté lean domiciles pour chercher un asile plus sûr dans los villes et les gros bourgs. Us ont joué un grand rôle à cette époque.
de la Vaigette, qui coule près du théâtre du crime (1 ) ; i dans la crainte de nuire à la salubrité de l'eau, ils laissèrent entièrement nus sur la place, et se retirÔJ emportant les dépouilles sanglantes. Cependant le jei Le Duc respirait encore, quoique couvert de blessures , avait eu la présence d'esprit de contrefaire le mort tombant et de ne donner aucun signe de vie, tandis qu' le dépouillait. Après le départ des assassins, il se leva, aUa visiter les cadavres de son père et de Pierre Bachelic S'étant assuré qu'ils avaient cessé de vivre, il se train malgré Tépuisement de ses forces, vers une maison où il l recueilli et soigné secrètement jusqu'à son rétablisseraei Mais ce fait épouvantable avait produit sur lui une ii pression si fâcheuse, que sa raison en fut longtem altérée. Ce mal disparut enfin, et le fils de Jean Le Dm vécu longtemps depuis, et a laissé une famille qui survit. Parmi les meurtriers se trouvaient des homn auxquels Jean Le Duc avait rendu d'importants service d'autres de ces scélérats sont tombés dans la misère, n'ont pas craint d'aller demander l'aumône à la porte fils, qui n'a jamais tiré d'eux d'autre vengeance que leur faire donner le double de ce qu'il remettait aux aut indigents.
Les habitants de la paroisse de La Bazouge-de-Cheme ayant appris l'arrestation de Pierre Bachelier allèrent masse pour le réclamer ; mais il était trop tard. 1 chouans qui accoururent aussi de Grez-en-Bouère reçue lirent les cadavres ; et François Bodinier avec son fils transporta dans le bourg de Saint-Denis-du-Maine. furent inhumés dans le cimetière, près de la porte Téglise, à droite. Il se trouva plus de cinq à six ce chouans présents aux funérailles de ces deux homn qu'ils vénéraient à juste titre comme des martyrs.
(1) Le champ dans lequel fut commis cet odieux assassina nomme le Ricoché, près delà ferme de Tauveron, en la paroisse d* Cropte. Deux des assassins habitaient cette paroisse, mais Tuu d'( était né à Ballée.
^1 Le Ut que nous venons de raconter était un véritable '^l aKâDat, même suivant les principes des révolutionnai- '^M 0i fd ne prétendaient donner la mort à leurs adver- ^H MB (joe légalement et juridiquement. Cependant ni ce 'lÔBe, ni tous ceux du même genre qui furent commis ^B AuootrepaysdelTOd à 4799^ ne donnèrent lieu à au- '■ flKpoorsaite contre leurs auteurs. C'était assez montrer fiio regardait les prêtres et les aristocrates comme in- '(Des de la protection des lois, cx>mme formant une classe 4 proscrits. En cela les révolutionnaires étaient conséftnteà leur principe, qui était de détruire tout Tordre de ckosesanden, pour établir sur ses ruines ime société nouwfc. les crimes que les moteurs ne voulaient pas com- •ttre eux-mêmes, ils les laissaient accomplir par des iBuns en apparence plus viles ; ils se contentaient d'en "weillir les fruits. Les actes les plus atroces encouragés IVlesileDre complaisant des dépositaires du pouvoir se ÂfltiplièreDt sur notre sol. Impossible de les rapporter *MK; qu'il suffise d'un ou (Jeux exemples.
Cfcaries Deshayes^ né à Kemalard, au diocèse de Séez, *»^ce dans Tordre de Prémontré , à l'abbaye du Val- Sw*t, près de Château-Thierry, au diocèse de Soissons, |*fta serment, reçut le sacerdoce des mains d'un évè([ue ®^ et devint d'abord vicaire à Couileau-Villeroy, au ^Iwc^ de Chartres, ensuite curé de Saint-Cyr-en-Pail, et enfin de Saint-Jean -d'Assé. 11 acheta le presbytère <fe Saint-Chéron, et s'y retira, lorsque la France officielle ne reconnut plus d'autre religion que Taihéisme. A la lin, ^^''Mîhéde lagrâce, il accueillit avec de grands sentiments ^ repentir les avances que lui firent trois missionnaires te plus signalés pour leur zèle , Jac([ues-François Bou- ^, curé de Saint-Germain-de-la-Coudre ; riiarles-Jé- ^JDie Étoc de la Touche, vicaire à Rouessé-Fontaine, ^t Guillaume -François Letournem*, originaire deChamp- '^t, et vicaire à Coulombiers. Il rétracta, entre leurs "^s, le 6 janvier 1795, toutes ses erreurs, et commença à iaire une rigoureuse pénitence. 11 fut bientôt dénoncé
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pour des paroles contraires aux principes révolui naires. Des chasseurs de la Charente, en garnison c le pays , se rendirent à Saint-Ohéron pour s'emparei lui. Voyant la maison cernée, il grimpa sur le toit, c l'espoir de se dérober aux poursuites ; mais il fut bie découvert; les soldats tirèrent sur lui, et il tomba dessus le faite de la maison, percé de plusieurs balle presque expirant. Il suffisait de le laisser en proie cruelles douleurs qu'il endurait ; il n'aurait pas tare succomber. Les chasseurs voulaient en finir plus proi tement et d'une manière qui signalât mieux leiu* h implacable pour la religion qu'ils poursuivaient en ils allumèrent donc un bûcher au milieu de la cour presbytère, et y jetèrent le malheureux prêtre en( vivant.
De Tilly, qui habitait Saint-Jean^'Assé , avait o mandé les chouans au commencement de l'insurrecti mais il s'était rendu, dès qu'il avait été question d'une cification, et il demeurait paisiblement dans ses foy Peu de temps après, des gendarmes passèrent sur la ro près de son château, emmenant au Mans un noble voisinage , peut-être un émigré rentré. Des chouans surprirent et leur arrachèrent leur prisonnier. L'action vive, et il y eut un mort et des blessés. On prétendit a^ entendu le prisonnier s'écrier au moment de sa ci vrance : « Sans toi, Carbo ville (nom de guerre de De Til j'étais perdu! » La garde nationale de Beaumont-lecomte, avertie aussitôt , accourut siu* les lieux. M"* Tilly proposa de se sauver au Mans ; son mari refusa solument, sentant son innocence. On le conduisit à lare rie ; et il ne se trouva pas la moindre preuve pour tester qu'il eût trempé dans ce complot. Gomme il re nait au château, avec sa sœur (i) qui n'avait pas vouh quitter, des miliciens le suivirent dans le dessein de 1 sassiner. a Mon ami^ lui dit sa sœur, on veut te tuer. »
(1) Depuis madame de la Touche.
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étaient en ce moment sur le bord de la douve, près du château; il s'élança pour la franchir ; il avait déjà un pied sur l'autre rive ; mais la terre, détrempée par les pluies, s'aSaisse sous lui : en même temps un coup de feu l'atteint, et il tombe. Alors tous les gardes nationaux accourent, déchargent leurs fusils sur lui, et il expire sous les yeux de sa mère et de sa sœur.
Presque dans le même temps et dans les mêmes lieux, le médecin Mouton paya de sa vie son attachement à la religion et à la monarchie. Ses ennemis l'acccusèrent contre toute vérité d'être l'auteur de la mort d'un républicain (le La Bazoge qui avait été tué par les chouans. Vingtdnq dragons arrivèrent du Mans, et se rendirent à Sainte- Séine, où se trouvait déjà un cantonnement. Un militaire 86 mit au lit et feignit d'être malade : on envoya chercher Mouton, qui ne fit aucune difficulté de se rendre où on le demandait, n'ayant rien à se reprocher, et croyant de son devoir de soulager quiconque réclamait son secours. Les soldats s'emparèrent de sa personne, et commencèrent Witùt à découvrir leur dessein. Les chouans accoururent an nombre de cent environ, mais ne purent le délivrer. 1^ soldats le conduisirent sur le bord de l'étang de Landiron, et là le mutilèrent de la manière la plus cruelle ; ik le coupèrent tout vivant en morceaux, et en passant par le bourg de Saint-Jean-d'Assé, pour retourner au Mans, ils montraient ses oreilles aux habitants saisis d'horreur. I4 tombe de Mouton se voit encore dans la forêt, près du lieu qui fut le théâtre de son supplice, et elle est ordinairement recouverte de plusieurs petites croix de bois (1 ).
Ces récits, et beaucoup d'autres de même nature, sont infirmés par les actes officiels. Le 24 messidor an IIl (dimanche 42 juillet 4795), le conseil général de la com- ^^ne de Cossé-le- Vivien, dans un arrêté transmis à lad- ^ijiistration centrale du département de la Mayenne (2),
(^) Chroniques de la paroisse de Saint Jean-d'Assé. Ms. W Begistres du bureau de police, t. I, p. 16 et 17.
et transcrit par elle sur ses registres, déplore les ex< tous genres commis par les soldats de la République les campagnes, et déclare que les chouans déposeï bientôt les armes, si on ne continuait pas à les exa« par les vols et brigandages qui déshonorent la RépubI Le A fructidor an lli (21 août 1795), le président du d tement de la Mayenne écrit au ministre de la guerre se plaindre du général Geney qui commandait à 1 11 affirme que depuis plusieurs mois on n'a cessé de \ des plaintes à ce général sur la conduite cruelle et ii de ses troupes dans les campagnes ; mais qu'il n'en a aucun compte. Sans ces vexations continuelles et in fiables, la paix régnerait dans le pays. Les administr du département, et des divers districts, des repi tanis du peuple et plusieurs généraux firent enten même langage dans leurs dépêches àTAssemblée; Defermon, un ennemi irréconciliable de l'Église et monarchie, disait à la tribune de la Ck)nvention 22 thermidor an IH (dimanche 9 août 1795): « L'hc qui voulait faire égorger la moitié de la France nourrir plus aisément l'autre (le député Bô) ne do rester ici. C'est avec ces discours atroces qu'on est pai à étendre partout la dévastation et la mort. Ce soi cruautés des proconsuls qui ont commencé la gueri chouans, en épouvantant les habitants simples des ca gnes et les hommes timides. Voilà la vraie source d maux ; on a exaspéré et poussé au désespoir des hoi qui, si l'on eût été juste à leur égard, fussent restéî mis aux lois... »
Defermon parlait avec connaissance des faits : il et dans le pays; il y avait vécu, et il l'avait parcouru d peu de temps , d'abord comme proscrit , puis en q\ de commissaire. La Convention donna un assentimen dent à son discours en votant la motion qu'il prop Le 21 pluviôse an IV (iO février 1796), le général d(
(1) Moniteur, 27 thermidor an 111 (13 août 1795).
gade Delance, dans une adresse aux administrateurs du district de Domfiront, les invite à réprimer les brigandages des chouans^ et dit positivement qu'on leur impute one partie des désordres, des pillages et des violences qui sont le fût des soldats de la République (i).
Durant ce temps-là il y avait au Mans un prêtre constitnbsinel, probablement Michel-Charles-François Monrocq, qoi rmiplissait le journal de l'Église schismatique d'accusatioDS calomnieuses contre les insurgés monarchiques, et leor attribuait tous les crimes dont on ne connaissait pas positivemeni les auteurs (2). Il est vrai, comme nous l'avoDS dit, qu'une haine irréconcihable divisait les diouans et les intrus.
Lorsque Defermon prononçait les paroles que nous avons rapportées, la guen-e était recommencée entre les royalistes et la République. Mais sur cette reprise des hostilités qui eut une si funeste influence sur les choses de la religion dans notre diocèse, il faut écouter encore im ttaoin dont les paroles sont d'un poids considérable ; c'est Anselme Négrier deLaCi'ochardière, qui fut nommé maire de la ville du Mans peu de temps après, et qui a consacré toute sa vie à l'administration de la cité qui l'avait vu naître, et à l'étude de l'histoire de notre province; personne ne pouvait être mieux instruit que lui du fond des choses. Après avoir raconté la pacification conclue par le général Hoche à La Mabilais^ il ajoute : a II eût été à souhaiter que Ton eût religieusement tenu de part et d'autre au traité ; mais on doit rendre hommage à la vérité et dire <P^, s'il fut violé quelque temps après, ce ne fut pas par les chouans; o leurs chefs étaient paisibles dans lem^s
(i) Archives départementales de l'Orne, district de Domfrout. — t« fi Tendémiaire an IV (14 octobre 1795), les administrateurs du appartement de la Mayenne constataient que les soldats républicains ^^ùent pillé les blés de la commune de Bazougers, laquelle avait déjà foornià la troupe tout ce que portait l'arrêté du département. Ar- •^hives départ. Directoire du dép. Bureau de police.
{% Annales de la Religion, 1. 1, p. 113, 1. 11, p. 334, et passim.
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foyers, lorsqu'ils furent arrêtés, jetés en prison au Mai puis conduits à Ham, sans avoir donné aucun sujet à < mauvais traitements, ainsi que le constata le juge de p. lui-mAme(l).
Dès le 6 juin la guerre était en pleine activité, et chouans de la Sarthe reconnaissaient pour chefs prin paux Louis de La Rosière, les deux frères de La Marguer Louis de Frotté et un petit nombre d'autres. La chou* nerie, dans la Mayenne, avait un caractère plus exclu vement religieux; elle était, avant tout, une résistai aux persécutions et à Timpiété révolutionnaire. Par su de cette disposition, les paysans de chaque canton, i signés à mourir pour la défense de leurs croyance toujours prêts à combattre en vue du clocher de leur j roisse, ne se décidaient qu'avec peine à aller chercher loin leur ennemi. Il y eut des bandes d'insurgés qui, te en faisant une rude guerre aux postes républicains étal dans le pays, restèrent presque constamment isolées, ce nombre fut celle qui, vers le milieu de l'année 1794, réunit dans cette partie du Maine qui se nommait Chai'nie. Là se trouvait une troupe qui compta jusqi cinq cents hommes, et qui obéissait à un chef austère, Lo Courtillé, d'Épineu-le-Ghevreuil. 11 n'avait que vingt-tr ou vingt-quatre ans ; et sa fervente piété fut jugée par ; compagnons digne d'obtenir des miracles. Une gran partie des hommes qui suivaient ce chef, que sa dévoti pour l'Apôtre de la gentilité av^it fait surnommer Sai; Paul, s'étaient trouvés à ce rassemblement, le premier tous, qui présenta au district d'ÉvTon le manifeste q nous avons pubUé. Guillaume- Le Métayer, sumomi Rochambeau, qui se trouvait à la tête de ce mouvemei commandait alors dans les environs de Mayenne et Pré-en-Pail ; Coquereau dirigeait les hommes de Châtes Gontier, de Fromentières et des en\irons ; dans le pays
(1) Anselme Négrier de La Crochardière, Observations sur la Pf vince du Maine, t. 111, p. 190. Ms.
avait vécu Jean Chouan, commandait Jambe-d'Argent, qui étendait son influence sur tout le Bas-Maine.
n serait hors de propos et presque impossible de suivre œ$ braves partisans dans les mille escarmouches qu'ils li\Taient aux cantonnements de troupes républicaines. Mais il est nécessaire de faire remarquer qu'ils rendirent m service important, en obligeant les prêtres constitutionnels, qui empoisonnaient l'esprit public dans les campagnes, à se retirer dans les villes, ou au moins à se montrer beaucoup plus modérés. 11 y eut même de ces malheureux qui rétractèrent leur serment uniquement par la crainte des chouans ; et du moins ils cessèrent de prêcher le schisme. D'autres fois les chouans oflrireut mi asile aux pri'tres catholiques, traqués de tous les côtés par leurs ennemis. En plusieurs circonstances ils parvinrent à arracher des mains des gendarmes des ecclésiastiques que l'on conduisait en prison. Joseph-Julien-Augustin Renault, i^jik mentionné, vicaire à la Baconniêre, après avoir été ^rté en Angleterre, était rentré dès les premiers mois de 1795, et exerçait en secret le saint ministère dans la ^e d'Emée, sa patrie. Appelé près d'une malade durant la nuit, il est dénoncé et arrêté. On le conduit en prison à Mayenne, et de là à Laval ; mais sur la route, près de Martigné, au moment où les gendarmes assuraient leur prisonnier que si l'on venait pour délivrer un homme qui W serait confié, leur premier mouvement serait de lui brûler la cervelle, trois chouans, conduits par le jeune de LaFerrandière, déguisé en garde national, se jettent à la tttedes chevaux des militaires, les obligent à descendre et à s'éloigner à pied, après les avoir contraints à crier : Vive k roi. Les gendarmes, étourdis d'une attaque si subite, <lemandent pour toute grâce qu'on leur laisse la vie ^Qve, en disant : « Monsieur Tabbé, vous savez que nous ûe vous avons pas fait de mal. » Aussitôt les royalistes n^ontent sur les chevaux, et s'échappent avec Tecclésias- %e rendue la liberté. Lorsqu'ils ont passé la rivière, ils remettent les chevaux à une paysanne pour les conduire
à Mayenne et les rendre à la caserne. Pour Joseph Renault^^ il reprend son ministère, et le continue jusqu'à l'époque d^ la paix.
Un autre prêtre obligé aussi de se cacher pour sa fidélité à son devoir, et nommé Baudouin, était venu célébrer la. messe au château de Moirieux, à Saint-Laurent-des-Mortiers, le dimanche ii janvier 1795. Coquereau avec trois cents chouans y assistaient. La messe n'était pas terminée, lorsqu'une fenune de Miré accourt annoncer que toute une ' armée de bleus arrivait. C'était la garnison de Châteauneuf avec huit cents hommes envoyés d'Angers pour poursuivre les royalistes. Le chef des chouans pour donner au prêtre le temps d'achever les saints mystères, envoie douze des plus braves arrêter un moment l'ennemi en tiraillant sur ses flancs. Ce stratagème réussit. Obligé de fuir avec les insurgés, Tecclésiastique se trouva engagé au milieu des combattants. 11 fut fait prisonnier le jour même, au moment où il exhortait à la contrition un soldat républicain atteint mortellement. Conduit dans les prisons d'Angers, il en sortit à la première pacification.
Ainsi se trouvèrent engagés au milieu des partisans royalistes plusieurs prêtres orthodoxes ; mais aucun d'eux n'y exerça de commandement, aucun n'y porta les armes. Aveuglés par leur haine implacable, les constitutionnels prétendirent que des ecclésiastiques qui s'étaient montrés des plus fermes soutiens de l'Église catholique, avaient exercé une certaine autorité sur les chouans; c'est une accusation qui se trouve consignée non-seulement dans leiu* journal, \eî> Annales de la religion^ mais encore dans des pièces officielles conservées jusqu'à nos jours ; on y lit spécialement les noms de deux prêtres connus pour leur vertu, leurs talents et leur zèle, Etienne Leveau, curé de la Gravelle, et le docteur François Chevallier ; mais leurs ennemis mêmes ne crurent pas à cette accusation dépourvue de toute vraisemblance. Ce qui put tromper quelques personnes, c'est que parmi les insurgés il se trouva plusieurs anciens élèves des séminaires et plusieurs aspirants à la
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vie religieuse ; mais aucun d'eux n'était lié par des vœux ou par un caractère sacré.
Oooique les insurgés manceaux n'aient pris aucune port directe à la malheureuse expédition de Quiberon, eile exerça néanmoins une grande influence sur leiu* sort ; car ce fut à son occasion qu'une nouvelle impulsion leur fat donnée. Plusieurs de nos compatriotes d'ailleurs y périrent victimes de leurs convictions religieuses et monarchi([nes. Ce fut uniquement dans le désir d'apporter des secours religieux aux fidèles confiés à ses soins qu'Urbain- René de*Hercé, évéque de Dol, dont nous avons déjà longuement parlé, s'imit aux émigrés qui espéraient rentrer en France et y rétablir l'ancien drapeau et l'ancien culte. D y avait longtemps, d'ailleurs, qu'Urbain de Hercé avait pris la résolution de profiter de la première occasion pour venir travailler en France au salut des âmes ; et le Souverain Pontife, instruit de ce projet, lui avait envoyé des pouvoirs de vicaire apostolique pour toute la Bretagne. Dès le 1*^ janvier 1795, Tévôque de Dol écrivait une lettre pastorale datée de Londres, et dont l'adresse était conçue en ces termes : « A nos très-chers frères les ecclésiastiques non assermentés de notre diocèse et autres vénérables prêtres attachés aux fonctions du saint ministère, près l'armée catholique et royale de Bretagne, salut et bénédiction en Notre-Seigneur. » L'évoque loue avec effusion le courage des braves qui avaient pris les armes pour la défense de la religion et de Tautorité légitime ; il félicite et encourage ceux qui leur portaient aide et secours; il exprime le plus vif désir de se joindre à eux et de verser son sang pour une si sainte cause. Les mêmes désirs se trouvent encore exprimés jusqu'à cinq fois dans une seconde lettre pastorale qu'il fit imprimer à Londres, peu de temps après. C'était du reste si bien le fond de sa pensée, qu'il disait avec un toiu* d'esprit propre à sa race à une dame française éplorée de son départ : a Cessez de vous affliger et de craindre pour nous. Que peut-il nous arriver au surplus de plus avantageux que de perdre
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la vie pour Jésus-Christ ? Ne savez-vous pas qu'on a dé truit toutes les anciennes reliques dont la France étai en possession? Eh bien I nous allons lui en fournir di nouvelles. »
Il débarqua avec les membres de l'expédition, le 46 juil let 4795, sur la plage de Quiberon; mais bientôt l'un de plus déplorables désastres de cette époque, secondé par 1 perfidie et la trahison, vint le livrer aux mains des répi blicains. 11 aurait pu cependant fuir encore le danger ; oi l'y invita avec instance ; mais le motif qui l'avait détei miné à rentrer dans son diocèse agissait toujours sur soi esprit^ et il comptait sur la sauvegarde de la capitulatio] arrêtée entre Sombi'euil et le général Hoche. Lorsqu'on 1 pressait de fuir en se rembarquant : a Non^ répondait-il non, jamais je n^abandonnerai mes compagnons d'infoi tune, mes bons prêtres, mes fidèles amis ; je ne quittera point les malades qui sont parmi nous; et, jusqu'à mo] dernier soupir, je leur donnerai les consolations d l'Église et les secours spirituels. » C'est dans ces senti ments généreux que Tévêque de Dol se dévoua au martyre avec treize ou quatorze des trente prêtres environ qu étaient revenus avec lui. Le 27, il fut conduit à Auray^ e renfermé avec les autres prisonniers dans une église ; l lendemain il fut transféré à Vannes, et le 29 il comparu devant une commission militaire. Il fut condamné à êtr fusillé comme tous les prêtres et tous les officiers se compagnons de captivité. En attendant l'heure de l'exe cution, on les déposa dans la tour de la viUe ; et ils y pas sèrent la nuit. Le prélat et ses prêtres employèrent o délai à préparer leurs compagnons à la mort héroïqu dont ils donnèrent, en effet, comme eux, l'admirabl spectacle. Enfin le 30 juillet, on les fit marcher ensemble les mains liées, vers le heu du supplice, au son du tam bour. Ce lieu était la promenade pubhque appelée la Ga renne. Les habitants de Vannes fondaient en larmes^ ei voj^ant passer le vénérable prélat, en qui brillaient l caLme de la vertu et la résignation d'un parfait imitateu
de Jésus-Christ, Arrivé au lieu de Texécution, et ne pouvant se servir de ses mains, il demanda qu'on lui ôtât son chapeau, et il se mit à genoux pour ofiPrir à Dieu son sacrifice. La mort vint presque aussitôt l'atteindre. Il avait soixante-neuf ans. Son éloge funèbre fut prononcé à Londres dans le cours de la même année par l'abbé de Châteaugiron, qui s'attacha à prouver qu'Urbain de Hercé avait mérité par les vertus chrétiennes et sacerdotales de toute sa vie l'auréole d'un vrai martyr qui lui était assurée [tar sa mort.
A côté de l'évoque de Dol, mourut François de Hercé, abbé de Bonnefontaine et de Chezal-Benoit, chanoinescolastique de l'Église de Dol, frère et vicaire général du prélat, compagnon fidèle de tous ses travaux et émule de ses vertus. Avant que l'expédition de Quiberon tïit décidée, l'abbé de Hercé écrivait à l'un de ses amis : a Mon frère et moi, nous n'ambitionnons que la gloire d'aller évangéliser nos campagnes, d'aller couvrir de nos sueurs, et s'il le faut, de notre sang, le sol de notre infortimée patrie. Nous ne nous dissimulons point les dangers qui vont nous entourer. Nous marcherons d'im village à un autre village, d'une contrée à une contrée nouvelle, jusqu'à ce que arrêtés par nos frères égarés, nous périssions, dans quelque ville, sous le tranchant de la guillotine; mais que le Seigneur soit béni : Non facto animam meam pretiosiorem quam me. » Ces paroles et leur date prouvent à quel sentiment obéissaient les deux héroïques frères, lorsqu'ils se joignirent à la malheureuse expédition. Un prêtre qui appartenait en même temps aux diocèses du Maûs et d'Angers succomba dans la compagnie de l'évêque de Dol. C'était René Bréhéret, curé de Bonchamps, près de Laval^ seulement depuis 1790, et né à Château-Gontier ou aux environs en 1762. Il avait refusé le serment, et avait été déporté en Angleterre.
Six jours après ces morts glorieuses, le 18 thermidor an m (mercredi 5 août 1795) Enjubault-Boessay lut à la tribune de l'Assemblée la pétition suivante adressée à la
Convention par les autorités constituées, les citoyens et les militaires de la commune de Laval (i).
a Citoyens représentants, Tépoque à jamais mémorable du 9 thermidor devait être un jour d'allégresse pour les habitants du département de la Mayenne. La commune de Laval, entre autres, théâtre sanglant de la tyrannie d'Esnue-Lavallée, devait se livrer avec enthousiasme à la jouissance du bonheur (jue vous lui avez rendu.
a Dans une réunion des autorités constituées, de tous les vrais amis de la patrie, et des militaires qui composent la garnison, un seul sentiment s'est manifesté, celui de la reconnaissance. Des cris mille l'ois répétés de : Vive la Convention nationale. Vive à jamais la Hépubhque, ont retenti de toutes parts.
a Citoyens représentants, les habitants de la commune de Laval n'oublieront jamais que c'est à votre énergie qu'ils doivent leur salut ; que, sans le courage que vous déployâtes dans les journées du 9 et du 10 thermidor, ils languiraient encore sous le joug de la tyrannie la plus odieuse. Us se rappelleront toujours avec attendrissement que vous venez de les sauver de nouveau de la rage des cruels émigrés, qui menaçaient d'envahir leur département, déjà trop déchiré par les fanatiques et les brigands; que c'est à vos sages mesures qu'est dû le succès complet que nos armes triomphantes viennent d'obtenir sur les infâmes satellites de la perfide Angleterre.
« Daignez ajouter un nouveau bienfait à tous ceux dont vous les avez comblés : purgez entièrement leur sol des partisans du royalisme et des brigands qui le désolent: les troupes qui le garnissent ne sont pas suiUsantes pour lui procurer cet avantage ; leur courage poursuit en vain des ennemis qui se cachent dans l'ombre, et (jui se multiplient en raison du peu de forces qui leur sont opposées. Nos campagnes ne demandent que de la protection pour se détendre elles-mêmes; quelques bataillons de plus la
(1) Moniteur, 23 ttieru\idor an III (10 août 1795).
leur assureraient ; et le département de la Mayenne, placé pour ainsi dire au centre des pays infestés par les chouans, une fois rendu à la liberté, opposerait une barrière insurmontable à toutes leurs entreprises dévastatrices. »
La Convention se contenta de renvoyer la pétition aux comités de salut public et de législation.
Ainsi les pétitionnaires ne demandaient rien autre chose que de voir écra&r, anéantir les fanati(jues et les brigands, c'est-à-dire tous les citoyens qui se prononçaient ouvertement pour le catholicisme, et croyaient devoir résister à l'oppression que Ton ne cessait de faire peser sur la grande majorité des Français. Quelques habitants des communes de Tresson, Montreuil (i) etOsmane (Sainte, vieux style) s'associèrent à des vœux aussi humains, et signèrent une dénonciation adressée au directoire du département de la Sarthe contre la commune d'Évaillé et œntre son curé, Michel-Ëlie Dupuy , qu'ils accusaient de fanatiser tout le pays. Cette pièce est datée du 25 thermidor an m (42 août 4795). Ce vertueux vieillard, l'un des plus fermes soutiens de Torthodoxie dans notre diocèse durant tout le cours de la persécution , jouissait d'une influence considérable dans la contrée qu'il habitait ; et Ton voit par le témoignage de ses ennemis qu'il en usait de manière à s'attirer la haine la plus violente des alliés de l'erreur et du désordre. C'était surtout par son zèle à ramener au sein de l'Église les prêtres schismatiques et par les succès qu'il avait obtenus qu'il s'était attiré cette hostilité ouverte. 11 n'en fut point déconcerté, et il continua ses travaux comme nous le dirons dans la suite.
Un autre ecclésiastique qui avait aussi beaucoup tra-
(1) TreasoD avait pour cnré Louis-Jean Lebleu, qui mourut dans le schisme. Le curé de Moutreuil-le-Henri était le P. Jean-Baptiste Picbard, chanoine régulier, si obstioé dans le schisme, qu'il empêcha son vicaire, Duhamel, de se réconcilier avec l'Eglise en 179G. Quant aa curé de Saiute-Osmane, Jacques-Louis Bigot, il ne fit pas le seraient, se retira à Orléans, d'où il revint dans sa paroisse à la fin de la (xrsécution.
%n L*É6LISE DU MANS
vaille à enlever au schisme les prêtres égarés ou timides, se vit dénoncé à la même époque, 13 fructidor (30 août), mais d'ime manière beaucoup plus grave pour les affaires de la religion en général. Les administrateurs du département de ta Sarthe envoyèrent un message au comité de sûreté générale poiu* le presser de faire commencer aussitôt des poursuites contre le prêtre Jean-Baptiste Hersant (i), fanatique, perturbateur, et qm avait remué tout le pays de Ghâteau-du-Loir. Ils ajoutent qu'il est parti pour Paris accompagné de Julien-Joseph-Gharles Pivron (2), autre prêtre fanatique, pour s'entendre avec les agents de la corn* de Rome, siu* les moyens propres à éluder la déclaration de soumission aux lois de la République, ordonnée par le décret du 5 ventôse. Ils sont, dit le message, agents de tous les prêtres réfractaires de la contrée, qui n'ont tous qu'une seule manière de voir en cette affaire, quoique les circonstances leur dictent ime conduite opposée en apparence. Les administrateurs pressent le comité de faire arrêter Hersant à Paris, et de l'envoyer au Mans, conduit de brigade en brigade. Us le représentent comme jouissant d'une immense influence dans tout le département (3).
Trois jours après, le 16 fructidor (2 septembre), les administrateurs de la Saiihe écrivirent de nouveau au comité de sûreté générale, et lui dirent en substance : a des
(1) Jean-Baptiste Hersant , curé de Sainte-Gemmes-Ie-Robert, avait fait le serment sans restriction, le 30 janvier 1791, il le rétracta publiquement dès le mois de septembre suivant , devint par là trèsodieux aux révolutionnaires, fut obligé de quitter sa paroisse le 3 avril 1792, se montra très-zélé durant toute la Terreur, et ramena dans la communion de l'Église beaucoup de prêtres scbismatiques.
(2) Né à Chantenay le 8 avril 1765, ordonné prêtre en septembre 1789, et nommé vicaire à Fontenay, puis à Saint-Pierre-de-la-Gour, près de Bais. C'était un prêtre instruit et zélé, qui ne fit aucun serment, et travailla beaucoup durant la persécution. Il fut mis plusieurs fois en prison. Nous avons rapporté plus haut l'histoire de de son arrestation et de sa délivrance.
(3) Archives de la Sarthe, 93 ^ L. 10.
enrôlenrs pour les chouans viennent d'être arrêtés. Un prêtre est l'agent de la contre-révolution. Partout les prêtre s'agitent et conspirent. Les maux qu'ils causent seront bientôt sans remède dans notre département, si le gouveroement ne seconde pas, par l'envoi de nouvelles troupes, les efforts d'une administration sur laquelle il peut compter. » Ils disent dans une autre lettre adressée au citoyen Comilleau, député de la Sarthe à la Convention : f On ignore (à l'Assemblée) que les prêtres n'ont jamais tant fait de mal, et qu^ils sont croisés avec tous les gens de leur robe contre le gouvernement républicain. L'esprit public du Mans est extraordinairement mauvais ; la tranquillité qui semble régner dans quelques districts n'est qu'apparente, etc., etc. »
Échauffé par cette missive et par plusieurs lettres particnlières que nous nous abstiendrons de rapporter, René Comilleau monta à la tribune le i 9 fructidor, et dit : a. . .Dans mon département les prêtres réfractaires assassinent et incendient. La Convention n'a point rapporté la loi qui les déporte ; elle doit être exécutée. Quant aux prêtres infirmes ou âgés de plus de soixante ans, tant qu'ils ont été en arrestation, les départements ont joui delà tranquillité; depuis qu'ils sont rendus à la liberté, les départements sont agités. Depuis six mois «pie le curé de ma commune, homme perdu de crimes et de débauches, est rentré dans ses fonctions, il a tout remarié, tout rebaptisé ; il a fait entendre aux paysans qu'ils ne pomraient sauver leurs âmes qu'en rentrant dans le sein de la véritable Église (1). S'ils se bornaient à ces singeries religieuses, la République, qui ne veut se mêler d'aucun culte, n'en souffrirait pas; mais les agents des prêtres vont dans les maisons des patriotes et les assassinent; il y a quelques jours
(1} René CorniUeau se trompait ou en imposait : on sait positivement qoe le caré de Sarfond , Jacques Beauchef , avait été déporté en Espagne , et que, rentré des premiers en France , sa conduite fat toujours ceUe d'un digne confesseur de la foi. Sa paroisse, du reste , était Tune des plus révolutionnaires de tout le diocèse.
aSO L'ÉGLISE DU MANS
que dans mon district six vertueux patriotes sont tombés sous le fer de ces cannibales. (L'Assemblée frémit d'horreur. )
« Voulez-vous enfin détruire d'un seul coup le fanatisme et le royalisme : faites remettre en arrestation des hommes qui n auraient jamais dû en sortir. » (Applaudissements d'une partie de l'Assemblée et des tribunes.)
Un grand nombre de membres s'écrient ; a Aux voix la proposition de Comilleau ! »
Lanjuinais et Larivière demandent qu'avant de rien statuer sur la proposition de Comilleau, on entende le comité de législation.
On réclame de nouveau la proposition de Comilleau.
Larivière monte à la tribune ; mais l'Assemblée est trop agitée pour qu'il puisse parler ou dominer le tumulte.
Bailly (de Juilly), Barras et d'autres essayèrent de faire entendre des avis plus sages ; leurs voix furent étouffées par des cris tumultueux; Comilleau fut le héros de la journée, et si sa proposition ne passa pas telle qu'il Tavait émise^ elle contribua puissamment à rallumer le feu de la persécution (1).
La loi du 7 vendémiaire an IV (29 septembre 1795) sur l'exercice et la police extérieure des cultes, fut inspirée par la dénonciation calomniatrice du député de la Sarthe. Elle tendait à entraver toute religion quelconque. Les peines les plus rigoureuses sont appliquées aux moindres infractions. Il ne s'agit pas seulement d'amendes, d'emprisonnement^ mais de la gène (peine qui remplaçait alors les galères) pour dix ans, vingt ans, et même à perpétuité. Les articles 6 et 7 enjoignent aux ministres des cultes de faire une déclaration, qu'ils doivent signer sur im registre, et dont une double copie doit être affichée dans l'intérieur du bâtiment destiné à l'exercice de leurs fonctions. Cette déclaration, appelée aussi le serment civique, était conçue en ces termes : « Je reconnais que l'imivei^salité
1) Moniteur, 23 fructidor an III (8 septembre 1795).
des citoyens français est le souverain, et je promets soumission et obéissance aux lois de la République. »
Comme beaucoup d'ecclésiastiques , en souscrivant la promesse exigée par la loi du li prairial an III, y avaient mis des restrictions et des explications, il fut défendu d ajouter ou de retrancher un seul mot au serment civique, sous peine de cinq cents livres d'amende et d'un emprisonnement de trois mois à un an, contre le ministre qui l'aurait signé, et le fonctionnaire qui l'aurait reçu. 11 y avait aussi des peines très-sévères rx)ntre les ministres (jui exerceraient sans avoir fait la déclaration, et contre ceux qui la rétracteraient après l'avoir faite.
Si la simple promesse de soumission aux lois de la République avait soulevé une opposition prononcée dans une partie notable du clergé, cette reconnaissance de la souveraineté du peuple français paraissait h beaucoup une hérésie, au plus grand nombre une participation directe à une usurpation et à une injustice; la promesse de soumission et d'obéissance aux lois de la République, sans explications, sans restriction aucune, semblait une approbation et une coopération à des lois impios comme celles du divorce, du jour du repos transporté au décadi, de la confiscation des biens des émigrés. Lo.-^ apologistes du serment civique répondaient que la première partie constatait seulement un fait reconnu de tout le monde depuis i79i, époque à laquelle personne n'avait fait difficulté de jurer fidélité à la nation, à la loi, au roi ; cpie la seconde partie emportait seulement le devoir de ne pas travailler «jo vertement pour renverser les lois meulionuées. Ces réponses paraissaient trop subtiles au grand nombre; et tandis que le' clergé de Paris ne faisait presque aucune difficulté de prêter ce serment, avec l'approbation de l'administration diocésaine, les prêtres de la plupart des provinces le rejetaient comme entaché d'impiété et deneur. Plusieurs évèques émigrés envoyèrent des lettres pastorales dans leurs diocèses pour i'improuver. Quelques évèques et quelques administrations instituées par eux, sans con-
tSt L'EGLISE DU MANS
damner absolument le serment civique, exi| tous les prêtres qui croyaient pouvoir le fair cience, déposassent entre leurs mains une décl laquelle ils repoussaient absolument tout me (ju'on voudrait y attacher. Cette déclaration trouva une vive opposition dans une partie d parmi les catholiques. Les choses en vinren ce point que les prêtres opposés à la soumissio ment civique refusèrent de communiquer ave s'y étaient soumis. Ces débats firent beaucoup religion dans toute la France, et furent aussi vii au Mans que partout ailleurs. Il est certain qi du Mans envoya de Paderbom, où il venait d'.règles de conduite relatives à ce serment; et ( généralement suivies ; mais malgré toutes nos nous n'avons pu en retrouver le texte. Il y eut < entiers où Ton fit le serment civique en se co; rinstruction du prélat ; tels furent entre autr Mamers et de Sablé. Parmi les prêtres les plu* en faveur de la soumission, nous devons t^ P. Urbain Deroy, autrefois provincial des cordi gieux d'une éminente piété et d'une profonde doc que son frère dom Jean-Baptiste Deroy, bénédi Pierre-Paul Chesnais, bénédictin, qui résidait c' François Girard, curé de Viré ; Charles-René D de Sâdnt-Martin de Sablé ; François Marcjuis curé de MaroUes-les-Braults, et quelques autres bre des opposants fut beaucoup plus grand : c firent surtout remarquer furent Nicolas-Kené B de Ruaudin, dont nous avons parlé en racontai] de Tévêque de la Sarthe. Après avoir cédé à i les révolutionnaires exigèrent de lui, jusqu'à inclusivement, toujours par peur, dit-il lui-n rétracta au Mans le 7 mars 1795. Il écrivit un 1 signifiant contre la soumission, fut arrêté et Rochefort, d'où il parvint à s'échapper. Les d Gourdet, Michel et Martin, se montraient exi
exaltés dans leur opposition. Ils trouvaient qu'on avait traité les soumissionnaires avec trop d'indulgence, blAmaient la conduite des supérieurs eccléi^iastiques, de Joseph Wflé en particulier. Nous les retrouverons plus tard, ai 1797^ s'opposant au nouveau plan d'administration. Ds s'emparèrent de l'esprit des religieuses de la Visitation, qoi adoptèrent leurs sentiments avec toute l'ardeur de leur sexe. La soumission rencontra aussi un adversaire trop ardent dans un prêtre d'ailleurs très-recommandable, François Jusseaume, originaire de Sérans, et depuis son ordination en 1780 vicaire à Écommoy. Instruit, laborieux, iflé, ayant exposé mille fois sa vie durant les jours les jtos sombres de la persécution pour voler au secours des âmfô, son influence était grande dans les cantons qu'il avait parcourus ; il la mit toute au service de l'opinion qa'il avait adoptée.
Les embarras créés par le serment civique ne furent pMttt une de ces bourrasques essentiellement passagères wnune tant d'autres de la même époque. Durant plu- 9«irs années on exigea ce serment avec une rigueur otrême ; c'est ce que nous voyons par l'exemple de ^«ques Lemarié, ciu'é d'Avoise. Cet ecclésiastique avait V^ le serment schismatique ; mais il le rétracta avec *^*wage au bout de dix-sept mois. 'Il fut en conséquence ^ en prison, puis conduit à Chartres et à Rambouillet. ^^ à la liberté, il s'empressa de revenir dans sa pa- WKse. n n'y jouit pas de la paix qu'il avait espérée : on ^ie contrainte pour lui arracher l'acte de soumission; ^ *près une longue et énergique résistance, il céda le ^septembre 1797. Dès le lendemain il le rétracta, et fut "•ïûtraintde se retirer à Chartres, où il mourut peu après, n est certain que Joseph Paillé s'était montré personpaiement favorable à la soumission du 11 prairial ; et ce W par son conseil que François Garnier, curé de Hercé, •* plusieurs autres la souscrivirent ; sur le serment civi- Ç^ï u n'eut point d'autre sentiment que celui de son Prelat. Celui-ci, tout en suivant le sentiment le plus se-
vère à Tégard du serment civique, s'était montré, paraît-il, moins rigoureux que les membres du conseil auipiel il remit l'administration de son diocèse. C'est ce qui est évident par l'une des demi(>res pièces officielles émanées de lui, et dans laquelle on lisait ce passage :
« Nous sommes bien éloigné d'approuver la conduite de ceux qui, conservant une opinion pure au sujet de la soumission, se livrent à un zèle outré, et éloignent les fidèles de la fréquentation et communication qu'aucune loi ne leur défend avec ceux qui auraient fait ledit acte exigé par la loi du 28 septembre 1795.
(c L'Église n'ayant point prononcé, les uns et les autres doivent rester unis par les liens de la plus parfaite charité, et réunir plus que jamais tous leurs efforts pour travailler avec efficacité au salut des âmes, en maintenant dans toute leur intégrité la doctrine et la discipline de l'Église catholique, apostolique et Romaine. »
Telles étaient les paroles de Tévêque du Mans dans l'ordonnance qu'il avait écrite pour promulguer le nouveau plan d'administration de son diocèse. On accusa les ecclésiastiques chargés de ses pouvoirs d'y avoir substitué ces autres paroles qui présentent un sens tout difl'érent.
a Nous trouverons toujours grièvement coupables devant Dieu tous ceux qui, par quelque acte extérieur que c^ soit, nuiront aux intérêts de l'autorité légitime, notamment par la soumission exigée par la loi du 28 septembre 1795. Nous sommes aussi bien éloigné d'approuver la conduite de ceux qui, conservant une opinion pure, se livrent à un zèle outré, et éloignent les fidèles de la fréquentation et communication qu'aucune loi ne leur défend avec ceux qui auraient fait l'acte exigé, l'Église n'ayant prononcé aucune peine contre ce genre de délit. »
Quoiqu'il en soit, il est certain qu'une improbation presque universelle dans le diocèse du Mans, mais surtout dans le Bas-Maine, accueillit les prêtres qui firent le serment civique. Un seul ecclésiastique le prêta dans le dis-
trict de Laval ; ce fut Hilarion-François Dabin, prieur-curé d'Argentré près de Laval, chanoine régulier de la congrégation de France. Il avait été déporté à Rambouillet, ayant refusé le serment de la Constitution civile. A son retour, il était rentré en possession de son église et de son presbytère qui n'avait pomt été vendu ; il les garda paisiblefflent, et resta dans sa paroisse jusqu'à l'époque du Concordat de 1801. Toutefois, sa position fut des plus flcheuses après qu'il eut fait les deux soumissions. Les Citholi(jues le considéraient comme une sorte d'apostat ; k révolutionnaires n'avaient aucun égard pour lui, ne le «gardant pas comme l'un des leurs; il n'avait donc aucim ptftisan; il menait une vie inutile, et ne v(»yait presque posonne à ses offices. Sa domestique, entre autres, refusa «instamment d'y assister, quoiqu'elle continuât de rester à ^ service. Le pauvre curé se consumait de chagrin : frouvait-il, par hasard, quelqu'un qui voulût bien écouter «8(k)iéances : il s'excusait en représentant qu'il n'était ni l^tique ni schismatique; que sa démarche n'était pas Cfiidamnée par l'Église, et qu'il avait suivi l'exemple d'une pfflde partie du clergé de France. Et nous, pour qui les l^ns du passé ne doivent pas demeurer inutiles, nous ne pouvons nous empêcher de faire cette réllexion : Hilarion W)inet les autres qui l'avaient imité, avaient suivi des 9^^ que tous s'accordent aujourd'hui à, reconnaître P^ sûrs et incontestables.
Pour les prêtres qui étaient restés attachés au schisme institutionnel, il n'y avait aucune difficulté dans la dou- «« soumission ; ils obéirent sans hésitation. L'adminis- ^'^on leur continua leur traitement ; mais quelques ^ployés ne comprenant pas encore le principe de la séparation de l'Église et de l'État et ses nombreuses appli- ^^m%^ éprouvaient de sérieux embarras; ils consultèrent les mernbres du directoire sur la conduite à tenir à l'égard ^ prêtres qui avaient rétracté le serment schismatique ^pr^té le serment civique. Interrogé à ce sujet par le procureur-syndic du district de Craon, le directoire du
département de la Mayenne répondit le 3 thermidor an l\\ (26 juillet 1795), que plusieurs prêtres avaient rétracté leur serment à la République, non par acte devant la municipalité, mais par la crainte des chouans; que puisqu'ils promettaient d'être de nouveau soumis à la République, il fallait continuer de payer leur pension. Cette réponse était parfaitement d'accord avec le principe que la Cîonvention avait promulgué à la fin de 1794, et qui était Tune des maximes essentielles du renouvellement social voulu par la Révolution.
Quoique cette théorie soit radicalement fausse, son application dans les circonstances présentes aurait été saluée comme un bienfait par tous les amis de la religion. Mais la Convention lui donna un démenti formel, et elle promulgua un nouveau décret de persécution dans sa dernière séance, le 3 brumaire an VI (25 octobre 1795). Pour témoigner en finissant sa sinistre carrière (1), la haine dont elle était animée contre la religion, la sanglante Assemblée fit revivre les lois les plus vexatoires contre l'Église et ses ministres. Elle rendit un décret qui ne semble aucunement relatif aux cultes, et qui, dans le bulletin des lois est intitulé : « Loi qui exclut de toutes fonctions publiques les provocateiu's ou signataires de mesures séditieuses et contraires aux lois. » C'est au milieu de cet acte des dernières volontés de la Convention que se trouve comme jetée au hasard la disposition suivante :
c< Article 10. Les lois de 1792 et 1793 contre les prêtres sujets à la déportation ou à la réclusion, seront exécutées dans les vingt-quatre heures de la promiilgation du présent décret ; et les fonctionnaires publics qui seront convaincus d'en avoir négligé l'exécution seront condamnés à deux années de détention. » C'est presque textuellement la motion de René Cornilleau.
(1) Moniteur, 3 vendémiaire an IV (25 septembre 1795) , 9 et 10 vendémiaire et U brumaire. — Archives de la Mayenne, circulaire aux procureurs-?yndic3 des districts, en date du 9 brumaire au IV.
DURANT LA RÉVOLUTION. i87
Dans sa vague généralité, cette disposition semblait l'admettre aucune exception : et c'est dans toute sa rigueur foe certains directoires de districts et certaines municipalités^ celle de Château-Gontier entre autres, l'appliquèrent ioat d'abord ; dans la pratique cependant on fit des excepbms en faveur des prêtres qui souscrivirent les soumis- 90DS nouvellement demandées. Ainsi les oiBciers muni- Q^iaiix de Château-Gontier^ comme on vient de le dire, avaient iait mettre en réclusion tous les prêtres catholiques qu'ils avaient pu saisir, c'est-à-dire Jean Mahier, Dominique Mahier, Grégoire Omo, Antoine Georget, Kffre-Henri Séguin, ex-prieur-curé de Cômes, et Fran- (oe-Jean-Marie Chevillard^ ex-chanoine de Saint-Just. Ces ètt derniers adressèrent une pétition au directoire du département, exposant que la loi du 3 brumaire ne les regardait pas, puisque, à peine arrivés de Rambouillet, ils ont déclaré à leur municipalité qu'ils voulaient vivre désonnais soumis aux lois de la République. Les membres lu directoire du département trouvèrent que leur requête ftût bien fondée, et leur firent ouvrir les portes de la pôle.
8i la prison de Château-Gontier ne renferma que six I»te catholiques à cette date, c'est que les autres étaient Pi^enus à se soustraire aux recherches des agents de fatttorité républicaine. Les choses, en effet, étaient rendes dans l'état où elles étaient lors de la déportation. Itos les autres parties du diocèse, beaucoup de prêtres »rtis depuis quelques mois des cachots furent arrêtés de DOttveau, les autres obligés de se cacher avec autant de Précaution que ceux qui se trouvaient en contradiction *^ec toutes les lois révolutionnaires. Plusieurs connaissait la vie pénible que menaient ces derniers, et ayant vu «ors alarmes continuelles pour eux-mêmes et pour les Pannes qui leur donnaient asile, préférèrent la capti- ^té à une liberté si pleine d'angoisses, et se constituèrent Tolontairement prisonniers. Quatre prêtres de Château- Gontier prirent ce parti, et furent envoyés à Laval, où on
i88 L'ÉGMSE DU MANS
les renferma dans le prieuré des bénédictines. On U adjoignit bientôt sept autres ecclésiastiques. Ils restèi treize mois dans cette maison, après ce laps les ims transférés dans diverses geôles ; les autres eurent sien de rester dans la ville, sous la promesse de n'en soHir. On en incarcéra plusieurs dans une maison par^tî culière située au bas de la rue Renaise. Sur quelqiaei points du département de la Mayenne, on organisa det maisons de dépôt pour les prêtres ; et l'abbaye d'Évron servit à cet usage jusqu'en 1800. Quinze prêtres y furent reu fermés ; et on les traita avec une certaine modération. Ils. recevaient leiu*s provisions de la ville; les officiera municipaux n'y apportèrent jamais d'obstacle ; au bout de quelques mois même, ils les autorisèrent à célébrer 1^ messe tous les jours. Ils ne pouvaient toutefois le fair* qu'à huis clos, et on ne permettait à personne d y assis! Parmi les captifs détenus à Évron, on signale Nicol Julien Trebous, vicaire à Assé-le-Béranger, dont non$ allons raconter l'arrestation; et Etienne Guilloux, curé ^^ Saini-Calais-du-Désert, qui avait prêté le serment en \T^^ et 1792, avait refusé de livrer ses lettres d'ordres, n»^>déclaré renoncer à ses fonctions en présence du district ^^ Lassay, acheté le temporel de sa cure, puis s'était rétra^^^ au Mans, entre les mains de Joseph Paillé, en présence ^^ Michel Dupuy et de beaucoup d'autres témoins (1), et ^ montra depuis si ferme dans la foi, qu'il endura la prisoïïi et refusa constamment de prêter le serment de haine. tJt^ troisième prêtre qui habita cette maison fut Jean-Loui^ Maher, curé du Grand-Saint-Jean de Chàteau-Gontier. W y mourut en 1799, environné de ses confrères, après une maladie douloureuse qu'il endura avec une patience digne d'un confesseur de la foi.
Dès le 23 fructidor (9 septembre) l'administration du
(1 ) Le 15 avril 1795. 11 y eut au moi as six prêtres à rétracter sinmllan^meul leur serment entre les main? de l'administrateur et du curé d'Évaillé.
département de la Sarthe avait pris un arrêté pour faire mettre immédiaiement en arrestation tous les prêtres non assermentés, d'abord incarcérés, puis rendus à la liberté, et autres qui pouvaient leur être assimilés, et qui se trouvaient sur son territoire. C'était devancer de sept semû- Des le décret de TAsserablée elle-même. Gomment im âiD|de directoire de département prenait-il sur lui-même la responsabilité d'une telle initiative ? N'est-ce pas une p^ye frappante de l'anarchie qui régnait encore dans ftilministrâtion à tous les degrés? Dès lors néanmoins diaque district se mit en mouvement pour découvrir les proscrits et les arrêter. Le 27 fructidor (dimanche 13 septembre) le procureur-syndic de Sillé-la-Montagne réponto au procureur-général-syndic du département de la Sarthe, qu'il n'y avait aucun de ces prêtres connus dans I étendue de sa juridiction, à moins qu'il ne fût caché P^ les chouans qui dominaient dans le centre du dis- ^. aMais, ajoutait-il, ne pourrait-on pas assimiler à ces
''Éfractaires ceux qui ont rétracté leur serment? Vous
Pwrriez trouver les preuves matérielles de ces rétractafcnschezle nommé Paillé, ancien grand vicaire du ci- ^t évêque; car je suis assuré que c'est lui qui condui- ^t cette trame infernale. » Le lendemain, le même fonctionnaire écrit au même : a Selon le décret rendu par le ''épartement le 23 du courant, on a fait une battue pour prendre le prêtre rétracté Danguy (1), curé d'Étival-en- Oiamie; et l'on s'est avancé même sur le territoire du
(1) Pierre Daogay , curé d'Étival-en-Cbarnie depuis le mois de ou 1788 , prêta les serments exigés , acheta des biens de Tabbaye Clivai, et livra ses lettres de prêtrise. Il se rétracta à Ëtival en pré- Kflce de François Trouvé, vicaire non assermenté à Chassillé, et en présence de tous les paroissiens assemblés, le 2 mai 1795 ; malbeureasement il eut la témérité d'exercer le ministère sans avoir été relevé des censures qu'il avait encourues; ce qui le fit reprendre par les sapérïeurs, et faillit le replonger dans le schisme. François Trouvé, originaire de Saint-0aen-en-6elin, fut un apôtre zélé durant toute la Révolution. Il soufifrit aussi la prison.