‹ L'église du Mans durant la RévolutionChapitre 26 sur 104 · III · texte numérisé non relu

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district d'Évron, repaire de chouans, et sur lequel Danguy s'était retiré, ayant quitté sa commune de Torcé. On n'est pas parvenu à le prendre ; mais on a arrêté Nicolas Trebous, prêtre insermenté du district d'Évron, qui a troublé Tordre par sa conduite et ses propos. »

Dans les mêmes jours, 18 fructidor an HT (4 septembre 1795), les membres de radministration centrale écrivaient au député René Cornilleau : a Les prêtres sont la cause de tous les brigandages qui arrivent dans notre département ; mais les paysans ne les dénoncent pas ; au contraire, ils les cachent ; les tribunaux acquittent ceux qui sont les auteurs des délits; et le représentant Dubois- Dubais lui-même les renvoie absous; ainsi lait de son côté le juge militaire Courbe.» Cinq jours plus tard ils écrivent au comité de sûreté générale : « Nous vous adressons deux copies de pièces dont les originaux sont entre nos mains. Elles vous paraîtront assez importantes pour fixer votre attention sur les prêtres Hersant et Pivron, connus par leur correspondance sous les noms de Courtin et de La Forêtrie. Ils ont à Paris Us causent dans ce département des maux infinis. Nous allons mettre de la vigueur dans l'exécution de votre arrêté du 18 contre les déportés,

déportables et rentrés Nous avons lait arrêter Her-

belin-la-Reveillère (Félicité), Jumeau et Gagnot. Le premier est prêtre, le second diacre, le troisième sous-diacre ; ils sont prévenus du crime d'enrôlement pour les chouans (i).» Ce prétendu crime ne fut point prouvé ; mais les captifs n'en continuèrent pas moins à subir la prison.

Au bout de cinq jours encore, le 28 fructidor (14 septembre), les administrateurs du département de la Sarthe écrivent à ceux du département d'Eure-et-Loir, qu'ils leur envoient vingt-quatre prisonniers, chouans et prêtres, « de saints prêtres, » disent-ils par dérision voltairienne. a Bertin-Biret, chef de chouans, qui s'était évadé de vos prisons, a été tué dernièrement dans une action

(1) Archives de la Sarthe^ 23 — L. 10.

près de Sillé-le-Gaillaume. Il avait été curé de Saint-Cyren-Pail. » Cette dernière assertion est une erreur, ou plutôt une imposture (\). Bertin-Biret n'était point prêtre. Quant aux vingtncpiatre prisonniers, vingt-deux s'échappèrent entre La Loupe et Courville ; et les révolutionnaires accusèrent l'escorte de complicité^

Quoique les administrateurs se plaignissent de la faiblesse des tribunaux pour punir les prêtres qui leur étaient déférés, il est certain cependant que ceux-ci outre-passaient quelquefois les rigueurs des lois révolutionnaires par des sentences arbitraires. C'est ainsi que le tribunal de Mamers condamna à un an de prison René Loitron, « prêtre réfraotaire d'Ancines, pour infraction à la loi sur les cultes ; » puis la sentence ajoute : a Après son année expirée, il sera, quoique infirme^ renfermé à la maison de réclusion, de peur qu'il ne fanatise les peuples. »

Les administrateurs du département eux-mêmes ne se donnaient aucim repos, et faisaient conduire à Tévêché, transformé en maison d'arrêt, tous les prêtres qu'ils pouvaient saisir, à commencer par Joseph Pivron, Michel Dupuy, curé d'Évaillé, Brindeau, curé de Beaumont-piedde-Bœuf (Sarthe), et autres. Sur l'avis que Jean Hersant avait quitté Paris, ils fouillaient tout le pays pour l'arrêter. Des recherches si actives jetaient le trouble dans toutes les familles, et alarmaient toutes les âmes honnêtes.

Par une tactique qu'ils croyaient habile, mais qui ne pouvait tromper que des aveugles volontaires, ils faisaient en même temps arrêter des hommes accusés d'avoir été les agents et les provocateurs du terrorisme : Chauvel, Bazin le jeune, Sorgeuil, Busson, Dupré, Haloppé, Blot et Tournois; mais ceux-ci étaient acquittés au bout de quelques semaines de prison préventive. On n'avait au

(1) La cure de Saint-Cyr-en-Pail fut occupée en janvier 1744 par Jacques Levillain^ qui eut pour successeur Julien Préau, nommé le 4 août 1777^ et qui jouissait encore de ce bénéfice au moment de la Révolution.

contraire que des rigueurs pour les membres du clerg^^^^ qui tombaient entre les mains des agents du gouvernement. De plus on cherchait à ameuter de nouveau l'esprit public contre eux; dans toutes les proclamations, dans toutes les harangues des administrateurs, les maux de la patrie étaient représentés comme Tœuvre des prêtres catholiques. Dans une fête célébrée en Téglise de la Ciouture, le procureur de la commune, Ménard-Lagroye, détailla dans un discours énergique tous les crimes des rois et ceux du fanatisme religieux. U s'efforça ensuite de faire voir que le gouvernement républicain était seul digne des Français. On fondait un grand espoir sur la nouvelle Constitution pour affenmr ce gouvernement^ auquel tous les habitants du pays se seraient franchement rattachés, s'il avait su être juste.

C'est après avoir lancé sur la France les nouvelles lois» de persécution que la Convention termina sa sanglante carrière le A brumaire an IV (2(S octobre 4795). L'état dé — plorable dans lequel elle laissait le pays est clairemenfciï' résumé dans ces Ugnes d'un historien de nos jours (I).

a La misère était générale : les capitaux étaient détruits;^ l'agriculture^ Tindustrie, le commerce entièrement rui — nés; l'état aux abois et condamné à la banqueroute par las^ dépréciation du papier-monnaie ; les villes et les campa — gnes dépeuplées par l'émigration, la guerre, la guillotine^ la famine générale ; la famille, désorganisée par le di^ — vorce, le culte religieux, par la persécution ; plus d'école^ et, par conséquent, plus d'hommes capables pour exercerr* les professions libérales : le désordre social était à soi^comble. Contrainte d'obéir à l'esprit de la France, qu:5> cherchait à se dégager du gouvernement révolutionnaire ^ la Convention prépara la Constitution de l'an 111, ce testa^ — ment de mort qpii instituait le directoire et les conseils héritiers. Mais tout à coup le terrible agonisant se relèvi et cherche à ressaisir la vie et le pouvoir. En vain Topi^ —

(i) Granier de Cassagnac, Histoire du Directoire.

nion publi(jue s'oppose à cette usurpation, par les journaui, par la garde nationale, par les sections de Paris : la Convention reste victorieuse, grâce à Bonaparte cpii, au 13 vendémiaire, bat les sections à la tête des terroristes. Les jacobins ne pourront pourtant pas suspendre la Constitution de Tan III ; mais ils se maintiendront en majorité dans les conseils , et nonmieront pour directeurs cinq régicides. >

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