‹ L'église du Mans durant la RévolutionChapitre 28 sur 104 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Promulgation de la paix. — Message du directoire du département de la Mayenne. — Circulaire contre les prêtres. — Recherche et emprisonnement des ecclésiastiques insermentés ou rétractés. — Cruel traitement éprouvé par les prêtres captifs. — Nouveaux décrets de persécution qui amènent une réaction momentanée. — Faux rapport du directoire exécutif et des administrations départementales. — Influence du clergé catholique. — Violation du secret de la poste par l'administration du département de la Sarthe. — Dénonciations contre les prêtres catholiques. — Saiot-Martin- Higandière au Mans. ~ Rigomer Bazin et la Chronique du département de la Sarthe. — L'Espion constitutionnel de la Sarthe. — Troubles à propos de la représentation de L'intérieur des. Comités révolutionnaires. — Dépravation, luxe et sorcellerie. — Réunion de théophilanthropes au Mans. — Discrédit des fêles républicaines. — Pétition des prêtres constitutionnels contre les administrateurs du dépar^œent de la Sarthe. — indemnités des ecclésiastiques ayant fait les serments. — Prêtres constitutionnels se réfugiant en !.oiret-Cher. — Michel Monrocq. — Grégoire mal reçu dans un bourg du canton de Montdoubleau. — Jacques Prudhomme en tournée pastorale à La Flèche. — Louis-Frauçois Lemore. — Pierre Hamelin. — Dénonciation criminelle contre le curé du Pas et Potlier, d'Ambrières.

Le 24 thermidor an IV (8 août 1796), les administrations centrales des départements de la Sarthe et de la Mayenne, se conformant à un arrêté du directoire exécutif du 42, et à une lettre des ministres de la guerre et de l'intérieur du 14 du môme mois, annoncèrent à toutes les communes de leur ressort que Tétat de siège était levé. La paix régnait

^»artout; et les magistrats de la Mayenne proclamaient qu'il n'y avait plus de chouans dans tout le territoire. \ussi cinq ou six jours après les suspects qui étaient renfermés dans le prieuré des bénédictines à Laval furent mis en liberté. Cette prison resta en disponibilité, et quelques jours après elle fut remplie par les prêtres transférés de la me Renaise; pour eux, il n'y avait point de trt'^ve.

Quelques jours après, le c-ommissaire du directoire exécutif dans le département de la Mayenne rendait compte de la situation au gouvernement, et disait en substance : «L'organisation des municipalités est extrêmement difficile dans ce pays; personne ne veut être officier municipal; dans beaucoup de commîmes on refuse absolument de procéder aux élections. Les patriotes des campagnes sont réfugiés dans les villes; et ce sont les seuls républicains; ils sont détestés des populations, parce (ju'ils ont vexé leurs administrés, qui ne leur étaient opposés que par motif religieux ; et ils ont souvent agi par vengeance particulière (1). fi Cet aveu est important à recueillir.

Il est aussi important de mention nor une circulaire adressée par le même fonctionnaire à toutes les administrations (lu département, au sujet des chouans qui s'étaient pendus. Il distingue deux catégories : les cultivateurs qui avaient été séduits et qui se sont soumis, (et ceux-là H faut lesprotéger); les émigrés, nobles^ prêtres, déserteurs, gens sans aveu, (et ceux-là il faut les tenir pour ennemis irréconciliables) : a Activez près d'eux, dit-il, les mesures de la police la plus sévère. S'ils ne sont pas terrassés, ils ne sont pas vaincus. Us ont encore l'amour de la royauté. Les émigrés, les prêtres déportés sont bannis pour toujoui^s; ils ne sont plus Français ; arrêtez-les et chassez-les du sein •le la patrie, d Mais alors pourquoi n'avoir pas annoncé d'avance cette disposition ; pourquoi les avoir trompés en proclamant la paix pour tous ceux qui se rendraient ?

(1) Archives de la Mayenne. Correspondauce du âG thermidor an IV.

On ne pouvait alléguer le prétexte de Témi^ contre tous les prêtres catholiques, qui se trouvaiei nos deux départements ; et, en disparaissant, la guei chouans qui avait servi de voile pour couvrir des d persécuteurs, aurait dû laisser la liberté à tous les siastiques qui se conformaient aux lois. Il n'en fu cependant^ et du 18 août au 21 septembre on fit k quisitions les plus minutieuses pour découvrir les ] catholiques ou ceux qui avaient rétracté leurs seri et qui se trouvaient par là même sous le coup de la tation. Chaque administration cantonale devait ré] sous sa responsabilité personnelle. Plusieurs admi tions donnèrent l'assurance qu'il n'y avait auci clésiastiq[ue de cette catégorie dans le ressort qi compétait; mais d'autres désignèrent ceux qu'elle naissaient; et des ordres furent aussitôt expédiés à 1 darmerie pour les conduire en prison. Ainsi tre quarante prêtres, la plupart pour s'être réconciUéi l'Église, furent renfermés dans les geôles du Mans Laval.

Le sort des malheureux détenus se ressentait tro] haine qu'on leur avait vouée, et de la barbarie qu( annéeis d'anarchie avaient introduite dans les mœ Laval, par exemple, durant tout le temps de la guei ne donnait pour tqute nourriture qu'une Uvre de pa jour à chaque prisonnier. On leur permettait, il esl de recevoir les secours qui leur étaient envoyés de d mais plusieurs de ces prêtres n'étaient connus de per et étaient réduits aux dernières souffrances (1). Nous déjà vu les officiers municipaux eux-mêmes constat tat de misère des détenus, et aller jusqu'à s'inquiète la salubi*ité publique. Les soulagements les plus inc sables ne s'accordaient qu'après de longs délais, et conditions gênantes pour la conscience. Ainsi, le P. Dubuisson se trouva au mois de décembre 1796 si

(1) Archives do la Mayenne. Bureau de police, n9 645.

bl^ par ses infirmités et par ses soixante -cinq ans, que les administrateurs du département écrivirent au ministre de l'intérieur pour obtenir la permission de le transférer dans la maison de M"* Le Roy de la iMartinière, qui s'engageait à le conserver sous sa responsabilité personnelle. Apr^s plusieurs lettres de part et d autre, le ministre donna enfin l'autorisation le 29 frimaire an V (lundi 19 décembre 4790), à la condition expresse que le prisonnier prêterait le serment du 1" prairial an IV (1). La misère môme de ces infortunés devenait un objet de dérision pour leurs ennemis. Dans son journal, où toutes les infamies se coudoient, Rigomer Bazin écrivait sous la date du 18 frimaire anV (8 décembre 1796) : « Les prêtres détenus à la Visitation sont, dit-on, réduits au dénùment le plus absolu. » Il en concluait que le royalisme les abandonnait ; mais il savait fort bien que les royalistes étaient ou en fuite ou plus souvent encore soumis eux-mêmes aux plus dures privations; <pe lom de pouvoir soulager les autres, ils auraient eu «ux-mêmes besoin de secours, par suite des malheurs dont le poids accablant était tombé sur eux.

Toutes les entreprises des administrations contre le dcrgé catholique étaient encouragées par le directoire exé- Qilif,qui ne cessait de pousser dans la voie de la persécution. En mars, il proposa une loi contre la sonnerie des clones, et demanda que les prêtres fussent responsables de h violation de cette loi. Les deux conseils se prêtèrent à sesvues. La peine de la prison, et même de la déportation, fût prononcée contre le prêtre qui n'avait pas empêché de sonneries cloches! Sans les nommer, le directoire voulait atteindre les ecclésiastiques orthodoxes ; car eux seuls faisaient usage des cloches. Le li mars et le 12 avril, il proposa encore d'autres moyens de persécution. Enfin le 17 floréal (6 mai) le conseil des Cinq-Cents résolut d'exécuter une déportation générale de tous les prêtres qui n'avaient pas fait les serments de 1790 et 1792 ; mais l'ab-

(1) Archives de la Sarihe.

surdité de ce décret le fit rejeter à Tunanimit^ par le conseil des Anciens. Ce lut une première démarche dans la voie de Téquité et du bon sens; les députés honnêtes et humains qui faisaient partie du conseil des Cinq-Cents prirent eux-mêmes courage ; il y eut un moment de réaction contre le système d'oppression qui. pesait sur tant de malheureux innocents. Le 28 août, les Cinq-Cents adoptèrent une résolution qui autorisait les prêtres reclus à jouir de leui's biens personnels; et plusieurs orateurs firent entendre des plaintes sur ce que après avoir dépouillé ces infortunés de toutes leurs ressources, on refusait encore de les nouiTir. D'autres dirent qu'il serait temps de ne plus punir des citoyens qui n'étaient convaincus d'aucun crime; et la chambre envoya un message au directoire pour savoir le nombre précis des prêtres mis en réclusion, les motifs de leur emprisonnement, et le traitement (ju'ils y éprouvaient. C'était le cri de la France indignée qui se faisait entendre; les malheureux si prompts à saisir les premières apparences de salut éprouvèrent un moment de soulagement; mais les membres du directoire, les ministres et les administrations locales, presque tous fort hostiles au christianisme, trouvèrent moyen d'étouffer ces principes de réaction. Dans ses messages, le directoire peignait sous les couleurs les plus sombres les progrès du fanatisme et les crimes des prêtres réfractaires, qui excitaient, disait-il, au meurtre et au brigandage. C'était surtout sur ce qui se passait ilans le iMaine et la Bretagne que les directeurs croyaient appuyer leurs assertions ; mais les faits les plus évidents prouvent avec quelle mauvaise foi les rappoiis des agents du directoire étaient rédigés. Un événement assez remarquable vint cependant démentir d'une manière éclatante les calomnies répandues contre les prêtres catholiques et les chouans. Dans le cours du mois de décembre on arrêta au Mans une troupe de brigands, convaincus de plusieurs vols commis dans la ville et dans les campagnes voisines. Le journal de Bazin et les agents de l'administration avaient attribué ces crimes aux chouans,

«aux jeunes gens comme il faut, aux muscadins à cade- Dettes, à habits carrés; » et à ce propos ou avjait, selon l'usage invariable, déclamé contre les prêtres catholiques ; oril se trouva que le chef de la bande était Ca ton Aubert, l'un des chefs du clul) du Mans, le porte-voix avoué de Cmcinnatus La MQrandière et de Marat Houstel (I). On étouffa autant que possible les rumeurs qui se répandaient à ce sujet dans le département, et la calomnie n'en continua pas moins son cours (2).

D fallait user de tous les prétextes contre le clergé catholipie; car malgré les trames ourdies contre lui, il reprenait sa légitime influence dans nos campagnes, et même ilâQsnos villes. Ainsi le 8 nivôse an V (28 décembre 1796) l'agent municipal de Saint-Charles- la-Forêt porta à Tadmimstration centrale une dénonciation contre le curé Olirier-Gharles Renusson, pnHre insermenté, déporté, et raitré des premiers. 11 laccusait d'avoir parlé en chaire ttntrele serment et contre les prêtres jureurs, de percevoir la dime, et d'avoir fait partie d'une troupe de chouans, oti il portait le nom de Montdor. Il y a si peu de patriotes, ajouM-il, que lui, agent municipal, n*a pas pu trouver te toute la commune un seul citoyen qui consentît à 8^er la dénonciation. L'administration départementale vit là un grave danger pour la République, et lit aussitôt toutes les démarches possibles pour faire saisir le prêtre 1^16(3), qui n'avait jamais paru parmi les insurgés; mais c'était un prétexte commode pour perdre un adversaire. Ite le même temps le commissaire du directoire Q^tif dansle département de la Mayenne répondait au ''Mamissaire du canton de Lassay qui lui avait posé cette Çïestion: a Les prêtres réfractaires, soumis à la déportait) L'Espion de la Sarthe, 1" janvier 1797.

^) L'administration centrale du ciépartement de la Sarthe au mi- "totrede la police générale; rapport sur De Bastard de Fontenay, son tb,«aaile M"»e de Biré el autres, du 5 nivôse an V (25 décembre ï^. Archives de la Sarthe, 23 L. — 10, f. 64. (3) Archives de la Mayenne. Police, u» 819.

tion ou à Ja réclusion, mais qui se sont cachés, peuvent-ils reparaître et exercer leurs fonctions ? —lis ne le peuvent, dit le magistrat; mais, ajoute-t-il, comme l'arrestation de toas ces individus est une grande affaire dont l'exécution serait peut-être dangereuse dans le moment où le département n'a point de troupes, il faut ajourner, et attendre des ordres de Paiis. »

Le 16 vendémiaire an V (7 octobre 4796) l'administration centrale de la Sarthe envoyait au ministre de la police la lettre suivante, qui fait connaître à quel infâme espionnage elle ne craignait pas de descendre, pour découvrir les prêtres, et surtout les évoques catholiques (i).

a Citoyen Ministre,

« Deux jeunes réquisitionnaires appelés Vannier (2) et Joubert se sont rendus à Paris le 15 septembre (v. s.) ou 28 fructidor an IV, pour se faire recevoir prêtres par im évêque réfractaire; nous n'avons pu savoir ni le nom ni la demeure de ce dernier ; mais nous vous faisons passer l'adresse du nommé Joubert, qui vous la fera connaître par sa déclaration; nous vous prévenons aussi que par la lettre de ce Joubert il parait qu'ils ne doivent pas rester longtemps à Paris; ainsi nous vous prions de prendre les mesures les plus promptes. — Salut, etc.

a Les administrateurs du département de la Sarthe, »

C'était en violant le secret de la poste que l'administration se procurait ces renseignements ; mais elle fut trompée dans son espoir : elle ne saisit ni prêtre ni évêque.

Dix jours après les mêmes écrivaient à Merlin, ministre de la police : « Le Maine, après avoir si longtemps souffert

(1) Archives de la Sarthe, 23 L. — 10, f. 49.

(2) Charles Vannier, de Saint-Mars-sous-BalloD, fut ordonné prêlre en septembre 1796 à Paris, et reyint aussitôt dans le diocèse du Mans. Les supérieurs renvoyèrent à Ghemiré-le-Gaudin, puis à Chantrigné,où il travailla beaucoup. Il mourut curé de Lignières-la- Doucelle le 23 février 1830.

des troubles, commençait à jouir de (|uol(iue paix ; mais r«npire des prêtres déportés ou émigrés rentrés menace (hme nouvelle agitation. Envoyez-nous des hommes habiles à se déguiser, à dissimuler, à pénétrer dans les secrets des maisons, en se présentant comme prêtres catholiques ohligésà se cacher pour fuir la persécution. Nous avons déjà deux agents de ce caractère que nous a fournis ie gtoéral Quesnel ; et c'est d'accord avec lui que nous vous adressons cette demande. Il faudra en même temps noue atfoyer de l'argent ; car le zèle de ces hommes ne se sti- Bole qu'avec l'argent, o La violation du secret de la correspondance privée dont «rient de parler, était Tun des expédients aux(}uels l'adttDblration tle la Sarthe avait habituellement recours. Hk s'en vante en écrivant au commissaire du pouvoir oécttlif à Chartres, pour faire arrêter le prêtre Bermont, CKbéchez la directrice de la poste, et un autre prêtre chez kdtoyenJuteau. Elle faisait rechercher jusqu'à Amsterfcn, en Hollande^ le prêtre réfractaire Leroy, dont elle •liquait l'adresse. On est étonné du reste de voir Tattenfca qu'elle accordait à des dénonciations revêtues d'une •fcoi signatures, lorsqu'il était évident que les prêtres fnrsuivis ainsi avaient pour eux l'immense majorité des Witants; mais on alléguait que leurs opinions religieu- •5 excitaient du trouble dans le canton (1). L'une de ces fondations, datée du 26 frimaire (46 décembre), est fcfée contre Joseph Glatier, vicaire à Précigué, dont ■tts avons déjà parlé, et sur le<iuel nous reviendrons bien- •ût. Il est représenté comme désolant tout le pays par son ^Bitisine; et Tondit qu'il a aUébré des messes solennelles ■ roiitàCourtilliers et à Pincé. 11 est certain qu'il avait •opusune influence considérable dans le pays; mais il la fcait à ses vertus et à son zèle pour le salut des âmes.

(li DinoQciaiioDs contre Lacroix, vicaire à NouaDs, Fauneaii h ****»! ditlrict de BellAme, et autres. Archives de la Sarllie, 23 **•"" Archives municipales de la ville du Mans, n» 1971.

Ce cpii poussait radministration centrale de la Sai dansas voies de rigueur, c'était la présence dans la ^ du Mans d*un certain nombre de terroristes amnistié rentrés avec un redoublement de fureur. Laissés à 1( propres inspirations, plusieurs des membres du direct départemental auraient compris les avantages de la t< rance ; mais ils avaient peur d'être dénoncés. Ils poussai eux-mêmes la municipalité peu disposée en générj réveiller les mesures de la Terreur.

A la tête de ces homme» dont la. présence est toujc le signal du désordre, se trouvait Rigomer Bazin. Il é parvenu à fonder une sorte de club à l'insu ou avec complaisante insouciance de l'administration . Il au trouvé un appui précieux dans un homme dont nous av déjà l)eaucx)up parlé, Saint-Martin-Rigandière. Celui après sa sortie de prison, se rendit à Laval ; mais les ha t<ints le repoussèrent à l'unanimité ; il y fut attaqué, e ne dut la vie qu'à la promesse formelle qu'il lit de jamais remettre le pied dans cette ville. A Pré-en-Pail, il essaya de se fixer, il fut poursuivi comme une 1 fauve, et fut obligé de s'enfuir la nuit. Après s'être réfu quel(|ue temps à Paris, il vint au Mans, et il y aurait V( paisiblement au milieu d'une société en harmonie a ses principes et ses sentiments, s'il avait été capable mettre un certain frein à ses passions démagogiques. E lui firent commettre une faute qui eut pour lui des su funestes, mais heureuses pour les citoyens honnêtes paisibles. Il s'imagina de se donner comme ayant pouvoii'S très-étendus de la part du ministre de la poli cette usurpation fut l)i(»ntùt constatée ; les ordres réitt de Merlin arrivèrent contre lui; les administrateui*s département, que ses prétentions avaient vexés, agir avec activité, et il fut mis de nouveau en prison (l).

Le levier le plus puissant que les démagogues comm cèrent alors à employer dans le Haut-Maine fut la publi

(1) Archives de la Sarthe, 23 L. — iO,^ VEspion de la Satthe, i

tion d un journal intitulé : Chronique du département de la Sarthe, dirigée par une société ïTamis de la patrie. Le premier numéro parut le 23 septembre 1796, et le dernier est daté du 25 avnl 1798. La société des amis dé la patrie formait une sorte de ^lub ; quoique la loi les eût déiendus, Tadministration fermait les yeux. L'âme de cette association et Tunique rédacteur du journal, était Rigoqier fiazin (1). Les calomnies, les dénonciations sanglantes contre les prêtres catholiques et iconire les royalistes, s'y trouvent confondues avec des propos obscènes et des attaques contre tout ce qu'il y avait de respectable dans le pays, et même contre les autorités constituées, qu'il accuse de faiblesse et de partialité en faveur des aristocrates. Ce journal se répandit dans le département de la Sarthe, et

(1) Voici quelques extraits abrégés de ce journal; ils feront juger de l'esprit qui y règne, et fourniront en même temps des renseigne* ments sur l'état du clergé. — 25 septembre. LouisnJoseph Hervé, excuré de liloutrelais, en Bretagne, déporté en 1792, a été arrêté à la Ferté-Bemard, et remis au tribunal des Côtes-du-Nord, comme émigré rentré. — 29 septembre. Le royalisme médite de nouveaux complots dans la Sarthe ; c'est en vain que Ton s'attache à la poursuite des chets des chouans et des prêtres qui parcourent encore les campagnes ; ils trouvent partout un sûr asile. — 3 octobre. Des conciliabules (royalistes) se forment autour de la commune du Mans, dans tous les chAteaux. — 7 et 11 octobre. Les chouans se sont montrés à Aubigné, à Laigné-en-Belin, à Mulsanne, au Mans, à ParignérÉvêque, à Saint-Georges-le-Gaultier,àAvézé, à Pontlieue. — 12 novembre. Le curé de Ruaudin, qui a rétracté son serment, a été arrêté près de Parigné-l'Évêque, et il a trouvé moyen de s'échapper de? mains de la colonne républicaine qui l'avait pris. —9 novembre, dénonciation contre les prêtres fidèles de Précigné, et surtout de Saint-Denis-d'Anjou, où ils publient les bans de mariage, et se livrent à l'exercice de fonctions qui n'appartiennent qu'à l'autorité civile. On dénonce surtout Pineau, ci-devant curé de Souvigné, sujet à la déportation ou à la réclusion. — A Saint-Galais-du-Désert, trois prêtres rétractés exercent le ministère, et sont dénoncés. — 15 Dovembre. Circulaire du commissaire du directoire exécutif à toutes les administrations des cantons de la Sarthe pour rechercher les émigrés et les prêtres rentrés — 15 novembre. L'arbre de la liberté est renversé dans les communes de Montigny, Chenayet Chaliay...

ni. — 22

contribua puissamment à y exalter l'esprit révolutionnaire et anti-catholique. 11 eut peu d'abonnés dans le département de la Mayenne ; mais il en trouva im certaim nombre dans les districts de Domfront, d'Alençon et des Bellême.

Deux écrivains manceaux, Julien Treton et Maudet, entreprirent d'opposer une feuille périodique à celle quei publiait Bazin. Us Tintitulèrent : le Préservatif de t anarchie " ou l'Espion constitutionnel de la Sarthe. Le premier numéro parut le 20 novembre 1796, et le dernier le 3 août 1797" Cette feuille était bi-hebdomadaire. La rédaction était presF que tout entière de la main de Julien Treton. Cet écrivains esprit intrigant, audacieux, plein de finesse et de capacité avait d'abord donné dans le parti républicain; et î

ces commanes sont parcourues par des prêtres réfractaires — L'

migré Rousseau, ex-vicaire à Thorigné, a dit une graod'messe

dix heures du matin dans un carrefour de la commune de Challa^.

Il y a eu un rassemblement considérable. L'ex-administrateur Rom» i

y a fait une espèce d'amende honorable, et y a communié. — 13 d> j

vembre. Circulaire du commissaire du directoire exécutif aux admc:

nistrations des cantons. Ordre de surveiller de très-près les prêtr'

mis en liberté, et de les traduire devant les tribunaux. Tous les maux

de rÉtat sont nés du fanatisme. — Note violente contre Joseph

Paillé, les prêtres rétractés et les rassemblements des catholique

— 20 novembre. Grande colère et injures contre les comédiens q'

ont joué au Mans L'Intérieur des comités révolutionnaires, — 24 ne:

vembre. Marie Bougon, ex-curé constitutionnel de Saint-Rigomc^

des -Bois, évadé des prisons de Mamers, chouan, repris au Mans •«

reconduit à Mamers. — 8 décembre. Vaubellion, prêtre réfractairtf

émigré, rentré, l'un des prédicants des massacres qui ont désolé le

districts de Domfront et d'Alençon, arrêté, conduit au juge de Pr^

en-Pail , délivré sur le cautionnement de deux hommes, repris e

délivré par une troupe de cinquante hommes. — Dénonciation d

prêtre insoumis Domède,à(^oulan8, chouan. — 16 décembre. Dénoa

dation contre le prêtre Glatier, de Précigné, et les prêtres de SainI

Denia-d'Anjou. — Domfront et Pré-en-Pail, remplis de chouans. -

26 décembre. C'est le prêtre Charpentier qui, dit-on, est charg

de porter au directoire exécutif la pétition rédigée et colporté

contre les autorités constituées du Mans, par les séditieux qui s'é

talent déjà targués de leur parler au nom du peuple, etc.

/"ut nommé en 4793 membre du comité révolutionnaire et de surveillance; il y l'ut maintenu, même à Tépoque de l'épuration des administrateurs, faite par Garnier (de Saintes). H parait qu'il changea alors d'opinion , et qu'il se 1 îa avec les catholiques et les royaHstes. Ses ennemis l'ont accusé d'avoir toujours eu des relations secrètes avec les 3)r^tres catholiques et avec les chouans, et de leur avoir fourni des renseignements qui leur étaient fort utiles, lorsqu'il voulut fonder son journal, il s'associa avec Mau- «det, imprimeur au Mans, qui avait aussi passé pour républicain. U est certain que dès le principe, ils combattirent ouvertement l'impiété et la démagogie. Ils démasquèrent les trames des ennemis de l'Église et de l'ordre ; aussi Bazin les attaqua -t-il avec fureur, et prétendit-il que leur feuille ^tait ré<ligée par des prêtres rempaillés; c'est par ce détes- ^ble jeu de mots qu'il désignait les ecclésiastiques qui avaient renoncé au schisme, et que Joseph Paillé avait réconciliés avec l'Église catholique. On a dit que JuUen Treton était prêtre ; c Vst une assertion erronée ; il avait seulement étudié pour entrer dans les ordres sacrés, mais il n'y parvint pas. Bazin n'aurait pas manqué de le dénoncer comme prêtre; il ne le fît jamais. De leur côté les administrateurs prirent alarme de cette publication, et dès le 19 frimaire an V (9 décembre 1796), ils envoyèrent le <louzième numéro au ministre de la police générale avec cette lettre dont nous respectons le style (i).

« Nous vous adressons un numéro exemplaire de l'un <les journaux qui s'impriment et se distribuent dans le département. U suffira pour vous faire connaître l'esprit et les sentiments de ceux qui en sont les rédacteurs. L'arfele relatif à l'exercice du culte catholique insermenté a ^l'ftutantplus fixé notre attention, qu'il nous a paru en opposition directe avec les ordres que vous nous avez donnés à diflérentes époques, et que ce département s'est insurgé à la voix des prêtres, et dont ils ont été les perturbateurs et

(') Arcliives tle la Sarlhc, 23 L. — 10.

les bourreaux. Nos diverses correspondances, les rapports qui nous sont faits par les administrations nous prouvent que la République n'a pas d'ennemis plus acharnés que les fanatiques, et le royalisme de protecteurs plus déterminés Les administrateurs du département de la

Sarthe. » Provoqués par des attaques d'une injustice et d'une impudeur inimaginable, les rédacteurs n'usèrent pas d'assez de prudence dans leur polémique. Leur journal cessa de paraître, et ils furent obligés de se cacher. Indépendanunent de leur feuille , ils imprimaient clandestinement beaucoup de brochures contre-révolutionnaires.La poUce fit un jour une descente dans l'imprimerie, se saisit de plusieurs brochures, et voulut emmener tout le personnel en prison ; mais une partie des ouvriers se sauvèrent en franchissant un mur, et plusieurs parvinrent jusqu'à Paris (1). Julien Treton ne cessa d'être en rapport avec les chouans , leur fournissant avis , armes, munitions et recrues. Il subit plusieiu's fois la prison pour faits politiques, et mourut sous l'Empire.

Ces polémiques violentes avaient exalté les esprits, et le Mans était l'une des villes de France où le parti démagogique exerçait le plus son influence. Le parti contraire, si longtemps opprimé, commençait à reprendre courage. 11 faisait représenter sur le théâtre une pièce intitulée : t Intérieur des comités révolutionnaires; elle fut jouée à Laval, à Rennes, à Angers, sans exciter de trouble. Les royaUstes du Mans la demandèrent : le public s'y rendit en foule, et applaudit avec enthousiasme. Mais au bout de quelques soirées, dès les premiers jours de décembre, Bazin s'y trouva avec ses amis, et à chaque représentation, ils firent retentir la salle de vociférations contre les royahstes et contre les prêtres. La tranquiUité pubhque fut troublée ; et

(1) Panni les ouvriers qui échappèrent à la prison se trouvait Simier, devenu depuis le célèbre relieur du roi. Simier avait été aussi un révolutionnaire ardent; les excès commis par son parti l'avaient fait changer d'opinion.

l'autorité défendit de jouer désormais cette pièce qui avait causé aussi des commotions à Paris.

Le théâtre n'était pas le seul plaisir que recherchait la société : jamais elle ne s'était jetée avec une telle fureur à la poursuite de toutes les jouissances sensuelles. Il s'ensuivit bientôt un débordement de mœurs effrayant. Le luxe, selon la coutume, marchait de pair ; et beaucoup de ceux qui s'étaient enrichis avec les biens nationaux, ou par daubres voies que la confusion de toutes les existences couvrait d'im voile favorable, trouvèrent leur ruine dans les folles prodigalités où ils se précipitèrent. Gomme il faut des plaisirs pour tous les goûts, ou plutôt comme toutes les intelligences étaient dévorées par le doute et l'inquiétude, jamais on n'avait vu au Mans un tel déluge de sorciers, de diseurs de bonne aventure, de tireurs de cartes, et autres industriels de même aloi (i).

Dans l'espoir de profiter de cette agitation des esprits, le directoire favorisa l'établissement de la Théophilanthropie, invention dont l'origine remonte, dit-on, à Voltaire, et qui se proposait de rendre un culte à Dieu, et d'établir des rapports de bienfaisance entre les hommes, en dehors de tout dogme révélé, et purement d'après les données de la raison seule. Dans nos deux départements, ce culte, si on peut lui donner ce nom, n'eut de partisans que dans la ville du Mans ; encore la petite réunion ne tarda pas à se dissiper. Le directoire ne réussit guère mieux dans la Mayenne et dans la Sarthe à réveiller les fêtes républicaines. Les autorités s'y rendaient, parce que leur absence les aurait sigaaiées comme peu affectionnées à la Révolution ; mais le public n'y prenait aucune part. Le commissaire du directoire dans le département de la Mayenne en faisait l'aveu dans un message du 22 thermidor an IV. Il convenait que tous les ellbrts des administrations avaient échoué contre Tindifférence publicpie. Il est vrai que ces réunions n'offraient pas un grand intérêt : c'étaient,

(1) L'Espion de la Sarthe, 20 et 24 novembre 1796.

comme nous l'avons dit, des marches, des chants, de la musique instrumentale , et surtout force discours. Les membres de l'administration au Mans, chargés tour à tour de prononcer ces harangues, les faisaient imprimer, mais ne les signaient pas. Dans la Mayenne, on ne parait pas avoir cherché une publicité aussi étendue pour ces productions qui se ressemblaient toutes pour le fond, et même pour la forme déclamatoire. Il n'y en a pas où l'on ne trouve l'éloge du gouvernement républicain, source infaillible du bonheur public, mais que personne ne reconnaissait pour soi, avec ime sortie contre le fanatisme, les prêtres catholiques et les partisans de la royauté, que des terroristes é hontes osaient traiter de buveurs de sang. Parmi cette foule de discours, nous remarquons celui qui fut prononcé le i" vendémiaire an V (22 septembre 1796), au Grand-Lucé : l'orateur exprime les sentiments les plus ultra-républicains, mais en môme temps il est contraint de fake des aveux qui prouvent qu'une profonde division régnait dans le parti révolutionnaire en notre pays. Ces hommes ne s'entendaient que lorsqu'il s'agissait de persécuter l'Église.

Quoique la persécution s'attachât surtout au clergé catholique, les prêtres constitutionnels élevaient des plaintes assez vives contre les administrations; nous en trouvons la preuve dans la pétition suivante, adressée dans le cours de septembre 1796 au conseil des Cinq-Cents (i).

« Citoyens législateurs,

a Un coup révolutionnaire vient de frapper le culte et les écoles; malgré les lois expresses, malgré les réclamations des communes, nos administrateurs vendent les églises, les presbytères, les cimetières même : la volonté d'une immense majorité qui veut culte et instruction, est forcée de céder à la rage et à la perfidie de ces tyranneaux

(1) Annales de la Religion^ t. UI, p. 405.

athées la liberté des cultes est anéantie, parce que nos

administrations entravent ou détruisent les moyens de l'exercer : telle est la conduite des deux départements de la Sarthe et de Maine-et-Loire que je dénonce au corps lé^slatif : le premier ne vend que les églises ; le second vend tout sans exception. Fidèle écho de quatre cent mille voix qui réclament l'exécution des lois et le respect des droits de Thomme, je signe seul ma pétition individuelle pour éviter aux communes le reproche d'assemblées illégales, et aux individus l'accusation perfide d'agitateurs...

ce Philippe Marchand, républicain^ « Réfugié à La Flèche, département de la Sarthe. »

Le signataire de cette pièce était curé de Baracé, au diocèse d'Angers. Il fut Tun des soutiens les plus actifs de l'Église constitutionnelle dans nos contrées, et il se fit remarquer au concile que les sectaires tinrent dans Téglise métropolitaine de Notre-Dame, à Paris, où il déploya une véritable habileté (i).

Dès la fin de l'année précédente, des prêtres de la même communion avaient adressé à la Convention la pétition suivante (2).

û Les prêtres constitutionnels de la Sarthe réfugiés au Mans,

au Corps législatif.

<f Législateurs,

« Échappés à mille trépas, tous ruinés et expoliés par les hordes contre-révolutionnaires, nous sommes réduits à la plus affreuse détresse : traînant au Mans, où nous sommes réfugiés, la plus pénible et la plus douloureuse existence, il ne nous reste qu'à envier le sort de nos mal-

(1) Annales de la Religion, VIU, p. 59. (î) Ibidem, t. II, p. 212.

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heureux confrères qui sont tombés sous le fer des assassins... Les apôtres de la liberté sont courbés sous le poids de la plus cruelle indigence... Législateurs, humanité, justice 1 — Du Mans, 9 frimaire an IV. »

{Suivent beaucoup de signatures.)

L'indigence dont se plaignaient les pétitionnaires avait en partie cessé. Ils recevaient désormais une indemnité, peu considérable, il est vrai, mais suffisante néanmoins pour pourvoir aux nécessités de la vie (i). Cette indenmité ne s'accordait qu'aux prêtres en mesure de fournir les pièces suivantes : extrait de naissance, certificat attestant qu'ils avaient prêté les serments de liberté-égalité et de haine à la royauté et à l'anarchie, certificat de non rétractation desdits serments, certificat de résidence, certificat d'individualité. Le nombre des individus qui touchaient ces pensions était assez considérable : dans le district de Laval, il était de trente en Tan Vï ; dans celui de Ghâteau- Gontier, de vingt-sept; dans celui de Mayenne, de trentetrois; dans celui de Lassay, de huit; dans celui de Craon, de vingt; dans celui d'Évron, de seize; dans celui d'Ernée, de douze; en somme, cent quarante-huit. Il était d'environ cent cinquante dans le département de la Sarthe ("2). On ne doit pas, du reste, juger du personnel de l'Église constitutionnelle par ces chiffres : plusieurs de ceux qui touchaient cette indenmité avaient renoncé à tout culte, beaucoup étaient mai'iés et occupaient souvent des emplois tout séculiers.

Le plus grand nombre des prêtres schismatiques qui n'avaient pas voulu se réconcilier avec l'Église catholique furent obligés par la crainte des chouans de quitter les paroisses où ils étaient établis dans la Sarthe et dans la Mayenne, et contraints de se réfugier, comme on vient de

(1; Lois du 19 fructidor an V et du 16 brumaire an VIL (2) Archives du département de la Mayenne. — Archives municipales de la ville du Mans, n<» 1972 et 1979.

le voir, dans les villes où ils trouvaient plus de sûreté. Plusieurs cherchèrent un asile dans le département de Loiret-Cher, où Grégoire les accueillit. Le plus connu de ceux qui prirent ce parti lut Michel-Charles-François Monrocq, autrefois curé intrus de Coulans, et que Grégoire établit à Mer comme curé. 11 fut violemment attaqué alors par plusieurs journaux, et surtout par la Feuille du jour, qui lui reprocha son apostasie et les principes terroristes qu'il avait professés étant à Coulans. 11 nia effrontément tout ce qu'on alléguait conti'e lui, et fit condamner ses adversaires par les tribunaux; mais l'amende qu'il se fit assigner et qu'il percut,;était une nouvelle iniquité de sa part; car la preuve matérielle des faits qu'on lui reprochait existe encore dans les Archives du département de la Sarthe (i).

Grégoire, si accueillant pour nos intrus qui se réfugiaient sur son territoire, ne recevait pas lui-même toujours un accueil favorable, lorsqu'il se hasardait à venir dans les paroisses usurpées sur le diocèse du Mans. Au mois de novembre, il entreprit une tournée pastorale dans cette partie-là. Il s'arrêta à Montdoubleau. et y donna la confirmation aux paroisses voisines invitées à s'y réunir. 11 y prêcha sur les maux que l'Église avait soufferts, s'éleva contre la tradition des lettres de prêtrise et l'apostasie des prêtres. Or, il se trouvait que les ecclésiastiques qui lemironnaient, d'ailleurs en petit nombre, avaient tousété traditeurs et apostats en i794. 11 avait toujours eu à se louer de Montdoubleau ; mais dans une des paroisses voisines il fut reçu à coups de pierres ; et sa fuite fut si précipitée, que la malle contenant sa crosse, sa mitre, son bougeoir et le reste de ses ornements, tomba de la berline qui l'emportait vers Blois. et fut perdue (2).

Jacques Prudhomme voulut aussi tenter une visite épis-

(1) Annales de la Religion, t. IV, p. 172, 547 ; t. V , p. 235. — Affif'Midelaville du Mans, an V, 5 vendémiaire. — L'Espion de la Sarthe. — Archives du département de lu Sarthe.

(i) L'Eipion de la Sarthe, n» 5.

copale, et il choisit la ville de La Flèche, où, comme nous l'avons dit en commençant, le schisme avait trouvé beaucoup d adeptes dans le clergé. C'était au mois de novembre. Dix-huit prêtres s étaient réunis, et il y eut, dit-on, six cents personnes admises au sacrement de confirmation. La réception ne pouvait se l'aire qu'à l'église ; mais elle fut brillante. Un orateur prononça un discours contre l'athéisme, le royalisme et le fanatisme (i).

L'un de ses anciens vi caires épiscopaux , alors desservant de Saint-Benoitdansla ville du Mans, presque le seul membre de son conseil qui eût refusé d'abandonner son état, Louis- François Lemore, quoique âgé de soixante-sept ans, montrait une ardeur infatigable pour le soutien du schisme. Dans l'espace de trois mois, il publia trois écrits fort courts, il est vrai, pour en propager les principes. Le premier parut au mois de novembre; c'est une lettre à un confrère non assermenté pour l'inviter à se réunir au clergé constitutionnel. Il expose les avantages de l'union et laisse à chacun la liberté de penser ce qu'il voudra. Il regarde l'athéisme comme une folie. Il distingue la cour de Rome d'avec le Souverain Pontife qui n'a point condamné, ose-t-il affirmer, les principes de l'Église constitutionnelle. Il s'élève contre ceux qui ont pris la religion pour prétexte des maux qu'ils font à l'humanité. 11 conapare les chouans aux circoncellions du rv* siècle, et il regrette d'avoir vu des prêtres dans leurs rangs. Enfin, il parle avec mépris des livres catholiques répandus dans les campagnes, et qu'il traite de libelles.

Quelques mois après il fit paraître un opuscule ayant pour titre : Réflexions sur la dernière conférence^ suivies dun dialogue^ imprimé chez le citoyen Bazin, imprimeur au Mans, par le citoyen Lemore, prêtre du culte catholique au Mans. Enfin, l'année suivante, il doùna une Apologie de la religion chrétienne adressée aux philosophes.

Son collègue d'autrefois, Pierre Hamelin, fit réimprimer

(1) Annales de la Religion, t. IV, p. 45.

son Instruction catholique pour disposer les enfants à la communion, et eut soin d'y ajouter la Déclaration des droits et des devoirs de Thomme et du citoyen. Il publia en même temps un dialogue intitulé : V Erreur reconnue. Chez ces prêtres dévoyés les œuvres de zèle apparent ne sont que des moyens pour propager les principes de Terreur. Pourquoi, en effet, à propos de la préparation à la première communion, infecter l'esprit des enfants des doctrines hérétiques contenues dans la Déclaration des droits de l'homme ?

Il y avait beaucoup moins d'activité dans le clergé constitutionnel du département de la Mayenne; à peine les documents officiels en font-ils mention ; quant à attu'er l'attention sur lui par des publications plus ou moins importantes, il ne semble pas y avoir pensé. 11 avait d'ailleurs si peu d'importance, que l'oubli était pour lui le sort le plus enviable.

Une accusation criminelle cependant portée le 23 vendémiaire (14 octobre) par quelques habitants du Pas contre leur curé, François- Pierre Pineau, qui avait rétracté son serment, et exerçait publiquement ses fonctions, et contre Pottier, président de l'administration municipale du canton d'Ambrières, prouve à ((uel point les autorités locales poussaient le mépris pour la liberté des cultes proclamée par la loi. Sans nécessité, et ne prenant d'ordre que de son caprice, Pottier s'était transporté au Pas, avait enfoncé les portes de l'église, enlevé les ornements, ouvert les tabernacles, les vases sacrés, et s'était conduit avec une insolence qui avait révolté tous les témoins de ces voies de fait. Il tut dénoncé par le département à l'accusateur public; mais selon la coutume cette affaire ne fut pas poursuivie (1).

(l) Archives da département de la Mayenne. Police, n^ 723.

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