CHAPITRE VI
DémoDstratioDB en faveur de l'Église catholique au comme* ~ de 1T97, — État du clergé dans le lilaÏDe. — Le clergé e reparaît partout. — Fureur des révol ut iono aires. — Rt>. praires émi^tréa ou déportés. — Proclamation des tt, teurs du département de la Sarlhe pour rassurer les dé -- •-
— Héaction contre les excès révolutionnaires dans la V ~ -
Décret qui rend aux catholiques l'église de Saint-Remi ~.
Goatier. — Pélitious pour recouvrer les cloches. — 0*'
xoiases en sont privées. — Procession de SainlrF,^.
Lassay. — Pétillons pour demander le rappel Iég(^ ' ' '^■i,exilé —Loi qui permet aux prÉtres déportés de renû ■ ~''i; , ,
— Entliousiame des populations h la rentrée des prât lettre de Franijoia Je Joullroï-Gonssane. — Violent gogues à l'époque liea électious. — Les élections da, , tements tombent sur des hommea d'ordre el d» Répulsion pour lea prétrea renégats introduits ' ~ nistralioDS. — Jacques Prudbomme veut déno calliolique, — Pierre Hamelin veut réintégrer-' les prêtres mariés. ~ Mort de Joseph-René Pailla.: -^
çois Le Conte, vicaire général de l'évéque du M..
François Duperrier-Duinourier, vicaire général '~~" - leur apostolique du diocèse du Mans, — Nouveau "--. ■. tration du diocèse. — Modillcations et publîcatior'
des vingt missions. — Difficultés propres A quelqi^^ Deui lettres pastorales de l'Ëvéque du Mans. — ^ " ~. l'Église catholique. — Rapport Je radiuinislra' "^-t.
déparlement de la Mayenne. — Proolamation de ■■o^ centrale du département de la Sarlhe. adniinisirareurs, — Les ii'^n dence et abandon des fêles p ver. — Jacques Palry. — Clii gés pour la célébration de^ U
celle.— Résurrection des clubs, et violeoces île quelques particuliers coDtre la religion. — Nouvelles colonues mobiles. — Exploits de? républicains de Ballon à Beaufay. — Martyre de NoÔl-Joseph Descbamps. — Démolitions d'églises à Laval et au Mans.— François-Yves Besnard tente de détruire la Visitation et la cathédrale. - Tentatives pour relever rinstruction publique. — Adresse de la moûicipalité de Domfront au conseil des Cinq-Cents.
Au commencement de Tannée i797, la France se levait de toutes parts poiu* demander non-seulement la cessation de la persécution, mais encore le rappel du clergé catholique et la libre disposition des églises. A Paris seulement, au centre de Timpiété et de la démagogie, il y avait cinquante églises desservies par des prêtres orthotees; et aux fêtes de Pâques surtout, on vit une foule
inunense se presser dans ces enceintes sacrées; deux évêques en commimion avec le Saint-Siège, et eu particulier Jean-Baptiste-Marie de Maillé de la Tour-Landry, ^vêque de Saint-Papoul , notre compatriote, officièrent pontificalement, avec un concours empressé des fidèles. Les journaux annonçaient publiquement ces solennités, et nul oktacle ne venait s'y opposer. Dans le diocèse du Mans, plus de la moitié des églises de la campagne étaient ouvertes, non en vertu d'autorisations de l'administration, o^ais par le fait, et sur le vœu à peu près unanime du peuple. Dans presque toutes ces localités c'étaient des ^ésiasliques demeurés catholiques ou des prêtres réconciliés avec le Siège Apostolique, qui célébraient les ^ts mystères et administraient les sacrements. Dans le fi^«-Maine, le clergé schismatique avait presque entièrement disparu des paroisses; il était retiré dans les ^les et les gros bourgs, où il vivait dans l'isolement, la hontCj et presque toujours la misère. Ses partisans étaient peu disposés à venir à son aide par des secours efficaces; ce n'était guère le zèle religieux qui les poussait à lem^tenir ; c'étaient plutôt la haine de l'Église et le désir
insensé de ranéanlissement de la religion du Christ. Dans les lieux même où par des circonstances exceptionnelles le clergé catholique n'avait pu rentrer en possession de églises paroissiales, il se servait, à la connaissance de toi^ le monde, des oratoires, alors en fort grand nombre dacr toutes les paroisses. On continuait d'ailleurs à célébrer ~ messe dans les maisons privées, lorsqu'il n'y avait pas ^ sûreté pour le prêtre à paraître en public. Les réunioirqui se formaient en ces circonstances n'étaient pas moir nombreuses qu'elles auraient, pu l'être dans les égli^ mêmes : ainsi le dimanche 5 février, au lieu de la Brocttz: rie paroisse de Rouez, une assemblée de quatre à cii^r cents personnes s'était formée pour assister aux mesî= qui furent célébrées par Julien-Joseph-Oharles Pivr(= Joseph-Charles Trouillard, curé de Sillé-le-G uillaume,^ Ambroise Jardin, vicaire à Rouez. Il y eut une me=r^ solennelle et un sermon. A Montfort-le-Rotrou, au mois -^ mars, Julien Le Frovost, vicaire à Thorigné (i), célébr; messe sur la place publique, au milieu d'un conco immense ; et le peuple obligea deux prêtres renégats cz^ se trouvaient dans ce bourg à le quitter sur-le-chan ^ Nicolas-Marin Montangé, curé de Saint-Mars-Ia-Bruyè: ^ toujours fidèle aux lois de l'Église, parcourait ce pays missionnaire zélé, et ramenait beaucoup d'âmes égaré* ^ A No^^ent-le-Bemard et en d'autres lieux on ne faisait pB^ inscrire la naissance des enfants par l'oificier publM et l'on disait hautement que cette fonction apparteni- -J aux prêtres ; ce qui faisait pousser des cris de fureur a — « ennemis de l'ordre , effrayés par l'ombre de Vancï^ -
régime.
Au mois de juillet tous les principaux habitants de V^^ roUes-les-Braults, et entre autres le président de Tadii-r nistration municipale et l'agent de cette administrali(
(1) Cet ecclésiastique travailla avec beaucoup de zèle durant Révolution. Il fut eusuite desservant de I^igué-^n-Belin, et reudit grands service?. 11 mourut le 23 juin 1823.
w signèrent une pétition pour que le curé François Marquis ^Ê du Castel rentrât dans les biens qui appartenaient à son m ikénéfioe. Tous les prêtres de la contrée de MaroUes^ fidèles f ou réconciliés, exerçaient librement et publiquement dur rant les mois de juin, juillet et août il91 (\). Rousseau, Wcaire à Toigné, qui était inscrit sur la liste des émigi^és, officiait néanmoins et prêchait publiquement dans Téglise de Monhoudou^et même publiait les bans à lagrand'messe. Cette publication des bans se pratiquait dans presque toutes les paroisses où le clergé catholique était rentré en possess>son des églises. Les révolutionnaires voyaient là une entixeprise contre laquelle ils s'élevaient avec le plus de fu- :ncar. Si le mariage civil en effet leur échappait, à quoi servaient tant de bouleversements? Tancien ordre de choses e renaltrait-il pas ; TÉglise catholique ne reviendrait-elle en peu de temps la cheville ouvrière de Tordre social ? Hyinstinct les démagogues apercevaient ces conséquences. ^Ehdais leurs clameurs n'arrêtaient pas Télan des masses vers J.^ catholicisme. A Fresnay-le-Vicomte, le H juillet, toute lâviUe fut en fête pour la Saint-Bonaventure, selon la coutume inmiémoriale ; et les tisserands voulurent que la ■attesse de leur solennité fût chantée par mi prêtre qui n'a- "vait fait aucun serment. Le président de Tadministration du canton de Parce, résidant à Avoise, n'avait acquis l'église de cette paroisse que pour y assurer l'exercice exclusif du culte catholique; et il était secondé par Tagent de la commune, qui était un catholique très-pieux. Ainsi dans une foule de paroisses les autorités constituées délivrées xin moment de la peur qui les tenait dans ses liens les plus étroits, laissaient éclater les sentiments de religion profondément enracinés dans leur conscience.
Même dans la ville du xMans, les prêtres qui étaient ^Migés de se tenir cachés, parce que des circonstances parleras leur défendaient de se produire en public, réu-
(1) CheTallier, à SaiDie-Gemmes ; Pilloo, à Saint-Mars de BaUon ; ^Q»à Goorcemont ; Tyrot, à Lucé, etc.
nissaient néanmoins des assemblées nombreuses, et qui scne pouvaient guère rester secrètes. Ainsi le 26 mars, Juli^aeu Hayes de la Sorière reçut dans l'oratoire du lieu de sa retraite la rétractation solennelle de Urbain-François ~ 1^ Roy, en présence de plus de cent vingt personnes.
Les révolutionnaires n'ignoraient point des faits ai nombreux et aussi éclatants, et ils en concevaient craintes qui se traduisaient par des cris de fureur, et tout par des dénonciations, comme nous le dirons bien! Il y avait d'ailleurs des circonstances qui semblaient d( ner plus d'occasion à leur susceptibilité : ainsi au mois mars, Charles-François d'Herbelin, curé de Meller bénit au Mans un mariage qui n'avait point été inscrit l'officier municipal ; le 5 août, le curé de Sa vigne -lez- Mans (Savigné-l'Évèque), rétracté de son serment, refi la sépulture ecclésiastique à un homme qui n'était que selon les lois de la République ; ce qui causa un
tapage et une sorte d'émeute. 11 faut le dire aussi : pag^ >li sieurs prêtres orthodoxes n'apportèrent point toute la pcr ru
dence exigée par les circonstances : il y en eut qui fir» em
chanter le Domine salvum fac Regem aux messes qu^^'ik célébraient dans des oratoires particuHers, il est vrai, ffii^«ais néanmoins en présence de beaucoup de personnes.
Dès le 5 janvier 1797, Julien Treton résumait à ^^^^ près ainsi la situation du département de la Sarthe s^:::^us le rapport religieux (i).
« Prévenus par de faux rapports, le corps législatif^ ^^ directoire, les ministres, et en général tous les étrang à la ville du Mans et au département de la Sarthe, croi que l'insurrection y domine entièrement, et que la en est entièrement bannie. C'est surtout l'effet produit p^ la Chronique de Bazin et par la petite faction qu'il t mouvoir. Il est cependant certain qu'on n'y a vu ij quelques vols commis par la tourbe des jacobins, quelqu*-^ disputés au théâtre et quelques altercations pour les c^^
(1) U Espion constitutionnel delà SarthCy 5 janvier 1797.
tûmes, qui n'ont eu aucun retentissement. A la faveiu* de cette fausse prévention, la ville du iMans est privée des laveurs de la Constitution (de Tan III) et du retour de i 'ordre; et contre le vœu de la loi du 14 frimaire, les prêtres continuent d'être captifs ; les seuls vieillards, et encore four cause d'infirmités, et sous la tyrannique condition <ie cautionnement, sont relâchés, tandis qu'à Chartres, <h'léans, Tours, etc., etc., tes jeunes comme les vieux, sont rendus à la liberté, à leurs parents, à leurs amis et à Jeur culte, sans autre formalité que celle de bénir la loi lienfaisante qui met fin à leurs maux. Non-seulement à Paris, mais encore dans beaucoup d'autres villes de France, la fête de Noël a été solennisée par Jes quatre- '^'iiîgt-cjuinze centièmes des citoyens, avec un zèle et une piété dont il est difficile de se former une idée. »
Vers le milieu de l'année, la position des catholiques ^ans le Maine s'améliora enfin ; des prêtres enfermés dans ^<^« maisons d'arrêt obtinrent leur mise en liberté, en très- Petit nombre néanmoins ; mais beaucoup de déportés ou ^'émigrés rentrèrent, sm-tout durant les mois de juin et ^e juillet. Le 12 thermidor (dimanche 30 juillet 1797) la ^oiivelle se répandit au Mans que François de Jouffroy- *Oiissans était arrivé avec huit ou neuf de ses prêtres à * c^gent-le-Rotrou ; et l'on disait en même temps qu'ils y ^^^:*ient arrêtés. Ce bruit n'avait aucun fondement; mais ' :suffit pom* alarmer les révolutionnaires. Afin de leur nner confiance, les administrateurs du département de Sarthe envoyèrent à toutes les communes une circure pour prévenir les acquéreurs de biens nationaux de concevoir aucune crainte, les assurant qu'ils ne scient point inquiétés dans la jouissance de ces proprié- ^2S, et que le directoire leur portait une affection particu- *'^re,les regai'dant comme les plus fermes appuis de la ^^volution.
Daas le département de la Mayenne la réaction contre
^ti5> excès révolutionnaiies et contre leurs agents fut plus
V^'^noncée encore. Les catholiques rentièrent en posses-
IIL — 28
sion de beaucoup d'églises paroissiales (1); les intn avaient pris la fuite depuis assez longtemps de presqi toutes les paroisses rurales ; il ne restait plus qu'un pel nombre de prêtres schismatiques ; et c'étaient les ancie: titulaires qui s'étaient laissé gagner à la Constitutic civile en 179i. Au mois de mai, la majorité des prêtr détenus au prieuré des bénédictines à Laval fut rendue la liberté, à condition de vivre sous la surveillance > l'administration municipale, et en fournissant une ca tion ; une douzaine d'ecclésiastiques auxquels le dépar ment refusa cette faveur, ou plutôt cette justice, fures envoyés dans l'abbaye d'Évron. C'est ainsi que la vi de Mayenne vit rentrer dans son sein sept prêtres cathc ques ; Emée et Chàteau-Gontier en revirent aussi un c» tain nombre. Cette dernière ville réclama et obtint V\xsm de l'église de Saint-Remi ; mais le style de l'arrêté, ds du i6 floréal an V (5 mai 1797), est à citer conune modèle des formules bizaires dont on se servait à ces époque : a Sur la requête des citoyens de Château-Gont: exerçant et suivant le culte catholique, exposant que chapelle de l'hôpital Joseph qu'on leur avait provisoi ment accordée, est d'un accès difficile pour les vieillaet ti'op petite ; la paix étant rétablie dans le pays, ils m mandent qu'on leur accorde l'église Remy, plus centret plus grande pom* y transférer leur culte ; l'église Rem
(1) « !•» fructidor an IV (18 août 1796.)
«L'administration centrale de la Mayenne, vu la requête des ager adjoint et habitants de Hercé^ expositive que désirant profiter de liberté que la Constitution accorde sur l'exercice des cultes, ils c besoin de l'autorisation de l'administration pour obtenir la lil disposition de Téglise de leur commune l'administration centr considérant que la loi du 11 prairial an III raccorde aux commuf le libre usage des édifices destinés originairement à l'exercice < cultes :
« Cul le rapport d'un membre et les conclusions du commisse du directoire exécutif ;
« Arrête qu'il y a lieu à délibérer sur la démarche des exposa motivée sur l'existence de la loi précitée. »
m DURANT LA RÉVOLUTION. 355
m kor est accordée, à la condition de la réparer et entretenir, m et de remettre sur-le-champ et en bon état l'église de W llidpitaIJoseph (1). »
f D ne suffisait pas d'avoir des églises ; beaucoup de pa-
roisses avaient été privées de leims cloches ; ces instruments tiennent une trop grande place dans le culte et les affections des catholiques ; ils ne pouvaient en supporter pdsiblement l'absence ; les pétitions se multiplièrent pour ^obtenir la restitution. Plus les populations apportaient ^'importance à recouvrer leurs cloches, plus les adminis- ^ons supérieures y voyaient de difficultés : elles prirent un certain milieu ; elles laissèrent sonner les cloches ^ étaient restées dans les clochers; mais elles réinsèrent ^e restituer celles qui avaient été transférées à Laval ou au -^^Uns. Un certain nombre d'ailleurs étaient déjà rendues à ftennes ou dans les fonderies, pour être converties en calons. Il s'ensuivit que toutes les paroisses se trouvèrent 'Suites à la seule cloche qu'on leur avait laissée pour servir de timbre à l'horloge avec défense d'en faire un autre '^sage. Quelques paroisses néanmoins plus signalées par ^^ixr opposition aux principes révolutionnaires, comme le ^urgneuf-la-Forêt, Saint-Pierre-la-Gour, Saint-Ouen-des- * oits (2), la Baconnière, n'avaient pu conserver aucune de ^vi.rs cloches ; elles avaient été brisées et emportées, de peur 9^^*elles ne servissent à donner le signal du soulèvement
C^) Archives de la Mayenne; Police^ t. V, n» 990. C^) «a Prairial an V (10 juin 1797).
L'administration centrale de la Mayenne^ vu la requête des habi.
de la commune de S^-Ouen-des-Toits^ expositive que de tout
i ils ont eu à leur disposition trois cloches et une horloge ;
îs qae ces objets leur ont été enlevés par un détachement de la
- x^ armée dans le temps de la guerre civile, contre le texte de la
^^^ qui laisse à la disposition de chaque église une cloche et une
^oploge, et demandant en conséquence à ce que l'une des trois clo-
*^^^«et l'horloge soient restituées;
« L'administration centrale de la Mayenne, considérant que les
^oehes enlevées aux communes ont été envoyées pour la plupart
hôtels des monnaies, et que le peu qui reste en dépôt sur le
contre le gouvernement qui pesait alors sur la France. Ces paroisses durent attendre des jours meilleurs pour s'en procurer de nouvelles.
C'était aussi avec un vif regret que les populations se voyaient privées des processions, dans lesquelles elles avaient coutume d'implorer la protection divine sur leurs familles et sur leurs biens. Elles ne comprenaient pas comment la loi leur interdisait cette éclatante manifestation de leur, foi, pour ne pas blesser, disait-on, la liberté des cultes dans un pays où il n'y en avait qu'un, ceux qui ne l'admettaient pas vivant sans autels et sans Dieu. La masse de la population de Lassay avait déjà fait éclater ses sentiments à ce sujets aux jours les plus sombres de la Terreur, ainsi que nous l'avons rapporté; en i797 elle résolut de s'affranchir de cette défense, à l'occasion de sa fête si ancienne et si chère de Saint-Fraimbault, qui a lieu le lundi de la Pentecôte (i). En conséquence le i2 prairial (mercredi 31 mai) une affiche placardée en plusieurs endroits de la commune annonça que le lundi suivant, lendemain de la Pentecôte, la procession de Saint-Fraimbault aurait Ueu comme avant la persécution. Le conmiissaire du directoire exécutif près cette commune s'empressa
grand port de la commune de Laval est également à la disposition du gouvernement ; que ce serait en conséquence outre-passer ses pouvoirs que d'accéder à une demande de cette nature^ puisque les restitutions de cette espèce ne sont commandées par aucune loi...
Saint-Ouen est autorisé à acheter une cloche qui servira de timbre à l'horloge, laquelle il pourra faire replacer dans son clocher.
(1) « n prairial an V (10 juin 1797).
« L'administration centrale du département de la Mayenne, réunie au lieu ordinaire de ses séances, un memhre a exposé que des ennemis de la tranquillité puhlique s'élaient permis le 12 prairial dernier de faire afficher dans plusieurs endroits de la commune de I^ASsay un écrit, par lequel ils annonçaient que la procession de la Pentecôte se ferait comme anciennement le lundi suivant; que sur le réquisitoire du commissaire du directoire exécutif près cette commune, Padministratiou municipale du canton de Lassay, après avoir fait arracher et lacérer ces affiches , avait fait publier une défense
de déférer cette affiche à radmiDistration municipale du canton ; celle-ci fit arracher l'affiche, et la fit lacérer publiquement, puis on publia par son ordre, au son du tambour, défense de faire cette procession, déclarant que si Ton contrevenait, Tauteur de l'affiche, et ceux qui se rendraient à la procession, seraient dénoncés et poursuivis. Cette prohibition et ces menaces des municipaux n'obtinrent aucun effet : le lundi 5 juin après la messe célébrée de bonne heure, un groupe imposant de laïques s'emparèrent du buste de saint Fraimbault, et après l'avoir placé sur un brancard, le déposèrent sur les épaules de deux des habitants; d'autres portaient la croix, la bannière, une clochette et des cierges ; tous chantaient des hymnes, des litanies et d'autres prières liturgiques ; ils sortirent de l'église, et suivirent tout le parcours qu'on avait coutume de décrire en pareille circonstance. Prévenues de cette manifestation, les paroisses voisines accoururent se joindre au premier groupe; et l'on vit plus de trois mille personnes marchant pieusement recueillies à la suite de la croix. L'autorité municipale qui n'avait pas à sa disposition des forces suffisantes pour dissiper cette multitude, n'essaya aucune résistance. La procession s'accomplit dans le plus grand ordre,
de faire ladite procession, en annonçant qu'elle dénoncerait et ferait poorsaivre l'auteur de Paffiche, et ceux qui se permettraient de faire celle procession au mépris de la loi du 22 germinal ;
«Qae malgré cette prohibition, des individus s'étaient permis le il prairial de sortir de l'église de Saint- Fraimbault (la statue du saiol portée par deux individus) ; que l'administration municipale de cette commune n'ayant pas une force armée suffisante pour dissiper ce rassemblement , il en est résulté qu'il a fait le tour de la commune , et qu'à cette multilude égarée se sont réunis un grand nombre d'habitants des communes circonvoisines, sur le territoire desquelles passait cette prétendue procession; qu'ils ne sont rentrés dans le temple qui est affecté au culte que vers les six heures du soir; observant^ au surplus^ que ce rassemblement n'a occasionné aucuns excès ni troubles. Le même membre a déposé sur le bureau trois arrêtés de l'administration municipale de Lassay, en date des 12^ 17 et 19 prairial, qui constatent les faits exposés ci-dessus... »
tSS L'EGLISE DU UANS
selon le témoignage des membres de radministration eux-mêmes ; elle parcourut tout le tour de la paroisse, et rentra vers le soir à l'église de Lassay. Le directoire du département dénonça à l'accusateur public l'auteur de l'affiche, ceux qui avaient porté le buste de saint Fraimbault, la croix, les bannières; et on leur fit un procès (1). Heureusement ces procédures n'eurent point de suite fâcheuse; les dispositions manifestes de l'immense majorité de la population ne permettaient plus les hécatombes humaines qu'un pareil procès aurait naguère entraînées.
11 fut du moins impossible d'impliquer le clergé catholique dans cette manifestation. Pas un prêtre n'y prit part, et tout s'y passa néanmoins avec ordre et piété. Ce fut aussi en dehors de l'impulsion des ecclésiastiques orthodoxes, et par un élan spontané des populations, que l'on se mit à signer de toutes parts des pétitions pour le rappel du clergé, que les lois de 1792 et 1793 avaient condamné à la déportation. Bazin apprit à ses lecteurs qu'une pétition semblable se couvrait de signatures dans le canton de Fresnay-le-Vicomte, et fut obligé de convenir que c'était purement par le mouvement spontané du peuple. Il en était de même dans toute la France.
Le conseil des Anciens et celui des Cinq-Cents partageaient les opinions de leurs commettants pour le libre exercice du culte catholique, et le rappel des lois atroces qui avaient été rendues contre ses ministres par la Convention. Au mois de juin, Camille Jordan, membre du conseil des Cinq-Cents, lut dans l'assemblée im rapport sur la police des cultes, qui produisit l'eflet le plus salutaire sur les députés et sur le public. Le 26 du même mois, un autre député, également animé d'un esprit religieux, Dubruel, lit un rapport sur les lois pénales contre les prêtres insermentés, et ne produisit pas moins d'impression sur toutes les consciences droites. Durant ce temps cent vingt-deux communes envoyèrent des pétitions pour de-
(i) Arctiives du département de la Mayenne; Police, t. V, n» 1024.
mander le rappel des prêtres. Enfin une loi rendue le 7 fructidor an V (24 août i797) rappela toutes celles qui avaient été précédemment promulguées sur la déportation des prêtres, et permit la rentrée en France à tous ceux qui avaient été expulsés (i). Ce grand acte de justice fit espérer que Ton allait fermer toutes les plaies de l'Église. On ne saurait peindre la joie des exilés, lorsqu'ils apprirent qu'ils étaient libres de revoir leur patrie; et beaucoup de ceux qui habitaient l'Angleterre firent surle-champ les préparatifs de leur départ. Les démonstrations ne furent pas moins enthousiastes en France; et, jusque dans la ville du Mans, on vit une députation des paroissiens de Saint-Benoît qui alla chercher son curé, le vénérable Louis Thereau, caché depuis 179^ dans la maison d'une personne pieuse de la rue Saint-Vincent, et le ramena en triomphe à son église. Le même élan, le même enthousiasme se manifestait presque partout ; le diocèse rentrait de lui-même et tout naturellement dans Tunité catholique. On ne saurait dire quel changement s'opéra en Tespace de sept mois, combien de pécheurs furent réconciliés, de mariages bénits avec toutes les solennités et toutes les formes que reconnaît la sainte Église.
De son lointain exil, François de Gonssans suivait avec un vif intérêt tous ces mouvements de l'opinion en faveur du cathoUcisme, et il écrivait le 27 juillet à René Chauveau, dont il a été parlé : a J'ai reçu, Monsieur et cher vicaire, votre lettre du 10 de ce mois. Nous avons tout lieu d'espérer le rappel de tous les prêtres catholiques; et j'approuve beaucoup le désir que vous avez de retourner dans mon diocèse au plus tôt ; il y a beaucoup d'ouvrage, et peu d'ouvriers. Vous vous adresserez au Mans au conseil d'administration que j'ai établi; et l'on vous donnera toutes les instructions nécessaires, les pouvoirs et ime destination. J'ai coniié tous mes pouvoirs à messieurs du conseil; ainsi c'est d'eux que vous recevrez la mission
(1) Bulletin des lois, n» 139.
dans mon nom. Communiquez ma lettre à tous mes chers coopérateurs qui sont auprès de vous, pour qu'ils puissent donner connaissance de leur arrivée à mon conseil. Je vous dispense de réciter votre bréviaire pendant cette route, et vous y suppléerez par un chapelet tous les jours. — Adieu, Monsieur et très-cher vicaire ; soyez persuadé du sincère attachement avec lequel j*ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur, f F. G., évèque du Mans. »
Le destinataire était à Osnabrilck, lorsqu'il écrivit à son évêque et reçut la réponse de celui-ci ; il se disposait à partir avec plusieurs ecclésiastiques manceaux retirés dans la même ville, lorsque de nouvelles dispositions légales les obligèrent h rester.
Ce qui avait amené le corps législatif à porter la loi favorable à l'Église dont nous venons de parler, c'étaient les nouvelles élections qui avaient envoyé aux conseils des hommes étrangers aux excès de la Révolution, et qui avaient été témoins dans leurs provinces de l'énergie avec laquelle se prononçait le sentiment religieux. Ces élections avaient inspiré des sentiments de désespoir à tous ceux qui tenaient encore aux errements de la Convention. Dès le mois de mars Bazin dénonçait à la vindicte des démocrates trois prêtres catholiques, Lebouc, Serré et Dujarrier, mort curé de Ruillé-sur-Loir, qui préparaient, disait-il, les élections par leurs prédications anti-républicaines dans le canton de Mayet. Si les hommes d'ordre firent leurs efforts selon leur droit et leur devoir pour procurer des élections capables d'assurer le bonheur du pays, les terroristes n'agirent pas avec moins d'ardeur, et n'y apportèrent pas la même modération. Dans les assemblées primaires ils usèrent plusieurs fois de procédés réprouvés par l'équité la plus commune. A Lucé, par exemple, présidés par un prêtre apostat, agent de la commune, ils écartèrent violemment les citoyens paisibles, forcèrent le bureau à se retirer après démission, et nommèrent eux-mêmes des hommes de leur parti, et eotre autres un prêtre renégat et marié.
A Beaumont-sur-Sarthe, ils se donnèrent aussi de grands mouvements, firent voter des gens qui n'y avaient aucun droit; et néanmoins les élections furent favorables aux prêtres et aux royalistes, comme s'en plaignit avec aigreur le parti démocratique (i). Les administrateurs du département de la Mayenne éprouvaient de leur côté un vif mécontentement en voyant les élections qui se préparaient : ils écrivaient le 15 avril au ministre de la police : « L'assemblée électorale du département est mal composée; une cabale s'est emparée de toute Tinfluence. » 11 n'y eut, en effet, que des hommes d'ordre et de principe nommés par nos deux départements. La Sarthe envoya au conseil des Anciens Blin de Béru, au conseil des Cinq-Cents, Mangeot, de Benne, et Piet, de Saint-Biez. Pour le haut jury elle désigna Chevalier, ch la Chartre; poiu* l'administration du département, elle choisit Négrier de la Crochardière, etMandoux, cFÉcommoy. L'accusateur public fut Négrier de la Perrière. Le département de la Mayenne fit aussi tomber son choix sur des noms honorables et étrangers aux excès révolutionnaires. Pour le conseil des Anciens on élut Jarry des Loges, et pour celui des Cinq-Cents, Serclot des Guyonnières et Louveau. Les élections de ce département furent annulées par la loi du 19 fructidor an V (2).
Un autre signe non équivoque de l'énergie nouvelle du sentiment catholique dans les masses, c'est la répulsion qu'elles éprouvaient pour les prêtres renégats qui s'étaient glissés dans les administrations civiles. Il yen avait un grand nombre dans le département de la Sarthe, mais peu dans celui de la Mayenne, où ce sentiment se prononçait plus hautement encore. Voici ce qu'écrivaient au ministre
(1) BaziD, Chronique. - Treton, L'Espion fie la S«rMe, p. 302 et
(2) Le département de TOrnc envoya au conseil des Anciens Berthereau, et aux Cimi-Cenls, Chable, d'Essay, et Bailleul, ex conslitaant. Ces élections furent annulées comme celles de la Mayenne.
ses L'ÉGLISE DU MANS
de l'intérieur, le 3i avril, les membres du directoire du département de la Mayenne : a Un citoyen Roger avait été nommé commissaire du directoire exécutif; l'administration du canton de la Roë refuse de communiquer avec lui. Un autre a le même sort : c'est le commissaire nommé pour Juvigny ; le citoyen Sauvé qui avait été provisoirement nommé, était digne de la confiance de la République. Ce refus n'a qu'une même cause : c'est que tous deux ils sont des ex-prêtres ou des ex-moines. Le gouvernement devrait, surtout dans les campagnes, n'employer que des gens qui n'ont pas trop froissé les principes de la multitude, d
Cette multitude, comme on Ta déjà vu, montrait presque autant d'éloignement pour les prêtres qui essayaient de maintenir les ruines de l'Église constitutionnelle. Irrités de cette position, ceux-ci faisaient payer au clergé catholique les déboires qu'ils éprouvaient. Jacques Prudhomme essaya dès le commencement de l'année de reprendre son ancien métier de dénonciateur secret et universel des prêtres catholiques sauvés malgré lui du naufrage révolutionnaire ; mais il fut bafoué par Tadministration, dans laquelle se trouvaient cependant bon nombre de ses anciens subordonnés; ils ne voulaient plus avoir aucune relation avec lui ni avec rien de ce qui rappelait la religion, à laquelle ils avaient complètement renoncé. Le bruit de sa déconvenue se répandit dans le public, et il fut tourné en ridicule par tout le monde (I).
L'un de ses ex-vicaires épiscopaux, Pierre Hamelin, quoique non moins attaché au schisme, suivait une ligne de conduite plus honorable. 11 est vrai que ses antécédents lui faisaient une obligation de prêcher l'indulgence universelle. Dans cette disposition, il écrivit le 10 thermidor (28 juillet) à Rigomer Bazin une lettre destinée à être
(i) Treton, V Espion de Sarthe, 12 janvier 1797, o» 24. — Au mois de mars, (^fessier réconcilia l'église Notre-Dame d^Alençon. Annales de la Religion, t. IV^ p. 453.
publiée dans son journal où la religion était continuellement injuriée et calomniée de la manière la plus odieuse. « J'ai la douleur, disait Hamelin, de voir une déplorable scission «lire les prêtres conformistes et les dissidents d'une part, et de l'autre parmi les constitutionnels eux-mômes, entre les célibataires et les mariés.» Respectant toujours les lois, il dit qu'il a publié un dialogue pour prouver le besoin de l'union entre tous, a C'est au concile national, ajoute-t-il encore, à décider s'il faut rappeler au ministère les prêtre mariés; les populations y ont de la répugnance; mais les lois civiles le permettent ! » Tel est l'écrit de ce champion infatigable du schisme constitutionnel (1). 11 ooDvient lui-même, dans sa lettre, que son opuscule a causé du scandale. Il est certain, du moins, qu'il fait bien oonnaitre à quelle extrémité était réduit un parti qui recourait à de semblables expédients pour se soutenir (2). L'administration catholique du diocèse subit à la même époque une modification profonde. La mort frappa le 2 février 4797 Joseph- René Paillé (3), âgé de soixante-huit ans, grand vicaire de la ville et quinte. Il avait été persécuté comme tous les prêtres fidèles, et durant longtemps il avait été ou détenu en prison ou caché. Il était le seul grand vicaire qui fût resté dans le diocèse, et il avait continuellement administré avec une grande prudence et une douceur à laquelle on devait une foule de conversions. Il est certain que le légitime pasteur lui avait remis entièrement l'administration ; et il s'était associé pour ce travail
(î) L'Erreur reconnue^ dialogue par le citoyen Hanielin, ex-vicaire ipiseopal du département de la Sarlhe. Le Mans, an V^ chez Rouslel, în-80 de 72 p.
W Nous ne voyons guère que Connerré d'où un praire catholique fnt chassé après y être resté durant huit jours , au mois de juin. ^^ il est probable qu'il fut poursuivi par des hommes qui ne ▼cmlaient de prêtres ni catholiques ni schismatiques.
(*) Né à Paris, paroisse de Saint-Sauveur, le 3 décembre 1729, ehanoine et chantre en titre de l'Église du Mans depuis le 14 dé- Mmbre 176».
pénible et compliqué François-Pierre Le Tessier, curé de Saint-Jean-des-Échelles, depuis i754, et le docteur François Chevallier, dont il a été plusieurs fois question. Le zèle de Joseph Paillé lui mérita la haine des ennemis de la religion. Bazin, dont les injures sont un éloge, annonça en ces termes la mort de ce vénérable prêtre : a L'abbé Paillé, évêque par intérim du diocèse du Mans, vient de mourir dans cette commune. Il emporte avec lui les regrets de quelques dévotes et le mépris des hommes qui pensent. On lui a aussitôt nommé un successeur (i). d
Le folliculaire se trompe : le diocèse resta un moment sans vicaire général ; les ecclésiastiques associés à l'administration avaient les pouvoirs de vicaires généraux, mais n'en portaient pas le titre. Aux deux prêtres que nous avons fait connaître il faut joindre Jean-François Le Conte (2), chanoine, que François de Jouffroy-Conssans avait nommé administrateur par des lettres datées de Dusseldorf en Westphalie, le 8 octobre 1796. H est certain que ce dernier n'était pas encore arrivé au Mans à la mort de Joseph Paillé, mais qu'il se disposait à y revenir promptement.
La nouvelle de ce malheur lut aussitôt transmise à Tévêque du Mans, qui venait lui-même d'être profondément attaqué dans sa santé par ime paralysie affectant tout le côté gauche. 11 fit aussitôt partir pour Le Mans CharleS'François Duperrier-Dumourrier, qui se trouvait auprès de lui, et lui remit tous les pouvoirs qui avaient été confiés à Joseph Paillé.
Instruit par Tétat dans lequel il avait laissé le prélat, et prévoyant une catastrophe prochaine, le vicaire général prit sagement ses précautions contre les difficultés qu'il pouvait rencontrer ; il vit en passant par Lucerne le nonce du Saint-Siège, depuis cardinal Pacca, et obtint par son
(1) Chronique, 18 pluviôse an V. — Dans d'autres endroits Bazin appelle le grand vicaire le Bienheureux Paillé. — Voir aussi les Annales de la Religion^ t. I, p. 38.
(2) Né à Vendôme, chanoine du Mans depuis le 24 février 1765.
intermédiaire des pouvoirs d'administrateur apostolique pour le diocèse du Mans. II n'est pas inutile de faire observer en passant que, quoique très-attaché aux principes gallicans, Charles Duperrier agissait directement contre ces principes. Par une heureuse inconséquence, et aussi par la nécessité absolue, et pour sortir des situations difficiles, les défenseurs les plus entêtés de ces maximes ne se sont jamais fait défaut d'y contrevenir, quand les obstacles à surmonter les y obligeaient; témoin le consul Bonaparte à lepoque du Concordat. Charles Duperrier, néanmoins, ne confia son secret qu'à un très-petit nombre de personnes, et ne prit jamais ce titre dans aucun acte public. Il en pénétra cependant quelque chose parmi les ecclésiastiques du diocèse ; mais les fidèles n'en furent point instruits (i). Le grand vicaire arriva au Mans à la fin d'avril ou au conunencement de mai. Quoiqu'il eût été porté sur la liste des émigrés dès le 13 décembre 1792, étant déjà absent de la ville du Mans depuis plus de six mois, et quoiqu'il eût certainement quitté le royaume, puisqu'il avait été jusqu'en Westphaîie, il trouva moyen de faire rayer son nom sur la liste, et rentra dans la jouissance de ses propriété (2). Un plus grand avantage lui revint de cette radia-
(i) Le seul acte dans leqaei nous ayons rencontré Charles Duperrier qualifié d'administrateur apostolique est la rétractation de Pierre Crochet Ce personnage ayant figuré dans l'Eglise coustitutionDelle de la Mayenne, nous donnons l'analyse de cette pièce. Pierre Gruehet, ficaire à Notre-Dame de Mayenne , prêta le serment de 1790, de?iiit Yicaire épiscopal de Villar, participa à tous les actes de schisme jusqu'au mois de janvier 1794 inclusivement, se sépara Alors des schismatiques, et cessa toute fonction ecclésiastique, signa nnsealactede soumission au gouvernement. Il se rétracta par écrit, ttproaoD^ son acte de rétractation entre les mains de Julieu-J. Le ^>aUom» caré de Couterne, à ce délégué par Charles Duperrier, en présence de plusieurs témoins, à Laval, le 24 juin 1800. Cette rétrac*
tatiou est très-précise et porte tous les caractères de la sincérité. On
7 donne à Charles Duperrier le titre de vicaire apostolique; mais
c'est une erreur évidente.
i% Archives de la Sartlic, 7-L/2, f. 53^. — Archives municipales
de la ville du Mans, u» 1975.
tion : c'est qu'il put se montrer publiquement au Mans, sans encourir les poursuites très-rigoureuses dirigées contre les émigrés qui rentraient en France. On sait d'ailleurs que dès cette épocpie le clergé catholique avait des intelligences dans les administrations de la ville du Mans et du département, et il s'en servait pour son ministère avec beaucoup d'utilité.
Charles Duperrier, avant de quitter Paderbom, avait reçu de la main de François de Jouffroy-Gonssans un plan nouveau pour l'administration du diocèse du Mans. Les circonstances difficiles au milieu desquelles on se trouvait, l'absence prolongée de tant de pasteurs, le régime d'exception sous lequel on était obligé de vivre depuis sept ou huit ans, demandaient des règles particulières pour la gestion uniforme de TÉglise de saint Julien. Ce plan nouveau avait été délibéré entre le prélat et ses deux vicaires généraux qui se trouvaient auprès de lui, Charles Duperrier et Claude de Sagey. Toutefois les dispositions n'en étaient point tellement absolues, qu'elles ne pussent être modifiées sur les lieux par les membres de l'administration, plus en état déjuger des besoins des prêtres et des populations. Après un mûr examen, en effet, Duperrier, Le Conte et Tessier modifièrent plusieurs articles, et déclarèrent que d'autres points ne seraient obligatoires qu'à une époque postérieure, loi-sque les circonstances seraient changées (1).
Après que tous les articles furent arrêtés, le vicaire général et ses deux associés firent imprimer secrètement vers la fin de juin un opuscule de cent pages, petit inoctavo, ayant pom* titre : Administration spirituelle du dia-
(i) NoDs ne saurions dire précisément pour quelle raison le docteur François Chevallier ne prit aucune part à l*administration à cette époque ; mais le fcùt est certain. V. Extrait des lettres saines chez les nommés Gagnot, p. 62. — Nous ne pourrions dire non plus comment il se fait que Pierre Gerbole Le Brun, mort curé de Parné en 1803, est nommé en quelques actes membre du conseil administrateur du diocèse du Mans.
cke du Mans^ 4797. Dans le Discours préliminaire aux prêtres catholiques^ après la peinture des malheurs passés, les auteurs expriment combien il reste de difficultés à vaincre, pour rétablir TÉglise dans Tétat où elle doit être. « Quelque difficile que soit cette entreprise, disent-ils ensuite^ et quoique elle soit infiniment au-dessus de nos forces, nous espérons cependant la conduire à une heureuse fin, fondés uniquement sur la confiance que nous avons et que nous devons avoir en Dieu, qui parait visiblement revenir à nous dans sa miséricorde, et vouloir nous en faire éprouver les doux effets. Notre confiance est encore fondée sur Texécution du plan d*administration spirituelle de son diocèse, que M. de Gonssans, notre évèque, nous a envoyé à ce sujet. Nous sommes intimement persuadés qu'il lui a été inspiré par l'Esprit-Saint, qui Ta placé pour gouverner
« En conséquence, pour vous faire connaître en quoi TOUS pouvez seconder nos efi*orts, et nous aider à procurer le bien de la religion dans ce diocèse, nous avons réuni, sous le titre d'Administration spirituelle du diocèse du Mans: 4* le plan de notre prélat; 2® nos avertissements explicatifs de ce plan^ abandonné à notre prudence dans son exécution, poiu» y faire les changements, additions et retranchements que nous jugerions convenables, suivant les circonstances des temps et des lieux,; 3® la distribution de tout le diocèse en vingt missions seulement... ; 4** une f^le de conduite pour les reUgieux et religieuses qui demeurent dans le diocèse, d
Dans son plan, François de Joufiroy-Gonssans s'exprimait ainsi : a Le zèle qui nous anime pour le rétablissement de la vraie religion dans notre diocèse, le désir de pxxsuer à nos diocésains les secours spirituels dont ils ont besoin, nous engagent à prendre les résolutions suivantes
«r Pour le gouvernement de notre diocèse nous établissons, jusqu'à nouvel ordre : i® des missionnaires; 2** des supérieurs de mission; S"" un conseil d'administration.
368 L'ÉGLFSE DU MANS
« i" M*** (Charles Duperrier), notre ancien et fidèle coopérateur, continuera, sous le nom d'administrateur, l'exercice des pouvoirs qui lui étaient confiés.
« M. l'Administrateur aura pour adjoints dans Texercice de ses fonctions MM*** (Le Conte et Tessier) et M*** (Chevallier), qui délibéreront avec lui sur tous les objets qui pourront intéresser la religion et ses ministres.
c< 3° Le conseil d'Administration ainsi formé divisera le diocèse en vingt-quatre parties à peu près. égales. (11 fut réparti en vingt, comme nous allons le faire connaître).
a 4° A la tète du clergé de chacun de ces cantons, il placera un ecclésiastique âgé au moins de cinquante ans, d'une éminente piété et d'ime grande capacité, qui sera chargé de surveiller la conduite et de diriger le zèle des ecclésiastiques qui, sous le nom de missionnaires, travailleront dans le lieu qui leur sera assigné.
c< 5° Autant qu'il sera possible, les curés seront réintégrés dans leurs paroisses.....
« 6°... Chaque paroisse n'aura qu'un missionnaire ; on pourra en placer jusqu'à trois dans les gros bourgs et les petites villes. La capitale n'en retiendra que douze ; la ville de Laval environ le même nombre
c< 8° Les supérieurs des missions poiuront provisoirement restreindre ou étendi^e les pouvoirs, suivant l'âge, la capacité et la conduite des missionnaires.
a 9° Les supérieurs des missions rendront tous les mois un compte exact au conseil d'administration, de l'état des personnes et des choses dans la portion du diocèse qui leur est confiée
Le reste du plan établit la subordination des pouvoirs, et tend à réprimer tout excès de zèle qui pourrait compromettre l'état de la religion. Les avertissements explicatifs placés ensuite par l'administration sont remplis de sagesse : ils traitent des pouvoirs, des cures et des curés, des rétractations de serment, et prescrivent la manière dont elles doivent être faites ; des oilices divins et de la manière dont ils doivent être célébrés, pour concilier la
décence avec la prudence ; de radministration des sacrements, et spécialement du mariage ; et ils ordonnent de se conformer d'abord à la loi civile, et de ne point rebaptiser les enfants avant d'avoir pris toutes les informations possibles.
Une lettre de Tévêque, datée du 5 juin, et parvenue au Mans le 20 du même mois, approuve le plan modifié par les administrateurs et les aveiïissements ajoutés par eux. Dans la lettre du prélat on lit cette phrase : a Je réunirai mes efforts aux vôtres pour faire cesser la malheureuse division qui règne au sujet de la soimiission. i
Ce plan fut promulgué au commencement de juillet par l'envoi que les administrateurs en firent à chacun des prêtres qui vivaient dans la communion du Saint-Siège. Ù était en pleine application à la fin de septembre. Par un trait de prudence, les administrateurs ne firent jamais imprimerie tableau des chefs ni des adjoints des missions : et presque tous les papiers ayant péri, c*est un travail tiès-difBcile de rétablir l'état des missions du diocèse sous le rapport du personnel. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'il y a eu des modifications dans le personnel opérées par les supérieurs à différentes époques. Nous réunissons ici un grand nombre de notes : mais nous prévenons qu'elles ne sauraient présenter un ensemble complet (1). Première mission. Le Mans; supérieurs, François - Pierre Tessier, curé de Saint-Jean-des-Échelles, membre de l'administration ; Julien Hayes de La Sorrière, le chanoine François-Jean de La Fontaine du Bourgneuf, et à la fin le docteur François Chevallier.
Seconde mission. Trôo ; supérieur, Joseph Jacquet de La Haye, curé de Ternay. 11 devint ensuite supérieur de la mîsâon suivante, et fixa sa résidence à Ruillé-sur-Loir.
Troisième mission. Château- du-Loir; supérieur, Joseph Jacquet de La Haye, curé de Ternay.
(1) Pour les paroisses composant chaque mission, voir le tableau iox pièces jastificatives.