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Quatiième mission. Malicome ; supérieur, Valérie Lecomte, curé de Saint-Jean-de-la-Motte (i); adjoini Pierre-René Maillard, ciu'é de Pringé.
Cincjuième mission. Brûlon; supérieur, Matthieu U mare, ciu'é de Mareil-en-Champagne ; adjoint, René Pas quier, curé de Crannes-sous-Vallon.
Sixième mission. Sablé; supérieiu*, René-Jean Chaperoi: curé d'Épineu-le-Séguin, doyen de Brûlon.
Septième mission. Évron; supérieur, Julien RipauL dont il a été parlé, d'abord vicaire à Saint-Léger, pa curé de Gesnes près de Montsûrs, et enfin chapelain â château de Monteclair au moment de la Révolution, avait passé les premières années de la Révolution dans k paroisses de Champgénéteux, de La Ghapelle-au-Ribou et autres circon voisines (2). Adjoint, Antoine-Françd Renard, curé de Saint-Christophe-du-Luart. Le mène titre fut offert à Guy-François Trouillard, curé de Sain Georges-sur-Erve ; mais on ignore s'il accepta.
Huitième mission. Laval ; supérieur, Simon Leballeu: curé de Changé-lez-Laval; il y eut plusieurs adjoint: entre autres Etienne Leveau, curé de La Gravelle, et JuUei Jean Le Gallois, curé de Gouterne.
Neuvième mission. Ernée; supérieur, Louis Leroi ciu'é de la Pellerine et doyen rural d'Emée ; adjoin Etienne BouiUier, curé de Montaudin.
Dixième mission. Mayenne ; supérieur, Jacques-Clauc Desnos, curé d'Ambrières ; adjoints, François Décolle, ai cien secrétaire de Tévôché, déporté à Rambouillet et rei tré depuis très-peu de temps à Mayenne, et Julien-Jacqu Lecottier- Villeneuve, vicaire à Yvré-l'Évèque, aussi d porté à RambouiUet, mort curé de Saint-Martin < Mayenne.
Onzième mission. Domfront-en-Passais ; supérieu
(1) V. Extrait des lettres saisies, p. 62.
(2) Après le Concordat il redevint curé de Gesnes, puis il qail cette cure pour la cbapcllenie de Monteclair, et il mourut en iSli
François Jouré, curé d'Épinay-le-Comte ; adjoints, Julien Le Bossé, curé de la Gonception-en-Passais, de retour de la déportation ; Bougeard des Touches, curé de Saint-Brice, aussi de retour de la déportation ; Hubert, vicaire à La Ferté-Macé, et Jacques-Joseph Chauvière, vicaire à Madré.
Douzième mission. Javron; supérieur, François-Joseph de Verdelin , curé de la Poôté-des-Nids , puis Jacques Gérard, curé de Magny-du-Désert.
Treizième mission. Fresnay-le- Vicomte ; supériem», Jean-François Boutros, curé de Saint-Germain-de-la- Coudre.
Quatorzième mission. Beaumont-le-Vicomte ; supérieur, Julien-René Lacroix, curé de Saint- Longis, dont nous avons parlé plusieurs fois, et qui était sorti des geôles de Rambouillet au mois de mars i795. 11 fut surnommé par les révolutionnaires le pape des aristocrates. 11 fut depuis desservant de Nouans, ensuite curé de Saint-Antoine-de- Rochefort, puis chapelain de l'hôpital de La Ferté-Bemard, et enfin curé de Ballon. Adjoint au supérieur de cette mission, Louis Guitton, depuis curé de Saint-Marceau.
Quinzième mission. Sillé-le-Guillaume; supérieurs, Joseph-Charles Trouillard, curé de Notre-Dame-de-Sillé, dont il a été plusieurs fois parlé, et Charles Paulmier, curé de Saint-Étienne dans la même ville ; adjoints aux supérieurs, JuUen-Joseph Pivron, mort ciu'é de Craon, et Chopelain, qui devint curé de Moitron.
Seizième mission. Mamers; supérieur,... Un ecclésiastique nommé Frère, demeurant à Louzes, était adjoint au supérieur de cette mission.
Dix-septième mission. Bonnétable; supérieur, François Marquis du Castel, curé de MaroUes-les-Braults, plusieurs fois mentionné; adjoints au supérieur, Louis Ledoué, curé de Saint-Denis-des-CoucIrais, et Joseph Lecomte, curé de SiUé-le-Philippe.
Dix-huitième mission. La Ferté-Bemard ; supérieur, Louis-Simon Châtain, mort curé de Saint-Georges-du- Rosay, le 25 novembre 1825, à soixante-six ans.
Dix-neuvième mission. MontforWe-Rotrou ; supérieur? Joseph Hulot, curé de Bouloire, et Féron, curé de Duneav frère de Thomas Féron, son vicaire, dont nous avoi raconté la mort, ou plutôt le martyre. Le curé avait é dépoi*té.
Vingtième mission. Saint-Galais ; supérieur, José] Jacquet de La Haye, déjà désigné comme supérieur de mission de Château-du-Loir. En 4801, il devint curé Savigny-sur-Braye, puis mourut curé de la Trinité Vendôme.
Le travail qui incombait aux administrateurs, aux cli€ ou supérieurs des missions, à leurs adjoints et aux m^ sionnaires eux-mêmes, était des plus difficiles. Quoique recommençât à jouir partout d'une certaine liberté, et qu'^ quelques lieux elle lût très-grande, il y avait des parois^^ où les esprits avaient été profondément pervertis. Ceil que les rapports envoyés par les chefs de missions ai0 membres de Tadministration signalent comme préscntarr de plus grands obstacles, sont Lunay, Mayet, Le Grané Lucé, Pruillé-rÉguillé , Ernée, Désertines , Fougerolles^ Juvigné-Montanadais, Landivy, Gorron, Montenay, Vautorte, et en général les environs d'Emée, où il y avaii beaucoup de schismatiques ; dans la contrée de Mayenne, la Bigottière, Saint-Baudelle, Saint-Genôain-d'Anxure , Saint-Germain-le-Guillaume, la Haute-Chapelle ; dans ces localités le fanatisme républicain s'alliait à un certain attachement aux tenants de l'Église constitutionnelle ; les rap ports nomment aussi Domfront-en-Ghampagne, la Chapelle-Saint-Fray, Montbizot, Poché, Chedles, Le Breilj Parigné-l'Évêque, Pont-de-Gennes, Saint-Mars-de-la-Brière. Surfonds, Thorigné, Écorpain, Tresson, Vancé, Poillé, Chas^ sillé, Saint-Mars-d'Outillé, Tennie, Hambers, Izé, Andouille, Saint-Berthevin près de Laval, Ballon et les environs, La Ferté-Bemard et les paroisses circonvoisines Dans plusieurs de ces localités l'esprit d'incrédulité s'unissait à un enthousiasme révolutionnaire que les excès pas ses n'avaient pu éteindre. La plupart avaient été perveiiiei
/^ un clergé prévaricateur : ainsi François Du Castel écri- >^ait au vicaire général qu'il n'y avait que six paroisses dam sa mission qui eussent des prêtres toujours fidèles^ et 9Ue toutes les autres avaient un extrême besoin qu'on leur ^Ovoyât de bons missionnaires pour les ramener. Cette portion du diocèse, il est vrai, était Tune des plus malheu- ^''eiLses; et le curé de MaroUes-les-Braults comprenait parmi assermentés les ecclésiastiques qui avaient prêté le sérient de liberté-égalité, sur lequel les opinions n'étaient is d'accord.
Il fallait donc user d'une extrême prudence pour menaîr les esprits. Nous voyons les administrateurs menacer suspense le P. Guillain, Lefèvre, Gordelier, et Grassin, qu'ils voulaient continuer d'exercer publiquement à ï^^gné-l'Évêque. Il fallut user des mêmes menaces avec le ï^ Perrotin, à Souday, et avec René Pichonneau, curé de ^otre-Dame-des-Champs, travaillant à Vancé. Enfin, le ^*' octobre 1800, les supérieurs annoncèrent dans une circulaire que les circonstances permettaient d'appliquer en entier le plan d'administration. Bientôt un nouvel et nieilleur ordre de choses donna une autre forme plus régulière à l'existence de notre clergé. Il salua avec bonheur ce i^tour : car, il faut le dire, l'établissement des missions l'avait contrarié; et autant que faire se pouvait, il s'adressait à l'administration pour les pouvoirs et les dispenses dont il avait besoin. Plusieurs des supérieurs d'ailleurs ne jouissaient pas des sympathies de leurs confrères. On r^rettait surtout de voir à la tête des autres missionïiaires des^êtres très-respectables sans doute, mais qui a'étaient pas rentrés des premiers de l'émigration, ou qui s'étaient tenus soigneusement cachés durant les plus mauvais jours, tandis que des hommes qui avaient exposé mille fois leur tête, qui avaient souffert les prisons et les fers étaient laissés dans les rangs inférieurs. Les choix semblaient inspirés en plusieurs circonstances par des relations de société, et par des qualités purement extérieures. Ce fut, du reste, moins les prêtres que les fidèles
qui firent ces remarques, auxquelles il faut bien reconnaltce quelque fondement.
Quoique atteint d'infirmités très-graves (1), Tévéque du Mans ne laissait pas de porter un regard attentif sur son Église, et il lui envoya dans le cours de cette année deux lettres pastorales. La première est du 15 juin (2). a Nous espérons, nos très-chers frères, dit le vénérable prélat en commençant, que nos paroles pourront enfin arriver jusqu'à vous. » 11 exprime ensuite le regret qu'il éprouve de n'avoir pu partager leurs épreuves. Il revient sur le nouveau plan d'administration, et en fait voir la nécessité. Enfin il insiste pour faire comprendre les dangers -des divisions nées par suite des divergences d'opinion sur la promesse de soumission au gouvernement, et il blâme le faux rèle de certains prêtres qui condamnent la conduite de leurs frères. La seconde lettre est du 23 novembre ; mais à cette daj;e les affaires de la religion avaient pris une autre tournure.
Cette réaction contre TÉglise était appelée avec instance par le directoire, par la plupart des administrateurs des départements, et par tous les révolutionnaires que les excès de la Terreur n'avaient pas éclairés. Tous sentaient trèsbien qu'une conciliation entre les principes catholiques et les opinions qu'ils voulaient laire prévaloir, était absolument et radicalement impossible. Le clergé cherchait à ne point avoir à se prononcer sur les questions irritantes; mais il ne pouvait éviter toutes les rencontres où elles se présentaient. Les adversaires de la religion profitaient de toutes les occasions pour le représenter comme l'ennemi obstiné du nouvel ordre de choses, le soutien le plus incorrigible des anciens abus, le provocateur nécessaire du rétablissement de la royauté et l'allié actif des insurgés. Des plans d'accusation contre le clergé avaient été formés par le directoure d'après ces idées dans lesquelles se trou-
(1) Extrait des lettres, p. 61.
(2) instruction pastorale, in- 8» de 8 pages.
vait un fond de vérité : plusieurs circulaires apprirent aux administrations centrales des départements, que leurs rapports mensuels devaient contenir quelques paragraphes dans le sens de ces récriminations. On espérait par là faire impression sur le corps législatif; mais celui-ci qui arriTait en grande partie des provinces, et qui avait pu juger par lui-même des dispositions des esprits^ ne se laissa point surprendre par cet artifice. Les rapports des administrations n'en sont pas moins importants à connaître, parce qu'ils projettent beaucoup de lumière sur les faits et sur les hommes. Il faut remarquer au reste qu'il s'agit ici seulement des administrations centrales ; car les conseils municipaux, renouvelés par les élections dernières, étaient composés d'hommes en général très-honorables; et la plupart ne craignaient pas de se prononcer pour le rétablissement de l'Église catholique dans les droits et privilèges qui lui appartiennent. Nous devons signaler entre tous les officiers municipaux ceux de Mayenne, qui firent rendre la liberté à tous les prêtres catholiques de leur ville ou des environs, et pour lesquels ils se portèrent caution ; ceux de Domfroniren-Passais, qui n'hésitèrent pas à rendre hommage à la vérité, en attestant les services que le clergé orthodoxe avait rendus à leur ville et à la contrée, et ceux de Marolles-le&-Brault8, qui ne craignirent pas de se compromettre en prenant la défense des ecclésiastiques en communion avec la chaire Apostolique. Les directoires des départements n'avaient pas subi cette modification, et leurs dispositions s'accordaient trop avec celles du pouvoir exécutif. On en jugera facilement par quelques extraits de leurs rapports.
1* 28 janvier Tadministration centrale du département delà Mayenne écrivait à Merlin, ministre de la police : • U gouvernement ne voit donc pas que Tesprit public ^nibe en décrépitude?.... Ne voit-il pas que les émigrés, «^prêtres déportés rentrent de toutes parts?.... Us sont fe accueillis. Le découragement gagne de proche en pwche. »Le 16 février, elle écrit aux ministres de la
police, de rintérieur et de la guerre : «Notre département sera donc livré tour à tour à la fureur des Vendéens, à la férocité des chouans, à l'intrigue et au ressentiment des prêtres réfractaires et des émigi-és, cette horde d'êtres
immoraux rentrés de toutes parts L'esprit public est
ici dans l'état le plus alarmant Que deux inille hommes armés couvrent sans cesse le département; que le citoyen Boudet (jui les commande y soit conservé ; sans
quoi les autorités n'y sauraient garantir la sécurité »
Le 20 du mois suivant, ces magistrats mandent au ministre de l'intérieur «que le canton de Montsûrs est rempli de chouans, d'émigrés, de prêtres réfractaires qui s'agitent, provoquent au crime, et fanatisent tous les esprits. Les municipalités de tout le département sont très-mal composées, les prêtres très-puissants, très-protégés, jusque dans les prisons, grâce à de riches amis.» Le 23 avril, ils rappellent au ministre de l'intérieur que le juge de paix lui a envoyé précédemment la liste des paroisses où les prêtres réfractaires habitent, et où ils ont repris leurs lucratives habitudes. « Cette race, citoyen ministre, ne s'éteindra jamais ; et la simplicité des campagnes ne leur permettra jamais de remarquer que les services qui leur sont rendus par des prêtres n'ont d'autres motifs que l'intérêt. Au reste, ceux qui troublent l'ordre public sont aussitôt recherchés. » Les intentions sont manifestes ; c'est l'extinction des prêtres que l'on recherche.
Tous les rapports, et ils remplissent de gros et nombreux registres, sont conçus dans le même esprit. La même inspiration a dicté ceux du directoire du département de la Sarthe : ils n'expriment ni moins de haine contre les prêtres, ni moins de provocations à la persécution ouverte. Nous préférons citer une proclamation dul" ventôse an V (19 février 1797), parce qu'elle comprend plus de faits positifs (1).
(1) Les administrateurs du département de la Sarthe cmx habitants des campagnes, fo-4<* de 8 pages.
a Citoyens ,
f Une affreuse coDspiration vient d'être découverte. Les principaux agents de cette trame royaliste sont arrêtés : ils sont livrés aux tribunaux, qui s'occupent à tirer d'eux l'aveu de leurs complices, et la connaissance entière de leurs complots, dont les ramifications s'étendent à plusieurs départements. Les insensés! ils se proposaient, dans leurs projets criminels , le renversement total de l'ordre actuel, et le rétablissement de la royauté, pour le malheur des patriotes. Déjà eux et leur fantôme royal, Louis XVIII, devenus, ainsi que ses chevaliers carrants, la risée et le rebut de l'Em^ope, s'abreuvaient en idée du plus pur sang des Français : déjà les victimes étaient désignées, leséchafeuds préparés; et le monarque imaginaire, fidèle à la politique des rois, arrivant au trône sur les cadavres des républicains, environné de bourreaux, saturé de sang, eût encore osé parler de clémence et de pardon !....
ff Cependant^ quoique leurs chefs soient arr(*tés, leurs agents secrets circulent toujours au milieu de vous... Une longue expérience a dû vous apprendre à les connaître : tigres dissimulés, renards astucieux, ils empruntent le masque de toutes les vertus, pour vous diriger vers leurs lins secrètes : tantôt, comme apôtres de la foi, dont ils se disent aussi les martyrs, ils vous exhortent au mépris des lois et du gouvernement; tantôt, comme victimes de l'orage révolutionnaire, qui les a frappés de son souffle terrible, ils s'exhalent en plaintes amèics contre Tordre actuel, ne
déguisant point l'orgueil de l'ambition qui les dévore
a Écoutez les prêtres rebelles, qui se disent exclusivement les ministres du Christ : quels préceptes puisent-ils dans TÉvangile, ce code de la plus pure, comme de la plus .sublime philosophie ? Ils ne cessent de vous prêcher le mépris de l'autorité, lorsqu'il est écrit : « Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu, et à la loi ce qui appartient à la loi. » D'un côté sous le prétexte que le prêtre doit vivre
de l'autel, ils exercent à votre égard, soit pour un office de la messe, soit pour Tadministration des sacrements, enfin pour lem*s cérémonies religieuses, les concussions les plus arbitraires ; de l'autre ils s'opposent à l'acquit de vos fermages nationaux, de vos contributions, de vos dettes les plus sacrées envers un gouvernement qui ne peut vous assurer le maintien de vos droits, la sûreté de vos personnes et de vos propriétés, que par les ressources du trésor public. C'est ainsi qu'ils secondent les projets ténébreux de la faction royaliste, dont ils sont les agents soldés ; ils savent que, par là, ils éloignent de vous la paix, qu'ils vous entraînent dans le précipice qu'ils se sont creusé par leur imprudence. Que leur importe? Ils auront multiplié les ennemis du gouvernement; ils vous auront rendus méchants et malheureux, comme eux ; ils seront vengés !
a C'est par suite de cette tactique, adroitement criminelle , que circulent parmi vous , avec profusion , ces libelles mensongers, ces écrits anonymes, où des hommes qui se cachent exhalent les plus grossiers mensonges, les plus fades calomnies, contre le gouvernement et les patriotes : c'est par eux qu'ils parviennent peu à peu à tromper la classe respectable des cultivateurs, peu instruits sur les hommes et les événements
0 Mais, citoyens, vous ne serez plus les dupes de leurs jongleries presque publiques; vous apercevez le but de leurs manœuvres : déjà ils ne dissimulent plus leurs intentions ; ils publient ouvertement le secret de leur parti : lisez un de ces pamphlets périodiques qu'ils disséminent dans vos cantons; voyez comme ils s'expriment, après les déclamations d'usage : « Peuple, vous disent-Ils, craignez plus la politique des gouvernants actuels, que la restitution des biens qui vous ont été vendus ; les récoltes ne vous ont-elles pas indemnisé du prix d'achat? Qu'aurions-nous à vous demander? Notre bien. Qu'auriez-vous à faire? Nous le rendre. » Ainsi s'explique, en peu de mots, le but de cette contre-révolution dont ils se flattent depuis si longtemps.
« Ce qui surprend, ce n'est pas cet indiscret aveu de la plus téméraire présomption , mais cette dissimulation effirontée, par laquelle ils osent attribuer à la République, ce torrent de maux publics dont ils sont les auteurs, et les patriotes, presque exclusivement les victimes. «Comparez, vous disent-Us, votre état présent avec celui d'autrefois. » Gomment, au milieu de la fureur des partis, de cette guerre civile qui nous a si longtemps désolés, la persécution des patriotes, les assassinats dont vous êtes chaque jour les témoins, jouir des avantages de la République? Et cesfor- Ésdts ne sont- ils pas les fruits amers de cette doctrine empoisonnée par laquelle, au nom du Ciel, on immole tous les amis de la Révolution? Les perfides I ils ont fait couler par torrent le sang des patriotes les plus purs ; ils ont abreuvé d'outrages les fonctionnaires les plus vertueux, voué à la proscription les familles les plus respectables, empêché, par tous les moyens possibles, l'action du principe répubUcain ; et ils voudraient encore imputer leurs aimes à un gouvernement essentiellement fondé sur le bouheur du peuple et la vertu !....»
La proclamation continue en annonçant comme certaine et voisine la ruine complète et définitive du parti royaliste et clérical ; elle vante les victoires obtenues par la République en Italie, et elle exhorte tout le monde à se serrer autour de la Constitution. « Au i" germinal, dit-elle, lorsque vous exercerez, dans vos assemblées primaires, le plus beau de vos droits, celui de nommer vos âecteurs et vos agents de communes, sachez distinguer, dans la foule, le véritable ami du' peuple ; ne fixez votre choix que sur des républicains éclairés et vertueux. » Le peuple répondit en choisissant presque partout des hommes reUgieux, souvent royalistes, et au moins très-modérés. La proclamation est signée: Letourneur, président; ûaguin, Leclerc, Gargam, administrateurs; Maguin, commissaire du directoire exécutif; Hamard, secrétaire général. Quoique tous en aient assumé la responsabilité, il est trèsprobable qu'elle est l'œuvre du commissaire du directoire.
Antoine Maguin, dont nous avons souvent parlé, et sur lequel nous ne tarderons pas à revenir. 11 n'est pas possible de mentir avec plus d'impudence en beaucoup de points, et dans tous les cas de présenter les faits vrais sous un aspect plus faux. C'est le même esprit qui parait dans tous les rapports adressés au pouvoir exécutif ; tous partaient d'ailleurs de la même plume. C'était un dessein arrêté d'attribuer aux chouans les crimes commis par des bandes de terroristes ou de brigands qui n'avaient absolument rien de commun avec les chouans véritables. Comme il est d'usage, ces accusations allèrent se répétant ; elles se trouvent à toutes les pages de la mauvaise presse ; il n'y a pas im nimiéro du journal de Bazin où l'on ne rencontre ces mêmes déclamations contre les prêtres, même contre ceux qui avaient donné les gages les plus caractérisés à la Révolution. Ainsi il s'éleva à plusieurs reprises contre Jean-Baptiste-Augustin-François Linguet, prieurcuré de Saint-Aubin-des-Coudrais (1), frère du fameux avocat de ce nom, lequel était devenu président de l'administration du canton de La Ferté-Beraard, très-influent dans le pays, et président des élections. Il fut accusé de persécuter les républicains, parce qu'il avait écarté quelques terroristes. Ces dénonciations eurent de fâcheux résultats ; elles égarèrent l'opinion de beaucoup de ces personnes qui croient sans examen ; elles amenèrent la destitution de quelques fonctionnaires modérés ou bienveillants. Le général Quesnel qui commandait dans la Sarthe au commencement de l'année 1797, était un homme capable de rétablir l'ordre par ses vues larges et ses procédés conciliants; il fut remplacé dès la fin de juillet par le général Cambray, homme brutal et impie, qui arriva au Mans à la tête d'un nouveau régiment de quatre mille hommes, tous animés de sa haine contre le clergé et la religion.
(1) U passait pour homme d'esprit, et sa conduite était irréprochable jusqu'en 1791. Il fit le serment et le rétracta entre les mains de Joseph Paillé le 8 avril 1795.
A la fin, des vexations incpialifiables, senablables à celles (fà ravalent déjà fait chasser du département de la Mandiç, le firent destituer du conunandement de la Sartlie; mais son séjour dans notre pays produisit un mal incalculable (1).
L'un des moyens auxquels les meneurs du parti révolutionnaire eurent recours spécialement à cette époque pour retenir Tesprit public qui leur échappait, fut de relever les fêtes républicaines, autant qu'il leur était possible. Elles étaient tombées dans le plus complet discrédit dès leur origine ; il devait en être ainsi par la raison même des choses ; mais les révolutionnaires ne le comprenaient pas. Le 28 messidor, Bazin écrivait dans sa Chronique: « Aujourd'hui la garnison célèbre la fête du 1-4 juillet. Cette fête n'est plus qu'une froide réminiscence ; ce qui prouve que les années se suivent et ne se ressemblent . pas. D Chaque anniversaire amène les mêmes gémisse-' ments sur la décadence de Tesprit public, sur l'indifférence des masses. Le 24 thermidor, il dit : « Depuis deux ans on peut constater de jour en jour la désertion des décades, l'isolement des fêtes publiques, la stérilité de leurs ornements ; aujourd'hui elles n'existent plus, pour ainsi dire, au Mans; mais on va f^ire des efforts pour les relever. » Aussi le 30 thermidor les administrateurs du département de la Sarthe écrivaient au directoire : « Jetez les yeux sur toutes les parties de la France: la République n'existe que dans les formes constitutives de l'État; l'es. prit du royalisme est partout dominant; il se prononce avec plus d'empire que sous le règne des rois. » Enfin au mois de fructidor Bazin fait connaître un moyen auquel la commune très-républicaine de Vaas avait été obligée de recourir pour avoir quelques témoins passifs de ses fêtes révolutionnaires; le journaliste trouve cet expédient trèsavantageux, et propose d'y avoir recours partout ; mais le
(1) Moniteur, 8 prairial an V et 20 germinal an VL — Bazin, Chronique, thermidor an V.
moyen lui-même est la preuve la plus évidente du retour des esprits vers la vérité : c'était de grouper toutes les fêtes de Tannée en un petit nombre et de les remettre au dimanche. Il y avait dans cet avis sans doute trop de naïveté ; on n'y eut point d'égard ; mais on fit de grands efforts pour attirer la foule à ces solennités. Les beaux esprits du parti se mirent en frais de poésie, et l'un des premiers que Ton rencontre dans cette carrière est l'ancien curé de Saint-Mars-d'Outillé, devenu professeur à l'École centrale du Mans, Jacques Patry (1). Il publia à l'occasion de la fête du 2 pluviôse an VII une Invocation à l'Être- Suprême^ dont nous reproduisons les deux premières strophes :
Grand Dieu, quand l'univers annonce ta puissance,
Le sage en l'adorant ne voit que ta clémence ;
Tu n'es pour lui qu'un père, un tendre bienfaiteur.
Et ton autel est dans son cœur.
Le Français libre enûn du joug de l'imposture, Te cherche et te connaît dans toute la nature; Il ose par lui-même implorer ta bonté ; Un hommage aussi pur serait-il rejeté ?
Le pciiple qui brisa de ses mains courageuses Le sceptre du tyran, et ses chaînes honteuses. Serait-il pour cela criminel à tes yeux?
Et dédaignerais-tu ses vœux?
Ah ! s'il est vrai que l'homme est ton plus bel ouvrage , Le fis-tu pour languir dans im dur esclavage ? Ce blasphème odieux est le crime des rois. Et pour river nos fers ils empruntent ta voix.
Le reste de la pièce est sur le même ton : protestation continuelle contre la Révélation, contre l'Église, contre le clergé catholique présenté comme l'allié inséparable des
(1) Né en 1759 à La GuiercUe, il fut d'abord vicaire, puis curé h Saint-Mard-d'Outilié.
rois, qui ne reçoivent pas d'autre dénomination (jue celle de tyrans. On y trouve môme le serment de haine formulé en termes précis. A la suite se trouvent d'autres strophes ayant pour titre : hnprécations contre les parjures. C'est une ode contre le général Bonaparte, dont les projets étaient évidents à tous les yeux. Le tout fut imprimé par ordre de l'administration centrale du département de la Sarthe, présidée par le prêtre renégat François- Yves Besnard, et, sur le rapport du commissaire du directoire exécutif, François Baudet-Dubourg ^ ancien >icaire épiscopal de Jacques Prudhomme. On imagina de domier plus de pompe extérieure à ces solennités, espérant attirer la foule au moins parla curiosité du spectacle, et comme la société d'agriculture, sciences et arts semblait vouloir sortir de sa torpeiu*, on s'adressa à elle pour former les programmes et dresser les plans. Soit amère ironie, soit distraction singulière, la docte assemblée désigna une conmiission de deux membres dont le plus actif fut encore un prêtre renégat, Pierre Renouard. 11 prit, paraîtil, sa mission au sérieux ; et ses projets plus ou moins calqués sur ceux que le peintre David avait imaginés pour la capitale, rappelèrent un peu les fêtes de la Grèce et de Rome païennes (1).
Mais les campagnes ne pouvaient faire les frais de ces spectacles, et on sentait qu'il importait de les rattacher aussi à la République : les zélateurs du Mans imaginèrent un moyen qui parait leur avoir été propre ; du moins nous ne nous souvenons pas Tavoir rencontré en d'autres départements : ce fut de créer un chœur de républicains ambulants qui parcouraient successivement toutes les localités principales, pour y donner la représentation d'une fête républicaine, et y prêcher les principes les plus purs
(1) On peut voir en partinalier tout ce qui concerue les fêtes du S»r vendémiaire an VI et les funérailles du général Hoche, dans les registres manascrits de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe.
du patriotisme sans Dieu et sans roi. Cette société de bohèmes put démoraliser encore les campagnes par ses exemples et ses discours^ mais elle ne rallia personne à Tordre de choses qu'elle préconisait ; seulement comme la musique y jouait un grand rôle, et que ses séances avaient lieu le dimanche et les jours de fête reconnus par l'ÉgUse, quelques curieux venaient regarder passer le cortège. Sur son passage^ cette troupe ambulante détruisait toutes les images de la croix ou de la Mère de Dieu qu'elle pouvait rencontrer, avec les blasphèmes et les imprécations impies usitées dans ces circonstances.
Dépourvues de ces ressources, les administrations municipales de la Mayenne célébraient ces fêtes sans entrain et sans pompe. Nous donnerons une idée suifisant^ de ces solennités, en transcrivant sur les registres des délibérations déposés à la mairie de Lignières-la-Doucelle le procès-verbal de la fête du 10 août, la plus célèbre de l'année.
« Aujourd'hui 23 thermidor an V* de la République française, étant présents les citoyens agents des communes de notre arrondissement cantonal de Lignières ;
« Vu l'arrêté du directoire exécutif qui détermine la manière dont sera célébrée la ïèie du 10 août, du 13 thermidor an IV, où il est porté que la fête du iO août sera célébrée le 23 thermidor de chaque année dans toutes les communes de la République ;
« Pour quoi et en conséquence nous membres composant l'administration municipale du canton de Lignières avons fait les proclamations nécessaires pour inviter les citoyens des communes de notre arrondissement huit jours à l'avance, aux fins de se joindre à nous pour les cérémonies de la fête susdite ; et enfin nous étant, comme dit est, réunis au lieu ordinaire de nos séances, s'est aussi assemblé avec nous le citoyen juge de paix du même canton, ainsi que son greffier, et différents habitants des commîmes qui composent notre arrondissement; et après \m discours prononcé par le président tendant à engager les citoyens à célébrer la fête du 10 août revenant à ce jour,
et aox moyens de rappeler au peuple assemblé l'histoire abrégée du 40 août, et enfin par tous moyens tendants à entreteûir le bon ordre qui doit exister entre les citoyens ; le discours étant applaudi, nous avons sorti du lieu de nos séances, revêtus chacun du costume dont il doit être décoré; ayant continué dans les places publiques jusqu'à ITieuredu diner, et après dîner, sur les deux heures après midi, étant sortis, nous avons travaillé à l'encouragement par des jeux et danses ; et enfin nous avons terminé les cérémonies par le son de la cloche, n'ayant d'autre instniment ni garde nationale; de quoi nous avons rédigé le pr^nt par nous soussigné. »
Voilà ce que Ton pouvait réunir dans un canton entier pour la fête la plus chère à la République, et voilà dans quel style (car nous n'avons ajouté aucun ornement) on rédigeait la relation oificielle de ces solennités.
L'esprit révolutionnaire trouya un secom^ plus efficace dans les sociétés populaires ou clubs, qui ressuscitèrent avec une nouvelle vigueur à cette époque. Les décrets les avaient condamnés ; mais l'autorité était si faible, que l'on ne craignait pas de la braver ; et tous les tenants du parti jacobin^ en dépit des lois et des aiTêtés, avaient recommencé à nouer de nouveau les liens de ces sociétés qui furent toujours rinstrument le plus actif de l'anarchie. Dès les premiers mois de 1797 les gens paisibles du Mans élevèrent des plaintes contre ces réunions, qui plusieurs fois menacèrent la tranquillité de la ville ; mais leurs réclamations ne furent point entendues. Au Mans et dans d'autres endroits ces réunions prenaient le nom de cercles constitutionnels ; mais elles poursuivaient le même but que les clubs, et elles agissaient par les mêmes moyens (i). Dans le mystère de ces réunions il se formait souvent
(t) Il y avait de ces cercles à Mamers, à Gouslard^ près de Châteauda-Loir^ à ViUemoD, près de Bessé, au bureau de la poste à Saint- Calais.