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rendu qu'ils publièrent au commencement de an VII que nous trouvons ces renseignements.
« Conformément à la loi du i8 messidor an visites domiciliaires ont été faites dans ce départen en est résulté plusieurs arrestations, notamment c nommé d'Herbelin, ex-noble prêtre réfractaire, ins la liste des émigrés, qui, par arrêté du 3 fructidor 2 été traduit devant le conseil militaire, à Tours.
« Vingt-trois prêtres réfractaires ont été arrêté: treize ont été déportés; les autres ont été reclus à de leur âge ou de leurs infirmités
a Les recherches faites dans plusieurs maisons 01 curé la découverte de plusieurs caches secrètes et pondances intéressantes, telles qu'environ cent v de manuscrits et titres de la ci-devant cathédrale dt Julien, trouvés dans un réduit pratiqué chez le • Savarre; telles que les lettres trouvées chez le « Gaignot, place des Halles, et la citoyenne Poisson des Promenades. Il s'est aussi trouvé quelques sa fusils avec des ornements d'égUse dans la ca(the pr chez ledit Gaignot.
« Tout récemment on a trouvé dans le clocher glise de Bouillon vingt-cinq fusils de munition^ d paquets de cartouches , surplis , bonnets carrés subies, etc., des écharpes blanches aux fleurs de 1
« Indépendamment des mesures prises et ex pour l'arrestation de plusieurs individus, les n Treton et Boniface ont été arrêtés et traduits de conseil militaire de Tours......
Treton dont il est parlé ici est ce Julien Tret< nous avons vu défendre avec tant de courage les vrai cipes religieux et sociaux dans son journal, le Pré, de f anarchie ou V Espion de la Sarthe, Sans cesse po par une administration acharnée à sa perte, il vena terrompre la publication de son Journal. Ce ne i seulement à raison de ses écrits, mais encore par Ton trouva chez lui un ecclésiastique insermenté
fut traduit devant la commissioD militaire de Tours. Getl6 commission, qui en envoya tant d'autres à la mort, lui laissa la vie, mais le retint en captivité. Quant au prêtre Wèle qui fut saisi chez lui, et qui se nommait Pierre Le Balleur (1), il fut conduit à la maison d'arrêt du Mans, Tandenne Visitation; et l'administration centrale le condamna à la déportation. Il y avait dans cette sentence ime véritable barbarie; car ce prêtre était extrêmement cassé par la œakdie; et dès le 42 avril 4792, le chirurgien Levasseur, doDtnous sommes heureux d'avoir un beau trait à citer^ kn avait donné gratuitement un certificat pour l'exempter <ie!ie rendre à la maison de la Mission, à raison d'infirmité graves. Ces infirmités furent cause que la sentence ne ta pas exécutée, et il resta à la maison de réclusion. L'une te prises qui causa le plus de joie aux révolutionnaires, ta celle de Julien Chappedelaine^ Âgé de cinquante-trois «fil né à Sept-Forges (2), dans le Passais, et vicaire à taie depuis 1788. Doué d'un zèle infatigable et d'une fcice physique extraordinaire, ce prêtre n'avait cessé de Wïdre d'inappréciables services en plusieurs parties du *W!èse, et particulièrement dans l'arrondissement de Ma- *R qu'il parcourait en tous les sens. Il est permis de Pprdu plaisir qu'éprouvèrent les ennemis de l'Église P*f les expressions qu'emploie le journal pour annoncer *û arrestation, a Le nommé Chappedelaine, prêtre réfrac- ^^ qui désolait depuis longtemps le canton de Vivoin,
|i) Herre Le Ballear mourut en 1799. Voici textuellement la (Ole du Ticaire général relative à cet ecclésiastique. « Attaché à l'é- |ii>B eathëdrale du Mans. S'est toujours distiogu^ par une piété ^rc, les mœurs les plus pures. Il a travaillé avec zélé et fruit, î-ttl un excellent prêtre sous tous les rapports »
.1^ Dttikoles manuscrites prises par les administrateurs du dioc^ctcoQservéesà l'évêché du Maos, disent que Julien Chappedelaine K^betQcoap travaillé durant la Révolution. Elles ajoutent qu'il ^ aè u diocèse de Coutances. Petit dit qu'il était né à Sept- Foods^maift noua ne trouvons point de localité de ce nom dans * diocèse de Coutances. Il mourut curé de Blèves en 1814.
a été arrêté le 22 du courant (nivôse an Vil — H janvier 4799) dans la commune de Meurcé, dans ime maison où il était réuni avec un grand nombre de fanatiques. On doit cette prise importante à im brave détachement de la garde nationale de Vivoin, qui était commandé par le citoyen Veseau (1). » On s'empressa de le faire partir pour la déportation, et un mois après il était rendu à l'ile de Ré. Les administrateurs de la Sartbe se servirent souvent pour faire des fouilles dans les maisons suspectes d'un nommé Guet fils. Cet individu était très-habile dans son métier; mais il rendait compte de ses exploits dans un style tellement dégoûtant de blasphèmes et d'expressions obscènes, qu'il est impossible d'en rien citer. Ce fut lui qui saisit chez un nommé Rochet, marchand fripier, rue de la Sarthe, deux prêtres fidèles : Pierre-René Dumur (2), vicaire à Mulsanne, et Michel Rousseau, vicaire à Montbizot. Les autorités républicaines constatèrent elles-mêmes que ce dernier, après être revenu de Rochefort, avait toujours détourné les citoyens de prendre part aux mouvements contre-révolutionnaires (3).
L'une des premières arrestations opérées dans la Sarthe, et qui eut lieu dès le commencement d'octobre 4797, fut celle de Nicolas-René Bellot, curé de Ruaudin, dont nous avons parlé plusieurs fois. Après avoir donné dans les écarts que nous avons fait connaître, tantôt par crainte, tantôt par ambition, il s'était rétracté au Mans le 7 mars 1795, et avait été réhabilité par l'autorité compétente ; mais il s'était formé une opinion exagérée sur la promesse de soumission, et avait entrepris d'en détourner tous les prêtres par une brochure mal raisonnée et mal écrite qu'il publia alors. Malgré son peu de valeur réelle,
(1) Affiches du Mans, an VIL
(2) Né le 28 août 1760. Quoique d'une santé délicate , il travailla avec zèle durant toute la persécution à Mulsanne, à Teloché et dans les paroisses voisines.
(3) Archives de la Sarthe.
DURANT LA RÉVOLUTION. 4«i
■ elle fixa l'attention des révolutionnaires sur lui, et dès les I premiers jours de la réaction il fut saisi et condamné à la déportation. 11 fut conduit à Rochefort, mais parvint à s'évader. On arrêta en même temps un ecclésiastique connu dans le pays sous le nom de Grand-Julien. Il était étranger an diocèse, et il y vint probablement à la suite de l'armée fendéenne. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il travaillait très-activement, et que l'on trouva sur lui des pouvoirs h lui accordés par l'évêque du Mans, François de JoufiFroy- Gonssans. Bazin ne manqua pas de célébrer cette prise comme un triomphe pour la République, et il ajouta ce conte absurde^ que ce prêtre fanaticpie prêchait partout la guerre civile, et qu'il bénissait les poignards pour égorger tes révolutionnaires : pauvre souvenir d'une pauvre tragédie de Joseph Chéniér. Quelques jours après, le folliculaire bonnet-rouge publiait une nouvelle pour laijuelle il pouvait réclamer la gloire de l'invention. Un ecclésiastique nommé Le Breton, disait-il, était venu exercer le saint ministère dans la paroisse de Cérans, paroisse connue pour ses principes. Ce prêtre, ajoutait-il, rebaptisait les enfants déjà baptisés par les ecclésiastiques schismatiques, et avant de leur conférer le sacrement de la régénération, il les suspendait par les pieds pour leur faire rendre le républicanisme qu'ils avaient puisé dans leur premier baptême. Qui pourrait penser que ces misérables bouffonneries trouvaient des esprit assez naïfs pour les propager, et même pour les croire? Le fait est qu'elles aidèrent puissamment à la réaction contre TÉglise.
On se servit avec la même bonne foi d'un crime dont les auteurs sont restés inconnus pour échauffer encore les r passions révolutionnaires déjà trop excitées. Le 21 brumaire an VI (samedi 11 novembre 1797), à huit heures et demie du soir, Antoine Maguin, commissaire du directoire exécutif près l'administration du département de la Sarthe, ancien curé intrus de la Couture, en sortant de la salle de spectacle, dans la rue de la Barillerie, reçut un coup de poignard dans la poitrine, et alla tomber à deux cents pas
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plus loin en poussant des cris affreux. Les assassins, au nombre de deux ou trois, s'enfuirent en tirant im coup de pistolet. La victime fut relevée par des gens qui arrêtèrent un homme occupé à lui dérober sa montre. La fuite des assassins avait été si prompte, qu'il ne fut possible ni de les arrêter, ni de les reconnaître. Le lendemain, plusieurs hommes portèrent dans toutes les rues du Mans le cadavre de la victime assis dans im fauteuil et nu jusqu'à la ceinture ; sa chemise ensanglantée reposait sur ses genoux. Ce triste et répugnant spectacle, destiné à exciter le ressentiment de la population contre les auteurs présumés du crime, souleva en effet Thorreur pour l'assassinat et en même temps le dégoût pour cette affreuse exhibition. Le même jour, à trois heures, tous les corps constitués et militaires, réunis au département, lui rendirent les honneurs funèbres avec la pompe possible en dehors de toute intervention religieuse. Deux ou trois généraux assistaient à la fête. Toute la musique du régiment et de la ville y prit part. Dix jours après Tadministration centrale envoya une proclamation aux communes du département relative à ce fait : on y remarque cette phrase qui suffit pour faire connaître ses intentions : a 0 vous, lâches sicaires du fanatisme et de la royauté, que pouviez- vous reprocher à ce fonctionnaire? » On ordonna des recherches minutieuses, qui n'aboutirent à aucune découverte. L'administration centrale voulait faire retomber ce crime sur les prêtres et les royahstes. Pierre Renouard n'hésite pas à l'attribuer au chevalier de Bolbène, connu parmi les chouans sous le nom de Paraouski; mais il n'allègue aucune preuve; et Pesche lui-même déclare que c'est là une assertion téméraire. Le directoire, au contraire, fit peser le poids de cette odieuse accusation sur les anarchistes ; et se croyant attaqué dans la personne de son représentant, il donna une importance exagérée à cette affaire. Il écrivit une lettre de condoléance à la femme qui avait eu Timpudeur d'associer son sort à celui de l'ancien curé, et le 27 brumaire, il rendit un arrêté ordonnant, a que les ministi*es de la justice et de la
police générale se concerteront pour faire poursuivre avec lapins grande activité les provocateurs, auteurs, fauteurs et complices de l'assassinat du citoyen Maguin, pour accélérer leur jugement; que Tun et l'autre ministre lui rendront compte, de cinq en cinq jours, de l'état et du résultat des recherches, poursuites et procédures; que l^administration départementale proposera ses vues sur les moyens de venir au secours de la veuve Maguin. » On fit seize arrestations; les prévenus furent envoyés à Paris, et tous rendus à la liberté après une minutieuse enquête. Si tel est le résultat obtenu dans le temps, aujourd'hui toute désignation serait téméraire (1). Ce qu'il y a de certain, c'est que Maguin, avec des manières douces et insinuantes, s'était montré le persécuteur acharné de tout ce qui appartenait au clergé, à la noblesse et à l'émigration. Il s'était fait beaucoup d'ennemis dans Ifê divers camps, parce que sa conduite n'était pas franche, et parce qu'il s'était attaché à poursuivre des personnes tout à fait inoffensives, même de simples femmes sans action et sans influence. Depuis sa complète apostasie, il occupa d'abord une place h la distribution des blés, et fmiiie à la municipalité, et enfin au département. Une ÔToonstance contribua beaucoup à augmenter la terreur dans hi ville du Mans : on ne parlait que des assassinats commis dans lescampagnes; mais il n'y en avait pas encore eo dans la ville; et celui-là, perpétré dans une rue très- ^uentée9 par des hommes qui annonçaient une audace incroyable à braver tous les périls, fit que beaucoup redoutent un sort semblable pour eux-mêmes.
A l'attitude que prit l'administration centrale de la Stfftie, au langage de ses proclamations dans les jours <pi suivirent ce triste événeinent, on put croire au retour ^Robespierre et du comité de salut public. Gonune on
(1) Nous avons interrogé deux des hommes le plus avancés du pvti démagogiqne; et tons les deux nous ont donné des indicaUons
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était résolu de se servir de tous les prétextes pour persécuter les prêtres fidèles, cinq jours seulement après on fit partir dès sept heures du matin cinq prêtres catholiques, et trois émigrés qui se trouvaient dans les prisons du Mans, et avec une forte escorte on les dirigea vers Rochefort, pour être ensuite déportés à la Guyane. Dans leur nombre était le prêtre Grand-JuUen, contre lequel les ennemis de TÉglise montraient un acharnement tout particulier. Peu de temps après les administrateurs du département de la Mayenne firent aussi partir successivement les prêtres cathoUques que leur âge ou leurs infirmités notoires n'exemptaient pas de la déportation. La manière de faire voyager ces victimes de la plus odieuse tyrannie était conforme au but que Ton se proposait, de les faire mourir sans employer la hache du bourreau : ils marchaient à pied, et on les conduisait de brigade en brigade, liés et garrottés comme des malfaiteurs. Ceux qui partirent de Laval furent dirigés d'abord sur le Mans, pour être réunis aux ecclésiastiques de la Sarthe condamnés à la même peine. Us ne mettaient pas moins d'un mois ou six semaines pour parvenir jusqu'à Rochefort.
En arrivant au terme de ce pénible itinéraire, les malheureuses victimes de la persécution voyaient s'ouvTir devant elles les horizons insondables d'un avenir rempli de périls et de souffrances. On les destinait à la déportation dans les déserts de la Guyane ; et en attendant on les mit en dépôt dans les lies de Ré ou d'Oléron ; plusieurs restèrent à Rochefort. Quelques-uns furent embarqués sur deux vaisseaux que l'on destinait à les transporter au delà de l'Océan; mais depuis la capture de la Vaillante par les Anglais, on n'osa plus entreprendre le voyage ; et les infortunés prêtres avec leurs compagnons restèrent exposés au sort le plus cruel dans ces prisons flottantes. C'était surtout contre les ecclésiastiques que la haine des révolntionnaires s'exerçait : les hommes de 4794 avaient disparu; car dans leurs querelles intestines les révolutionnaires se dévoraient entre eux; mais les faux principes avaient sm*vécu. Il fallait
faire triompher la Révolution sur tous les points ; il fallait par conséquent anéantir tout ce qui pouvait opposer des obstacles, et avant tout la religion catholique. On ne voulait plus verser des flots de sang comme en 1793 et 1794, parce que ce spectacle de la guillotine et des fusillades devenait dangereux pour ceux qui l'ordonnaient; mais on parviendrait plus sûrement au même but en faisant périr tous les vrais ministres de l'Église dans un lent martyre. Si la Providence, en eflet, n'avait mis un terme aux tourments endurés par les prêtres déportés dans la rade de Rochefort, tous devaient succomber. Le traitement auquel on les soumit était le même à peu près que celui qui dévora tant de victimes durant la première période de la persécution.
Simon Guilloreau, né à Avesnes en 1751 , vicaire à Saint- Remy-du-Plain, au commencement de la Révolution, et mort curé de la même paroisse le 30 janvier 1837, avait déjà été condamné à la déportation par le tribunal de TOrne en 1793; il avait subi la dure captivité de Rambouillet ; mais il n'avait pas été conduit à Rochefort avec ses compagnons Etienne Duplain et Rémi Lelandais, dont nous avons raconté le martyre. Rendu à la liberté au commencement de 1795, il reprit sa vie laborieuse de missionnaire, aussitôt que ses forces physiques le lui permirent. Il parcourait continuellement avec un zèle infatigable plus de dix paroisses aux environs de Saint-Remy-du-Plain, comme en font foi les registres qu'il tenait avec exactitude. Arrêté de nouveau en 1798, il fut aussitôt envoyé à Rochefort avec d'autres prêtres roanceaux tous destinés à la déportation à la Guyane. Il se trouva bientôt réuni dans cette rade fiitale à soixante-sept prêtres de notre diocèse et à dix-huit cents autres amenés de toutes les parties de la France, et soumis au tnûtement le plus barbare (1). S'il était encore besoin de produire de nouvelles preuves pour démontrer que la
<i) Pièces jostiflcatives.
haine du christianisme était l'un des principaux mobiJ qui faisait agir les révolutionnaires, le long martyre i fligé aux prêtres captifs aux lies de Ré et d'Oléron sui rait pour établir cette vérité. Il n'y avait aucune solidar entre leur cause et les partis politiques; ce que Ton pov suivait en eux, c'était le caractère sacré dont ils étaL^ revêtus.
Quatre prêtres cependant qui appartenaient au dioci» du Mans parvinrent sur le lointain rivage, que le dif toire avait désigné pour servir de tombeau à ceux qp regardait comme ses ennemis. Un seul néanmoins &^ comba aux tourments qu'ils eurent tous à endurer. Ce René-PieiTe Pillon, curé de Saint-Mars-de-Ballon. Il a^ eu le malheur de prêter le serment schismatique en 1*5" et de communiquer avec les intrus ; mais il avait obéi ces circonstances à la peur pluUH qu'aux inspirations son cœur et de son esprit. Aussi dès le 4 janvier i'^ pressé par les pathétiques exhortations de Mattha Lamarre, curé de Mareil -en-Champagne, et par les reçr: sentations enflammées de Jacques-François Boutros, c^ de Saint-Germain-de-la-Coudre (1), il était rentré dan^ sein de l'Église catholique. Depuis il fit la soumissioiv le serment civil, mais avec des restrictions pleinert^ orthodoxes. Durant près de trente mois il continua (M sa paroisse un ministère très-actif et très-fructueux — zèle même l'avait rendu odieux aux meneurs du ][^révolutionnaire; dès le 22 fructidor an V (8 sept^ bre 1797) il fut dénoncé et arrêté, « parce que, dit le pro^ verbal, le bruit public l'accusait de corrompre l'opid publique. » Il comparut devant le corps municipal Ballon, où siégeaient deux prêtres apostats, et il fut enso conduit dans l'ancien évèché du Mans, transformé en p son. La charité généreuse d'une dame de la ville vint * secours du captif, qui, du reste, dut bientôt partir po
(1) Le premier est mort curé de Brûlon eo 1809, et le second cU de Bonnétable en 1822.
DURAiNT LA RÉVOLUTION. 4«7
Rûchefort. Le 12 mars J798 cent quatre- vingts ecclésiastiques furent entassés sur la frégate la Charente^ qui devait les porter à la Guyane. René Pillon était de ce nombre. La frégate resta huit jours en rade devant l'Ile de Ré. I Le 31 elle mit à la voile, mais dans la nuit du 22 au 23 elle fiit attaquée par trois vaisseaux anglais; et le combat dura près de quatre heures. Par pitié pour les prêtres exposés à périr dans le navire français, les Anglais le lais^rent comme échoué sur des rochers ; il était hors d'état de tenir la mer. Aussitôt les matelots de la Charente se jetèrent sur les effets des déportés qu'ils pillèrent ; et le curé de Saint-Mars ne put rien conserver de ce que la charité lui avait donné. Les proscrits passèrent près d'un mois dans la rade de Bordeaux, à l'embouchure de la Gironde^ devant Royan; ils y endurèrent de grandes souffrances; car outre les privations, apanage naturel de leur situation, ils étaient obligés au service continuel de la pompe, sans le secours de laquelle ils auraient été submergés. Le 24 avril la frégate la Décade vint les prendre pour les transporter à leur destination. Ce changement apporta une aggravation à leurs peines : autant le capitaine et ooe partie de l'équipage de la Charente avaient montré d'égards pour eux, autant le commandant de la Décade et ses hommes se conduisirent avec insolence et cruauté. Cette frégate mit à la voile le 25 avril 1798. Près de l'Ile [ fc Fer les déportés restèrent trois jours et trois nuits ttposés à un péril imminent de la vie, par la vanité insen- ^ du capitaine, qui s'obstina à franchir des écueils que l'on avait toujours pris grand soin d'éviter. Leur vie, du Ne, n'était guère en sûreté, même sur le bâtiment; car ils y étaient exposés à toute sorte de souffrances. Us res- ^t chaque jour quatorze heures, et quelquefois davan- ^e, renfermés dans un infect entrepont où l'air ne péné- Wt (jue par d'étroites écoutilles de trois pieds en carré, *t au nombre de deux seulement. Les hamacs dans les- <pels ces cent quatre-vingts prêtres étaient obligés de se teoir couchés une partie du temps, étaient un nouveau
sujet de souffrances pour des hommes brisés par Tâge, les infirmités et les mauvais traitements qu'ils avaient déjà endurés. L'air du réduit dans lequel on les retenait devint bientôt si fétide, que les sentinelles postées aux écoutilles en dehors demandèrent que le temps de leur faction fût abrégé. Ce ne fut que le 10 juin que la Décade amya, devant Cayenne ; et le débarquement long et pénible s'accomplit du 13 au 16. Le curé de Saint-Mars fut des derniers qui touchèrent la terre, et comme tous les autres de cette catégorie, il fut aussitôt renfermé dans la maison d'aiTêt. Les déportés jetés dans la geôle et ceux qu'on avait été obligé de conduire à l'hôpital jouissaient de la faculté de se promener durant une heure chaque jour, sur une plage de sable brûlant, et sous la surveillance inquiète de soldats, qui ne leur permettaient aucune commimication entre eux. Il leur fut facile d'en conclure qu'on leur réservait de nouvelles rigueurs. Trois semaines après leur arrivée, en effet, le commissaire du pouvoir exécutif leur signifia qu'aucun proscrit ne pourrait résider à la ville, ni dans nie, mais que tous seraient transportés à Gonanama, désert affreux habité uniquement par des animaux sauvages et des insectes venimeux. Le curé de Saint-Mars passa de la prison de Cayenne au désert de Roura, à douze lieues environ du chef-lieu. Il n'y trouva pour asile qu'un misérable carbet, cabane de branchages et de feuilles, et la terre nue pour lieu de repos. Un colon, nommé Martinot, touché de compassion pour tant de misères, offrit à René Pillon un abri moins incommode que sa hutte, et s'efforça de consoler ses douleurs; mais ces secours ne purent ranimer la constitution de notre infortuné compatriote, atteinte dans les sources môme de la vie. Au bout de trois ou quatre semaines il n'était plus reconnaissable. Les ongles se détachaient de ses doigts; ses jambes et tout son corps enflèrent, et bientôt furent couverts de pustules ; les chiques et les mariugouins ajoutaient à ces souffrances le supplice de leurs piqûres cuisantes. La peste, le scorbut et la dyssenterie vinrent abréger son
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martyre, qui dura environ six mois. René-Pierre Pillon expira à la fin de 1798, à l'âge de quarante-huit ans (i). Dans les mêmes déserts furent transportés Jean-Julien Dujarrier, âgé de quarante-trois ans, curé de Javron (2), lequel, après avoir habité Londres durant quelque temps, ne rentra dans sa paroisse qu'en mai i802 ; Pierre Leroy, âgé de trente-deux ans, prêtre domicilié au Mans, lequel fut embarqué le i"' août 1798 sur la corvette la Bayonnaise, et arriva devant la rade de Gayenne le 29 septembre ; et Augustin Becherel, âgé de quarante-cinq ans, vicaire à ViDepot, arrondissement de Châteaubriant , mais domicilié au Mans. Nous devons nommer encore François Leroux, que sa qualité d'ancien domestique de Tévêque du Mans fit regarder comme fanatique par les révolutionnaires et condamner à la déportation. Il avait cinquante ans au moment où il fut obligé de quitter la France, ^t succomba bientôt aux maux qui l'assaillirent dans les savanes pestilentielles de la Guyane.
Il est juste de faire une mention particulière de deux saintes religieuses qui supportèrent avec un courage indomptablfe ce lointain et cruel exil de la Guyane. G'étaient les mères Catherine Frémont et Anne-Renée Perrault, de la communauté de Notre-Dame de La Flèche. Résistant à de funestes exemples, cette communauté tout entière ne donna aucun gage aux innovations révolutionnaires. Durant letenaps de leur dispersion, toutes les religieuses vécurent en rapports aussi suivis que possible avec leur supérieure Marie Saullay ; mais les deux vénérables mères que nous avons nommées s'attirèrent la haine des révolutionnaires par leur zèle religieux, et eurent la gloire de confesser leur
(1) René-Pierre Pillon était né à Laval , paroisse de la Trinité , le 30 juin 1750. 11 servit dans la cavalerie durant quelque temps, étudia la théologie au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, et fut ordonné prêtre le 24 septembre 1774. 11 fut vicaire à Bazougers, prés Laval, et devint curé de Saint-Màrs-sous-Ballon le 7 novembre 1781. il était doué d'une intelligence remarquable.
(i) 11 u*occupait cette cure que depuis le mois de juin 1789.
attachement à la foi devaut les persécuteurs. Obligées de se retirer chez leurs parents, Catherine Frémont, à Angers, et Renée Perrault, à Cherré, près de Château-Neuf, elles furent inquiétées par les autorités locales qui voulaient les contraindre à prêter le serment, probablement celui de liberté-égalité, et à quitter les habits de la religion. Sur leur refus elles furent conduites devant la commission militaire d'Angers et condamnées à mort ; mais après un long séjour en prison, leur peine fut commuée en la dé- ^ portation. Elles furent conduites enchaînées Tune à l'autre jusqu'à Lorient. Leurs conducteurs n'oublièrent rien de ce que la haine excitée par l'impiété peuvent faire souffrir à des femmes faibles et délicates, et par toutes les habitudes de leur vie, étrangères aux procédés de grossiers soudards. Durant toute la route on les renferma chaque nuit dans des toits à porcs, où on leur jetait avec insulte un morceau de pain pour sustenter leur fragile existence. Elles n'eurent guère moins à souffrir sur le vaisseau qui les transporta au delà de l'Océan. Arrivées à la Guyane, elles eurent le bonheur de rencontrer un charitable protecteur en la personne d'un colon qui obtint de les recevoir chez lui, et qui même par ses pressantes sollicitations fit hâter leur retour en France, dès que l'orage se fut un peu calmé. Leur rentrée dans la patrie ne fut point accompagnée de scènes fâcheuses ; elles voyageaient sous la surveillance de la police, et on leur donnait des billets de logement à chaque étape, pour être reçues chez les particuliers. Aussitôt que les épouses du Christ purent se réunir en communautés, ces deux ferventes religieuses sollicitèrent et obtinrent de se joindre à elles. Lorsque le cloître dans lequel elles avaient consacré leur vie à Dieu put de nouveau les recevoir, elles furent des premières à y accourir, et elles ne cessèrent de le remplir du parfum de leurs vertus jusqu'à leur dernière heure. La mère Catherine Frémont mourut le iO avril i830, à soixante-dix-sept ans, et Anne-Renée Perrault, le 9 février 1823, à l'âge de soixante-quatre ans.
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Si la Providence n'y avait mis obstacle, beaucoup d autres de nos compatriotes, prêtres, religieux, religieuses ou laïques auraient été servir de pâture aux insectes de la Guyane; non-seulement tous ceux qui furent transportés à U Rochelle, à nie de Ré ou à l'ile d'Oléron étaient destinés à ce cruel supplice ; mais les registres de la police des départements de la Sarthe et de la Mayenne l'ont connaître les noms de plusieurs autres condamnés à la déportation à la même époque^ et qui néanmoins ne quittèrent pas les prisons de Laval ou du Mans (1). Durent-ils eet adoucissement à leurs infirmités ou à la protection de qoeique ami influent? Ce qu'il y a de certain, c'est que sans quelque cause puissante l'administration ne leur aurait point épargné ces cruels tourments.
Elle se montrait surtout implacable envers les prêtres <pi, après avoir fait le serment, s'étaient réconciliés avec l*Église par une courageuse rétractation. Pierre Leroy, qui fat embarqué au mois d'août 1798, et (jui pamnt jusqu'à laGuyaoe, était l'un de ces malheureux ecclésiastiques qui avaient donné le plus de gages au parti révolutionnaire, et contre lesquels ce parti montrait alors le plus de fureur.
(l) De ce nombre étaient Etienne Guillonne ou Guilloaz, demennntàS&int-Galais ; Jacques Laigneau, à la Fallu ; Jacques Ripault, ^Orgères: les deux premiers ayant rétracté leur serment, le dernier n'en ayant fait aocan. Arrêt du 5 pluviôse an VI (19 janvier 1798).— Cîn antre arrêté da 30 nivdse an VI (19 janvier 1798) condamne à la ^rtation Jacques Gousset , prêtre réfractaire, arrêté sur le territoire d'Ahuillé.— Un troisième arrêté du 1*' frimaire an VI (21 no- ▼nnlmi797) condamne à la détention, en attendant ta déportation, i(»eph Lemarchand, prêtre réfractaire, ancien chapelain de l'hôpital <te FoQgerolles, et René Lion, ou plutôt Lioux, prêtre réfractaire de SaiDt>Calais*du-désert. — D'autres documents signalent encore *^nic ayant subi la déportation après leur rétractation, Pierre- François Coolibœuf, curé d'Ardonnay seulement depuis le 11 janvier 1790, lequel avait refusé de communicjlier avec le clergé intrus «I de livrer ses lettres de prêtrise, et s'était rétracté dès le 15 jan- ^*^84, et Lévêque, du diocèse de Lisieux, desservant de Mamers, "^^té en 1795.
Ordonné le 24 septembre i79! par l'évoque inl Sarthe, il l'ut envoyé comme vicaire à Brûlon ; r bientôt obligé de fuir devant la répulsion popul< alors curé intiois de Briosne, et montra une exaltation démagogique, qu'il devint président ministration municipale de son canton. Bien il s'engagea dans le premier bataillon de la mais étant tombé en démence, il fut congédié, die, paraît-il, ne fut pas de longue durée ; elle pécha pas du moins de devenir agent de la con Jauzé. Les sentiments de la foi n'étaient point ment étouffés dans cet homme ; en Tan V il a erreurs et agit, avec toute Fardeur dont il était cap les élections qui furent si défavorables à la dém paraît qu'il s'était réconcilié avec l'Église orthc moins il donnait asile dans sa maison à un pre Charpentier, ex-rédacteur du journal catholique Uste le Conciliateur^ et Tun des ecclésiastique Joseph Paillé plaçait le plus de confiance. Il a recueilli chez lui Pohu fils, de Saint-Célerin, lec pris part à Tinsurrection contre-révolutionna avait, dit-on, répondu d'eux au commandant m Bonnétable. Toutefois, lorsqu'il vit la persécutio mer, et leur tête mise de nouveau en danger, il r pas d'exposer la sienne, et leur procura le moye Il fut bientôt arrêté lui-même, jeté en prison au l soumis à un sort plus rigoureux encore, à la d< à Cayenne, à la grande joie des ennemis de Tl La force de son tempérament surmonta les pri^ toutes sortes auxquelles il fut soumis, et il revi Maine, lorsque la paix commença à être rendue D'autres prêtres, pour prix de leur retour catholique, eurent le lionheur de veiner leur St nombre fut Jean Hairie, ancien prieur-curé du
(1) Bazin, Chronique^ 8 pluviôse an VI.
de juin 4786 à 1787 (i). Outre le serment sohismatique (ffû prêta par faiblesse, il eut encore le malheur de livrer ses lettres de prêtrise au commencement de 1794; mais la grâce le releva bientôt, et il rétracta et déplora publiqueinent ses erreurs au prône de la messe, probablement à BrétignoUes, le 17 mai 1795, entre les mains du prieurcaré Jacques-Claude AUard, l'un des prêtres les plus dévoués durant le temps de la persécution, irrités de ce r^ur qui faisait du bruit, les persécuteurs poursuivirent avec acharnement l'ancien curé du Housseau ; à la fin une colonne mobile le découvrit près de Sept-Forges, le fouilla et trouva sur lui sa rétractation écrite et signée de sa main. Dfiit conduit à Yillenette, et y fut fusillé dans le cimetière.
Sans répandre son sang pour rachat de sa faute, Denis- Rerre Bougon, curé de Volnay depuis le mois d'août 1787, ^t néanmoins la gloire d'expier son péché d'une manière îui peut le faire ranger parmi les martyrs. Il avait eu le malheur de prêter le serment de la Constitution civile, et pbs tard celui de liberté-égalité ; mais il se rétracta pudiquement, à Coulans, le jour de Pâques, 5 avril 1795, immédiatement avant la grand'messe, entre les mains <f on ecclésiastique nommé Courgeon, curé de la Chapelle- Sûnt-Florent (Bas-Anjou) , et en présence d'un grand iiombre de personnes, non-seulement de Coulans^ mais encore de Crannes-sous-Vallon, d'Auvers-le-Hamon et de Mns. Plus tard il fit le serment de haine, mais il se rétracta aussitôt qu'il apprit que ce serment était défendu par les supérieurs ecclésiastiques. Ayant été jeté en pri- 80Q à la Visitation du Mans, il y mourut des suites des mauvais traitements qu'il endura^ et dans de grands sentiments de repentir.
(1) Us relations du martyre de Jean Hairie le désignent comme eoré du Honftseau ; mais c'est une erreur. Le Fouillé du diocèse nomme Jean Hairie comme curé du Housseau de juin 1786 àaoûtl787. A eette dernière date, Julien Salles lui succéda.
Un autre ecclésiastique nommé Julien Sorgueil, nt' Saint-Oaiais-du-Désert, et qui n'avait l'ait aucun des s ments exigés par les autorités républicaines, tomba en les mains des révolutionnaires à la fin de mars 47^ fut jeté dans la geôle du Mans, et y expira également bout de treize jours, le 3 avril, par suite des fatigues q[m avait endurées dans son pénible ministère et des mauv traitements que lui prodiguèrent les miliciens de la 4 lonne mobile qui l'arrêta.