‹ L'église du Mans durant la RévolutionChapitre 35 sur 104 · INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE

Dmande. Quel est votre nom ?

Réponse. Je me nomme Pierre-Julien Hervieu. D. Votre âge ?

A. J*ai quarante-trois ans.

D. Votre profession?

A. Prêtre catholique.

D. Où êtes-vous né ?

R. A Domfront. D. Où est votre résidence ?

R. A Ollivet, près Laval, où j'étais vicaire avant la Révolution.

D, Avez-vous obéi à la loi de la déportation ? A. Je m'y suis soumis. Je fus conduit jusqu'au port de Granville par la force armée.

D, Quand êtes- vous rentré ?

A. Au mois de septembre 1795.

A Avec qui ?

^. Tels et tels.

^. Combien étiez-vous?

^. Quatre.

û. Quel motif vous a fait rentrer?

^. Le désir de me rendre utile aux fidèles catholiques. /). Où sont ceux qui vous ont accompagné ? ^. Je l'ignore.

f). Pourquoi avez-vous des lettres de pouvoirs d'un ^^que de Bretagne ? v

. -fi. Gomme je devais passer par son diocèse, j'ignorais ^ Je n'y resterais pas quelque temps.

d). Pourquoi n'avez- vous pas obéi à la loi du i9 fruc- ^^or?

M, Le même motif (jui m'avait fait rentrer^ m'a fait *^îster.

i). Pourquoi n'avez-vous pas prêté les différents ser- ^^ents exigés par les lois ?

R. Ma conscience me le défendait.

D. Pourquoi a\îez-vous des registres de baptêmes, de mariages et de sépultures ?

R. Pour constater que les catholiques l'étaient vraiment, et satisfaisaient aux devoirs de la religion,

D. Avez-vous engagé des personnes à se présenter aux officiers publics?

R. Toujours.

Z>. Avez-vous dit la messe en présence d'attroupements de chouans, les excitant à la révolte ?

R. Jamais je ne me suis occupé que de mon ministère.

/>. Pourquoi des papiers royalistes se sont-ils trouvés là où vous avez été pris, ainsi que deux scapulairesoii étaient écrits ces mots: Vive la religion, vive le roi?

R. Je ne les croyais pas dans mes effets.

D. Où avez-vous été pris ?

R. Chez ma sœur.

Z>. Comment s'appelle-t-elle?

R. Marie Thervien.

D. Dans quelle commune ?

R. A Ollivet, où j Vtais vicaire.

On lui lut ensuite la liste des émigrés, en lui disant que cette pièce le condamnait. 11 produisit sa radiation. En effet il avait été déporté. On lui demanda depuis quel temps son nom avait été effacé de la liste. — Depuis quinze jours, répondit-il. — Cette réponse souleva un grand tumulte dans l'assemblée. — « Citoyen, s'écria Pierre Hervieu, je vous prie de m 'expliquer pourq\ioi cette pièce me cx)ndamne. Dans toutes mes réponses, je vous ai dit l'exacte vérité ; je serais désolé de sauver ma vie par un mensonge. »

Dans une éloquente plaidoirie, prononcée avec toute Ténergie d'une profonde conviction, son défenseur fit ressortir l'innocence de l'accusé, et prouva jusqu a Tévidence l'incompétence du tribunal, dans le cas où son client serait cx)upable envers la République. Ces efforts furent inutiles ; la commission prononça une sentence de mort à

neuf heures et demie du soir, après deux heures entières de délibération secrète. Nous croyons utile de reproduire le texte même du jugement.

République française, au nom du peuple français.

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