‹ L'église du Mans durant la RévolutionChapitre 41 sur 104 · DEROUTE DE L ARMÉE RÉPUBLICAINE · texte numérisé non relu

DEROUTE DE L ARMÉE RÉPUBLICAINE

Ce fut à cette époque que la déroute devint générale, chacun gagna la ville ou se dispersa dans la campagne avec précipitation ; pendant ce tems, le bataillon de Yalenciennes, ou plutôt ce qui en restoit fit sa retraite sur Beaumont-le-Vicomte ; étant dans l'impossibilité de tenir au gué de Maulny, la garde de l'Épeau composée de vétérans se rendit à la première sommation d'un foible parti de Vendéens qui les laissa en ville; la seule résistance qu'ils éprouvèrent futk Pontlieue, mais elle ne fut pas longue ; il étoit aisé aux moins clairvoyants de pénétrer la pensée de Garnicr (de Saintes) ; il jugeoit la résistance inutile et la dcffense de toute impossibilité, aussi rentra-t-il en ville avec Chabot!

Sept à huit Vendéens furent blessés au pont de Pontlieuc et tué par le canon masqué, ils tuèrent sept à huit hommes nombre desquels fut le nommé Cosme, canon ier^ qui avoit ji quelques jours auparavant de mourir à son poste; le cito} Jaillard fut tué aussi dans les allées de la chaussée de la Missi^ en ramassant des piquet des fuyai*ds; le citoyen Richefeu fut nombre des blessés.

Les jeunes gens de la réquisition qui étoient au poste ava] sur la route de La Flèche, à la première décharge des Vendée pom*suivis l'épée dans les reins, se replièrent sur le pont où furent accueillis k coups de sabre par les hussards postés au p qui vouloient les faire tenir ferme ; ne pouvant alors reculée avancer, ils se précipitèrent dans la rivière, malgré le froid e gonflement occasionné par la pluie; la terreur étoil plus forte la crainte de se noyer; cependant il n'y périt qu'un seul hom de reciiie. Quand les hussards virent ces pauvres malheui" dans l'eau, et qu'ils n'avoient plus de remparts contre les V déens, ils prirent la fuite au grand galop. L'infanterie se vojj abandonnée à elle-même, sans cavalerie, sans généraux, jet» mes et bagages pour être plus leste; chacun ne songea qu'as» reté et tout fut abandonné ; on n'avoit même pas pensé a placer chevaux de frise, ni les planches garnies de clous dans la rivi non plus qu'à repai-tir les chausse-trapesix)ur la cavalerie.

Il est à remarquer que ceux qui fuyoient du côté de la * durent leur salut à la hardiesse du nommé Renvoizé, tisscrs canon ier alors, qui eut la présence d'esprit de mettre seul le au canon masqué du retranchement en avant le pont; la traille (jue ce canon portoit arrêta un instant la mai'che de ku valerie qui enfiloit le pont et donna le tems aux républicains gagner du terrein, et de ne pas être sabrés, ou pris prison» par les Vendéens. Ce Renvoizé a été tué depuis, prés Sa J comme faisant pai'tie d'une bande de chouans.

Dès que le pont fut forcé, l'armée vendéenne se précipita î^ poursuite des fuyards, avec une ardeur incroyable, et sans les dix lieues de marche qu'ils avoient fait dans la journée \m lentit, non plus que celle forcée des jours précédents. Un presqu* incroyable, quoiqu'atesté par gens dignes de foi, c'est qi J seul Vendéen poureuivit plus de trente fuyards dans les bois Funé, en tua cinq à coups de fusil, et fit 7 prisonniers q' ramena au bourg de Pontlieue où ceux-ci payèrent leur ranç avec du vin.

L'aimée vendéenne fut plus de (juatre heures à défiler, de la tête à la queue, il y avoit plus de trois lieues de distance ; elle étoil composée de 2 à 3 mille cavaliers, 10,000 hommes d'infanterie très-intrépide. Le reste étoient des paysans et des femmes ; le tout composoit 60 h 70,000 hommes. Elle n'avoit pas de costume particulier; les plus jeunes portoient des carmagnoles, leur cocarde étoit blanche, quelques-uns n'en avoient pas ; l'écharpe ou la ceinture blanche étoit la marque distinctive des officiers supérieurs; tous portoient le panache blanc, plusieurs aux fleurs de lys, brodé en or sur le chapeau; ils n'avoient qu'un seul drapeau blanc avec des fleurs de lys, leur cavalerie n'avoit pas plus de costume; le premier fantassin assez adroit pour prendre un cheval à l'ennemi, montoit dessus, et étoit cavalier. Ils ne connoissoient pas à beaucoup près tous ceux qui les avoient suivis, ils avoient un gî*and nombre de traineurs qui ne faisoient que piller et affamer l'armée, sans jamais se battre, il est faux comme on l'avoit avancé, que femmes, enfants ou prêtres se bâtissent, ils avoient avec eux trente pièces de bons canons de bronze, des chariots, des charettes chargées de bled, une cin({uantaine de carosses remplis de femmes les suivoient; plus de cinq cents épouses des officiers étoient à cheval.

Tandis que chacun prenoit la fuite sur le Mans, Chabot, Garnier (de Saintes), les autorités constituées, les fonctionnaires publics, caissiers, receveurs, payeurs étoient partis et avoient fait emmener dans des voitures, les registres, papiei's, assignats et numéraires des caisses publiques ; acte de prudence qui sauva tous ces objets de l'enlèvement, lacération et pillage qui eussent été faits par l'armée vendéenne.

Les membres du comité de surveillance se transportèrent aux maisons d'anêt dite des Visitandines et Ursulines où étoient détenus plusieurs citoyens et citoyennes de cette conmmnc et environ, au nombre de plus de trois cents, ils ûrent lier les hommes deux à deux sur la place des Halles, pom- prendre la i-oute de Charti-es; et les femmes ne furent conduites que sur la place des Jacobins, où on les abandonna.

Deux individus (i) quelques jours auparavant proposèrent confidentiellement à Garnier, coumie mesure salutaire, de faire fusiller tant les hommes que les femmes. Garnier leur objecta que

(1) Pottier-Lamorandiôre, maire alors, et Lelée, membre du tribunal révolutioonaire.

ce serait pour ce moment de crise, une grande imprudence, que l'instant n'étoit pas favorable; et en se retournant avec horreur, il dit à deux personnes qui l'entendirent très-distinctement, voilà deux grands scélérats! de pareils monstres méritent Feiëcration de leurs concitoyens et l'indignation de la postérité.

SÉJOUR DE l'armée VENDÉENNE AU MANS.

L'armée vendéenne ne trouvant plus de résistance^ se répandit dans tous les quartiers de la commune du Mans, où la têie arriva sur les trois heures après midi du même jour, mar^ 10 décembre 1793. Elle se logea dans toutes les maisons des paLt' tlculiers, en plus ou moins grand nombre, quelques-uns <^ logèrent jusqu'à 60, 80 ou 100; partout ils demandèrent ^^ vivres, des chemises, bas, souliers, et vêtements que chacune ^ put leur refuser, dans la plus grande partie des maisons il trouvoient que des femmes, les hommes s' étant enfuis, cra d'être forcés de marcher avec eux, ainsi qu'il étoit arrivé plusieiu^s villes ; il ne restoit au Mans que des hommes foi] âgés et hors d'état d'être utiles aux Vendéens. Partout où ils rencontré des maîtres de maisons, ils n'ont pas commis de lence, mais ils n'épargnèrent pas les logements, meubles, et commestibles qu'ils trouvoient dans les maisons des offi( publics, ou dans celles 'que les propriétaires ou locataires av( évacuées ; de ce nombre furent celles du citoyen Boussiui évêque constitutionnel de la Sarthe dont l'argenterie, les o^ ments épiscopaux, provisions de bouche, vin, liqueurs, meuK^=3'< lits furent pillés et volés, ainsi que les meubles, eflets et n^aa chandises des citoyens Pottier la Morandière, du Hail, Clairsi^^ii] veuve Caillou, épicière, place du Marché, etc. On a trouvé «r^an divei*s endroits des amas de bouteilles vuides ou cassées donft ^^ liqucui's avoient été bues pendant le séjour que fit l'armée cSanf cette ville.

La maison du département, celle de la municipalité, la bili^J^o- Ihèque publique, les diflérents bureaux furent forcés, les meul>M bustes, rideaux fracassés et déchirés en lambeaux ; quelques- ^^ des Vendéens entrèrent dans le Greffe où était le dépôt des r€?^* très de baptême, maiiages et sépultures, ils les jetloient par *^ fenêtres, lorsqu'une jeune fille ou nièce du concierge du pmJ^^* leur cria que ces papiers étoient des registres publics qui con^**' toient l'état des citoyens; ils cesseront sur-le-champ, mais ^

piuie qui tomboit alors en a beaucoup gâté, il s'en est trouvé quelques uns de perdus malgré les soins que l'on aie pris pour les recueillir.

Les Vendéens las et harassés ne songèrent qu'au repos pendant U nuit du mardi 10 au mercredi 1 1 décembre, ils n'établirent iucun corps de garde, ni poste, se livrèrent au sommeil et cette nuit fut assez tranquille ainsi que le jour qui la suivit.

Le matin 11 décembre les chefs plumet et cocarde blanche en iéte, chapeau à la Henri quatre, ceinture blanche autour du corps, vêtus en carmagnoles et panthalons coulcm* chamois, paromrurent la ville, allèrent en observer toutes les issues poiu* éta- Mirdes postes, ils visitèrent aussi les écuries des pai*ticuliers, des* quelles ils firent enlever tous les chevaux, même ceux de la poste Gt des messageries. Le citoyen Roulay commandant alors la gen darmerie et demeurant me de la Sarthe, étoit très-malade d'ime blessure qu'il avoil reçue h Sablé, en combattant à la tête de sa troupe, un détachement de ramiéc vendéenne qui se rendoit k Csian ville, son cheval ainsi que les é(jui pages, trousse et pistolets rnrent trouvés dans une écurie particulière ; ceux qui s'en emparèrent voulurent savoir où il logeoit et se firent conduire de Hsrce dans sa chambre dans la quelle ils le trouvèrent entouré de sa femme et desesenfans, et quoique dans un état qui annonçait une mort prochaine, ils lui tinrent des propos très durs qu'à ptine entendoit-il, mais qui glacèrent d'eflroi sa famille affligée, ïifle crut im instant que leur projet étoit de lui ôtcr la vie; mais ^ se contentèrent de se saisir de son habit qu'ils lacérèrent en ^ présence et dont ils emportèrent les boutons et épaulettes, Ainsi que son fusil et son sabre qu'ils apperçurent dans un coin ^l'appartement et qu'on n'avoit pas pris la précaution de cac^, le citoyen Boulay mourut quelques jours après cette cruelle catastrophe.

Le matin du môme jour, le conseil de cette armée tint séance alliôtel de la Biche, place des Halles ; il étoit composé des diflé- ^ts chefs présidés par l'évêque d'Agra (i); phisieurs officiers y ^nt admis. Les colliers ayant été arrêtés, les dépêches furent ^fa et les lettres ouvertes ; le citoyen Veron, négociant, y fut •"^dé; le président après s'être assuié qu'une lettre souscrite *swinom.a un de ses correspondants à la Ferté-Bernard étoit

(1) Ce titre était usurpé; il n'y a jamais eu d'évêché de ce nom; ^^t un curé rétracté.

de lui, la lui remit, elle conlcnoit une lettre d'tfchange ; le pn dent lui dit que ne voulant nuire à personne, dans la crainte < cette lettre ne fut égarée, le conseil l'avoit fait engager de pa: pour la lui donner à lui-même ; il fut prié de faire averti citoyen Kuillé-Fontaine, qu'il en avoit pareillement une à remettre, la quelle contenoit un effet de commerce.

Le conseil qui se tint l'après midi ne fut pas si tranquile^ chefs ayant rendu compte de leiu^ coui*ses pour connoître les a vées de la ville, déclarèrent l'impossibilité d'y tenir et la né site de s'occuper de l'évacuation le plutôt possible; elle fut rec nue, mais la grande question sur la route qu'on feroit prendl'armée, fut agitée avec chaleur ; les deux partis, Tallemoii Larochejaquelin soutinrent vivement leurs prétentions re» tives : la tranquilité momentanée dont l'armée avoit joui au k depuis son arrivée, avoit exalté l'opinion du parti Tallemont; rochejaquelin et ses adhérents tenoient toujours fermes pouK passer la Loire, en décrivant un cercle plus grand par la r de Laval ; la dispute augmentant fut entendue par les sentin qui en instruisirent bientôt ceux, du dehors; les deux partis s" toient dans les caiTcfoui's, places publiques et maisons part lières ; le peu d'ordre et l'insubordination qui étoient dans ■ armée augmentèi'ent en proportion de la chaleur que che mcttoit à soutenir son oj)inion. Les chefs informés voulurenl tablir la tranquilité, menaçant et sabrant ceux qui disputoL cependant le calme parut renaître et la nuit du H au 12 fut c paisible. Les Vendéens avoient fait environ 200 prisonniers, de la garde nationale, que des jeunes gens de la réquisition les avoient renfermé à la maison des Ursules après la sortie femmes qui y étoient détenues. La sentinelle qui était à la ^ n'avait pas été relevée, on le somma de crier vive le roi, i voulut pas et fut tué k son poste; les prisonniers vêtus d'ha uniformes en furent dépouillés et leurs vêtements lacérés et lés.

Le jeudi matin ces prisonniers furent élargis aux sollicitai très pressantes de la citoyenne Durancher et de ses filles, * qui s'étoient logés quelques uns des principaux chefs et une tie de l'état- major. Elle se trouvoit en détention lors de l'entré l'armée ; et cet acte de bienfaisance avant été vu très favora ment par les autorités constituées, ils les exemptèrent de la i velle réclusion ordonnée à tous les détenus, après le retour cx)rps administratifs et membres du comité de surveillana?;

près les certificats et instances les plus pressantes de la part de ceux qui leur dévoient la vie et la liberté.

Le (onseil avoit été [trolongé dans la nuit du il au 12 et se sépara sans prendre de détermination définitive sur la route que l'armée devoit suivre ; tous étoient d'accord sur l'impossibilité de tenir au Mans; cette ville étant ouverte par sept grandes routes et beaucoup d'autres particulières^ il leur étoit impossible de la garder sans courir les plus grands risques pour eux-mêmes; ils D6se dissimuloient ni les uns ni les autres qu'il falloit l'évacuer au plus -tôt, il ne fut aucunement question de faire partir avec eux les citoyens; la proposition n'en fut faitte à personne; et qui que ce soit de la commune ne les a suivi ; on a dit seulement qu'un jeune laboureur fut forcé par eux avec sa charrette et chevaux ou bœufs de conduire leurs bagages, et que depuis on n'en a jamais entendu parler.

Les chefs avoient donné ordre de tenir les chevaux scellés et que chacun fut prêt à partir au premier son de trompette ; mais SOT les onze heures du malin, le jeudi 12 décembre, panirent fur la hauteur de Pontlieue les hussards com])osant l'avant-garde de l'armée républicaine, commandée par Wcstermaim, aloi's les Vendéens crièrent aux armes, le cri fut répété dans l'instant d'un bout de la ville à l'autre : les chefs eurent toutes les peines possibles à mettre en mouvement une partie de leur troupe ; quelques uns cependant des plus hardis, marchant en avant, réveillèrent le courage des autres. Des paysans, le fusil et le cha])eau sous chacun un bras, le chapelet aux mains, sal)ots aux pieds se trainoient bien contrariés de cet événement imprévu. Ils eussent préféré le repos de la ville au combat où on les conduisoit bien malgré eux. Plusieurs faisoient des reproches à leui"s chefs de les avoir induits en erreur et amenés au Mans dont la position et le grand nombi*e d'issues rendoient leur perte inévitable.

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