LE 9 AOUT
A l'âge de lxviii ans.
Tous les ans, dans la même paroisse, on célèbre une messe solennelle en action de grâces, de la faveur accordée par le Ciel au vénérable confesseur de la foi.
Le 5 fructidor an II (22 août 1794.) la commission révolutionnaire était établie de nouveau à Laval, et elle condamnait à mort Jean Péan, Jeanne Dupré, sa femme, et Pierre Péan, leur fils, pour avoir porté atteinte à la souveraineté du peuple, en exerçant une vertu recommandée par l'Évangile, et en retirant dans leur maison ime pauvre femme vendéenne, qui avait tout perdu. Le 14 fructidor (dimanche 34 août) les juges envoyaient à la guillotine deux royalistes du Bas-Maine; le 15, ils faisaient exécuter Jeanne Marais, âgée de trente-cpiatre ans, accusée d'avoir « propagé des principes de fanatisme. » On comprend ce que veulent exprimer ces mots : c'est-à-dire d'avoir été fidèle à l'Église catholique, et d'avoir porté d'autres personnes à suivre son exemple. Le 17 fructidor (3 septembre) la commission versait le sang de quatre jeunes royalistes; deux n'avaient que dix-sept ans. Le 21 (dimanche 7 septembre) elle envoyait à Téchafaud deux frères, l'un de dix-huit, l'autre de vingt et un ans, accusés d'avoir porté les armes contre la république. Le 21, elle livrait au bourreau deux autres royalistes; le 5 vendémiaire an \l\ (vendredi 26 septembre), elle condamnait im jeune homme; enfin le 18 (9 octobre) elle répandait le sang d'une femme de cinquante-trois ans, Jacquine Helbert, veuve Jamois. D'après le registre de la commission révolutionnaire, elle avait prononcé mille quatre-vingt-quatorze condamnations à mort. Dans ce nombre effrayant, la grande majorité n'avait mérité son sort que par son attachement à la foi catholique ou par l'exercice des vertus recommandées par l'Évangile.
A Laval après les exécutions, les cadavres étaient jetés dans des tombereaux et conduits sur les landes de la Ci'oix-Bataille, où ils étaient précipités pèle-mèle dans de vastes fosses toujours béantes. Outre les victimes de la commission militaire, les royalistes et les républicains morts dans le combat du 25 octobre 1793 avaient été inhu-
mes au même lieu. Consacré partant et de si nobles souvenirs, ce terrain demeura néanmoins durant longtemps dans un déplorable abandon. En i 8 1 5, les restes des quatorze prêtres martyrs furent exhumés; mais tant d'autres qui avaient partagé leur fin glorieuse reposèrent dans le môme oubli. Un simple écriteau avertissait seulement de ne pas enlever de sable de ce lieu-là.
Enfin, en 18^, une commission (1) se forma à Laval pôor réaliser un vœu qui était au tond de tous les cœurs et élever un oratoire à la place où reposaient ceux qui avaient sacrifié leurs vies pour la religion et la monarchie. Le conseil général vota deux mille francs ; des souscriptions volontaires firent les autres frais ; et le roi approuva. Une chapelle fut élevée au lieu présumé où avait été déposé k prince de Talmont, dont le corps devait être renfermé dans un caveau. Une messe devait y êti^e célébrée tous les ans le 25 octobre; mais la révolution de 4830 renversa ces projets ; et la chapelle à peine achevée revêtit un double caractère de tristesse et d'abandpn.
Peu de temps après la dernière exécution que nous avons mentionnée, la commission révolutionnaire, qui avait répandu tant de sang innocent, fut ignominieusement cassée. Elle fut remplacée, le 25 brumaire (15 novembre 179-4) par un tribunal criminel, qui fut organisé par Boorsault-ISlaUierbe, député de Paris à la Convention, et l'un de ceux qui contribuèrent à la pacification de nos contrées de rOuest.
(l) Elle était composée de MM. de Hercé, de Boutrey, Coquereau, ÛQcheminde VUliers, Chéthère, curé de la Trinité.