Troisième partie, t. i, p. 96 et suiv
4i8 RÉSUMÉ ET COiSCLUSION.
l'un a surtout à cœur de défendre la frontière, l'autre de faire régner la paix intérieure; l'un combat, l'autre gouverne, et tout gouvernement , quel qu'il soit, qu'il s'agisse des intérêts du ciel ou de ceux de la terre, a ses conditions communes et un certain ordre de qualités toujours requises. Tout gouvernement, même celui des âmes, est politique de sa nature. Il y faut un mélange de souplesse et de force, de hardiesse et de douceur, un art d'appuyer le droit par l'autorité et de le modérer par l'indulgence, un don de comprendre les faiblesses humaines en les dominant , qui font le vrai caractère et constituent le tempérament du politique. Ce mélange de qualités opposées se trouve réuni au plus juste point chez Basile avec toute la ferveur des vertus chrétiennes. On le reconnaît dans le mouvement de son éloquence, pleine à la fois d'entraînement et d'adresse, dans le moindre billet échappé de sa lilume courante et où ce moine, sortant du désert, sait user, comme en jouant, de tous les avantages que lui donne une naissance patricienne et une éducation litléraire ^ On le reconnaît surtout dans ces vastes institutions monastiques, charitables, hospitalières, dont il trace les règles, pose les fondements, assure la subsislance, pour qui il élève des habitations qui sont des monuments, en un mot, qu'il organise pour la suite des siècles avec les vues lointaines du législateur, et
i . Troisième partie, t. i, p. '203 et suiv.
BÉSUMÉ ET CONCLUSION. 4|9
dont il gère de son vivant les revenus en économe expert et en administrateur entendu*. Pour employer la variété de ces talents à d'autres ministères que ceux de la charité, que faudrait-il à Basile? Une étincelle d'ambition, ou un devoir qui lui fît la loi de sortir de son Église. Il y a en lui l'étoffe, et non pas seulement en puissance, mais en exercice, toutes les facultés d'un magistrat et d'un ministre; à vrai dire, ne l'est-il pas déjà? Quand il traverse ce quartier de Césarée dont il a fait la ville de l'aumône et qui gardera son nom, où s'élève l'asile de l'enfance à côté du refuge du vieillard, où l'hôtellerie du pèlerin fait face à l'hôpital du malade, distribuant ses ordres aux voituriers qui amènent les provisions de la campagne, aux manœuvres qui les préparent, aux infirmiers qui les répartissent, à toute une population de travailleurs et d'indigents qui ne vivent que par lui ou pour lui, est-ce bien l'évêque du diocèse, n'est-ce pas l'édile de la cité ou le préfet de la province qui passe?
La question qu'on peut encore faire à Césarée est résolue à Milan. Là c'est le môme homme qui sorti préfet de squ palais y rentre évêque le même jour, et transformant sa charge non moins que sa personne, fait sans scrupule comme sans déguisement de l'épiscopat la première des magistratures '^ C'est à l'école de la politique qu'Ambroise a été élevé ; c'est dans la voie