Première partie, t. ii, p
3. Première partie, t. ii, p. 92 et suiv. — Seconde partie, t. i, p. 374 •et suiv. — Troisième partie, t. ii, p. 283.
La papaulé n'a pas quitté Rome : elle s'y étend et s'y enracine chaque jour. Elle en couvre la surface de puissantes basiliques, qui portent leur faîte jusqu'au ciel et pénètrent dans les entrailles de la terre par les cryptes des catacombes. Le successeur de Pierre prend peu à peu sur le sol, comme dans les imaginations et dans les cœurs, la place que laisse vacante la désertion du successeur d'Auguste.
Suivez maintenant leurs représentants dans l'intérieur de chaque province. Le délégué impérial est un étranger de passage, inconnu jusqu'à la veille du jour où il est expédié de Byzance ou de Milan, sous l'escorte d'une légion, comme un général en pays conquis. Il loge au palais du gouvernement pour quelques nuits, comme on couche sous la tente. Il tient son mandat d'un maître éloigné que personne n'a vu. Ce maître le rappelle: il part et on l'oublie. Parfois, à la vérité, le contraire arrive. On apprend que le maître a disparu et c'est le serviteur qui demeure. Mais c'est pour changer effrontément l'objet de ses hommages et briser la statue qu'il adorait la veille. Un reste de crainte accompagne encore, mais nul respect n'environne ces agents dénués de toute importance personnelle, aussi incapables d'opposer une résistance que de prêter un appui au pouvoir qu'ils représentent, bons seulement pour obéir et trahir tour à tour, suivant le caprice du sort et le vent qui souffle : instruments qui se prêtent à tous les mouvements, jusqu'à ce qu'ils tournent
dans la main qui les tient et la blessent par surprise.
L'évêque est un enfant de la cité : c'est souvent un enfant du commun qui a grandi sous les yeux de ses compagnons de jeux ou d'étude par la vertu ou le savoir ; c'est parfois aussi le fils d'une grande famille qui a rehaussé, par le sacrifice volontaire d'un éclat extérieur, l'ineffaçable dignité de sa naissance K Mais, pauvre ou riche, obscur ou illustre, il demeure l'ami tout en devenant l'égal ou le supérieur de tous. Souvent même c'esl cette faveur publique, bruyamment constatée par une élection populaire, qui le porte au rang qu'il occupe. Une fois monté si haut, personne ne peut plus le faire descendre : une fois marié à sa ville, elle-même ne peut plus le répudier. On le bannit, il revient ; on le jette dans les fers : dès que la prison est ouverte, le voilà de nouveau debout devant l'autel, ou paisiblement assis sur son trône *. C'est là le vrai magistrat de la cité : lui seul y exerce le commandement, l'autre n'en fait que la police.
Et gardez-vous de penser que cette supériorité, chaque jour plus marquée, de l'évêque sur le magistrat impérial, soit alTaire d'appréciation morale, et résulte seulement d'un déplacement insensible d'influence. Nullement : des prérogatives de l'administration politique il en est une qu'on voit, pendant cette
i. Première partie, t. i, p. 370. — Seconde partie, t. ii,p. 355. — Troisième partie, t. i, p. 90, 256 et suiv.
2. Seconde partie, t. ii, p. 254, 467. — Troisième partie, t. i, p. 84.
période, légalement, presque matériellement, passer à révêque. H est vrai que c'est celle que nos idées modernes sont le plus choquées de trouver réunie à la qualité de préfet et de proconsul : c'est la justice. Rien, nous l'avons vu, dans toute la constitution de Rome antique n'est plus éloigné de nos habitudes, que cctie confusion de l'administrateur et du juge, qui fut acceptée, pratiquée môme, par les plus sages citoyens dans bs plus beaux jours de la liberté républicaiiae, et qui se re-trouve encore aux derniers temps de l'empire, malgré la division des services publics dont Constantin posa le premier principe ^ Le même homme inteq)rète du droit, distributeur des grâces et dépositaire de la' force; le même homme, chargé, dans les causes |)énales, de poursuivre, de prononcer et d'exécuter la sentence; le même homme autorisé, dans les causes civiles, à commenter, parfois à réformer la loi par ses édits avant de l'applitjuer aux intérêts qui en' dépendent ; le même homme enfin, juge et. partie dans les causes politiques, et pouvant sévir, à son gré, toutes les fois qu'un trouble quelconque vient inquiéter la sûreté ou blesser l'orgueil ou seulement contrarier la fantaisie du maître qu'il représente : il y a là un mélange ou plutôt un oubli de tous les droits qui nous paraît constituer l'essence môme de la tyrannie. Une telle masse d'attributions réunies sur une seule tête,