Picniière partie, t. ii, p
accable encore, même à la distance des siècles, noire imagination. L'habitude en faisait porter le poids sans murmure à la conscience du Romain. On peut croire cependant qu'il y avait des jours où le scandale d'une confusion contre nature passait les bornes. Quand le juge était le ministre amovible du farouche Néron ou de l'avare Yespasien, les plaideurs èl les accusés devaient se sentir mal à l'aise, et dans un miroir si troublé devaient avoir peine à reconnaître l'image de l'impassible justice.
Aussi quel soulagement mêlé de surprise ne dul-on pas éprouver quand en face de la basilique où siégeait le préfet, arrivant de la cour et prêt à partir pour une expédition militaire, un autre tribunal s'érigea, occupé par un modeste homme de bien, chez qui nul intérêt privé ou public ne pouvait troubler la recherche ilu droit et l'amour du vrai ! Sans doute quand saint Paul conseillait aux fidèles de soumettre leurs différends à l'arbitrage de leur évêque, il ne songeait pas à les préserver des erreurs de la justice humaine. Sa pensée était avant tout d'arrêter, par une intervention paternelle, le scandale des procès entre frères. Mais cette juridiction gracieuse et toute pacifique de l'évêque, acquiert un prix inattendu, à mesure que la juridiction armée du magistrat devient plus suspecte de servilité ou de concussion. Entre un agent révocable à volonté, toujours tenté de faire usage de sa grandeur passagère, soit pour plaire à
son souverain, soit pour remplir sa cassette privée, qui a des fils à placer dans le gouvernement, des filles à marier dans la province, et un dignitaire immuable, qui n'a personne à craindre, personne à flatter, aucun }souci de fortune à suivre ici-bas, en fait d'impartialité la comparaison parle d'elle-même, et ce n'est pas la piélo seulement ou le respect, c'est l'intérêt bien entendu qui détermine la préférence. Le tribunal de l'évêque, Yaudience épiscopale, comme on l'appelle, présente seule, au milieu de la servilité générale, quelques garanties analogues à celles que nos constitutions modernes cherchent dans l'indépendance de l'ordre judiciaire et dans la séparation des pouvoirs*.
Rien d'étonnant, dès lors, qu'avant que le siècle s'achève, ces assises volontaires, élevées dans l'Église, soient littéralement encombrées par le concours des plaideurs. Ce ne sont plus seulement quelques débats de famille ou de ménage à pacifier, ce sont toutes les questions du droit civil : les successions, les acquisitions, les obligations, les contrats, dont l'évêque, est bon gré mal gré, forcé de devenir l'arbitre. « Ils nous pressent, ils nous prient, ils nous étourdissent, ils nous torturent, s'écrie un de ces juges improvisés, fatigué lui , même de l'excès de sa popularité, pour que nous nous occupions des choses de la terre, qu'ils aiment, plutôt v que des commandements de Dieu, que nous aimons.,,