‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 109 sur 135 · Troisième partie, t. i, p. 2i; t. ii, p · texte numérisé non relu

Troisième partie, t. i, p. 2i; t. ii, p

les nouveaux législateurs de Rome . ni le droit civil, ni le droit des gens. Et ce n'est point une exception produite par la rencontre de quelques vertus sans imitateurs. C'est un exemple qui, porté à la perfection par quelques-uns, est proposé à tous, et, de loin, suivi par plusieurs; c'est une nouvelle constitution de la famille sortie toute faite de deux versets de l'Évangile.

Voilà l'opération du christianisme dans la famille. Aucune ne lui appartient plus en propre; dans aucune autre il n'a rencontré plus d'obstacles et moins d'auxiliaires; et personne que lui n'était de taille à l'accomplir. L'ancien droit pétrifiait la famille, le nouveau l'avait dissoute, l'Église seule la rétablit en la vivifiant. Une seule règle, qui nous paraît simple, mais qu'aucun législateur de l'antiquité n'aurait osé concevoir, lui suffit pour accomplir cette transformation, et sans faire renaître la crainte servile des anciens jours, bannir la licence qui en était la réaction et le correctif pire que le mal. L'indissolubilité du mariage dépose, à la naissance du contrat d'où sort la société domestique, un sentiment qui se développe avec elle et va faire le lien de tous ses membres ; c'est le respect du fort pour le < faible, fondé sur l'égalité naturelle des âmes. En imposant aux deux époux le même serment de fidélité imprescriptible, en pliant sous le même joug le jeune homme dans la plénitude de l'orgueil- viril et l'être timide qui fait en rougissant le don de lui-même, le mariage indissoluble établit entre les époux une égalité

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fondamenfale, dont le souvenir toujours présent tempère le commandement et relève l'obéissance. L'homme est tenu de respecter dans la femme une partie de luimême qu'il n'en peut plus détacher; la femme, en possession d'un droit sacré qni compense tous les sacrifices, peut garder devant son maître i|De attitude soumise sans être avilie, ou fière sans être indocile. Pais, la même limite qui défend l'honneur de la femme' contient aifôsi ses écarts, et la fixité du mariage rend au centre domestique la stabilîté qu'il avait perdue. Autour du centre rétabli les rayons déviés se rassemblent, les liens naturels se resserrent, les enfants dispersés se réunissent. La même délicatesse d'afTection, le même égard pour la faiblesse, la même appréciation de la dignité humaine que l'Église impose à l'époux se retrouveront dans le cœur du père et du fils, et viendront entourer les cheveux blancs d'hommages, et d'une tendresse éclairée le berceau de l'enfance.

Tout dépenc] donc de ce point unique, et l'indissoltd)irrté du mariage est la base sur laquelle l'Église opère la reconstitution de k famille. Mais pour faire triompher ce principe nouveau elle est seule, absolument seule, et restera longtemps telle dans le monde.

Elle a en tête la conjuration de tous les souvenirs et

de tous les préjugés, de l'orgueil viril et du caprice fé-

minin, de l'indocilité et du libertinage, souvent de f l'esprit de caste et de la raison d'État. En aucun autre \ sujet ne règne une aussi profonde et aussi longue oppo- \

siHcn entre les mœurs chrétiennes et la législation civile. Toutes les lois, même celles des empereurs chrétiens si pressés en d'aulres matières de se rapprocher, des préceptes évangéliques , ici s'en écartent obstinément. Les mêmes princes qui , dans une ferveur mal réglée de pureté morale, punissent de peines atroces l'adultère, le viol, le rapt, et introduisent sans précaution dans les codes les prohibitions canoniques des mariages consanguins S ne prononcent pas 1« nom du dirorce . On dirait qu'autour de cette insiitution consacrée tous les génies de l'État font la garde avec tou« les démons familiers au cœur de l'homme déchu. Quelqiies restrictions, timidement essayées par Constantin, disparaissent sous les règnes suivants -; et confirmée, étendue même par un j>elit-tils de Théodose, la liberté des époux de se séparer par consentement mutuel ligurerâ encore au vin'' siècle d'ans le code de Justinien. Bien plus, non-seulemieiit les princes n'interdisent pas te divorce, ils le pratiquent euxmêmes en plein cluristianflsoïe, comme si leur qualité politique les dispensait en celte matière dp leor devoii* de fidèles. jN'avons-nous pas vu», pendant que l'illustre Fabiole va pleurer au désert le tort de s'être arrachée à vingt ans aux bras d'un époux brutal, le rigide Valentinien se croire permis, pour un motif frivole.

1. Première partie, t. I, p. 301. — Troisième partie, t. II, p. 110.

2. Première partie, t. II, p. 272.— Coc/. Theod., m, t. XVI, 1. 1, et Cad. Just. nov., xxii, cli. lo-lô.

d'éloigner de son lit en même temps que du trône la mère d'un fils aimé *? Il y aura donc pendant des siècles deux types de familles en présence, l'une chrétienne, l'autre encore païenne, et si la famille chrétienne finit par dominer, ce sera par la force unique de l'instilulion divine et de la supériorité morale- Ne nous plaignons pas trop de celle longue résistance opposée par les puissances de la terre à la plus salutaire des restaurations sociales. Rien n'atteste mieux que la famille, œuvre de Dieu, n'a point à attendre des législations humaines la constitution qui doit la régir. Société primitive, c'est elle qui est le fondement des associations dérivées et secondaires qui portent le nom de peuples ou d'États : elle leur fait la loi et ne la reçoit pas. Celui qui l'a créée -^ut seul la maintenir quand elle s'ébranle ou la purifier quand elle se corrompt. Non, la flamme qui brille sur l'autel des dieux domestiques ne jaillit point du choc des éléments terrestres. L'étincelle en est descendue d'en haut; et quand la vestale infidèle la laisse périr, il faut un nouveau Promé- Ihée pour l'aller chercher dans les cieux.

Mais le bienfait du mariage purifié ne s'étend qu'à l'époux, à la femme et à l'enfant, et ce n'est pas là encore tout ce qui constitue, dans l'acception étendue du mol latin, la famille entière. Il y a au dernier rang, dans le coin le plus obscur de la demeure domestique,

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