‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 13 sur 135 · Noster autera labor pro Clcmentia Vestra ducit cxcubias · texte numérisé non relu

Noster autera labor pro Clcmentia Vestra ducit cxcubias

Personne ne peut nier qu'il faut honorer la Yicloire, puisque chacun avoue qu'il la souhaite ! Que si on ne craignait pas justement de mettre contre soi une telle puissance, au moins fallait-il respecter l'ornement du Sénat. Faites, je vous en conjure, que ce qu'enfants nous avons reçu de nos pères, vieillards nous puissions le transmettre à nos enfants. L'attachement qu'inspire l'antiquité est bien fort Où désormais prêterons-nous

serment à vos lois? Quelle religion épouvantera l'àme perfide et bannira le mensonge de ses témoignages? Tout est plein de Dieu sans doute, et aucun lieu n'est sur pour les parjures; mais c'est un frein puissant contre l'entraînement du crime que de sentir peser sur soi la force de la religion. Cet autel est le garant de la concorde de tous et de la fidélité de chacun, et rien ne donne plus de poids aux décisions de notre ordre que de paraître toutes rendues par lui sous la foi du serment. Devenue profane, la curie sera ouverte à tous les parjures. Est-ce là ce que veulent des princes placés eux-mêmes sous la sauvegarde du serment public? Mais le divin Constance, dit-on, a déjà fait la même chose. Imitons plutôt d'autres actions de ce prince, qui ne se serait pas permis une telle entreprise si un autre avant lui avait commis la même faute; car la chute de ceux qui nous ont précédés nous avertit, et le blâme qui suit un premier tort sert à nous préserver d'un

second Que Votre Éternité emprunte plutôt au même

prince d'autres exemples, qu'elle pourra plus digueniont

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mcllre en pratique. Constance n'a rien enlevé aux privilèges des vestales, il a conservé les familles nobles dans ce sacerdoce, il n'a point refusé aux cérémonies romaines le subside nécessaire Tandis que lui-même

suivait d'autres croyances, il a conservé à l'empire ses rites antiques. Chacun, en effet, a ses coutumes et son culte. L'intelligence suprême a assise à toutes les villi^s différents protecteurs : de même que les âmes sont attribuées aux hommes qui naissent, ainsi chaque nation reçoit un génie qui règle sa destinée. Puis vient l'inféièt public qui attache plus que toutes choses les hommes aux dieux. Car, toute raison étant obscure, quel meilleur moyen de connaître la Divinité que d'interroger la mémoire des peuples et de rester fidèle aux souvenirs qui ont assuré leur prospérité..? Il semble que Rome elle-même se lève devant vous et vienne vous dire : Excellents princes, pères de notre patrie, respectez la vieillesse où m'a fait parvenir le rite sacré que j'invoque. Laissez-moi mes antiques solennités : je n'eus jamais à m'en repentir... Ce culte a mis l'univers sous mes lois r e sont ces sacrifices qui ont éloigné Annibal de mes ^murailles et les Gaulois du Capitole. Ai-je vécu si longtemps pour changer dans mes vieux jours ? Quelle que soit l'innovation qu'on propose, il est trop tard, et il serait honteux de me réformer à mon âge.

« Ainsi, pour nos dieux paternels, pour les divinités indigènes, la paix est l'unique grâce que nous demandons. Il est juste de reconnaître que ce que tous

adorent ne peut être au fond qu'un seul être. Nous contemplons les mêmes astres, le même ciel nous couvre, le même univers nous enferme. Qu'importe donc par quels raisonnements cliaciin cherche la vérité? Une seule voie ne peut conduire au grand secret de la nature *. »

A sa réclamation pour la statue de la Vietoii-c, Synimaque en joignait d'autres en faveur des vestales privées de leurs revenus, des prêtres dépouillés du droit de recevoir des biens par testament, et de posséder des propriétés foncières. Il montrait, uu peu timidement (car il était toujours retenu par la crainte de blesser la foi du jeune prince), Tempiro ébranlé par les innovalions religieuses et la colère céleste se manifestant par des néaux dont la famine récemment apaisée à Rome n'était peut-être que le commencement. Il rappelait la tolérance de Valentinien, puis il ajoutait en terminant : « Que les mystères secou râbles et secrets de toutes les sectes vous favorisent, j'y consens; mais que ceux-là surtout qui protégèrent vos ancêtres, vous défendent et soient honorés par vous î Nous demandons pour la religion l'état qui a conservé l'empire à votre divin père et qui lui a donné, après un règne heureux, de légitimes successeurs. De la demeure étoilée où il vit, ce divin auteur de votre race regarde les larmes de nos prêtres, et se lient pour offensé de voir violer la cou-

1 Relat. Siim, : S. Amb., Opp , t. II, p 828 ctsiiiv.

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tume que lui-même a librement conservée. Rendez aussi à votre divin frère le service de corriger ce qui ne fut chez lui que l'effet d'un conseil étranger. Il n'a pas su qu'il déplaisait au sénat. Il est certain que notre députation a été éloignée de lui pour que le jugeaient public ne parvînt pas jusqu'à lui. Il importe à la renommée de son règne de faire disparaître ce qui ne fut point l'œuvre de sa volonté. »

C'est par ces ménagements tempérés et par ces insinuations discrètes que prolongent leurs jours les institutions vieillissantes. La foi qui transporte les montagnes et fait toutes choses nouvelles a d'autres accents. On n'allait pas tarder à les entendre.

Avec quelque secret en effet que la requête eût été remise, Ambroise, à peine de retour, en eut vent au moment où elle allait être mise en délibération. Il n'y avait pas de temps à perdre, car les dispositions du conseil impérial étaient assez favorables au rétablissement proposé. De vieux politiques, de bons mililaires, la plupart chrétiens déclarés, mais assez froids, ne voyaient pas de motifs pour accroître les embarras d'un règne naissant par un scrupule que des empereurs, fort religieux d'ailleurs, n'avaient jamais éprouvé : Grnlien avait fait, suivant eux, une provocation inutile à de dangereuses passions. L'autel de la Victoire, relégué dans un coin du Sénat, leur avait toujours fait l'effet d'un meuble incommode, mais insignifiant, et qui ne valait pas la peine d'être déplacé du moment où son absence

devait être pour quelqu'un l'objet d'un regret. Cette condescendance indifîérente indignait Ambroise plus peut-être encore qu'une hostilité ouverte, et ce sentiment éclata dans une lettre qu'il écrivit sur-le-champ au jeune empereur. Là, nul ménagement, nulle pensée réservée, nulle tentative d'équilibre entre des idées et des sentiments contradictoires. Chaque mot va au fait et porte coup. Tout un système de politique, qui consistait en deux points bien simples, la soumission absolue du monde à l'empereur, et de l'empereur à Dieu, s'y déploie dès les premières lignes.

« Tous les hommes, disait la lettre, (jui sont sous la domination romaine portent les armes pour vous autres, empereurs et princes ; vous, vous êtes la milice Ju Dieu tout-puissant et de la foi très-sainte. Car il n'y a de sûreté pour personne s'il n'adore le vrai Dieu, à savoir le Dieu des chrétiens, par qui toutes choses sont gouvernées ; lui seul est le Dieu véritable, qui veut être adoré du fond de l'âme. Les dieux des nations ne sont que des démons, dit l'Ecriture.

« Or, quiconque sert ce Dieu ne doit conserver ni dissimulation ni ménagement, mais lui consacrer tout son zèle et tout son dévouement. Que s'il n'éprouve pas ces sentiments, au moins ne doit-il prêter aucun consentement extérieur au culte des idoles et aux cérémonies des cultes profanes, car personne ne peut tromper Dieu auquel le fond des cœurs se montre à découvert... Je m'étonne donc que quelques-uns aient eu VI. , 6

l'espérance de vous voir relever les autels des dieux des gentils, et fournir de voire trésor aux sacrifices profanes... Ne laissez ici personne séduire votre jeunesse... Moi aussi, je suis d'avis qu'il faut suivre les conseils des gens d'expérience, mais le conseil de Dieu doit passer avant tout autre. S'il s'agissait d'une affaire militaiiJ, vous devriez attendre et suivre l'avis de» hommes expérimentés dans les combats. Puisqu'il s'agit ici de la religion, c'est Dieu qu'il faut écouter *... Est-ce un païen qui vous donne le conseil dont il s'agit? Ne le forcez pas à croire ce qu'il ne veut pas croire; mais qu'il vous laisse aussi à vous, empereur, la mèmr» liberté, et ne tente point de faire à un empereur la violence qu'il ne voudrait pas souffrir de lui^ Les païens eux-mêmes n'aiment pas qu'on mente à sa foi : chacun doit garder libre et sincère la conviction de son esprit. Si ceux qui vous poussent à cette décision sont chrétiens de nom, que ces vains litres ne vous fassent pas illusion. Quiconque vous donne cet avis sacrifie aux dieux, qu'il le dise ou noii...^ »

Comme conclusion de ces fortes paroles, il demandait la communication de la requête et le droit d'y répondre. « S'il s'agissait d'une cause civile, ajoutail-il, vous donneriez la parole aux deux parties. Il s'agit de la

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