Ubi tune erat Jupiter? An in ansere loquebaturî
que Camille précipita du haut de la roche Tarpéienne les Gaulois déjà triomphants, et enleva leurs étendards déjà flottants sur le Capitole. La religion ne les avait pas repoussés, le courage les a vaincus... L'Africain n'a pas trouvé la victoire au pied des aulis du Capilole, mais au cœur des bataillons d'Annibal. Pourquoi me parler toujours des exemples de nos aieux? Je hais les dieux qu'adorait Né^on^ Dois-jc regretter ces empereurs dont le règne a aussitôt fini que commencé? Est-ce pour la première fois aujourd'hui que les barbares sortent de leurs frontières? Elaient-ils chrétiens ces deux empereurs (Yalérien et Gallien), dont l'un fut traîné en captivité et l'autre laissa le monde succomber sous lui?... N'y avait-il pas, dans ces jours funestes, d'autel élevé à la Victoire? J'ai honte de mes erreurs passées, mais je ne rougis pas dans ma vieillesse de changer avec le monde enlier. 11 n'est jamais trop tard pour apprendre. Il n'y a de honte pour la vieillesse qu'à ne pas savoir se corriger. Ce qu'on loue dans les cheveux blancs, ce n'est pas le nombre des années, c'est la gravité des mœurs... J'avais jusqu'à présent cela de commun avec les barbares, que je ne connaissais pas Dieu*. Tous vos sacrifices consistent à vous asperger du sang des bêles. Ce sont les bêtes qui sont chargées de vous faire entendre la voix de Dieu. Laissez-moi chercher le mystère du
4. Quid mihi veterum exempla profertis? Odi ritus Neronnm. 2. Hoc solum commune habebam cutn Barbaris, quod Deum antea nesciebara.
70 lÀ POLITIQUE DE SAliNT AMBROISE.
eie] dans Te témoignage de Dieu qui l'a créé, et non de l'iiomme qui ne se connaît pas lui-même.... Vous dites qu'on ne peut parvenir par un seul chemin au grand secret de la nature. Ce qui est un secret pour vous, la voix de Dieu nous l'a révélé. Ce que vous cherchez à deviner, la sagesse et la vérité divines nous l'ont découvert. Vos idées n'ont donc rien de commun avec les nôtres. Vous attendez des empereurs la paix pour vos dieux : nous, nous demandons au Christ de donner la paix aux empereurs ^ »
Passant au second grief, Ambroise raille sans pitié ee culte besogneux qui veut de l'argent pour vivre et ne peut l'attendre que de la faveur d'un prince, ses fidèles ne lui oiTrant plus rien que leurs vœux ; « ces sept vestales qu'on a peine à tenir au complet pendant les rjiielques années d'un célibat à temps, malgré la pourpre qui les couvre et le cortège qui les suit. » La plaisanterie était permise dans la bouche d'un patrieÏLMi qui avait donné tout son bien aux pauvres, et dont la sœur, cachant ses attraits sous le voile, vivait de jeune et d'aumônes. Il rappelait ensuite les lois restrictives qui pesaient sur le culte chrétien lui-même, fois aggravées si récemment par le père même de l'empereur: l'interdiction d'acquérir par testament même des biens meubles, l'obligation pour le curiale entrant dans les ordres de faire abandon de ses biens à sa