‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 21 sur 135 · s. Giég. Nyss., de Deitate Filii, 0pp. t. ii, p · texte numérisé non relu

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poussèrent des soupirs à l'idée d'un nouveau et inutile déplacement. Personne ne se fit plus vivement l'interprète de ce sentiment que le vieux Grégoire, à qui Théodose songea un instant pour lui offrir la présidence du nouveau concile. Quand la proposition vint le chercher dans sa retraite de Nazianze, il en éprouva un véritable effroi. (( Moi, s'écria-t-il, retourner à une réunion d'évêques! Je n'en ai jamais vu qui ait bien fini, et qui n'ait accru les maux qu'on avait dessein d'y conjurer. Ce ne sont que contestations de préséance, et l'innocent y est accusé bien avant qu'on ait pu réprimer ou châtier le coupable. » — « J'irai bien vous voir, écrivait-il encore à un de ses amis, quand je serai sur que vous serez seul. Car, quant aux synodes et aux conciles, c'est de loin que je les salue, depuis que j'en ai connu les peines, pour ne rien dire de plus. » Puis, quand il eut appris que le concile était une affaire décidée dans la pensée de l'empereur, il prit la plume pour écrire à tous les généraux et magistrats de sa connaissance, présents à la cour, les priant de veiller, chacun pour leur part, à la bonne tenue des évêques, et de mettre ordre à leurs divisions. « Je vous supplie, disait-il au duc Modare, que de même que vous avez souvent contenu les ennemis du dehors par votre courage et votre prudence, vous fassiez maintenant sentir votre main dans nos guerres intestines, et que vous avisiez, en tant que la chose est en votre pouvoir, à faire finir en paix la réunion d'évêques qui va avoir lieu; car se réunir sans

cesse et n'apporter aucun terme à ses propres maux, mais ajouter toujours tumultes sur tumultes, c'est, vous le savez, le comble de la honte *. »

En appelant ainsi le pouvoir militaire à son aide, Grégoire exprimait une opinion commune. On était si fatigué de disputes, que l'idée de recourir à un pacificateur armé qui ferait taire tout le monde se présentait à tous les esprits. Ce fut dans ces dispositions que débarquèrent à Constantinople la plupart des évoques orthodoxes, et l'aspect que présenta, même avant sa réunion, le concile futur, ne fut pas de nature à les dissiper. Il fut tout de suite évident que la confusion serait extrême : tous les chefs de parti arrivaient avec leur monde : Eunome, avec les Anomœens; Éleuze de Cyzique, à la tête des Macédoniens; Démophile, révoque dépossédé , groupant autour de lui ce qui restait d'Ariens dans la ville. Ému de ce débordement. Théodose cherchait-il conseil auprès de son évoque à lui, le nouveau métropolitain de la capitale? Le bon Nectaire, encore magistrat la veille et très-peu versé dans la théologie, n'était guère en état de lui en donner; il en demandait au contraire lui-même à tout le monde, s'appliquant consciencieusement à apprendre ce qu'il allait être chargé d'enseigner. Dans sa détresse, il consulta même, dit un historien, l'évêque de la petite secte des Novatiens, déjà représentée à Nicée et tolérée

1. s. GnJg. Naz., Ep. cxxiv, cxxx, cxxxiii, cxxxv, cxxxvi, cLxxiir,

etc.

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depuis dans l'Église à cause de la pureté de ses doctrines sur la nalure du Verbe; et celui-ci ne sut rien imaginer de mieux que de lui conseiller, sans doute pour abréger, de remonter plus haut qu'Arius luimême et de décider les questions en litige uniquement d'après les autorités antérieures au symbole de Nicée. Tout allait donc à la dérive, et Théodose lui-même, au grand effroi des catholiques, paraissait ne plus reconnaître sa voie au milieu de ce trouble. L'inquiétude fut portée au comble dans les rangs des orthodoxes lorsqu'un avis de l'impératrice Flaccille, très-dévouée à la vraie foi, vint les informer que l'empereur, malgré ses instances, s'était décidé à accorder une entrevue à lùinome lui-môine et à recevoir de lui un document écrit. On était donc de nouveau relancé dans la mer des confessions de foi et des symboles, et les artifices d'un nouvel Eusèbe préparaient la défaillance d'un nouveau Constantin K

Il fallait frapper un coup décisif pour arrêter le ■mal à sa source. Ce fut l'évêque d'Icône, Amphiloque, qui se chargea de réveiller par un trait d'audace l;i conscience troublée de l'empereur. Il se rendit cm palais, en compagnie de quelques évoques, pour présenter ses hommages dans l'une des audiences solennelles où les personnages de distinction étaient admis à faire leur cour. Théodose siégeait sur son trône, ayant ^ à ses côtés son fils nouvellement couronné. C'était,"

i. Soc, V. 10. — Soz., MI, G.

parmi les courtisans, à qui llnlterail le cœur du père en pjodiguant les respects à l'auguste enfant. Amphiloquc , au contraire, salua Tliéodose sans paraître apercevoir Arcadius. « Vous ne voyez donc pas mon fils, dit Théodose d'un ton d'humeur. — C'est vrai, dit révoque revenant sur ses pas ; je l'oubliais : bonjour, mon enfant, » ajouta-t-il en donnant au jeune prince une légère tape sur la joue. Celte familiarité blessa l'empereur, et, se tournant vers sa garde, il ordonna de faire sortir cet insolent. Amphiloque se retournant alors et l'e regardant en face : « Vous voyez bien , Empereur, dit-il à haute voix , que vous ne pouvez soulTrir qu'on fasse injure à votre fils, et que votre courroux s'allume contre ceux qui l'outragent. Ne doutez donc pas que le Dieu de l'univers abhorre aussi ceux qui blasphèment contre son fils unique, et voyez par là ce que vous avez à faire. » Théodose rougit, se tut, et quitta la salle tout pensifs

Le résultat de ses réflexions fut bientôt connu, et Teffet dépassa peut-être le but que le saint évêque s'était proposé. Le 25 juillet un édit fut affiché dans Constantinople, interdisant à tous les hérétiques nominativement, Ariens, Eunomiens, Macédoniens, Manichéens, etc., de tenir aucune espèce d'assemhlée, ni dans les villes, ni dans les caiapagnes, ni dans les lieux publics, ni dans les lieux privés. « Si quelqu'un,

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