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un repas de famille où se passait de main en main h coupe des libations, se virent traités en suspects, bientôt en coupables. Cynégins ne répandit point de sang, bien que la loi l'eût armé du droit de prononcer la peine de mort; mais, épargnant les hommes, ce fut contre lov monuments qu'il sévit. Les temples, les sanctuaires, les oratoires où la volonté souveraine avait été méconnue, furent condamnés à tomber, et ce fut le signal d'une de ces vastes scènes de destruction et de ruine, expression matérielle de toutes les révolutions morales, dont les plus heureuses même laissent sur le sol la trace douloureuse. Dans les villes, il n'y eut pas même besoin de faire bouger un soldat. Les magistrats n'eurent qu'à lever le doigt, les populations se dressèrent, coururent au sanctuaire désigné, et en un clin d'œil n'en eurent pas laissé pierre sur pierre. Dans les campagnes, où le vieux culte gardait de paisibles, mais obstinés adhérents, de plus rudes moyens furent mis en œuvre. Douloureux spectacle, mêlé de dégoût et de pitié ; car le culte des dieux, devenu dans les grandes cités la consécration légale du crime et de la débauche, gardait souvent encore dans le calme des champs quelque chose de l'innocence chantée par les poètes. 11 fallut pénétrer le fer à la main dans l'ombre des bois sacrés, troubler pai le bruit des armes le repos des vallées où s'élevaieul des autels modestes consacrés auTi génies des forêts, de l'onde ou de la solitude. Puis, à côté et en avant des patrouilles armées, s'élançaient tumultueusement des
bandes d'un aulre genre, à l'œil ardent, à l'aspect farouche, aux vêtements noirs et déchirés, remplissant l'air de chants sinistres, enfonçant à coups redoublés les portes des sanctuaires, ou arrachant les statues des autels pour en fouler aux pieds les débris. C'étaient ces troupes de moines errants, recrutés d'ordinaire dans la lie de la population et livrés à tous les transports d'une exaltation solitaire, dont Jérôme a si vivement dépeint et Basile si sévèrement châlié les écarts. Pour des fanatiques de celte espèce, ces pieuses exécutions étaient des jours de triomphe. Dans leurs rangs, sous leur robe peut-être, que chacun pouvait encore prendre ou quitter à sa fantaisie, se glissaient d'autres passions plus honteuses et moins fières d'elles-mêmes que le faux zèle. De dix, de vingt lieues à la ronde, la cupidité s'allumait à la pensée des statues de métal précieux brisées, des pierreries et de l'or des temples jetés aux vents, jonchant la terre, et livrés au premier occupant. C'était une curée ouverte où accouraient tous les appétits. Le cadavre infect du paganisme, gisant sur le sol, attirait au loin tous les vautours*.
1. Zos., vu, 37. — Liban., de Templis non exscindendis, passirti (éd. Gothop., 1634). Le texte de Zosinie dit que Cynégius fut chargé de fermer tous les temples. Les lois antérieures à 391, et par conséqT.;eiit , les seules que Cynégius, à cette date, pût être chargé d'ajipliquer, ne ', contiennent rien de semblable. Nous croyons avoir expliqué raisonnablement d'où provient la méprise de Zosime. Beaucoup de temples furent fermés en raison ou sous prétexte des sacrifices prohibés qui y avaient eu lieu. Comme cette destruction devint générale plus tard, en vertu de la loi de 301, la confusion entre des époques si rapprocliéoa et des événements si semblables fut toute uaturolle.
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En face de ce spectacle do désolation , quelle figure faisaient les païens de haut rang, magistrats, rhéteurs, généraux, dont le nombre, bien que réduit, était encore considérable, les Libanius, les Thémislius, qui avaient entrée à la cour, siégeaient sur des tribunaux, portaientla parole dans les cérémonies officielles? Quel reten- , tissement avaient dans leurs cœurs les soupirs étouffés de leurs humbles coreligionnaires, et l'affront fait à la cause qui leur était commune? Leur douleur était amère, mais leur embarras n'était guère moins grand; car la résistance au pouvoir suprême ne faisait partie ni de leurs habitudes, ni de leurs principes, et le devoir du fort de se compromettre pour venir en aide aux faibles n'était inscrit nulle part dans les oracles du paganisme. La plupart courbèrent donc la tête en gémissant. Libanius seul, atteint par la destruction de ses temples chéris dans sa conscience de poète et d'antiquaire, plus sensible peut-être et plus sincère que sa dévotion à des divinités douteuses, crut pouvoir hasarder quelques plaintes discrètes. Trouvant là comme en toutes choses matière à déclamation, il se mit à l'œuvre pour présenter à Théodose, dans un discours trèsétudié, le tableau des violences commises en son nom, et qu'il était censé ignofer \
i. Liban., Oratio ad Theodosium pro Templis non exscindendis. L'illustre éditeur de ce document, Godefroy, nous paraît en avoir parfaitement établi la date, lï est clair qu'il a dû être composé entre les premières lois de Théodose, interdisant les sacrifices et dont il est questiou ici, et la loi de 391 qui prohibe d'une façon générale
« Celui qui vous parle, Empereur, dit-il dans un cxorde par insinuation, vous a offert souvent des conseils dont vous a\ez apprécié l'opportunité, et que vous avez jugés meilleurs que des avis contraires. Je viens aujourd'hui dans le même dessein et avec. le même espoir de vous persuader. Si je n'y réussis pas, ne me regardez pourtant pas comme l'ennemi de votre pouvoir. Souvenez-vous que vous m'avez comblé d'honneurs, et que ce serait le comble de l'ingratitude h celui qui a reçu tant de bienfaits, de ne pas aimer celui de qui il les tient. C'est le souvenir môme de ces bienfaits qui me fait un devoir de vous dire ce que je crois utile de vous faire entendre... Car comment pourrais-je témoigner ma reconnaissance à mon souverain autrement que par mes discours et par les effets que ces discours peuvent produire?
(( Beaucoup vont penser que je touche un sujet plein de péril en venant vous parler des temples et vous dire qu'il ne faudrait pas leur faire subir ce qu'on leur inflige aujourd'hui. Mais ceux qui éprouvent ces craintes ne me paraissent pas connaître voire nature; car il n'y a que les hommes maussades et colères qui, lorsqu'ils entendent des paroles qui ne leur plaisent pas, s'empressent de s'en venger. Les gens d'un naturel doux et
toutes les cérémonies extérieures du culte païen. Après cette loi, en effet, il n'y avait plus lieu à discussion, et toute la base de l'argumeiitation du discours était détruite. C'est donc à ce moment exact de notre récit que ce discours fameux doit être placé.
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humain, comme le vôtre, se bornent à ne point admettre les conseils qu'ils ne trouvent pas convenables ^ » ' Suit un assez long exposé, fait en termes fleuris, de |!'origine et de rantiquité du culte des dieux, puis de la^ tolérance plus ou moins grande que lui ont accordée les prédécesseurs clinUiens de Théodose : « Vous-même, Empereur, ajoute l'orateur en se plaçant de bonne grâce sur le terrain étroit de la légalité nouvelle, vous avez bien défendu les sacrifices, mais non l'abord des temples et l'encensement des autels. Votre loi même nous a confirmé ces droits, de telle sorte que nous avons moins de chagrin de ceux dont nous sommes privés, que de reconnaissance de ceux qui nous sont laissés... Mais ce sont ces gens vêtus de noir, d'appétit plus vorace que des éléphants, animés par la boisson, mais sachant caclier leur ivresse par une pâleur artificielle, qui, pendant que votre loi, ô Empereur, existe encore en pleine vigueur, courent aux temples, portant dans leurs mains des pierres, du bois, du feu; quelques uns, sans autres instruments que leurs mains et leurs pieds. Ce sont eux qui traitent les temples comme la proie du premier venu -, renversent les toits, détruisent les murs, jettent les statues à terre, rasent les autels; et les prêtres n'ont plus qu'à se taire ou à mourir... Un premier temple détruit, on court au second»