Liban., loc. cit., p. 6 et
2. Mysorum prœda, dit le texte : proverbe courant et plusicùra foi» employé dans les œuvres de Libanius.
puis au troisième, et on accumule ainsi trophées sur trophées, tous contraires à votre loi... Ces hommes parcourent les campagnes comme un torrent, ruinant les champs aussi bien que les temples; car, dès qu'un champ a perdu le temple qui s'élevait auprès de lui, il gît lui-même privé de lumière et de vie. Les temples. Empereur, sont l'âme des campagnes : c'est par eux que les campagnes ont commencé à se peupler de bâtiments ; c'est en eux que le laboureur place toutes ses esj)érances; c'est à eux qu'il recommande sa femme, ses lils, ses bestiaux, ses plantations et ses semences. Privé des dieux, de qui il attend le prix de son travail, il croit désormais travailler en vain... Souvent même le temple détruit ne suffit pas à ces ravisseurs : ils envahissent aussi la terre du laboureur, sous prétexte qu'elle est consacrée aux dieux, et beaucoup de gens se sont vus ainsi frustrés de leur patiimoine par ces hommes qui s'enrichissent du bien d'autrui pendant qu'ils prétendent honorer leur dieu par leurs jeûnes. Et si les pauvres dépouillés vont se plaindre au pasteur de la ville (car c'est ainsi qu'ils nomment un personnage dont l'humeur n'a rien de doux), le pasteur loue le spoliateur et renvoie les plaignants, comme s'ils étaient trop heureux encore de n'avoir pas soulîert davantage» El cependant, ô Empereur, ceux qu'on maltraite valent mieux que ceux qui les persécutent, de même que le travail vaut mieux que la paresse. Car les uns sont les abeilles, les autres les freloiis oisifs... D'ordinaire les
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brigands cherchent à se cacher, et> si vous les appelez par leur nom, ils s'indignent; mais ceux-ci se glorifient de ce qu'ils font, s'en vantent, enseignent aux ignorants à les imiter et disent qu'ils sont seuls digues de posséder la terrée »
Après la dénonciation des persécuteurs vient la justification des victimes. 11 y a quelque vivacité et une émotion sincère dans cette peinture de la surveillance de la police pénétrant jusque sous le toit du cultivateur pour y surprendre et y dénaturer les secrets de la piété domestique.
« On dit : Il n'y a point eu de sacrifice en tel lieu , soit; mais au moins, à table et dans les solennités d'un festin, on a immolé des bœufs : cela revient au même. Mais quoi? s'il n'y a point eu d'autel pour recevoir le sang de la victime, si on n'a briilé aucun de ses membres, s'il n'y a point eu d'offrandes auparavant, ni de libations ensuite, est-ce là sacrifier? Des amis se réunissent dons une campagne agréable, ils y tuent un bœuf ou un mouton, l'assaisonnent, le font rôlir, et le mangent assis par terre : violent-ils quelques lois? Quand même ils auraient fait fumer un peu d'encens et chanté pendant le festin et invoqué les dieux, sont-ils donc coupables?... Ils se sont donné rendez-vous à un jour accoutumé, dans un lieu indiqué par l'usage, et ont honoré ce jour et ce lieu par les cérémonies
1. Li'.xiii., Oral, al Theod pro TempUs, pp. 10, 13, et passim.
ET LA PERSÉCUTION DE MILAN. lOi)
qu'on leur avait dit être sans péril. Mais qu'ils aient sacrifié réellement, personne ne l'a dit, personne ne l'a entendu dire, personne ne l'a attesté, personne ne l'a cru. Il n'y a pas môme un de leurs ennemis qui puisse dire qu'il ait été témoin d'un sacrifice, ni qu'il ait vu comment la chose s'était passée ^ »
En avançant, l'orateur s'échauffait; il triomphait sans peine des inconséquences du nouveau régime; car la loi appliquée et exagérée dans les campagnes n'était pas même exécutée ni à Rome, où le pouvoir de Théodose n'était que nominal , ni même à Alexandrie, où on ménageait le vieux dieu du Nil, Sérapis, qui i menaçait, disait-on, de se venger, si on l'offensait, en I suspendant les débordements, source unique de la I fécondité du sol. Si les dieux, demandait Libanius avec ' une ironie qui ne manquait pas de logique, étaient puissants pour se défendre et bons à adorer à Rome et en Egypte, pourquoi seraient-ils ou plus endurants ou moins respectables à Antioche? Les dieux des villes moyennes et des champs étaient-ils donc moins des dieux que ceux des grandes capitales? Enhardi alors par la pensée de la puissance méprisée de ses divinités et de leur vengeance toujours menaçante, il ne craignait pas de rappeler les malheurs de la famille de Constantin, suite, d'après lui, des impiétés, des crimes et de la faiblesse de Constance ; il osait les mettre en com-