‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 27 sur 135 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

vainqueur, qui n'eût pas passé inaperçu, et Libanius lui-même, dans l'amplification qu'il a brodée sur les incidents de sa propre vie, ne mentionne pas ce trait d'héroïsme, qu'il n'eiit eu garde d'oublier parmi ses hauts faits. Tout porte donc à penser que le papier seul, et tout au plus quelques amis discrets, reçurent la confidence de cette plainte audacieuse, et ainsi s'explique qu'elle ait dormi dans l'oubli dont ne l'a tirée qu'un éilileur moderne, au lieu de voler de bouche en bouche et de se graver dans les mémoires comme l'invocation de Symmaque à l'autel de la Victoire. Ces deux pièces doivent pourtant figurer à côté l'une de l'autre au dossier du procès du paganisme : ce sont les répliques découragées des avocats lisant déjà leur sentence écrite sur le visage de leur juge. L'accent plus mâle du citoyen ' cliez Symmaque, l'art pins délicat de l'artiste chez Libanius, ne réussissent pas mieux l'un que l'autre à dissimuler cette faiblesse d'une cause qui a désespéré d'elle-même. Pour tous deux d'ailleurs, la religion qu'ils invoquent, c'est, avant tout, celle des souvenirs : sou- [ venirs de Rome ou d'Athènes, de la patrie ou de la ': poésie, de la gloire ou de l'art. L'un pleure la Fortune des Quirites chassée du Capitole, l'autre les muses d'Homère mises en fuite sur l'IIélicon. Tout dans ces complaintes est brillant, mais léger comme l'imagination, stérile comme le passé, borné comme l'histoire d'une seule littérature et d'un seul peuple. Trois choses

en sont absentes, la conscience, l'avenir et l'humanité.

108 LA SÉDITION d'aNTIOCHE

Mais si Théoclose n'entendit pas, suivant toute apparence, la plainte de Libanius, d'autres organes purent lui faire parvenir les griefs de sujets paisiljles, violemment froissés dans leurs plus chères habitudes. Des gouverneurs lui écrivirent pour savoir à quelle limite devait s'arrêter leur zèle propre, et s'ils devaient laisser libre cours à celui d'auxiliaires ardents qui ne sont jamais du goût d'aucune administration. Le préfet de rOsroène, en particulier, trouvant dans sa capitale, Kdesse, un temple magnifique, véritable musée peuplé des plus beaux objets d'art, dont les portiques étaient le rendez-vous de la compagnie élégante de la ville et où chacun venait traiter de ses affaires, s'enquit prudemment de ce qu'il avait à faire de ce monument. Il n'était pas dans la nature essentiellement modérée de Théodose de pousser du premier coup aucune résolution à l'extrême. Quand il vit que sa pensée, commentée, au degré convenable, par la sévérité officielle et la terreur populaire, était suffisamment comprise, il marqua lui-même un temps d'arrêt. Sa réponse au gouverneur fixa le point exact où il lui convenait de suspendre pour un temps la condamnation du vieux culte : « Il nous semble bon, écrivit-il, que le temple de voira ville, fréquenté de tout temps par des assemblées nombreuses, où l'on me dit qu'il y a des statues dont on peut apprécier la valeur sans reconnaître leur divinité *, reste ouvert sans obstacles... Que votre expé-

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