‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 29 sur 135 · Cod. Theod., xvi, t · texte numérisé non relu

Cod. Theod., xvi, t

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vieux Sapor. Elle était chargée de soierie?, de pierres précieuses, et traînée par des éléphants, hommage? magnifiques qu'elle venait olîrir à l'empereur de Rome. Elle se rencontrait aux portes du palais avec la députation du jeune roi d'Arménie, qui venait implorer aussC pour son pouvoir naissant l'antique protection de l'envi pire. Théodose se trouva ainsi devenu arbitre et médiateur entre les deux adolescents couronnés. Il en profila pour leur imposer une paix tout à l'avantage de rraicicu pupille de Rome, ainsi que le rétablissement de la suzeraineté romaine sur l'une au moins des provinces cédées, vingt années avant, à la Pers^e par le traité de Jovien. L'effet de cette conquête tonte pacifique dut être immense. Ainsi au Nord, au Midi, tous les maux se réparaient, tous les souvenirs fâcheux s'effaçaient. Théodose vengeait à la fois Valens et Julien. Et qu'avait-il fallu, disait-on, pour un tel changement? la foi d'un bon chrétien sachant confesser tout haut son Dieu et le servir sans respect humain. C'était là le rayon de soleil qui tout d'un coup avait dissipé tous les nuages. Théodose lui-même, dans sa modestie, n'assignait pas à son bonheur d'autre origine, et si quelques-uns autour de lui étaient disposés à faire plus d'honneur à son génie, c'était pour voir dans ce génie même une bénédiction de plus accordée par le vrai Dieu au serviteur (lu'il s'était choisi ».

i. Pacatus, Pan. TIteod., 55. — P. Orose, vu, 3i. — Liban., Or. 15, p. 419; 14,' p. 403.— MarceUin,C7t/-on.— Idac— Aurèl.Vict., Epit., 48.— Cod. Theod., xii,t. XIII, l.C. — Lcbeau, Ilist. duBas-Empire, éd.delS2i,

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Ce sentiment continuel de dépendance et de gratitude préservait Théodose de l'éblouissement de la prospérité comme de l'enivrement du souverain pouvoir. Dans le comble de grandeur où il était parvenu, son abord restait facile, sa conversation doucement enjouée, son extérieur sans faste. 11 gardait l'habitude de tout voir, presque de tout faire par lui-même. 11 dirigeait de son cabinet les envois de vivres qui assuraient les subsistances de sa capitale, et visitait en personne ses magasins. Rome même, une fois, sentit l'effet de sa prudence : dans une disette, mi convoi de blé lui fut directement envoyé de Macédoine de la part de Tempepeur, et le sénat reconnaissant décerna une statue au souverain de l'Orient. Affable envers tout le monde, il était cordial avec les amis de sa jeunesse, et ses anciens compagnons le retrouvaient tel qu'ils l'avaient connu autrefois aux camps et sous la tente. 11 aimait surtout les gens d'esprit simple et sain, qui ne cherchaient ni les détours de l'iutrigue, ni les fausses subtilités de la science ^ Dans les lois nombreuses, signées de la main de Théodose, qui portent la date de ces paisibles années, nulle trace de celte exaltation qui se trahit souvent dans

t. XXII, p. 2L — La nature des négociations engagées par Tht'odose avec la Perse ne i-essort bien clairement d'aucun de ces textes. C'est une loi du code, de Tannée 389, qui montre la suzeraineté romaine rétablie sur la province de Sophène, précédemment cédée par Jovien. Ce ne fut probablement qu'un droit de haut domaine, car la loi est adressée à un satrape qui n'était évidemment pas un fonctionnaire directement nommé par Tempereur.

1. Commuuis, solo habitu differre se cseteris putans... simplicia

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le langage hautain et illuminé de Constantin vainqueur. A la vérité, on ne retrouve pas davantage les étincelles qui jaillissaient de son génie. Tout, dans les actes de Théodose, porte l'empreinte d'un esprit prudent, maître de lui-même, marchant à pas comptés dans une voie déjà frayée, sans passion qui l'égaré, mais sans impulmn spontanée qui l'anime et sans vues originales qui le dirigent. Ce sont les traditions du passé, suivies avec intelligence et développées sans innovation. Théodose trouve la machine impériale toute montée, bien que déjà rouillée par les intempéries ou faussée par des mains maladroites. Il se place au centre, comme un habile mécanicien, dégage, restaure, assouplit tous les ressorts, mais ne se met point en peine d'en alléror l'agencement. Dans la répartition des charges publi(|iies, c'est une sévérité continue, sans excès de rigueur. Diminution des dépenses imposées aux préteurs et aux édiles pai- les devoirs de leur charge; point d'impôts nouvt^aux, maintien des anciens avec une exactitude temi)éiée par des dispenses ({u'obtiennenl l'indigence ou le travail, jamais la faveur; de loin en loin une belle maxime qui définit bien une institution déjà existante et en rappelle heureusement le but primitif. Telle est, entre autres, cette allocution adressée à un défenseur de villes : « C'est l'attribut de votre charge de vous montrer en toutes choses le père de votre peuple : ne

ingénia œque diligere, erudita mirari, sed lunoxia..., amare cives vei privato contubeiuio cognitos. (Aurèl. Victor.)

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point soulïiir que par des inscriptions indues d'impôts on écrase les paysans ni les gens des villes; résister à l'insolence des officiers, à l'avidité des juges, sans perdre le respect dû à leurs fonctions; avoir libre entrée à toute heure chez le magistral; préserver de toute exigence inique ce peuple que vous devez regarder comme composé de vos enfants. » L'institution à peine naissante ne pouvait être mieux dépeinte, ni ses devoirs mieux tracés. Théodose ne l'eût peut-êtie pas imaginée, mais peut-être aussi son fondateur, l'impérieux Valentinien, ne l'aurait pas su décrire dans ce langage à la fois paternel et patriotique \ En tout genre, la première pensée appartient rarement à Tliéodose; mais il se l'approprie heureusement, et la renouvelle par l'habi-^ leté de l'application.

Dans les rapports, chaque jour plus nombreux et plus délicats, qu'il faut organiser entre les deux lois civile et religieuse, on remarque le même mélange de décision et de discrétion. L'action d'une foi vive est partout évidente, sans choquer par aucun excès. En maintenant, en étendant même les immunités déjà accordées à l'état ecclésiastique. Théodose maintient aussi les prescriptions de Constantin qui assujettissaient les prêtres

i. Cod. Jast., I, t. 55, 1. iv. Voir aussi, pour le mélange de fermeté et de douceur de l'administration de Tliéodose: xii, t. 1, 1. 102, 106, 'ill ; ces lois restreignent les exemptions qui accablaient les curiales; XI, t. 15, 1. 2, protection accordée aux fournisseurs auxquels le fisc achète des denrées; vu, t. 1, l. !"2, contre les exactions des militaires; XI, t. 13, 1. 1, et \u, t. 13, 1. 5, sur la répartition du chrysargyre et de l'or coronaire, etc., etc.

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exeu pis à compenser leur privilège par rnbandon do leurs biens à leur curie, ou par l'entretien d'un remplaçant pour les prestations personnelles. « Nous ne libérons les clercs, dit éloquemment une loi de 383, qu'à la cond'tion qu'ils se libèrent enx-mèmes de leur patrimoinî en le méprisant; car il ne convient pas que ceux qu'enchaine laJoi divine restent attachés aux désirs des biens terrestres. » Cités en tétnoignage devant le tribunal d,i juge, les prêtres doivent échapper à la torture, mais, en cas de mensonge, ils restent exposés à l'action spéciale de faux : « car, dit le texte, ils méritent d'autant plus d'être punis, que la loi leur a témoigné plus de respect. » En revanche, de toute alTaire ecclésiastique le juge civil est soigneusement exclu. Les amnisties accordées en l'honneur des fêtes chrétiennes sont annuellement reproduites, mais restreintes à des crimes de peu d'importance : l'inceste, l'homicide, l'adultère, le cacrilége, l'empoisonnement, l'atlcnlat de lèse-majeslé, n'y participent pas. « Quel droit a le sacrilège de bénéticier des jours de sainteté, et l'incestueux d'être pardonné dans le temps de la chasteté par excellence? » Nulle exception pourtant au respect qui est dû au jour du Seigneur. Toute exécution, comme tout spectacle, sont interdits ce jour-là. Enfin un droit d'asile limité est assuré aux églises chrétiennes par une loi obscure, dont la portée est difficile à définir; mais, comme compensation sans doute et pour que la justice n'y perde rien, des restrictions sont apportées à riu\ io-

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îabilité dont avaient joui jusque-là ceux qui venaient se réfugier auprès des statues ou des images impériales. L'empereur cède à Dieu le plus beau de ses privilèges, celui de couvrir le repentir d'une ombre protectrice ^ Une autre disposition, plus curieuse par le trait de mœurs qu'elle révèle, porte aussi le même caractère de prudence dans la dévotion. Elle est relative au culte des reliques, devenu tout ensemble dans l'Kglise triomphante une coutume et un abus. Cette dévotion, si conforme à l'instinct naturel de la piété, avait été, comme celle des images, non pas interdite, mais suspectée, tant que la présence de l'idolâtrie dominante taisait repousser toute ombre de mélange dans le culte du Dieu jaloux. Depuis que le péril était devenu moindre, cette sévérité s'était relâchée, et on se précipitait sur les reliques avec un empressement souvent excessif. Tout oratoire nouvellement élevé voulait avoir sa dépouille sacrée, et on venait de loin sur le théâtre des grandes scènes de persécution acquérir un cadavre à deniers comptants. On le baptisait un peu au hasard du nom d'un saint, sans se donner la peine de constater sa véritable provenance. On l'exhumait sans refermer le cercueil avec soin. On transpoitait ensuite ces restes souvent infects à de longues distances, à travers les campagnes, pour l'édification des âmes ferventes, mais au grand scandale de specta-

1. Cod. Tlieod., xii, t. 1. 1. 104, 115; xi, t. 39, 1. 10; ix, t. 38, 1. 8; XV, t. 5, 1. 2; VIII, t. 8, 1. 3; ix, t. 44, 1. 1. — Cod. Just., ix, t. 29, 1. 2, — Appcnd. ad Cod. Tlieod. — Tillemont, Théodose, art. sy

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leurs moins dévots. L'antiquité avait fui jusqu'au nom de la mort, et caché dans l'ombre son lugubre appareil : les chrétiens, par un excès contraire, se familiarisaient jusqu'à jouer et trafiquer avec elle. Théodose met sagement un terme à ce répugnant spectacle. « Que personne, dit une loi de 386, ne transfère d'un lieu à un autre un corps déjà confié à la terre; que personne ne trouble le repos des martyrs; que personne ne fasse commerce de dépouilles. Seulement, si l'on sait en quel lieu un saint a été déposé, on est libre, pour lui rendre hommage, d'élever sur sa tombe tel bâtiment consacré qui sera jugé convenable *. »

Sur un seul point, le zèle de Théodose paraît tempéré par moins de sagesse. Dès qu'il s'agit de la pureté des mœurs privées et de la sainteté du lien conjugal, il s'anime, il s'emporte, et ses dispositions pénales, empreintes d'une ^iolence inaccoutumée, dépassent la mesure de la sévérité raisonnable et même applicable. Régulier lui-même dans ses mœurs, il est sans pitié pour les époux infidèles; il soumet l'adultère aux tortures les plus rigoureuses; il innove même en ce genre de prescriptions, et son innovation n'est pas heureuse. Ainsi la prudence de l'Église, pour préserver la pureté des affections de famille, avait proscrit les unions entre parents trop rapprochés par le sang. C'était une sage précaution dont elle se réservait elle-même de tempé-

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