Cod. Theod., ix, t
rer à son gré la rigueur. Théodose transporte cette règle, sans y apporter les mêmes ménagements, dans la loi civile; il prend à la lettre la qualification d'inceste donnée par les canons à l'union entre cousins germains, et, sous ce nom infâme, il n'interdit pas seulement ce genre d'alliance, il frappe brutalement les coupables prétendus de l'horrible peine de la mort par le feu. Les mariages entre beaux-frères et belles-sœurs, entre oncles et nièces, ne sont pas prohibés sous des menaces moins effrayantes. Ces dispositions odieuses, que l'usage ne confirma pas, avaient, dès la génération suivante, disparu du code. C'est que la chasteté était pour un Romain de l'empire comme une terre nouvellement découverte, dont, après avoir longtemps ignoré l'existence, il ne savait pas encore fixer les limites '. Des lois prescrivant aux magistrats de ne point assister trop souvent aux fêtes et aux spectacles (intention excellente, mais si contraire aux mœurs qu'elle ne pui
1. La loi proscrivant le mariage entre cousins germains ne figure pas au code 'l'héodosien ; elle est seulement mentionnée dans deux lois postérieures d'Arcadius qui la révoquent. [Cod. Theod., m, t. 12, 1. 3; Cod. Jusl., V, t. 4, 1. 19, t. 5, 1. 9); S. Ambroise, S. Augustin, Libanias, Aurèle Victor, en parlent expressément. Voir Cod. Theod., m, t. 10, 1. 1, en note, les développements ingénieux au moyen desquels Godefroy a fixé la date de cette loi à peu près à l'époque que nous racontons en ce moment. — Cod. Theod., xv, t. VII, 1. 10, t.V, 1. 2. — Aurèl. Vict., Iipit., 48 : ... Prohibuit ministeria lasciva psultrlasque commissationibus adliiberi, tantum pudori tribuens et continenti:» ut consobrinanim nuptias veluerit, tanquam sororum. Ce témoignage si explicite réfute suffisamment les calomnies de Zosime sur la conduite privée de Théodose.
118 LA SÉDITION D'ANTIOCUE
recevoir un jour d'exécution), présentent le même aspect d'ardeur et d'inexpérience.
La source de toutes ces inspirations, les unes sages, les autres péchaut par excès de zèle, mais toujours honnêtes et pieuses, était, chacun le savait, tout |>roche de l'empereur. Il les puisait dans le commerce de sa vertueuse femme Flaccille, sa consolatrice dans les jours de disgrâce, sa conseillère dans le bon usage des prospérités. Leur union, qui avait traversé tant d'épreuves, était demeurée sans nuages, et, ayant ainsi à toute heure le modèle du mariage chrétien devant les yeux. Théodose aurait voulu que tous les ménages ressemblassent au sien, et toutes les épouses à Flaccille. Ce n'était pas elle cependant qui lui conseillait l'application rigoureuse des lois pénales. Toutes les paroles qui sortaient de ses chastes lèvres ne respiraient au contraire que la douceur. Elle n'élevait la voix que pour implorer le soulagement des malheureux ou la grâce des condamnés. Rien n'égalait l'ardeur de sa charité. Siégeant aux côtés de son mari dans la pompe des cérémonies officielles, présidant avec une intelligence discrète à toutes les magnificences d'un train de ^ie royal, elle savait pourtant dérober des heures cachées pour aller au chevet des malades, sous le toit du pauvre, dans les chaumières, dans les hôpitaux, servir de ses propres mains les amis de Jésus-Christ. Aucun esclave, aucune femme de service ne l'accompagnait dans ces pieuses excursions ; c'est elle-même-
qui soulevait les infirmes sur leur couche, pansait leurs plaies, goûtait leur nourriture, leur présentait, les mets et lavait ensuite leur pauvre vaisselle, k ceux qui voulaient la détourner de ces soins vulgaires et lui disaient que pour quelques pièces d'argent d'autres s'en acquitteraient mieux qu'elle : « I/argent, répondait-elle, c'est le trésor de l'empire qui peut le distribuer; mais c'est pour le salut de l'empereur lui-même que j'offre à Dieu mon humble ministère. » Dans ses entretiens avec son époux, elle rappelait sans cesse sa pensée de l'éclat paisible de leur condition présente à l'obscurité troublée de leurs premières années. « Songez toujours, mon ami, diraitelle, à ce que vous êtes et à ce que vous avez été. Ainsi vous n'oublierez jamais ce que vous devez au Seigneur, et, pour rendre hommage à celui qui vous a donné l'empire, vous en ferez un pieux usage. » Ces paroles, dit un historien, tombant comme une rosée salutaire, fécondaient dans le cœur de son époux les germes de la vertu ^
Dans une occasion grave, ce fut à elle qu'on dut de ne pas voir rouvrir la liste de proscription si récemment fermée par la mort de Valens. Des courtisans se livrèrent, dans le palais, à des pratiques en tout semblables à celles qui avaient exaspéré les ressentiments de l'empereur hérétique : ils consultèrent des