‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 4 sur 135 · Ibid., IX, t · texte numérisé non relu

Ibid., IX, t

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donné la loi chrétienne pour embrasser, soit l'idolâtrie, soit le culte des Juifs, soit la secte des Manichéens, sera privé du droit de tester, c'est-à-dire dn droit civique par excellence. Les fauteurs d'apostasie seront châtiés corporellement^

Cette série de mesures fut couronnée pai- un ad ; d'autorité qui eut plus de retentissement que toutes les lois. Le sanctuaire le plus renommé de la capitale du monde en fut le (héâlre.

De temps immémorial, on a déjà eu occasion de le dire, s'élevait à Borne, dans la salle des délibérations du sénat, un autel dédié à la Victoire, déesse protectrice de Rome. Un jour, les sénateurs païens, en entrant dans la curie, cherchèrent des yeux ce syml)ole révélé de leur culte, pour offrir leurs dévotions accoutumées. Ils le cherchèrent vainement : un ordre venu de Milan avait fait enlever l'autel pendant la nuit. Grande fut leur j consternation. Ce n'était pas, il est vrai, la première insulte de ce genre que recevait la divinité protectrice des vieux Quirites. On se rappelait bien que Constance, dans sa visite à Rome, avait déjà exigé, avant de mettre le pied dans la curie, qu'on éloignât de ses yeux tout vestige d'idolâtrie, et il avait bien fallu condescendre à celle exigence. L'autel s'était donc voilé pour

l. Cod. Theod., xvi., t. 7, I. 3. Gutte loi, pareille dans ses dispositions à deux autres de Théodose qui la précèdent dans le Code, est attribuée à Valentinien le Jeune sous la date de 382. A cette épuque, Gratien gouvernait encore au nom de son jeune frère.

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un jour. Mais quelle dilTérence! Ce n'était alors qu'une mesure de priuleuce [)aHsagère, consentie pnr les adorateurs d\i vieux culte eux-niènies, une complaisance, une faiblesse, si l'on veut, e\pli(iuée par l'eblouissement de la présence impériale, et qu'on s'était hâté ûc. réparer par l'orce expiations dès (jue le mailre a\ait tourné ses pas ailleurs. Ici, c'était une déchéance définitive prononcée par un ordre souverain, sur lequel [lersonne n'était consulté. L'émotion lut donc extrême. En toute hâte le |)arli païen du sénat s'assend)la et décida d'envoyer une adres<e avec une dépulalion à l'empereur. La résolution lut même si prompte et le pre- . mier mouvement si vif, que les sénateurs chrétiens, hien que nombreux, se laissèrent intimider par la crainte de mécontenter l'opinion de la ville. Ils s'abstinrent de participer à la ilelibéialion, ipii lut prise à ruiianinii'é des présents. Secrètement cependant ils se rendirent chez le pa|)e Damase, pour le prier de faiie savoir à l'empereur qu'ils n'étaient pour rien dans la décision '.

1. s. Ami)., Ep. wiiot Kviri; Rclatio Sijnnnarlii, t. ii. p. 8"28-8ll. La plupart des auteurs, on racontant rot inddoiit, disent que l'autel de la Victoire détruit par Constance avait été rétabli par Julien. Nous ne voyons rien de pareil dans le texte de Syinniaque, qui dit simplement : Merito divi Constantii factuni diu non stetit. Et saint Ambroise, dans la discussion engagée deux ans plus tard devant Valentinicn le Jeune, n'aurait pas manqué de se prévaloir de ce fait, s'il avait réellement eu lieu, pour détourner un empereur chrétien d'imiter l'exemple de Julien. Nous croyons avoir mieux expliqué le fait du rétablissement de l'autel, après le départ de Constance. Il n'y avait pas eu de suppression officielle et définitive, mais simplement une mesure transitoire prise pour ménager Constance, qui, une fois parti, laissa les choseï rexjrendrc leur cours accoutumé.

Damase se chargea de leur commission, et fit diligence ; caV lorsque la dépulation arriva à Milan, conduite par l'orateur Symmaque, « des méchants, dit l'illustre orateur lui-même, nous avaient devancés, et l'audience nous fut refusée. » La résolution fut donc maintenue et complétée. Peu de jours après, une mesure plus radicale prononça la réunion au fisc des terres qui étaient consacrées à la Victoire, la destruction des privilèges des pontifes comme des vestales qui desservaient son culte. La même disposition fut étendue successivement à beaucoup d'autres établissemcnls religieux du vieux culte, qui perdirent leurs propriétés foncières et ne durent plus recevoir que des dons manuels et mobiliers*.

Qui étaient ces méchants qui avaient fermé à Symmaque la porte du palais impérial? Ce ne fut un secret pour personne. Ambroise assurément était l'un d'entre eux, sinon le seul, et sans doute ne s'en cachait pas ; car aucune marque de son crédit ne pouvait être plus éclatante. On en eut bientôt une autre, d'une nature tout opposée. La cour de Milan n'était pas, môme en Occident, la seule qui eiàt des faveurs à dispenser.

1. s. Amb., Ep. XVII, 4; Ep. xvin, 15, IG. —Coi. Theod.,\\i, t. 10, 1. 20. Cette loi n'est pas de Gratien lui-même; c'est une loi d'Honorius, faisant allusion à une loi de Gratien, qui est perdue. Si l'on prenait ce texte à la lettre, il faudrait croire que Gratien supprima d'une manière générale toutes les propriétés et tous les privilèges des pontifes païens. Nous ne pensons pas qu'une pareille supposition puisse être admise. Une loi si importante n'aurait pas disparu du Code. li s'agit donc, suivant nous, de quelques mesures particulières dont Honorius fit une règle universelle. — Symmaque, 1. 10, Ep. liv.

A laiilre extrémité du même empire, et à moitié chemin de Constantinople, vivait rimi)ératrice Justine, seconde femme de Valeiiliiiien, i\u\ n'avait pas voulu s'éloigner des lieux où un coup imprévu l'avait rendue veuve. Elle résidait habituellement à Sirmium, élevant son jeune fils et attendant avec inipalitMice le moment où l'enfant serait d'âge à exercer le pouvoir (juelJratien avait consenti à partager avec lui. Nuiurellement, une rivalilé sourde régnait entre les deux cours, et il sullisait de plaire à l'une pour encourir la disgrâce de l'aiilre. Klail-ce là le seul niutif (jui faisait incliner la conliance de Justine du côté des Ariens vaincus? Ne penchait-elle vers l'hérésie que pour prendre le contrepied de l'orthodoxie ardente de Gratien? On peut le supposer ; mais, en tout cas, il est certain que celle prédilection n'était un mystère pour personne. Quand le siège épiscopal de Sirmium vint à vaquer, les calholiquesdésignèrent presque à l'unaiiimilé pour le remplir le prêtre Anémius, dont la doctrine était sans reproche, et c'en l'ut assez pour que Justine se montrât hautement mécontente de ce choix. Les Ariens étant nombreux dans la ville, Anémius avait à craindre que son ordination ne fût troublée par quelque désordre. Aussi, bien que Sirmium fût éloigné de Milan , et que les deux villes ne fussent unies par aucun lien d'hiérarchie ecclésiastique, Anémius témoigna-l-il le désir d'être consacré par Ambroise, dont la faveur connue pouvait intimider ses ennemis. Ambroise, moins sensible à ce

témoignage de déférence que désireux de partager les périls de son ami, entreprit sans délai ce long voyage. A son arrivée, il trouva les rues pleines de monde, et l'église où il devait oflicier assiégée par une foule tumultueuse. Des huées l'accueillirent sur son passage: lfemmes sur<out, suivant l'exemple de l'impératrice, r.c montaient très- animées et éclataient en invectives contre l'évéque nouveau et son consécraleur. Une d'elles se levant au moment où Ambroise moulait à l'autel, le saisit par un pan de sa robe et essaya de le tirer du côté de ses compagnes qui l'attendaient, dit un vieux biographe, pour le déchirer. « Laissez-moi, «(iit Ambroise en se retournant sur elles et en fixant sur la foule un regard intrépide : « quelque indigne que je « sois du rang que j'occupe, il ne vous appartient pas « de porter la main sur un évêque. Prenez garde d'eii- « courir le châtiment de Dieu. » La femme épouvan'éo lâcha prise; l'assistance se tut; la cérémonie s'ache\a sans désordre, et Ambroise retourna à Milan, laissant Justine en proie à un ressentiment aussi vif qu'impuissant. Peu de jours après, la femme qui avait mis in main sur lui tomba malade et mourut. L'Occident fi; plein du renom de cette puissance nouvelle qui, i même où les faveurs impériales lui manquaient, pouvait déchaîner à son gré les rigueurs célestes ^

Gratien ne témoigna à .\mbroise aucun déplaisir de

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