‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 42 sur 135 · S. Amb., 0pp., t. II, p · texte numérisé non relu

S. Amb., 0pp., t. II, p

-iEterne rerum conditor, Noclem diemque qui régis Et temporum das tempora Ut alleves fastidium, Prœco diei jam sonat. ...

Hoc excitatus Lucifer Solvit polum caligine....

Hoc ipsa petra Ecclesiae Canente culpam diluit Surgamus ergo strenue :

Galliis jacentes excitât, Et somnolentos increpat, Gallus negantes arguit.

Ces hymnes ne sont pas les seules que l'antiquité attribue à saint

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(lu jour: « 0 Dieu créateur de tout ce qui existe, c'est (oi qui diriges le monde et qui revêts le jour de la beauté de la lumière; c'est toi qui donnes à la nuit le

< harme du sommeil... Nous te rendons grâces pour le jour qui vient de s'écouler. Nous t'olTrons nos prières pour la nuit qui descend... Que le fond de noire cœur

< hante une hymne à ta louange; que notre voix retentisse à ton honneur; que notre chaste amour s'allume pour toi; que notre pensée t'offre une sage adoration. I^t quand les ténèbres auront répandu leur voile épais, que noire foi ne connaisse pas d'ombre, et qu'elle illumine la nuit ; que notre raison ne sommeille pas, mais que, fuyant toute pensée impure, nos rêves ne nous parlent que de loi^ »

Ambroisc. Ou sait que le fameux chant du Te Deum passe généralement pour avoir la même origine. Voir, dans Doni Ceilier, les raisons qui font mettre en doute cette tradition : Histoire gi.iérale des auteurs sacrés, éd. Vives, t. v, p. 509.

la Deus Creator omnium,

Polique rector, vestiens Diem decoro lumine, Noctem soporis gratia.,,.

Grates peracto jam die Et noctis exortu jweces Vûtis, reos ut adjuves, Hymnum canentes solvimus.

Te cordis ima concinant, Te vos canora concropet, Te diligat casUis amor, Te mens adoret sobria, L't cum profunda clauserit Diem caligo noctium, Fides tenebras nesciat Et nox fide reluceat, Dormire mentem ne sinaa..,,.

Exuta sensu lubrico Te cordis alla somnienU

Celte poésie louchante, adaptée sur-le-champ à un mode antique, était répétée à pleine voix par tous les fidèles et excitait chez eux une telle ardeur d'enthousiasme, que les païens disaient qu'Ambroise avait des chants magiques pour ensorceler la foulée Parmi les voix qui s'élevaient vers le ciel avec l'accent le plus ému, Âmbroise distinguait celle d'une vieille et vénérable dame, assise auprès d'un jeune homme au front élevé et au regard de feu, qu'elle appelait son fils. L'histoire de ces deux personnages était curieuse, et, même au milieu du trouble de ces heures périlleuses, Ambroise, qui les connaissait de longue date, ne les perdait de vue ni l'un ni l'autre. La mère se nommait Monique : c'était la veuve d'un magistrat municipal de la petite ville de Tagaste en Afrique. Malgré son âge déjà avancé, elle venait de faire la traversée de la rier et un pénible voyage, pour rejoindre son fils Augustin, professeur déjà célèbre à Milan, où le païen Symmaque lui avait fait obtenir une chaire de rhétorique. Monique, en se rapprochant de ce fils chéri, ne se proposait pas seulement de venir trouver dans sa tendresse la consolation de ses vieux jours. Elle accourait surtout pour veiller sur l'âme ardente et troublée du jeune homme. Nourri par elle dans la pure foi de l'Évangile, Augustin en avait été violemment arraché, dès l'entrée de la jeunesse, par l'entraînement des sens en même temps

1. s. Amb., Ep. XXI, p. 873. Hymnorum quoque meorum carminibtis deceptiim feruat.

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que par l'inquiétude d'un esprit que la vérité simple avait peine à satisfaire. Le problème qui le tourmentait, ce n'était pas seulement quelqu'une de ces subtilités métaphysiques dont les écoles asiatiques étaient éprises : il ne songeait point à disserter sur l'essence divine, et à peser la valeur des syllabes de chacune des formules qui avaient tenté de la définir. Un doute plus pressant et plus intime pesait sur son âme. Une plus redoutable question, celle de l'origine du mal dans le monde, hantait son imagination. Comment la nature, œuvre d'un Dieu parfait, offre-t-elle au regard qui la contemple le spectacle de l'imperfection, souvent du désordre? Comment la souffrance règne-t-elle sur cette terre, qu'un Dieu bon a destinée pour la demeure de ses créatures? Comment l'âme, à peine échappée des mains d'un Dieu qui est la pureté même, se sent-elle embrasée des ardeurs désordonnées d'une concupiscence involontaire? Pourquoi, dans les sociétés humaines, tant de peines et tant de vices, et si inégalement répartis que les maux ne semblent jamais le châtiment exact et proportionnel des fautes? Cette énigme, qui avait autrefois tourmenté Job au désert, et Salomon sous 1a pourpre royale, faisait le désespoir et presque le scandale du jeune Africain; et les réponses simples, pratiques, par lesquelles l'Évangile calme les angoisses des consciences droites, sans contenter toutes les curiosités d'une raison ambitieuse, ne satisfaisaient point sa soif de pénétrer le fond du mystère. Le péché du premier homme ne lui

paraissait pas offrir une explication suffisante de l'entrée du mal dans le monde, non plus que la grâce du nouvel Adam une arme suffisante pour s'en défendre. Une doctrine, née dans l'extrême Orient, autrefois importée par un aventurier au sein de l'Église et frappée sur-lechamp d'anathème, l'avait séduit par une singularité qui simulait la profondeur. Avec le Persan Manès, Augustin était disposé à reconnaître deux principes coéternels et contraires, dont la lutte, poursuivie sur tous les théâtres, rendait compte à ses yeux des contrastes qui éclatent à la surface du monde. Augustin consacrait à défendre et à propager ce système tout le charme d'une éloquence entraînante. Mais s'il avait gagné à une opinion avant lui mal famée plus d'un disciple, il n'avait pas réussi à y trouver lui-même la paix, ni à étouffer dans son âme un doute, constamment entretenu d'ailleurs par les ferventes objurgations de sa mère. Déjà Monique venait d'obtenir de lui qu'il suivît avec exactitude la prédication d'Ambroise, et pendant ces nuits de veille, elle avait emprunté le secours de son bras pour traverser la foule. Augustin était donc là, à ses côtés, risquant sa vie pour la foi de son enfance, qui n'était plue celle de sa jeunesse. Ambroise, que les confidences de Monique avaient initié à ces secrets domestiques, pouvait distinguer du haut de son siège, à travers l'expression également émue de la mère et du fils, la variété de leurs sentiments. A mesure que le chant ecclésiastique prenait l'accent d'une

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prière plus pénétrante, il voyait sur le visage de la mère la confiance dans le secours divin succéder à l'angoisse de l'amour maternel, tandis que les traits altérés du fils portaient l'empreinte d'une lutte douloureuse entre l'attendrissement du cœur et la rébellion de l'intelligence *.

Les jours s'écoulaient cependinit, et la cour, se lassant d'atten Ire et n'osant agir, s'avisa d'un e?:i>édient nouveau pour sortir de l'embarras où elle s'était mise. Le tribun Dalmace vint chercher Ambroise dans l'église, et le pria poliment de se rendre au palais pour s'expliquer avec l'évêque schismatique, en présence de l'empereur. L'empereur, lui dit-il, ne prétendait pas décider lui-même une question qui touchait au dogme. Chaque partie nommerait des arbitres qui prononceraient en commun. Il ajouta que le choix d'Auxence était déjà fait. 11 avait eu le bon goût de désigner des personnes étrangères aux querelles religieuses, et dont l'impartialité, par conséquent, ne pouvait être suspectée. Effectivement, c'étaient quatre païens auxquels était joint un nouveau converti, à peine catéchumène. Qu'Ambroise en fît autant, ajouta Dalmace, et tout finirait de bon accord, au grand profit de l'Église et de Il paix publique ^

1. s. Aiig., Conf., IX, 7; et pour les détails antérieurs et si connus de la vie de saint Augustin, consulter les livres précédents du môme \ ouvrage. V

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