S. Amb., Ep. x\i, p
L'artifice était grossier et en même temps tniliissait îe retour d'une incertitude qui n'était pas faite pour décourager Ambroise. Sa réponse ne fut pas longue à méditer. Les prétendus juges impartiaux d'Auxence n'étaient que des juges incompétents. Au nom de tout le clergé rassemblé autour de lui et auquel s'étaient joints plusieurs évêquos de la province, Ambroise déclara dans une lettre à l'empereur que jamais évêqiie n'accepterait, en pareille matière, la juridiction des laïques. « C'est votre père, lui disait-il, qui a établi cette maxime par une loi expresse : ce n'est point vous offenser que de l'invoquer. Qui est-ce qui vous manque d'égards, de celui qui veut vous faire ressembler à votre père, ou de celui qui vous écarte de ses exemples?... Vieillissez seulement, et vous verrez ce que vous penserez vous-même de l'évèque qui consent à se soumettre à un lai(|ue... Que si pourtant Auxence veut des juges, qu'il vienne dans l'église, qu'il parle au peuple, et que le peuple suive celui de nous deux qu'il préfère. Je ne lui envie pas ceux qui le suivront... Non, la per.-onne d' Ambroise n'a pas assez de valeur pour qu'en bon nom on sacrifie le droit du sacerdoce : une seule vie n'a pas assez de prix pour qu'on lui immole la dignité de tous. Supportez, je vous prie, ô Empereur ! disait-il avec fierté en terminant, que je ne vienne pas vous trouver dans votre consistoire. C'est un lieu où je ne suis point habitué d'aller, excepté quand il s'agit de vos intérêts : je ne puis accepter
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une discussion dans le palais, moi qui ne connais ni ne recherche le secret de ce genre de demeures K »
Celte lettre à peine envoyée, Ambroise montait sur les degrés de l'autel, et sentant qu'il avait cause gagnée, parlait celte fois au peuple sans ambages. Il reprenait toute la persécution dès l'origine, qualifiant tout haut les actes et les personnes, traduisant Auxence luimême, par son nom, au tribunal de l'opinion chrétienne indignée. « N'ayez pas de peur, disait-il, mes amis, je ne vous quitterai pas, du moins volontairement... Je puis soupirer, gémir, pleurer,... car les pleurs sont les armes véritables du prêtre, et je ne puis ni ne dois résister que par mes larmes; mais fuir et quitter mon Église, c'est ce qu'on ne me verra pas faire... Je me soumets aux empereurs, je ne leur cède pas^.. L'honneur de l'empereur ne souffre pas de ce langage, car quel plus grand honneur pour un empereur que d'être le fils de l'Église? L'empereur est dans l'Église, non au dessus d'elle. Voilà ce que nous disons avec humilité, et ce que nous soutiendrons avec fermetés »
1. IbiiL, p. 863. Ego in consistorio nisi pro te stare non didici, et întra palatium certare non possum, qui palatii sécréta nec qusero nec novi.
2. Ibid., p. 864. Quid turbamini? Volens nunquam vos deseram... Dolere potcro, potero flere, pottro gemere... talia enim munimenta sacerdotis; aliter nec debeo, nec possum resistere. Fugere autem et relinquere Ecclesiam meam non soleo... Scitis etvosipsi, quod imperatoribus solcam déferre, non cedere.
3. Ibkl.,p. 873. Impcrator intra Ecclesiam, non supra Ecclesiam est... Hœc ut humiliter dicimus, ita constanter exponimus.
Fières paroles, résumé énergique de toute une pensée politique, concise expression de toute une révolution accomplie. Elle avait donc atteint toute sa croissance et passait désormais sa tête au-dessus de la majesté impériale, cette puissance de l'Église, longtemps renfermée dans le domaine intime de la con- «^cience, mais qui en sortait aujourd'hui pour élever jusqu'au ciel ses monuments et couvrir le sol de ses cités afîrancliies de tout joug humain. Elle avait ses basiliques à elle, demeures royales justement nommées, symboles en même temps que sanctuaires de l'indépendance de sa souveraineté.
Une idée hardiment conçue et encore plus hardiment exécutée acheva de faire ressortir vivement à tous les yeux cette pleine indépendance du domaine ecclésiastique. La basilique, théâtre de cette longue lutte, était récemment construite et n'était pas complètement consacrée. Plusieurs des rites prescrits n'avaient pas encore été accomplis. Ambroise, pour montrer qu'il était résolu à ne jamais abandonner son terrain, s'imagina de procéder immédiatement à l'achèvement des formalités qui manquaient. Le peuple saisit avidement cette pensée : « Que rien n'y manque, s'écriat-on de toutes parts: faites comme vous avez fait pour la basilique romaine. » — « Soit, répondit Ambroise : mais il me faut les reliques de quelques martyrs à placer sous l'autel. » Il indiqua alors que, d'après des indices à lui connus, on devait trouver en un certain
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lieu de la ville, près du sanctuaire de saint Félix, les restes de deux frères, Gervais et Protais, qui avaient péri dans la persécution de Dioclétrcn. Aussitôt la foule, *e levant en masse, se précipita vers le lieu désigné. Elle traversa les quartiers des soldats, entraînant après elle les prêtres, beaucoup moins résolus qu'elle, qui lui prêtaient leur ministère en tremblant*. Sur le terrain indiqué par Ambroise, on commença une fouille, au milieu du silence universel. La pioche ne tarda pas à heurter contre un cercueil, qu'on ouvrit, et qui se trouva renicrmer, couchés l'un à côté de l'autre, deux cadavres d'une grandeur inudtée, les membres en général bien conservés, la tête séparée du tronc et portant toutes les traces d'un supplice sanglant. La translation de ces restes mortels, à l'église, fut ordonnée pour le lendemain, et la cérémonie s'accomplit au milieu d'une multitude qui se pressait pour toucher les restes sacrés, dont plusieurs guérisons miraculeuses vinrent sur-lechamp, dit-on, confirmer l'authenticité. Un avengle, entre autres, recouvra subitement la vue par le seul attouchement d'un mouchoir qui avait été en contact avec le corps. La nouvelle de «e prodig« fut immédiatement portée au palais, où on affecta d'abord de rire de la crédulité populaire. Mais on s'aperçut que ces railleries irritaient le peuple, pleinement convaincu de la , réalité du miracle, et, à partir de ce moment, il