Formidantibus clericis jussi eruderan terram
n'eût plus été possible de trouver dans la ville un seul homme assez osé pour mettre la main sur le mortel privilégié auquel les morts sortant de terre et les saints descendant du ciel, semblaient prêter leur appui. De gré ou de force, il fallut faire rentrer les troupes; et, sans que l'édit fiit officiellement rapporté, tout retomba dans un calme apparent. L'évèclié et le palais restèrent ainsi en face l'un de l'autre, sans communications, et dans une sorte de trêve armée *.
Eùt-on persévéré à douter du miracle matériel, un prodige d'une autre nature, mais non moins saisissant, la cessation subite d'une cécité spirituelle dont aucune lumière jusque-là n'avait pu percer le nuage, vint attester l'effet de ces grandes scènes et l'irrésistible ascendant d'Ambroise. Peu de mois après le dernier incident, en effet, au moment où les chaleurs et la saison des vendanges interrompaient ordinairement le cours des études scolaires, le célèbre professeur Augustin fit savoir à ses élèves qu'il suspendait indéfiniment ses leçons par des raisons de santé. Mais le public ne fut pas longtemps trompé par ce prétexte : on ne tarda pas à apprendre, en effet, qu'Augustin, abandonnant les doctrines dont il s'était fait naguère le propagateur,
1. s. Amb., Ep. xxii, p. 874.— S. Au?., Conf., ix, 7, — C'est S, Augustin qui nous apprend que la tranàlatioo miraculeuse des reliques eut lieu au milieu de la persécution de Justine. Le martyrolop.' romain la place au 18 juin, nous ne savons sur quelle autorité; et il nous parait impossible qu'une crise aussi violente ait doré depuis Pâques jusqu'à cette date.
192 LA SÉDITION d'anTIOGIIE
et rompant avec les liabitiides sensuelles de sa jeunesse, s'était converti au christianisme. La prédication d'Ambroise n'était pas la seule cause qui eût opéré cette subite révolution. Les larmes, les prières d'une mère, les entretiens de pieux amis, enfin un appel mystérieux où Augustin crut reconnaître la voix divine, avaient ébranlé d'abord, puis enlevé son âme généreuse. Il raconta que comme il errait solitairement, l'Évangile à la main et livré à un violent débat intérieur, il avait entendu derrière lui résonner une voix d'enfant qui répétait à plusieurs reprises : Prends et lis, toile et lege. Ouvrant alors les Saintes Écritures, il y avait lu ces paroles : « Revêtez-vous de Jésus-Christ et cessez de vous livrer aux sensualités de la chair. » C'était Dieu lui-même qui lui parlait, et dès le lendemain, il élait chrétien. Mais si Ambroise n'était pas le seul instrument d'une conquête si précieuse, ce fut lui cependant qui reçut de cette bouche éloquente l'aveu de ses erreurs et la profession de la vraie foi, et ce fut lui qui envoya Augustin dans la retraite, pour tout oublier avant de tout apprendre, et renaître à une nouvelle science avant de recevoir la nouvelle vie du baptême *. Enfin, vers les premiers jours de 387, la situation, qui semblait sans issue, reçut un brusque dénoûment. On apprit tout à coup dans Milan qu'un consistoire était réuni pour une affaire de la plus haute impor-