‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 45 sur 135 · s. Aug., Vonf., IX, i · texte numérisé non relu

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lance : on ajouta qu'Ambroise y était mandé, et que, . cette fois, il s'était rendu au palais sans difficulté. Le 'fait était vrai. C'était une lellre de Gaule qui venait d'arriver, hautaine et renfermant des menaces énigmatiques. Ambroise était le seul dans la cité qui connût le tyran de cette contrée et qui, ayant été le braver chez lui, eût appris à le manier. Il fallait donc bien le consulter sur un sujet si grave et où, seul, il pouvait apporter un avis compétent. On l'appelait, en conséquence, pour lui faire lire l'épître de Maxime. Quant à lui, il n'avait nulle raison de se refuser à l'invitation, car il tenait pleinement parole : s'il rentrait au consistoire, c'était, comme il l'avait dit, non pour défendre ses intérêts, mais pour servir ceux de l'empereur.

L'entrevue entre l'évèque persécuté et son ennemie vaincue dut être froide et embarrassée. L'humiliation même eût été sans mesure pour le pouvoir imi»érial, si Justine eût communiqué à Ambroise la totalité des dépêches venues de Gaule. Dans le nombre il en était une qui traitait spécialement des griefs des catholiques, dont Maxime faisait mine de prendre en main la défense. Il n'avait pas fallu, en elîet, une grande perspicacité à l'usurpateur de Gaule pour reconnaître combien les imprudences de Justine faisaient la partie belle à son ambition. N'ayant jamais cessé de couver des yeux la part de l'héritage de Valenlinien qui avaij, échappé à sa première tentative, se croyant de plus

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Ires-mal en sûreté, tant que le frère de Gralien était h ..-^ ses portes, il ne cherchait qu'une occasion de rompre uiie trêve qui ne pouvait durer et d'étendre sa main de Taulre côté des Alpes. Quel meilleur prétexte d'intervention aurait-il pu désirer que les dangers de la foi persécutée? Aussi, à peine informé de* l'édit du 2,\ janvier et des scènes violentas qui en étaient la suite, il avait pris avec empiessement le parti d'adres- | ser à Yalenlinieii une protestation qui devait, dans sa [)ensée, aller au cœur de tous les catholiques. — « Comment osez-vous, disait-il à Valentinien, braver Dieu lui-même et la primauté romaine qui s'étend aux choses de la religion aiussi bien qu'à celles de l'Église? C'est une audace bien grande que de toucher à ce qui regarde Dieu. Voyez mon désintéressement, ajoutaillî:, car si j'étais votre ennemi, au lieu de vous avertir 'l'une telle faute, quel partin'en pourrais-je pas tirer ? » La menace était assez claire, et évidemment Maxime se mettait en règle pour servir, le cas échéant, d'iiislrument à la vengeance divine.

Ce ne fut point là^ sans doute, l'objet de la consultation que Justine demanda à Ambroise. D'autres griefs durent lui coûter moins à faire connaître. Maxim e se plaignait aussi que les conditions de la dernière paix ne fussent pas scrupuleusement observées. — Les troupes (!e Valentinien préposées à la garde des passages des Alpes faisaient, disait-il, habituellement en sorte de détourner sur la Gaule les D'ibus barbares dont elles

ET L\ l'ERSKCUTION DE MILAN. 1 CS

élaient ohargées de repousser les agiessioiis. Il signalait en parfeiiliier des hordes de Huns et d'Alains que Bautou (l'officier même qui avait accompagné Amhroise dajis sa première ambassade) avait t'ait veniitout exprès pour contenir les mouvements de la li-ibu des Jeufchottges en Rhétie, et qui avaientdébordé en&uilo sur les pro-vinees transalpines sans qu'on se Itit rais en peine de les empêcher K

Tel était le contenu déjà assez alarmant de la lettre que Justine fit passer sous les yeux d'Ambroise, et sans doute, pendant qu'il la lisait, elle 'le suivait du regard, partagée entre la craiitte de .perdr-e dans une conjoncture dil'fioile un auxiliaire aussi important, et le désir secDet de prendre en défaut la lidélHé d'un si in-^ commode et si importiiin serwileur. Si A,a)bi:oi6e n'eût été qu'un ambitieux, quelque joie maligne aurait brillé sui' son v.isage. Au contraire, rien ne vint troubler la simplicité sincère de son attitude, et, sans qu'.on puisse deviner si ce fut l'effet d'une pi'oposilion par lui faite ou acceptée, toujours est-il qu'il sortit de l'entretien officiellement chargé de retourner une seconde fois en ambassade auprès de Maxime, pour dissipei- ses griefs

1. Cil-., Ami. EccL, année 387, § 33. — Rufin. ir, IG. -- Théo'l., V, 14. — Soz., vi[, 13. — S. Ani')., /;>. xs.iv, p. 880-8'l(). ,j^a Jjettre d^ Maxime au sujet djs griefs des catljoliques ne n(jus est connue que par Baroiiius, qui n'indique pas clairement à quelle source il Ta puisée. Tiilemo^t cependant ne fait pas difficulté d'en admettre Tautlienticité. Les textes concordants de Rutin, de Théodnret et de Sozomèue ne laissent pas de doutes sur le fond, siiion sur lep d.étaiis.

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et démêler ses intentions. Le but apparent de la mission fut de réclamer le corps de Gratien, qui était resté en Gaule sans honneurs.

Ainsi, ceux qui le perséculaient la veille lui remettaient aujourd'hui leur cause entre les mains. Jamais la vertu et la bonne foi ne reçurent d'hommage plus complet. Il lit ses préparatifs pour partir aussitôt après la Pâque de 387. On le vit donc, revêtu de la qualité de ministre, presque de défenseur du pouvoir impérial, célébrer de nouveau les mêmes cérémonies saintes, dans celte même église où, deux années de suite, il avait semblé ofîrn' sa propre vie avec le sang et le corps de Jésus-Christ. Quelle victoire ! quel coup de la main divine ! et quel chant de triomphe sortit de toutes les poitrines !... L'émotion fut au comble lorsque le samedi saint, jour de la réception des catéchumènes, on vit se présenter dans les rangs des novices qui sollicitaient l'entrée de l'église, l'illustre Augustin avec Alypius, son intime ami, et un jeune garçon de quinze ans, du nom d'Adéodat. Chacun savait que cet adolescent plein de grâces était le fruit d'une des passions de son ardente jeunesse. Les trois néophytes descendirent ensemble, suivant le rit usité à Milan, dans la vaste cuve où était versée l'eau lustrale. Trois fois on les y plongea au nom du Père Tout-Puissant, de Jésus-Christ et du Saint-Esprit. Ambroise manjua leur front du sceau de la vie éternelle, puis vêtus de robes blanches, ils revinrent à travers l'église, chantant des psaumes

d'actions de grâces d'une voix qu'entrecoupaient des pleurs de joie. Monique les attendait au pied de l'autel, heureuse de pouvoir embrasser, pour la première fois, sans remords, l'enfant dont la naissance avait affligé sa conscience, et ne demandant à Dieu que de devancer bientôt dans le ciel les êtres chéris à qui ses prières en avaient ouvert les portes. Ce vœu ne devait pas tarder à être exaucé. Peu de jours après, elle quittait Milan avec ses enfants pour se diriger vers Ostie, où elle devait s'embarquer pour l'Afrique, et là en face de la mer illuminée de mille feux, sous un soleil sans nuage, serrant entre ses bras le tils qui lui était rendu, elle éprouva un avant-goût du ciel qui ne précéda que de peu d'heures son dernier soupir*.

Les cérémonies de Pâques terminées, Ambroise se mil en route. Mais à peine eut-il franchi les Alpes qu'il s'aperçut combien sa position à la cour de Trêves allait se trouver embarrassée. Maxime, en effet, n'avait pas fait mystère de l'appui qu'il offrait à tous les catholiques de l'empire. Lom de là, il n'avait rien négligé pour prendre ostensiblement le rôle de défenseur de la foi. Sa politique était aidée dans ce rôle par la piété sincère de sa femme, bonne chrétienne, qui, effrayée d'être parvenue au trône au moyen d'un guet-apens sanguinaire, travaillait assidûment à calmer ses remords à force de prières et de bonnes œuvres. Les deux époux,

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