Pacatus, Pan. Theod
LA PENITENCE DE THÉODOSE. 2il
Celte clémence inaltcndue ne faisait nullement le compte ni des traîtres, qui ne se croyaient en sûreté que par la mort de leur victime, ni de l'entourage de Tkéodose lui-même, à qui une victoire sans vengeance et par conséquent sans supplices et sans confiscations ne pouvait convenir. On se jeta donc sur le malheureux, comme il sortait de la tente impériale, et, suppléant à l'ordre qui n'était pas donné , des mains empressées l'exécutèrent sur placée
L'usurpateur mort, l'Italie et toutes les provinces récemment conquises par lui rentraient naturellement dans le devoir. Restait seulement, pour achever la victoire, à s'assurer de la soumission du domaine propre de Maxime (la Gaule et l'Espagne), qui était resté confié au gouvernement intérimaire de son jeune lîls Victor, ainsi que du corps d'armée embarqué sur l'Adriatique avec Andragathe. Ces conséquences certaines d'un premier triomphe ne se tirent pas longtem[is attendre. Le général Arbogaste, envoyé par Théodose en Gaule, n'eut qu'à étendre la main pour se saisir du jeune Victor, abandonné d'autant plus facilement par les partisans de son père qu'il avait très-mal défendu la contrée confiée à sa garde contre les incursions réitérées des Saxons et des Francs. Victor périt seul, sans que personne se montrât pressé de partager sa di.-grâce.
1. Pacatus, ibid., \\ iv. — Zos., iv, 48. — Soc, v, 14. — Rufin, ii, 17. — Pliilost., X, 8, — Siilp. Scv., Vif. beat. Mari., wiii.
AndragaUie n'essaya pas de résistance, mais, avec la^ fierté d'un autre âge, il préféra la mort à la soumission, et la trouva dans les flots où il se précipila luimême *.
L'oracle avait donc bien dit : tout élait fini en deux mois, et sans grande effusion de sang. L'éclat d'un tel triomphe, obtenu comme par enchantement, porta aux , nues la réputation de Théodose. Précédé do cette renommée, il fit, dans les derniers jours de septembre, son entrée à Milan. C'est ici qu'une de ces lacunes si fréquentes dans les annales mutilées de ces lomps vient désespérer la curiosifé de l'historien, et que le texte muet se refuse à ses impatientes interrogations. Que ne donnerait-on pas pour avoir de la main d'Ambroise le récit de sa première entrevue avec Théodose: Cuelle scène touchante ce dut être (jue le grand empereur remettant aux mains du grand évoque le royal enfant, sauvé du même coup et de la ruine et de l'erreur, rendu à la foi comme à l'empire? Qui ne voutirait assister en tiers aux conversations qui suivirent Qu'elles durent être instructives et profondes, ces confidences de deux hommes dignes l'un de l'autre, tout prêts à se comprendie avant même de s'être rencontrés, el que leurs qualités comme leur éducation dilféreutes ne faisaient que rendre plus propres à se
i. Zos., îoc. cit. — Soc, V, 14. — P. Orose.vii, 35. — Voir dans Grégoire de Tours un fragment d'un ancien historien qui raconta l'eipédition des Francs en Gaule pendant l'intérim du jeune Victor.
compléitîr l'un l'autre dans la poursuite de l'entreprist/ commune dont la sympathie les avait d'avance réuni:; i (liiez l'évoque, un zèle sacerdotal plein d'autorité et d'ardeur, tempéré, sans être refroidi, par Tintelligence de la politique : chez le souverain, l'esprit de gouvernement dirigé par des croyances vives, qui n'altéraient pas la modération de son âme, mais rélevaient au-dessus des calculs d'une ambition vulgaire. Chez tous deux la même pensée mêlée de vérité et de chimère, en partie saine et en partie vaine, mais, dans son illusion môme, empreinte d'un caractère de grandeur : l'espoir de greffer l'unité religieuse sur l'unité politique, et de les affermir l'une par l'autre; de sauver l'Empire par l'Église, et de conserver le monde à Rome en donnant Rome au Christ*.
Mais si nous cherchons en vain, même dans la volumineuse correspondance d'Ambroise, la trace de ces confidences que notre imagination nous représente, au moins les conséquences des entretiens, dont le détail nous échappe, nayws, sont révélées par les faits. Tout fait voir que l'intimité la plus étroite régna dès les premiers jours entre ces deux esprits qui s'entendaient par avance. Ambroise reprit tout naturellement auprès de Théodose le rôk de conseiller associé au pouvoir et initié aux secrets d'État^ qu'il avait déjà occupé auprès de Gratien. Moins aveuglément obéi peut-être, mais