‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 7 sur 135 · s. Amb., de Spiritu sancto, t. ii, p. C02-G · texte numérisé non relu

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LA rOLITIQUt DE SATNT AMBROISE. 29

Ce retour inaUoiulii et un peu forcé sur les bénédictions temporelles attachées au rétablissement de la foi allait droit à l'âme de Gralien. Peut-être Atliauase ou Basile eussent-ils néglifïé de tels arguments : ils prenaient naissance tout naturellement dans un génie dont la politique avait fait don à l'Église.

La conséquence naturelle d'un tel langage était de presser Gratien de se conduire en tout comme Théodose et de faire disparaître à tout prix les derniers vestiges de l'hérésie. La lâche était bien avancée, car les conversions se mulli[)liant avec la faveur du prince, il ne restait plus guère dans tout l'Occident que deux vieux évêques entachés des erreurs d'Arius : Palladius et Secondien, gouvernant dans un coin de la Mœsie inU'rieure deux diocèses dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous. Encore ces hérétiques isolés se défendaient-ils de cette qualification : quand Gratien avait traversé l'illyrie, ils l'avaient prié d'entendre leur juslilicadon; et à défaut de l'empereur (car Gralien s'était refusé à connaître de ces matières étrangères à sa compétence) ils ne cessaient de réclamer le jugement d'un concile. A coup sûr, Ambroise, consulté sur cette demande, n'aurait pas jugé de si faibles adversaires dignes d'occuper l'attention de l'Église, s'il n'eût trouvé l'occasion favorable pour faire un exemple qui engageât Gratien à extirper partout les germes et les souches de la mauvaise doctrine. Par ses conseils, ce prince se résolut donc à faire venir à l'emiiereur

Aquilée tous les évoques d'Occideul, à l'exception de ceux que pouvaient excuser leur âge, la faiblesse de leur santé ou leur déiiiiment. La réunion eut lieu dansr le mois de septembre 381, et bien qu'Ambroise ne la présidât pas et cédai avec affectation le pas à l'évêque de ce lieu, il fut évident, dès le premier jour, qu'il était l'âme de l'assemblée et que rien ne s'y ferait que par son inspiration ^

Ce fut lui, en effet, qui porta constamment la parole. Dans un long interrogatoire, tenant les écrits d'Arius d'une main, les condamnations de l'Église de l'autre, il pressa sans pitié, tantôt Palladius, tantôt Secondien, de prendre nettement parti entre l'hérésie et la foi: il les poussa de questions en questions jusque dans leurs derniers retranchements. Par moments, il dut se croire encore au prétoire, sur son tiibunal, faisant le procès à des accusés, et l'illusion des assistants ne fut pas moins complète. Les deux vieillards, étourdis (h^ celle argumentation pressante, balbutièrent d'impiiissnntos excuses. L'un demanda à attendre la venue des évêques d'Orient; l'autre dit que l'instance n'<''tait pas régulière, parce qu'on n'y admettait pas le public et des écrivains pour tenir procès-verbal ^ « Veul-il donc être jugé par des laïques? » reprit Ambroise en se tournant vers ses confrères. « Celui qui récuse le (c jugement de ses frères et demande celui des pro-

1. s. Amb., Ep. X, p. 805; Gesta concilii Aquileiensis, t. II, p. 786et suiv.

2. Date auditores ; veniant ex utraque parte excerptores, p. 800.

LA P0LIT1<>L'E DE SAINT AMDROISE. 3t

« fanes, est-il (li{iiie île l'épiscopnC? » A l'unaiiimilé, les deux piélats suspects furent déposés. On leui' adjoignit un prêtre de leur confession, ^\u nuiii d'Allale, et un évèque du nuni de Valens, chassé du siéj;e de Pettau, qui errait en Italie depuis plusieurs années, semant la discorde sur ses pas. Celui-lii avait refusé de conijjaraitie, et Tindignation d'Audiroise contre lui ne pouvait se contenir; car on l'accusait, outre ses torts tliéoloiii(|ues, d'avoir fait sa soumission auxtiotlis pendant linvasion. En souvenir de cette intimité passagère avec les ennemis do l'empiiv, il poitail encore un collier et des bracelets ù la mode barbare. « Vit-on « jamais, s'écriait polrioliiiueMient Ambroise, un tel (( sacrilège chez un prêtre, chez un chrétien, chez un « Romain '? »

Le concile marchant ainsi à souhait, sous une impulsion puissante, dratien lu; ciiil pouvoir mieux faire que de lui renvoyer une autre affaire [^lu^ unportante, qui menaçait à tout moment de tioubler la chrétienté. 11 ne s'agissait de rien moins que du

1. S.Amb.,rp. x.— Gesta conc. Aq.,t. II, p. 78G, 805. Les actes du Concile d'Aquiltu, rouservés par les Orthodoxes, fiy:ui-ent depuis irèsloii^temps dans les œuvres de saint Ambroise. Tout dernièrenieru des fragments de ces munies actes ont été retrouvés dans un très-curieux manuscrit de la hiWiothèque impériale de Paris, interprété par le professeur Waitz, de Hanovre, Entre les questions posées par saint Ambroise et les réponses des évoques condamnés, sont intercalées des observations très-uialveillantes faites par un écrivain cootemporain, évidL'mment Arion lui-même. Cet écrivain parait avoir été un évéque du nom de Maximin, dont le siège reste ignoré. [Uber dus Lfien uni Le diehre des Ulfilus , pas le professeur \\aitz; Uajiovrej 1840).

pape Damase lui-même, qui, malgré ses vertus et son activité, ne pouvait venir à bout de terminer les troubles intérieurs de son diocèse. Les partisans secrets de son compétiteur Ursin, excités par ce schismati(iue lui-môme, qui, bien qu'exilé par Valen- j tinien, trouvait à tout moment moyen de rompre son ban ; des évèques suffragants du siège de Rome, ; qu'incommodait la suprématie du titulaire ; des Donatistes, fugitifs d'Afrique, qui avaient dans la ville éternelle leur évêque propre et leur culte secret; tous ces ennemis divers, répandant de concert des caloninies dans les bas-fonds de la cité, y entretenaient une agitation constante. C'était toujours la pureté des mœurs du pontife qui était mise en doute, par souvenir sans doute de la faveur féminine qui l'avait autrefois aidé à monter au rang suprême. Vainement, à plusieurs reprises, l'autorité impériale était-elle intervenue; vainement même Damase, fort de sa concience, avait-il soumis sa conduite à l'examen sévère de tous les évoques de la province, qui, à l'unanimité, avaient reconnu son innocence, le trouble persistait, et la plus haute juridiction de l'Église restait atteinte et frappée de suspicion. Sur la demande de Gratien, le concile éleva la voix. Il pria le prince, dans une lettre, de fermer pour jamais la bouclie aux diffamateurs, afin de préserver « cette Église de Rome, la tête du monde, qui garde la foi des apôtres, et d'où partent, pour se répandre sur toutes les nations, les saints avertissements de l'autorité

divine *. » A partir de ce jour, Daniase ne fut plus inquiété : ceux que n'avaient désarmés ni les ordres de l'empereur, ni les vertus du pontife, s'arrêtèrent intimidés devant quelques paroles où l'on reeoiinaiss;ut l'accent de la voix d'Ambroise *.

Toutes ces décisions étaient prises dans les premiers jours de septembre 381, quelques mois par conséquent après que le concile réuni à Constantino[de avait terminé laboiieusement son œuvre troublée par tant d'intrigues. Les nouvelles de la première des deux assemblées arrivaient donc à l'autre encore toutes fraîches et avec force détails qui en faisaient ressortir le contraste. A Constantinople tout avait été division; les rivalités personnelles étaient venues compli(iuer à chaque pas les dissentiments dogmatiques : à Aquilée ce n'étaient que résolutions unanimes prises avec la confiance de gens sûrs d'eux-mêmes et conliants dans leur chef. Ici et là deux grands hommes, de taille presque égale, deux lumières de l'Église; mais quelle diversité dans leur esprit! Ambroise, né pour commander et

1. s. Ami)., Ep. XI, p. 811. Totius orbis Romani caput Romanam Ecclesiam, atqiie illam sacrosauctam fidem Apostolorum ne lurbari siiieret, obsecranda fuit Clementia Vestra. Inde enim in omnes venerandae comniuniouis jura dimanant.

2. La réunion des évéques faiic à Rome par Damase pour examiner sa conduite, adressant à Tempereur la justification entière du pontife, saisit cette occasion pour réclamer quelques prLPOgatives nouvelles en faveur du pape, entre autres la faculté de n'être appelé en jugement que devant l'empereur. Gratien, en renouvelant les exemptions précédemment accordées par son père, ne répondit rien aux demandes nouvelles.

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se mouvaiu dans les hauJes dignités comme dans son élément naturel : Grégoire, accablé de sa grandeur et fléchissant sous le poids de la responsabilité. Et quelle diversité plus grande encore dans l'accneil qui leur était fait! Ambroise, obéi avant d'avoir parlé: Grégoire, méconnu, raillé et forcé de (juitter son siège la mort dans l'âme. Ces comparaisons, que chacun faisait, et qui encourageaient l'Occident dans son dédain un peu orgueilleux pour l'autre Église, étaient commentées par deux ordres de porteurs de nouvelles qui ne se faisaient pas faute do peindre les faits plus en noir encore que la réalité. C'étaient, d'une part, les amis de Paulin d'Antioche, ces catholiques d'une orthodoxie jalouse qui avaient troublé les jours de Basile. Ceux-là, on se le rappelle, croyaient avoir à se plaindre tout particulièrement du concile de Constantinople qu'ils accusaient hautement d'avoir, à la mort de Mélèce, violé la parole donnée par ce prélat même, en lui désignant un successeur. Il était naturel que Paulin, se sachant bien vu à Rome, fit retentir tout l'Occident de ses plaintes. Mais à lui se joignait, qui le croirait? le cynique Maxime lui-même, ce ridicule compétiteur de Grégoire, qui, bafoué à la cour de Théodose, chassé d'Alexandrie av;:c mépris, avait cherché en Italie un asile où ses menées fussent moins décriées, et où son appareil grotesque d'austérité pût encore faire quelques dupes. Il n'insistait pas, on .e pense bien,- sur les détails de sa honteuse usurpa-

lion : il ménageait môme dans ses récits le vertueux Grégoire, dont la réputation était au-dessus de toute atteinte, et que d'ailleurs, depuis son abdication, il n'avait plus d'intérêt à calomnier. Mais il avait meilleur jeu contre le dernier évè([ue que Constantinople venait de se donner: il racontait avec scandale que Nectaire, le pontife de la nouvelle Home, élu par le concile luimême, était un laïque de mœurs douteuses; qu'il a\ait fallu le baptiser, l'ordonner, le consacrer en un jour ; et que c'était cet intrus dans rÉglise qu'on préférait à un confesseur, à un ascète, à un pbilosophe comme lui. Puis il accompagnait ces dénominalians de protestations de zèle ponr la pure doctrine, et dédiait mémo osteusiblevuent à Gratien un traité contre les Arien; dont il se disait l'auteur'.

L'artilice réussit, même auprès d'Ambroise, et, avant de se' séparer, les évêques, toujours sous sa dictée, résolurent de tenter une démarche pour réparer ce qu'ils regardaient comme les scandales do l'Orient. Une assemblée générale de toute l'Kglisc, dans laquelle Ambroise ne pouvait manquer de prendre rapidement la haute main, leur paraissait le moyeu le plus simple d'y parvenir. Plus d'une fois déjà le remède avait été proposé, mais la division même de l'Kglise d'Orient en avait toujours fait échouer le projet. Cette fois, avec ce goût d'agir en toutes choses par la

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