Puifin. — Soz., loc. cit. — Tliéod., v
la commission spéciale qu'il avait reçue de l'omporenr, pressait les magistrats l'épée dans les reins et ne les laissait ni larder ni mollir dans l'exécution de leurs ordres. !1 ne conservait que les objets hideux ou risibles qui pouvaient servir à démontrer soit les vices, soit les fraudes des prêtres vaincus. S'il trouvait quelque part la trace de victimes humaines immolées sur quelque autel caché, ou les ressorts qui devaient servir à tromper les peuples en prêtant à des simulacres sans vie l'apparence de la voix ou du mouvement, ou bien simplement quelque statue grotesque objet d'une dévotioii capricieuse, il arrêtait le bras des démolisseurs et .appelait la foule pour jouir de ses rires et de son scandale. C'étaient des têtes d'enlanls coupées, dont on avait peint les joues ou doré les lèvres, c'étaient des statues creuses dans lesquelles était pratiqué un escalier qui avait permis au prêtre de se glisser pour faire parler l'oracle prétendu, ou bien encore un singe, un chat, quelque animal plus immonde encore, dont l'art n'avait pas dédaigné de reproduire les traits. A pai't ces exceptions réservées à dessein, tout fut sacriiié, et, par ordre de Théodose, le produit de la vente ou de la fonte des matériaux fut destiné à l'évêque d'xAlexandrie, pour le service de ses pauvres. Sur l'emplacement des temples des églises durent être construites, et le terrain du Sérapéion, en particulier, dut porter dorénavant un sanctuaire où reposeraient les restes sacrés de saint Jenn-Cnptis!e, autrefois .transporlés de Pa-
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lestine en Égy[)le pendant la persécution de Julien*. D'Alexandrie, comme on peut le penser, le mouvement se répandit bientôt dans toute l'Egypte. Les sulTragnn!s de Théophile se piquèrent d'éniuhitioii, et ce fut ;) qui se délivrerait le premier de l'asMect détesté do l'idolàîrie. Canope, par exemple, petite ville située à l'extrémité du Nil, à cinq ou six lieues d'Alexandrie, avait un temple renomnwé auquel était annexée une écolo de lettres sacerdotales. On y venait du monde entier pour s'initier à la science cachée sous les hiéroglyphes des pyramides, et pour se livrer en même temps à des pratiques voluptueuses, que les religions antiques ne séparaient guère de leurs plus pi( uses leçons. Théophile se rendit sur le terrain lui-même pour hâter la démolition de ce sanctuaire, te temple fut rasé et remjdacé par une chapelle consacrée à des martyrs, auprès de laquelle s'éleva un monastère, et désormais, au lieu des étudiants qui fréquentaient ce lieu célèbre, on n'y vit plus, dit avec dépit le sophiste Eunape, que ces hommes noirs « qui vivent comme des pourceaux, qui adorent les reliques des suppliciés et qui font maintenant en Egypte tout ce qu'ils veulent. »
l.Rnfin, ;i, 23, 24, 27, 28. — Soc, v, 46. — Soz., vu, 15. — Tlu'od , loc. cit. — Voir la 2« partie de cotte histoire, t. ii, p. 272. — Voir aussi Goriiii, Défense de l'Église contre les erreurs historirptes, t. I, p. 46 à 55. Ce savant ecclésiastique prouve fort Ijien, contrairement à ce qu'on ,avait prétendu, que dans la démolition des objets consacrés au culte païen ne furent pas comprises les richesses littéraires reuforuiées dans le Sérapéiou.
Après les deslructions vinrent les conversions; c'est l'histoire de toutes les victoires : il n'en est point de complètes sans prisonnieis. On les compta par milliers, mais tous ces changements de religion ne furent pas simulés par l'épouvante ou par l'intérêt. Beaucoup au contraire durent être attiibués à un sentiment superstitieux, mais sincère, très-répandu chez des populations accoutumées à un culte tout matériel, et qui mesuraient le respect dû à chaque divinité d'après l'efficacité de sa puissance. Des dieux qui se laissaient vaincre et bafouer, des dieux qui laissaient traîner leur image dans la boue et livraient leurs défenseurs à l'opprobre, ne méritaient plus qu'on les adorât. Le dieu du plus fort, au contraire, était nécessairement aussi le plus juste et môme le seul vrai. Plus d'un converti, d'ailleurs, essaya, nous dit-on, divers artifices pour mettre d'accord sa foi de la veille et celle du lendemain. Il y avait bien des mystères dans la vieille religion de l'Egypte, bien des souvenirs d'un passé confus, bien des allusions à un avenir obscur. Il ne fut pas difficile de découvrir dans les livres sacrés ou dans les hiéroglyphes des prédictions ou des symboles qui pussent se rapporter au triomphe du Christ. Ainsi le bruit circula que parmi les pierres tirées des fondements du Sérapéion, qui gisaient maintenant éparses sur le sol, plus d'une portait le signe mystérieux de la croix. D'autres récits rapportèrent que Sérapis lui-même avait annoncé à l'un de ses magiciens
favoris que son culte allait bientôt céder à celui d'un dieu plus puissant. Enfin le Nil lui-même sembla se mettre de la partie, car jamais ses ondes ne furent plus bienfaisantes que dans le mois qui suivit la destruction de son temple. La mesure consacrée qui servait à déterminer le. niveau des eaux, transportée du Sérapéion dans la nouvelle église, dut constater une crue presque sans exemple de mémoire d'homme. Devant ces signes évidents d'une protection suprême, les habiles n'hésitèrent plus à passer du côté de la force, et Théodose, recevant par chaque courrier le nom de quelques convertis notoires qui revenaient à la vraie foi, put s'écrier dans la sincérité de sa reconnaissance : « 0 Jésus, mon Sauveur, je vous rends grâces de ce qu'une erreur si invétérée soit détruite, sans que cette grande ville ait soutTert aucun dommage*. »
Fut-ce la facilité inespérée d'un tel triomphe qui exalta cet esprit si calme d'ordinaire, et l'entraîna dans une faute sanglante, la seule dont la tache ait été imprimée sur sa mémoire? Le rapprochement des dates autorise cette supposition. Car à peine avait-il reçu l'hommage de la soumission pacifique d'Alexandrie, que d'autres courriers, arrivant d'un point différent du
1. Rufin, II, 20,30.— Soc.v, 17.— Soz.,vii,15.— Eunao.. Vit. Sovh. i\, p 51. — Tillemout, Théodose, p. 322. Le signe de la croix viàil)le sur les pierres du temple n'était peut-être que ce qu'on nomme la croix ansée commune sur les monuments égyptiens, et qui a donné lieu à beaucoup de dissertations de la part des érudits. Lebeau, Histoire du lias-Empire, t. x\;v.
302 LA PÈMITENCE DE THÉODOSE. i{
même empire, lui apporlèrent la nouvelle qn une au!re ville d'Orient, Thessalonique, s'élail mise, [.our un motif beaucoup plus léger, clans un état de révolte presque aussi grave. Et c'est alors que se déroula une scène à jamais fameuse, destinée, sans nul doute, dans les vues de la Providence, à prouver du même coup, par l'exemple d'un des plus justes souverains qui aient régné sur le monde, les dangers du pouvoir sans bornes et l'universelle nécessité de la pénitence.
L'incident qui mettait Thessalonique en feu et la Macédoine en rumeur était des plus frivoles et des moins dignes d'une ville chrétienne. Il s'agissait tout simplement d'un cocher fameux par son adresse dans les courses de chars, à ce titre très-aimé de la foule, qu'un ordre du gouverneur avait fait jeter en prison. Les historiens assurent que cet ordre était provoqué par le plus juste des motifs. Le gouverneur Botheric avait tout simplement pris la défense d'un de ses esclaves, victime d'un odieux attentat de la part du favori de la foule. Mais le peuple ne voulut pas être privé, même un jour, de ses plaisirs. Les habitués du cirque redemandèrent le cocher avec passion, et comme Dotheric se' refusait à le remettre sur-le-champ en liberté, une violente sédition éclata, dans laquelle la force armée, eut un moment le dessous, et k gouverneur, qui s'était mis lui-même à la tète de ses hommes, reçut un coup
1. A. D. 390. — Inclictio. m. — U. C. 1142. — ValentinJanus. Aiig. IV, et Neoterius, Coss.
norli.'l. D'aulres inagislrals furent assaillis de pierres, el leurs corps, déchirés en lambeaux, furent (rainés par les rues \
L'iri'italion de Théodose, en apprenant cette i>sue sanglante d'un misérable débat, fut extrêmement vive. D'Alexandrie, renommée par sa turbulence eldi\isée de tout temps en factions ennemies, il avait (ont appris sans surprise et tout enduré avec patience. Mais Thessalonique, une ville toute chrétienne et toute calholiiiue, théâtre de ses premiers triomphes, patrie de sou ami Ascole, où il avait séjourné lui-même tant dt; fois avec complaisance, lui manquer de la sorle pour une déce[!lion ou un retard dans ses plaisirs! Ne pas se donner même la peine de recourir à lui et d'attendre qu'il eût fait justice! Yerser le sang d'un magistrat pour venger l'injure d'un cocher! Le coup était cruel, et l'ingratitude surtout, qui choquait sa droiture naturelle, lui causa une extrême impatience. On avait déjà vu dans l'alfaire d'Antioche que, quand ses sentiments de justice étaient blessés au delà d'une certaine mesure, son sang-froid habituel l'abandonnait. 1! se répandit en [ilaintes et en invectives. Témoin de cet élat d'irritation, Ambroise, qui faisait Yisile au palais ce jour-là comme tous les autres, crut devoir l'engager à se calmer et à user de modération dans le chàLiiment qu'il ordonnerait. Théodose, toujours déféraiiL à