‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 73 sur 135 · s. Amb., Vtla a Paulino scripla, p · texte numérisé non relu

s. Amb., Vtla a Paulino scripla, p

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pût avoir le moindre soupçon de la résolution prise*.

Le choix du ciiàliinent ordonné porta la trace des iniijences passionnées et des traditions cruelles qui dominèrent ce jour-là, par un funeste hasard, dans les' conseils de Théodose. On lui représenta que la cité tout entière ayant, par un mouvement spontané, pris part à de la révolte, c'était toute la population, sans distinction, qui devait être atteinte par la peine ; et le premier Ihéàtie de la sédition ayant été le cirque où se livraient les jeux publics, on trouva aussi juste que pi(iuaiil de choisir ce lieu de réunion pour être le théâtre du supplice. Ordre fut donc envoyé aux magistrats de rassembler la foule dans le cirque comme pour une solennité ordinaire, puis d'environner l'arène de soldats. A un moment fixé, les soldats durent pénétrer dans l'enceinte et passer au fil de l'épée tout ce qui leur tomberait sous la main.

L'affreux guet-apens fut accompli, et dépassa dans l'exécution tout* ce que s'était figuré l'imagination de Théodose, novice en fait de violences. A un signal donné, au milieu de l'innocence et de la sécurité d'une, fête, des bourreaux armés se précipitèrent sur nue', foule sans défense, firent main basse sur les femmes, les enfants, les vieillards, les étrangers, et, s'enivrant eux-mêmes de sang et de carnage, en trois heures

1. Théod., V, 17. — S. Amb., Vita, loc. cit. — S. Amb., Ep. Li : Motus enim fréquenter es quod ad me pervenissent aliqua quae in consistorio tuo statuta forent.

OU! eut jonclié la terre de sept mille cadavres. Les fils étaient frappés sur le sein ou dans les bras de leurs parents, et Sozomène raconte le désespoir d'un malheureux père qui, ayant amené avec lui ses deux enfants, obtint à grande peine de ces furieux qu'un au moins serait épargné : mais quand il fallut faire sou choix, il ne put.se décider à prononcer entre des êtres également chers, et les livra tous deux avec lui-môme au couteau'.

Le récit de ces horreurs éclata dans Milan comme un coup de foudre : le secret avait été religieusement observé, et Théodose, peut-être pour éviter les questions indiscrètes et se soustraire au premier etTet de la nouvelle, avait momentanément quitté la ville. La surprise, la consternation, furent universelles. Après quatre-vingts ans déjà passés depuis qu'une religion de miséricorde s'était assise à côté du trône, après qu'elle avait réussi à tempérer les caprices même de ses plus mauvais disciples, comme Constance, et l'humeur farouche de ses adversaires déclarés, comme Julien, on se trouvait reporté tout d'un coup en plein paganisme, aux plus affreux jours des Néron et des Caligula.On croyait être retombé sous le joug d'un des monstres qu'avait divinisés le vieil empire, altérés de sang et affamés de victimes humaines. La terre semblait se dérober sous les pas, et, par une habitude qui

l.lUifin,ii, 18. — Soz., vil, 25. — Théod., v, 17. — S. Amb., Ep. LI.

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était devenue un instinct, tous les regards se tournèrent involonlairement vers Ambroise. Qu'avait-il su? (ju'avait-il conseille dans ceîfe niyslcrieuse et elTrovable délibération? Klait-ce la peine qu'un ministre de Jésus- Christ fut le confident intime du prince, si de tels coups de perfidie et de cruauté sortaient des conseils où il était admis à toute heure et toujours censé présent? Quand même Ambroise eût résolu de se taire, Topiiiionv prête à lui imputer une odieuse solidarité et à prendreson silence pour un aveu, lui aurait fait un devoir des'cxpliquer. •

11 lui était d'autant plus difficile de rester inaclit dans rémotion générale, qu'à ce moment même il se trouvait environné d'une réunion d'évêques de Gaule, venus en Italie pour solliciter du pape Sirice la condamnation définitive des prélats accusés d'avoir participé au meurtre des Priscillianistes. Avec le tyran Maxime, en otT^ît, les sanguinaires Espagnols, si sévèrement dénoncés par Martin, avaient perdu leur prolecteur. Ceux qui leur avaient prêté un i!;)[)ui timide,, par crainte plus que par conviction, les avaient abandonnés successivement, tandis que Martin et ses amis se montraient empressés d'elTacer des annales de leur Église le souvenir d'un si funeste précédent. Une dépu- • tation d'évêques avait été prier le pape de déposer d& l'épiscopat. comme indignes, ceux qui en avaient souillé de sang les insignes sacrés. Elle revenait de- Rome, fière d'avoir obtenu sa demande, ef S3 reposait

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en passant chez le grand docteur d'Italie, dont l'exemple et l'autorité l'avaient appuyée dans celte réclamation en faveur du sacerdoce et de l'humanité également outragés. L'indignation de ces évêques fut au comble en apprenant les faits odieux qui faisaient rumeur autour d'eux, et Ambroise fut sur-le-champ sommé de leur en donner l'explication. Paraître complice du massacre de toute une population, au moment où il venait de s'associer à une réclamation contre le meurtre judiciaire d'un petit nombre d'hommes, eût été une trop honteuse inconséquence. A tout prix, quelque respect qu'il eût d'enfance et d'instinct pour Tautorité impériale , quelle que fût son amitié pour Théodose , au nom de sa foi comme de son honneur, pour sa conscience d'évêque comme pour sa dignité personnelle, une protestation éclatante était nécessaire *.

Sans hésiter dans l'accomplissement de ce devoir, Ambroise y mit pourtant autant de mesure que de résolution. Il voulut essayer jusqu'au bout tout ce qui pourrait, en ménageant l'orgueil du souverain, faire agir et parler sa conscience. Au lieu de courir audevant de lui à son arrivée, suivant l'habitude aiîec-

i. Sulp. Sev., Hist. eccL, ii. — S. Amb., Ep. li : Quando primum auditum est propter adventum Gallorum episcoporum synodus convenerat : nemo non ingemuit, nulliis mediocriter accepit : non erat factl tui absolutio in Ambrosii communione. In me eliam amplius commissa

exagseraretur invidia — La réunion des évêques de Gaule à Milan

paraît avoir eu aussi pour but la condamnation d"un hérétique obscur, Jovinien, contre lequel saint Jérôme a soutenu quelques polémiques (Bar., Ann. eccl., ann. 390).

tueuse qui lui était familière, il sortit de la ville sous prétexte de prendre l'air des champs au moment même où le cortège impérial y rentrait. Puis, quand il eut laissé quelque temps Tbéodose réfléchir sur le sens de cette froideur significative, il lui écrivit, de la maison de campagne où il s'était retiré, une lettre destinée à lui seul, qui dut lui être remise en mains propres.

Il débutait par quelques plaintes amicales sur la méfiance inaccoutumée dont il avait été l'objet : « Si je vous évite, lui disait-il, c'est que vous vous êtes plaint que j'étais trop au courant de ce qui se faisait dans votre conseil... Et j'aurais craint, si je restais près de vous, de dire ce que je ne pourrais ni révéler sans compromettre des amis, ni taire sans manquer à la conscience. Laissez-moi vous le dire aussi. Empereur auguste. Que vous ayez le zèle de la foi, je ne puis le nier, et la crainte de Dieu, je n'en disconviens pas. Mais vous avez une impétuosité naturelle qui se tourne vers la miséricorde si quelqu'un vous fait entendre des paroles de douceur; si au contraire on l'aigrit, elle s'emporte, et vous ne pouvez plus la contenir. Plaise à Dieu que si personne ne la tempère, personne aussi ne {l'irrite ! J'ai voulu vous livrer à vous-même : c'est à .'vous de vous contenir et de vaincre par la force de la piété l'élan de la nature... Voilà pourquoi j'ai prétexté, pour me retirer, une maladie, qui n'était pas fausse, assurément ; mais vous savez bien qu'en toute autre occasion j'aurais mieux aimé mourir que manquer

yde si i^on de jours l'assistance à votre arrivée *. » Il entre alors tout à fait en matière par ces graves .paroles : a Ce qui s'est passé à Thessalonique n'a .j>oint d'exemple dans la mémoire des hommes-;., et dès que le fait a été connu, il n'est personne qui en ait :«couté le récit de sang-froid. Dans la communion •d'Ambroise, votre action n'a trouvé personne pour l'absoudre. »

Le crime une fois commis et irréparable, la pénitence en est le seul remède. Ambroise, pour y encourager Théodose, en cherche les exemples sur le trône d'abord, puis parmi les grands hommes de l'ancienne loi : David, Job sont tour à tour appelés ^lar lui en témoignage. « Ce que je vous dis, continue-t-il, n'est pas pour vous humilier, mais pour que les exemples de ces rois vous engagent à enlevr^r ce péché du 'Souvenir de votre règne, et vous ne l'enlèverez point si vous n'humiliez pas votre âme devant Dieu. Vous êtes homme, la tentation est venue sur vous : surmonlez-la. Le péché ne s'enlève que par les larmes et la pénitence. Ni un ange ni un archange ne le pourraient effacer. C'est le Seigneur seul qui peut dire : Je suis avec vous. Je vous le conseille, je vous en prie, je vous y exhorte, je vous en conjure. C'est une trop grande douleur pour moi que vous qui donniez l'exemple d'une rare piété, qui faisiez voir sur le trône le modèle le plus

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