‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 80 sur 135 · Cod. Theod., xvi, t. 10, 1. li · texte numérisé non relu

Cod. Theod., xvi, t. 10, 1. li

. 2. Cod. Theod., xvi, t. 5, 1. 21.

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prêtre de son choix, nommé Évagre, sa dignité, ses préicnlions, et aussi la faveur dont il avait toujours joui auprès de Rome et des évêques d'Italie. Ambroise partageait celte prévention commune à tous ses compatriotes, et il en avait fait part à Théodose, qui revenait fort indécis, ne sachant trop quelle conduite tenir entre le respect qu'il éprouvait pour tout ce qui venait d'un tel conseiller, et les égards qu'il devait aux décisions d'un concile qu'il avait réuni lui-même. D'une part, en etîet, il était prêt dans son zèle nouveau à obéir à toutes les inspirations du confident de sa pénitence; de l'autre il respectait, dans le rival de Paulin, le vénélable intercesseur .qui avait épargné à Antioche le soit de Thessalonique, et à lui-même un meurtre de plus. 11 déploya pendant près de dix-huit mois un soin touchant et persévérant pour amener les deux partis à un accommodement honorable. Flavien fut mandé à la cour, et Théodose, embrassant presque ses pieds, le pria de se rendre à Rome pour expliquer ses droits au souverain pontife. Flavien s'excusa poliment, demanda du temps, et ne s'exécuta pas. Ambroise alors, à qui Théodose rendait régulièrement compte de ses embarras, imagina pour lui venir en aide un expédient plus conciliant encore, mais qui n'eut pas un meilleur succès. Les Occidentaux se réunirent d'eux-mêmes en concile à Capoue, et, évitant de se prononcer sur le fond du débat, déléguèrent la décision au patriarche d'Alexandrie, Théophile, que sa situation et les traditions

d'Athanase avaient maintenu clans une sorte de neutralité entre les deux partis. Théodose consentit encore à transmettre lui-même cette proposition à Flavien, qu'il fit venir une seconde fois auprès de lui, et qu'il assiégea de nouvelles instances. Mais il le trouva aussi intraitable que jamais. « Prenez tout de suite mon évêclié, Empereur, disait Flavien, et donnez-le à qui bon vous semble ; mais je ne soumettrai au jugement de mes égaux ni mon honneur, ni ma foi.» L'affaire n'avançait pas, et l'impatience commençait à gagner l'Occident; les lettres d'Ambroise devenaient pressantes et sévères pour Flavien : « Évagfe, écrivait-il, n'a rien à demander * Flavien a quelque chose à craindre : voilà pourquoi il refuse d'être jugé. Yeut-il donc se mettre seul en dehors de l'Église, de la communion de Rome et du commerce de ses frères? » L'embarras de l'empereur était cruel, quand un coup qui lui parut venir du ciel l'en tira subitement. Évagre mourut sans avoir eu le temps de désigner son successeur. La tradition épiscopale des dissidents fut ainsi interrompue après plus (te cinquante ans de durée, et, bien que leur sounnission ne fût ni immédiate ni complète, le schisme, désormais privé de direction comme d'avenir, cessa d'être un scandale et un danger pour l'Église*.

1. Tliéod., V, 23. — Soz., vu, 15. — Soc, v, 15. — S. Amb., Ep. LVi, p. 1000 : Non habet quod urgeat Evagrius, habet quod metuat Flavianus : ideoque refiigit examen... Solus exlex Flavianus... Solus exsors sacerdotalis conso-tii. — Le schisme dura à petit bruit à Antioclie après la mort d 'Évagre, et ce fut saint Jean Cbrjsostome,

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Rien ne troubla plus alors la joie' de Tliéodose : tout allait à souhait, et son cœur débordait d'allégresse. Il donna librement cours à ce sentiment dans une brillante cérémonie à laquelle tout Constantinople fut appelé à prendre pari. C'était la consécration d'une église pleine de magnificence, élevée en l'honneur de saint Jean-Baptiste dans le faubourg d'Hebdomon, aux portes de la ville impériale. Un sanctuaire avait élé préparé pour y recevoir la tête même de Jean-Baptiste, relique dont l'authenticité était plus que douteuse, mais qoî venait de faire l'objet de beaucoup de conversations populaires et môme d'un petit triomphe remporté sur l'hérésie. On racontait que ce chef précieux, miraculeusement sauvé par le zèle de quelques chrétiens au moment où la tombe du saint était violée par les satellites de Julien, avait été remis à l'empereur Valens, qui en avait fait don à des gens de sa suite. Depuis lors, la relique était restée dans un domaine voisin de Chalcédoine, confiée à la garde d'un prêtre et d'une vierge appartenant l'un et l'autre à l'erreur des semi- Ariens. Quand Théodose la fit redemander, ces dépositaires, d'un commun avis, refusèrent de s'en dessaisir : '( Qu'on vienne la prendre, dirent-ils : on verra que celui qui y touchera s'en repentira, et la sainte relique elle-même refusera de quitter les mains pieuses qui la gardent. » Le bruit se répandit, en effet, que l'écrin

élevé à la dignité d'évèque de Constantinople, qui opéra la réconciliation définitive entre Flavien et la partie dissidente de son troupeau. ^

OÙ les restes sacrés étaient renfermés, fielié dans le sol, n'en pouvait être détaché par aucune force humaine. Théodose, inquiet de l'elTet que produisait ce prétendu prodige, crut devoir se rendre sur les lieux lui-même; et, étendant sur le coffret un corn de sa robe de pourpre, il l'enleva d'une main ferme et l'emporta sans la moindre peine sous son bras. C'était donc sa conquête qu'il venait déposer lui-même dans l'église, a la grande joie des fidèles et à la confusion du petit nombre d'hérétiques obscurs qui pouvaient encore se cacher dans la foule. Ce qui compléta le triomphe fut l'abjuration publique du prêtre semi-arien qui avait d'abord résisté au désir de l'empereur, et qui crut devoir suivre, dil-ii, sa relique chérie partout où elle se laissait conduire. On espéra même un instant que la vierge en ferait autant, et Théodose s'employa personnellement à l'y décider; mais elle tint bon et resta dans son petit domaine, gouvernant avec sagesse d'autres filles vouées comme elle à tous les devoirs d'une piété égarée, mais sincère*.

L'enthousiasme pieux de Théodose était partagé de toutes parts autour de lui, et chacun célébrait avec effusion le jour enfin venu où l'Église et l'empire semblaient s'unir à jamais par un étroit embrassenient. « Le veau d'or est en poudre, s'écriait un orateur contemporain, les Israélites l'ont avalé. Ces mystères du

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