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surtout, on il se sentait sans défense, lui devenait odieuse : à tout prix il voulait partir et retourner en Italie, auprès d'Ambroise. Un instant il crut avoir trouvé un excellent prétexte de départ. Les barbares attaquaient l'illyrie. 11 annonça l'intention de franchir les Alpes pour aller à leur rencontre. Les ordres furent donnés, les journées de voyage distribuées, les logemeuls préparés sur la route, et tout l'appareil impérial envoyé en avant. Arbogast n'eut garde de s'opposer ouvertement à un dessein si généreux ; mais il fit naître retard sur retard, et comme en définitive les troupes dépendaient de lui, il n'y eut pas moyen de bouger sans son consentement.
Poussé à bout par ces délais, et de plus en plus inquiet, Valentinien voulut au moins avoir un ami auprès de lui. Sous prétexte qu'avant d'aller en guerre il fallait mettre ordre à sa conscience, il demanda à recevoir le baptême, et pria son ami Ambroise de venir lui-même administrer le sacrement. Ambroise hésita d'abord à quitter son poste et à paraître usurper, pour une mission de confiance et d'honneur, les prérogatives de ses confrères de Gaule. « Qu'avez-vons besoin de moi? tît-il répondre à la première demande. Vous ne manquez pas d'évêques en Gaule. » Nouvelle lettre et nouvelle instance. « Venez au plus vite, » écrivait l'empereur. » Et pour s'assurer que la lettre serait remise, il la confia à un messager de sa garde personnelle, qu'il choisit lui-même parmi les Silentiaires,
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et qui eut ordre de ne laisser la missive qu'en mains propres. Prévoyant cependant le cas où, malgré cette précaution, elle tomberait entre les mains de son surveillant, il avait ajouté ces paroles : « Venez, vous me servirez de garant de ma bonne foi auprès du comle, qui veut toujours douter de mon amitié pour lui^ »
A peine la lettre était-elle partie qu'il aurait déjà voulu en avoir la réi^nse. Son impatience croissait d'heure en heure. Le soir en se couchant, le matin en s'éveillant, sa première comme sa dernière question était toujours : « Le Silenliaire est-il revenu? » Mais quelqu'un était encore plus pressé que lui, et avait juré qu'Âmbroise n'arriverait pas à temps. Le treizième jour après le départ de la lettre, comme le jeune homme faisait seul sa promenade sur les bords du Rhône, les gens de sa suite s'étant éloignés pour aller prendre leur repas, des assassins inconnus se précipitèrent sur lui, l'étranglèrent de leurs mains, suspendirent son cadavre à des arbres voisins, et disparurent. Des soldats qui montaient la garde à quelques pas de là entendirent ses cris, mais arrivèrent trop lard, peut-être parce qu'ils ne coururent pas assez vite. Ils prétendirent avoir distingué ces mots : « Ah! mes pauvres sœurs! » Ainsi finit brusquement cette pure,
1. s. Amh., de Obifu Val., p. 1180 et suîv., 22, 24, 25, 26. Securus veniae, dum dies subduco, adventus tui iter lego, ecce re gcriptum accipio ut sine mora pergendiim putarem,eo quod vadcm fidei tuœ habore me apud comitem tuiini velles.
noble et triste existence. Valentmien venait d'accomplir ses vingt ans, dont il avait nominalement régné plus de seize. Règne dérisoire et misérable enfance traînée entre les intrigues des cours et les périls des camps, sans avoir connu ni un éclair de joie, ni un jour de paix ^
L'horrible nouvelle se répandit aussitôt, mais sans bruit, sans trouble, sans aucun de ces spectacles d'émotion publique ou militaire dont ce genre d'événement, si fréquent dans l'empire, était généralement accompagné. Arbogast restant maître le lendemain comme la veille, rien ne fut changé à l'ordre extérieur. Il fut établi que le jeune prince s'était tué lui-même dans un accès de folie pareil, dirent les amis d'Arbogast, à celui dont il avait donné le spectacle au dernier consistoire public. Cette version ofTicielle fut répétée par tout le monde sans être crue par personne. Au fond le regret était général, bien que contenu. Tant de jeunesse, tant de vertus naissantes, de si heureuses espérances tranchées par un si sombre attentat! Le meurtrier, qu'aucune bouche ne nommait, se sentait désigné par tous les regards. Pour en finir plus vite avec une situation
i. p. Orose, VII, 35. — Philost., loc. cit. — Soc, v, 25. — Soz., MI, 22. — Rufin, II, 31. — S. Amb., de Obitu Val. Nous avons suivi pour les détails le récit de Zosime et celui de Philostorge, qui paraissent les plus vraisemblables. 11 est certain que le récit qui imputa la mort du jeune homme à un suicide fut répandu en Gaule par les soins d'Arbogast, et trouva loin du théâtre du crime assez de créance pour que quelques écrivains, tels que Rufin et même saint Augustin dans un passage de la Cité de Dieu (v, 26), le mentionnent comme n'étant pas absolument dénué de vraisemblance.
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dont il sentait l'embarras, Arbogast décida que le corps serait transporté sans délai à Milan, afin d'y recevoir les honneurs funèbres.
Le cortège partit et, à mesure qu'il s'éloignait du lieu du crime, la douleur publique se donnait sur son passage plus librement carrière. Les populations accouraient en foule, le visage baigné de larmes. L'émotion fut surtout portée au comble aux approches de Milan. Là, on attendait le prince lui-même qu'Ambroise, parti peu de jours auparavant, avait promis de ramener à la tête de son armée. Au lieu de ce retour, dont on s'était proposé de faire un triomphe, on vit rentrer l'évêque éperdu, qu'un messager avait arrêté à temps au moment où il franchissait les Alpes, et qui, véritablement abîmé dans la douleur, ne voulait plus montrer son visage en public. Puis arriva le funèbre convoi luimême : les deux jeunes princesses, objets de la tendresse et des dernières pensées de l'illustre mort, se précipitèrent à sa rencontre, les cheveux épars, et poussant des clameurs lugubres qui arrachaient des larmes de tous les yeux. Elles se jetèrent en sanglotant sur cette dépouille chérie, et ne voulurent plus la quitter. Elles s'établirent auprès du cercueil, dans une chapelle où ces tristes restes furent déposés en attendant le retour d'un courrier qui fut envoyé à Théodose pour le prier de régler lui-même le cérémonial des funérailles *.