s. Amb., Ep. LU, p
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qui se senlaient monacés s'étaient d'avance réfugiés. Dans le nombre étaient les enfants d'Eugène et ceux d'Arbogast, qui avaient cherché l'asile du sanctuaire, quoiqu'ils n'eussent pas reçu encore le signe sacré .du christianisme. Théodose ordonna qu'on saisit ■cette occasion pour les enrôler sous les lois du Christ ; il leur conserva tous leurs biens et leur promit son afîection. Le fils de Flavien, païen comme lui, ne fut pas plus mal' raité. L'enthousiasme causé par cette application inatlendue de toutes les maximes évangéliques fut au comble, surtout chez les vaincus. Leur voix s'éleva plus haut que celle des vainqueurs le jour où Théodose, accompagné d'Ambroise, qui élait venu à sa rencontre, fit son entrée triomphale dans Milan. Les deux cultes célébrèrent à l'envi toutes les circonstances prodigieuses de la victoire, et peut-être les païens, plus disposés par leur croyance même à reconnaître dans les forces physi(}iies de la nature l'action directe de la puissance divine , étaient-ils les plus pressés à proclamer le secours inattendu que los éléments étaient venus apporter aux efforts du héros.
« Prince véritablement chéri des dieux, disait quelques années plus tard encore un poète païen, à qui Éole, du fond de son antre, envoie l'armée de ses tempêtes, pour qui l'éther combat, et qui fait ac( ourir 1^ vents sous ses étendards, au son de sa trompette! » Et il ajoutait : « Prince clément, qui met fin à la haine lo
même jour qu'aux combats, et dont il est heureux d'être le prisonnier *. »
Seul, au milieu de l'ivresse générale, Théodose gardait une gravité mélancolique. Soit que les tristes présages mêlés aux prédictions de la victoire par le solitaire de la Thébaïde eussent laissé leur ombre dans son esprit, soit qu'il sentît déjà le poids d'un mal secrètement engendré dans ses organes, et accru par les fatigues de l'expédition, soit détachement d'une âme chrétienne à qui la' terre, même avec la parure de la gloire, ne suffit plus, il paraissait jouir sans entraînement et presque sans goût de ce comble de rénommée et de fortune. Sans perdre un jour, il ordonna qu'on fît venir de Constantinople son fils Honorius, et, en l'attendant, par un scrupule de dévotion raffinée, il voulut se priver de ses plus chères consolations spirituelles en s'abstenant de l'approche des sacrements. Il lui semblait que sitôt après une bataille, auteur, sinon coupable, de la mort de tant d'hommes, il ne pouvait être admis au festin de Dieu. La seule odeur du sang, même légitimement versé, le reportant par une pénible association d'idées vers le souvenir d'autres meurtres, lui causait un trouble involontaire.
En toute hâte le jeune prince arriva conduit par sa
1. s. Amb., Ep. Lxi, Lxii; Vit. a Paul, script., p. 9. — P. Orose, va, 35. — S. Aug., de Civ. Dei, v, 2G. — Claud., de lert. cons. Hon., V, 02 et suiv. ; quart, cons., v, 110, 116.
Odiis idem qui terminus armis :
Profuit, hoc vincente, capi.
tante Séréna, lemme de Stilicon, et accompagné de sa petite sœur Placidie, encore dans les langes, seul enfant qui fût resté à Théodose de son union si courte avec Galla. Le cortège royal laissa Constantinople dajis la joie, et sur la route des fêtes saluèrent partout son passage. Mais l'arrivée à Milan, dans les premiers jours de 395, fut plus sombre. De graves accidents, des secousses fréquentes de tremblement de terre, des orages effroyables, étaient venus mêler au bonheur public de sinistres présages et des malheurs privés. De plus l'empereur était décidément malade, et déjà on savait que son mal, d'une gravité reconnue, était une hydropisie de poitrine.
Depuis plusieurs jours, il gardait le lit. La vue de ces êtres chéris le ranima. 11 se leva, se rendit avec eux à l'église, où il les remit solennellement aux mains d'Ambroise, pendant que lui-même recevait le pain céleste dont il s'était privé si longtemps.
Puis il se mil à l'œuvre pour régler les alTaires d'État avec la ferme résolution d'un mourant. Le partage de l'empire était déjà chose arrêtée et connue de tous. Arcadius avait l'Orient, Honorius l'Occident. Auprès de chacun il plaçait un tuteur : c'était le préfet du prétoire Rufin à Constantinople; à Milan, le général Stilicon, allié de la famille impériale : tous deux chrétiens de nom, mais tous deux atteints de tous les vices des cours, tous deux cachant, sous les apparences du dévouement, le feu intérieur d'ambition qui les dévo-
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rail. Théodosc coiiiirniîi par un acte nouveau l'aïunislie qu'il avait donnée à Milan, les remises d'imitôts qu'il avait faites à Constantinople. Son principal soin paraissait être de laisser tout en paix après lui, et sa pensée parcourait successivement tous les points de l'empire pour cliercher s'il n'y laissait pas subsister quelque occasion de trouble. Ainsi, une députalion d'évêques d'Occident lui étant venue présenter ses liommages, il se plaignit à eux que leur hostilité contre révoque d'Anlioche durât toujours, bien que la mort de Paulin et de ses successeurs n'y laissât véritablement aucun prétexte. « Mettez-y ordre, je vous en prie, leur dit-il paternellement; ces discordes affligent riiglise. » Et il ne les laissa partir qu'après avoir obtenu d'eux la promesse de faire le sacrifice de leurs ressentiments*.
Une autre députation l'attendait, qui ne manquait jamais après aucune victoire : c'était celle du sénat de Rome conduite par les deux consuls que Tliéodose luimême venait de désigner, Anicius Olybrius et Anicius Probinus, fils tous deux du fameux préfet du prétoire Probus et élevés sous ses yeux par la sainte Anicie. La seule désignation de ces deux rejetons de la première maison chrétienne de Rome, pour inaugurer ensemble ^ les fastes consulaires de la nouvelle année, attestait
1. Soc, V, 26. — Soz., VIT, 29. — Philo t., xi, 2. — Tliéod., ^ V, 23-25. — S. Amb., Vit. a Paul, scri})!., p. ix ; de Obit. Theod., p. \liiK >
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assez au sénat dans quel sens Théodose entendait désormais qu'il eût à marcher. Claudien, ami el client de la famille Probus, eut beau, en célébrant ce nouvel honneur, mettre successivement les jeunes magistrats sous le palronage de Itellone, de Phœbus, de Mars, de Yénus et des Nymphes : personne autour d'eux ne s'y méprit et ne vit dans le choix de l'empereur autre ciiose que la volonté de consacrer solennellement au Christ tout ce qui restait des souvenirs de la république. Tels étaient cependant l'attrait d'une cour et le besoin impérieux qui poussait toujours un sénateur à se rapprocher d'un empereur, qu'un très-grand nombre ' de patriciens païens accompagnèrent les nouveaux consuls dans leur visite à Milan. Théodose les fit entrer et leur tint un langage d'une sévérité mélancolique.: « Jusques à quand donc tarderez-vous, leur dit-il, à embrasser cette foi qui seule nous promet la délivrance de tous nos péchés? » Les sénateurs, ainsi directement interpellés, se récrièrent, alléguant l'antiquité de leur religion : « C'est par elle, osèrent-iis dire., que depuis douze cents ans Rome subsiste invaincue. Si Rome quitte les dieux qui l'ont protégée, qui sait ce qu'elle deviendra? » Théodose n'insista pas. 11 n'était ni de force ni d'humeur à soutenir une discussion théologique. Mais il leur déclara sèchement qu'ils n'eussent désormais plus à compter, pour l'entretien d'aucun temple, sur les subventions du trésor public. Les pauvi'cs païens, sentant bien qu'avec les
sources du trésor tariraient aussi celles de la piété des fidèles, répondirent tristement : « Mais si ce n'est pas ie trésor qui soutient le culte, le culte ne sera donc plus celui de l'empire, » et ils se retirèrent en baissant la tète. Stilicon fut chargé de les reconduire à Rome et de donner le commentaire des paroles de Tempereur. Il le fit en effet, et non sans quelque brulalilé, s'il est vrai, comme le raconte Zosime, qu'il mit les temples au pillage, enlevant, soit pour le compte de l'Etat, soit pour son compte personnel les richesses qui s'y trouvaient ; s'il est vrai en particulier que sa femme Séréna, visitant un temple de Vesta, ôta sans scrupule du cou de la déesse un collier de brillants et le passa au sien, malgré la résistance d'une vieille vestale qui la poursuivit de ses imprécations *.
Au milieu de ces occupations diverses auxquelles Théodose présidait avec calme, la maladie le gagnait de jour en jour. Mais, soit que son parti fut pris de ne
1. Zos., IV, 59;v, 38; — Idac. — Pnid., confra Symmac]nim,y,{JQ2 et suiv. — Zosime affirme que Théodose se rendit à Rome après sa victoire, et que ce fut là qu'eut lieu l'entretien avec les sénateurs; et le poëte Prudence semble, nous l'avons vu, confirmer cette assertion, puisqu'il met dans la bouche de Théodose un long discours tenu en plein sénat. Mais les dates, comme l'ont fait très-bien remarquer Tilleniont et Pagi, se refusent à la possibilité d'un tel voyage, et entre le 6 septembre, jour de la victoire, et le 15 janvier 3U5, jour de la mort de Théodose, on ne peut placer le temps d'un voyage impérial à Rome et d'un retour à Milan. Le récit de Prudence, amplifié à la manière poétique, doit être rapporté, comme nous l'avons vu, au voyage fait à Rome par Théodose dans l'année 389.
2. A. D. 31)5. — Indictio. vm. — U. C. 1148. -• Anicius Olybrius €t ,\nic.i is Probinus, Coss.
pas s'en apercevoir et de mourir debout, soit que ses douleurs ne fussent pas accrues dans la même proportion que la gravité du mal, il ne voulut rien interrompre, pas même les fêtes qui conlinuaient à célébrer ses victoires et l'arrivée du nouvel Auguste en Occident. Le 16 janvier il devait, après son dîner, assister à une course de chevaux : il se mit à table avec quelque appétit, mais à peine fut-il assis qu'un étoufîement le saisit, et il ne put achever le repas. Il insista cependant pour que le jeune prince allât présider la course. Dans la nuit, l'état s'aggrava et la respiration, de plus en plus courte, fut enfin tout à fait supprimée. H expira le 17 au matin, et ceux qui veillaient à son chevet crurent entendre errer sur ses lèvres le nom d'Amfbroise. Il n'avait que cinquante ans, et n'en avait régné que seize.
La douleur publique fut extrême et mêlée d'une confuse angoisse. De la hauteur où venait de le porter et de l'établir, avec une solidité apparente, un grand capitaine, l'empire se sentait de nouveau retombé aux mains de deux enfants gouvernés par deux ambitieux. On ne pouvait donc plus respirer, même un jour : c'était à désespérer. Le désenchantement fut d'autant plus profond qu'un instant la confiance était rentrée avec une vivacité depuis longtemps ignorée dans le cœur de ces générations ordinairement lasses et dégoûtées d'elles-mêmes. La foi de Théodose et celle d'Ambroise, confirmée par la fortune, avait été contagieuse.
On s'était pris à penser avec ces fermes croyaiUs que la cauî-e des maux persistants de l'empire était enfin découverte et pourrait être détournée, et que les épreuves de l'empire allaient cesser avec l'hommage rendu pan' lui à la majesté du Dieu unique. On se flattait que Rome, retrempée par une foi nouvelle, allait renaîti-e à sa vieille gloire. On comptait avec reconnaissance les signes de la bénédiction; divine, déjà marqués sur le front de Théodose. Cet espoir était trompé. L'empereur chrétien, l'empereur orthodoxe, celui qui avait fait de riïlvangile la^ loi. unique: de l'État et donation complète au Christ de son pouvoir, périssait, comme un autre, par une mort qui l'enlevait à moitié de son âge et de son œuvre. Il abandonnait, comme un autre, sa famille et ses sujets aux intrigues des cours et aux menaces des barbares. La voie inconnue où Rome s'avançait désormais, loin de ses dieux pénates et des tombeaux de ses pères, était donc, aussi bien que toute autre, couverte d'un sable mouvant où le pied même d'un héros ne pouvait fixer son empreinte. Les^ païens ti'iomphaient tout bas de cette impuissance commune à la nouvelle comme aux anciennes divinités. Au moins, eux, ils étaient restés fidèles à leurs souvenirs. Mais ceux qui, pour suivre la fortune, avaient trahi le j)assé, se sentaient honteux de n'avoir acheté à ce prix ni la paix du présent ni la sécurité de l'avenir.
Ce sentiment de dégoût et de doute était écrit sur bien des visages, 'orsque le quarantième jour anrès la
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mort (le Tliéodose la foule accourut à l'église pour rendre un dernier liommage à sa dépouille mortelle avant le départ du convoi qui devait l'emmener à Constantinople. Ambroise célébra le saint sacrifice, puis, se retournant vers le peuple, il prit la parole. Lui aussi était trompé dans toutes ses espérances humaines. A lui aussi, pour la troisième fois en vingt ans, le rêve patriotique de sa vie échappait au moment où il croyait le saisir. Il perdait un ami, un grand homme qui avait porté la couronne, comme lui-même portait la croix, avec une humilité fervente, qui avait compris, partagé, qui réalisait de jour en; jour les vues idéales de sa politique. Mais la foi d'Ambroise, bien qu'intimement unie dans son âme à sa piété filiale envers Rome, était pourtant reliée au ciel par une chaîiie que ne pouvait briser aucun événement humain. Dieu parlait, Dieu frappait, c'en était assez : il fallait se soumettre, se confier, et bénir. C'est cette ferme assurance qu'il sut faire passer dans les cœurs , en les élevant audessus- de la terre sans les détacher de la patrie.
« Voilà donc, dit-il, ce; que nous annonçaient ces profondes secousses de la terre,, ces inondations des eaux du. ciel, celte épaisseur étrange des ténèbres qui nous environnaient. C'est que Théodose devait quitter la terre; les éléments pleuraient son départ... Et comment le monde n'aurait-il pas pleuré de se voir enlevei' un prince par qui étaient adoucies lès rigueurs de la condition terrestre?... Il nous a donc quittés, ce grand
empereur; mais, ajouta l'orateur en montrant du doigt le jeune Auguste qui présidait à la cérémonie funèbre, il ne nous a pas quittés tout entier; il nous a laissé ses enfants, en qui nous devons le reconnaître, en qui nous le voyons et le possédons encore... Ne soyez point émus par la jeunesse de leur âge : la foi des soldats complète ce qui manque à l'âge de l'empereur. Et réciproquement c'est la foi de l'empereur qui fait le courage des soldats ^
« C'est la foi de Théodose qui vous a donné la victoire : qu'à son tour votre foi so't la force de ses lils... Abraham, lorsqu'il a engendré, Sarah, lorsqu'elle enfanta dans sa vieillesse, n'ont pas considéré quel était leur âge. Comment seriez-vous surpris que la foi vienne en aide à l'âge, puisque la foi est faite pour représenter les choses à venir? Qu'est-ce que la foi, sinon la substance des choses qu'on espère? Ainsi nous l'enseigne l'Écriture. Mais si la foi prête un corps à ce que nous espérons, combien plus à ce que nous voyons!... Et il n'est pas rare que ce soit précisément dans la mort que la foi triomphe. N'est-ce pas la vertu des martyrs qui tourmente chaque jour l'ennemi du genre humain et ses légions?... Efforçons-nous donc, nous qui jouissons encore du bienfait de la vie, de ne point être ingrats; rendons aux gages que nous a laissés
1. s. Amb., de Obit. Tlieod., p. 1197 et suiv.: Nec nioveat aetas: fides militum imperatoris perfecta est aetas... Reciproca hœc : quia et fides imperatoris militum virtns est.
le pieux empereur une affection tendre et paternelle. Payons aux fils ce que nous devons au père. Yous lui devez plus mort que vous ne lui deviez vivant. Si même dans une famille privée, c'est un grand crime de violer le droit des mineurs, que serait-ce quand il s'agit des fils d'un empereur?... Et qui peut douter que le Dieu tout-puissant leur serve d'appui? Avec l'aiile de ce Dieu, l'empereur Arcadius est déjà tout florissant de jeunesse ; Honorius frappe aux portes de l'adolescence, plus avancé en âge que n'était Josias qui, venu au trône orphelin comme lui, a vu la trente et unième année de son règne, et a plu à Dieu plus que tous les autres rois d'Israël, parce qu'il a célébré la Pâque du Seigneur et aboli les erreurs des cérémonies idolâtres. »
L'éloge des vertus du défunt était le thème obligé qui devait suivre; mais parmi ces vertus Ambroise fit choix, pour les célébrer, non de celles qui avaient brillé aux yeux des hommes, mais de celles dont l'orgueil de plus d'un de ses conseillers avait parfois rougi : son humilité, sa promptitude au repentir, sa soumission au moindre vœu de rÉgliso. u Je l'ai aimé, dit-il, se mettant hardiment en scène lui-même, j'ai aimé cet homme miséricordieux et humble dans l'exercice du pouvoir, d'un cœur pur et d'une âme douce, tel que Dieu les aime quand il dit : Sur qui me reposerai-je, sinon sur celui qui est humble et doux? J'ai aimé cet homme qui, préférant être accusé à être flatté, a su vî. 27
un jour jeter à terre tous ses insignes royaux, pleurer sQXi péché dans l'église , clemander grâce, par ses gémissements et ses larmes. Ce qui fait rougir des particuliers, la pénitence publique, n'a pas fait rougir cet empereur, et depuis ce jour aucun autre ne s'est écoulé sans qu'il ait pleuré son erreur.. J'ai aimé cet liomuie qui, daBs son dernier soupir, m'appelait encore, qui, aji moment de, sortir de la vie, s'occupait plus de l'état de l'Église que de son. propre péril. Je l'ai aimé, je l'avoue, et voilà ix)urq^^ioi je le pleure du fond de moi^ cid.railles. Je l'ai aimé,, et j'espère de mon Dieu qu'il accueillera la voix de la prière par laquelle i,e m'elîorce de suivre cette âme pieuse'. »
« Oui, » poursuit l'orateur,, comme si le ciel s'ouvrait à ses yeux, et comme s'il apercevait au pied du trône divin tous les souverains chrétiens, et s'il entendait s'élever du.foad des enfers les gémissements de tous leui's ennemis : « Oui, Théoclose repose maintenant dansla lumière et triomphe dans le cliœur . des saints. 11 y embrasse Gratien, qui ne pleure plus ses blessures puisqu*il a trouvé un vengeur... Au contraire, Maxime et Eugène sont plongés dans l'abîme des ténèbres, montrant par leur exemple miséjable combien il est dangereux d'attaquer ses princes par les armes... Oui, c'est à cette heure que l'auguste Théodose sait ce que c'est que régner, maintenant
1. Ibid., p. 120C-1207 : Dilexi et prsesumo de Domino quod suscipiat vocem orationis meae qua prosequor animam piam
qu'il règne avec Jésus-Clirist. C'est maintenant qu'il est roi, quand il reçoit dans ses bras son fils, sa fille Pulchérie, doux gages de l'amour conjugal qu'il avait perdus, quand il embrasse son épouse Flaccille, cette âme restée fidèle à Dieu, quand il se félicite de retrouver son père, et quand il s'assied à côté de Constantin ^ »
L'auditoire peut-être ne s'attendait guère à voir apparaître, au milieu de l'énumération de tant d'êtres chéris retrouvés au ciel, l'image oubliée du grand Constantin, que Théodose n'avait ni servi ni connu; mais Ambroise usait à dessein de cette audace oratoire pour rattacher l'un à l'autre, comme les deux extrémités d'une même chaîne, le fondateur et le consommateur de l'empire chrétien. Ce que Constantin avait commencé, Théodose venait de l'achever : il fallait les montrer ensemble au pied du trône de Dieu, et entre eux, présentée par eux, convertie par eux, Rome elle-même, catéchumène et pénitente, lavée du sang des martyrs par l'eau du baptême.
A la vérité, bien différent de Théodose, Constantin, souillé comme lui d'une tache sanglante, n'avait à offrir à la justice de Dieu et de la postérité, ni les mêmes excuses, ni la même expiation. Son bras n'avait pas été armé par la sévérité légale du juge, son front ne s'était pas courbé dans la poussière de la pénitence.