Seconde partie, t. i, p
pouvoir et de partage dans l'obéissance. Mais le Dieu jaloux prit soin de la renommée de son épouse. Pour épargner' à l'Église l'ombre même d'une complicité adultère dans la servitude, il laissa dévier la foi de ceux dont la conscience avait fléchi. Ces prélats prévaricateurs devinrent hérétiques en même temps que courtisans. On dirait qu'ils avaient senti eux-mêmes que, pour plier la vérité au régime des cours, il faut la mélanger d'erreur, de même que le fondeur verse le cuivre dans l'or pour le travailler plus à l'aise. L'Arianisme fut l'alliage qui se laissa façonner en mille symboles différents sous les doigts d'un empereur. La dernière forme , et la plus étrange que lui imprima ainsi le caprice du souverain, fut cette formule équivoque de Rimini, qui ne satisfit personne, pas plus la foi des simples que la science des doctes, qui ne présentait dans le vague assemblage de ses syllabes aucun sens bien défini, et que Constance décréta sans se mettre en peine ni de l'expliquer ni de la comprendre. Païens, chrétiens, chacun dut croire comme Constance, sans que Constance prît soin de dire ni de savoir ce qu'il croyait ^
Dans le cours de cette fantaisie sacrilège, il y eut un moment où l'empereur de Rome eut la déplorable fortune d'être secondé par la défaillance passagère de révêque de Rome 2; et ce jour-là, tenant la tête de
i. Seconde partie, t. r, p. 440 etsuiv. 2. Seconde partie, t. i, p. 385 et suiv.
438 RÉSUiMÉ ET CONCLUSION.
rÉglise courbée sous sa main, il crut avoir porté l'unité du pouvoir à sa dernière expression. Sotte présomption, qui n'atlendit pa^s longtemps son cliâtiment. Ce ne fut pas l'unité, mais la contusion qui fut portée au comble. Un moment d'angoisse inexprimable suivit, où la conscience chrétienne désespéra d'elle-même, cherchant vainement sa voie dans les ténèbres, trouvant le caprice de l'homme assis là où devait régner la loi de Dieu, et sentant la tyrannie se glisser jusqu'à ces régions intimes de l'àme dont l'Évangile lui avait promis de défendre- l'entrée. « Le monde, dit saint Jérôme, étonné d'être arien, poussa un gémissement.» C'était le cri d'elTroi de la liberté morale, qui, surprise et forcée dans ses derniers retranchements, s'enfuit au désert avec Athanase *,
Au milieu de ce désordre où il ne se reconnaissait pins lui-même, Constance fut subitement retiré de la terre. « La bête meurt, dit le même saint Jérôme, et le calme renaît. » Ce calme» c'était le retour du vieux despotisme païen remontant sur le trône dans la pers0.une de Julien. Jérôme avait raison : l'Église respira en retrouvant son ancien ennemi. Au moins celui-là poUait son étiquette sur le front : on pouvait le regarder et le haïr en face; avec lui le péril et le devoir étaient également clairs. Julien trouvant la foi chrétienne qui se débattait dans l'ombre où l'avait égurca