‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 2)Chapitre 95 sur 135 · Seconde partie, t. i, p · texte numérisé non relu

Seconde partie, t. i, p

Constance, \m rendit le service qne le héros d'Homère (lemandait à ses dieux : il fit renaître le jour avant d'engager le combat ^

De l'apostasie de Julien et de la chute de Libère a la pénitence de Théodose qui croirait que trente années seulement se sont écoulées? La mobilité ordinaire des caractères et des événements humains n'explique point à elle seule comment un si court intervalle put suffire pour que le s[>ectacle d'un pape intimidé par un empereur ait fait place à c^iui d'un vainqueur couronné sollicitant de la bouche d'un évéque sa sentence et son pardon. Pour opérer une telle révolution dans les esprits, et dans la balance des pouvoirs qui se partageaient l'obéissance des peuples une telle altération d'équilibre, il n'a pas fallu moins que le concours de tous les maux qui peuvent châtier l'orgueil humain. Dans le cours de ces six lustres, l'avènement et la chute, également imprévus, rapi<les et sanglants, de six empereurs successifs; paraii ces souverains d'un jour deux périssant au milieu d'une révolte victorieuse, et l'un de ceux-là sous le fer d'un assassin^-, deux autres, à la tête de leurs armées, frappés d'un de ces maux subits qui éclatent comme la foudre'; deux enfin ensevelis dans le désastre des armées romaines *; l'insurrection

i. Seconde partie, t. ii, p. 109 et suiv.

2. Seconde partie, t. ii, p. 109. — Troisième partie, t. ii, p. 49.

3. Seconde partie, t. u, p. 402. — Troisième partie, t. i, p. 282.

4. Seconde partie, t. ii, p. 402. — Troisième partie, t. i, p. 341.

et l'invasion toujours menaçantes ensemble ou séparément, et renaissantes aussitôt qu'écrasées; les bornes (le l'empire resserrées par une capitulation humiliante, et sa capitale ouverte aux insultes des Barbares; des vieux ennemis, les Perses et les Goths, ravivés par des triomphes inespérés, tandis que derrière la rive du . Danube se dessine l'atTreux profil de visages inconnus ♦; enfin ce désordre à mille faces, venant peser partout par la misère et par l'impôt sur les parties souffrantes de la société ; les campagnes et les cités, les colons et les curiales de plus en plus ruinés et toujours payant, tour à tour pressurés pour subvenir à la défense de l'empire ou livrés au pillage par ses revers, et ne sachant qui leur est plus à craindre du fisc ou de la conquête, de la rapine organisée ou de la rapine irrégulière, de leurs envahisseurs ou de leurs protecteurs : voilà par quelles leçons douloureuses les contemporains de Théodose apprirent à ne plus compter sur leur maître, et ce maître à son tour à ne plus compter sur lui-même. Dans ce conflit de maux conjurés, l'Église offrait pour chaque sorte de souffrance une variété particulière de consolation et d'espérance. Gémissait-on des fléaux infligés par le courroux céleste? l'Église avait des prières pour le désarmer. Accusait-on la sottise ou les crimes des hommes? l'Église avait des grâces pour en tempérer les elîets. C'était

1. Seconde partie, t. ii, p. 427. — Troisième partie, t, i, p. 31i.

le Dieu de l'Église qui avait donné à Théodose le génie et la victoire, pour réparer la cruelle ineptie de Yalens. Vainqueur, c'étaient encore les ministres de l'Église qui lui inspiraient la clémence. Ainsi les esprits étaient partout suspendus dans un mélange d'attente et de reconnaissance qui précipita enfin toute une génération au pied de l'autel d'où, dans un jour à jamais mémorable, Ambroise fit monter le sacrifice et descendre le pardon.

11 n'en est pas moins vrai que ce jour-là, le jour où l'Église intervint ouvertement entre un maître irrité et des sujets rebelles, et fit justice elle-même du premier justicier de l'empire, l'assiette du pouvoir suprême fut déplacée à tous les yeux. Le souverain politique, ennemi de l'Église pendant trois siècles, devenu son allié avec Constantin en voulant rester son égal, prétendant la dominer avec Constance, lui céda définitivement le pas avec Théodose et se contenta du second rang dans le monde. Ambroise caractérisa lui-même par une for(c expression ces rapports nouveaux des deux pouvoirs qu'il avait plus que personne contribué à faire prévaloir : « L'Église, dit-il, n'est pas dans l'empire : c'est l'empereur qui est dans l'Église*. » Tout le droit public du moyen âge va sortir, par une interprétation élastique, de cet axiome dont Grégoire YII et Innocent III ne seront que les derniers et hardis commentateurs. Ce seront les événements d'ailleurs et surtout les malheurs

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