Troisième partie, t. ii, p
publics qui se chargeront, api es avoir dégagé le principe, de le pousser, de siècle eu siècle et de corollaire en corollaire, jiiequ'à ee« conséquences extrêmes ou forcées. Le moment va venir où, dans la confusion univereelle, il ne sera plus question de distinguer, comme J'nvait prescrit l'Évangile, le domaine propre à César de celui que Dieu s'est réservé pour lui seul. La ligne de démarcation deviendra surtout inqiossible à reconnaître quand César lui-même aura disparu et que les fragments de son pouvoir \olant en éclats seront recueillis par les roitelets de quelques tribus barbaces. Les droits de l'Égiise s'étendront alors dans Ja mesure de ses devoirs, de la faiblesse des gouveme- Dienls humains et de la souffrance des peuples. A sa tâche éternelle de guider les âmes vers le ciel elle joindra une dictature politique conférée, à îa mode de Rome antique, par le consentement populaire, pour iiviser au salut de la république humaine.
A ces trois étatf» d'égaUté, de suprématie et de subordination par lesquels on voit successivement passer les rapports des empereurs chrétiens du j IV* siècle avec l'Église, correspond dans le sein do l'Église eHe-même une série d'illustres évoques dont la grandeur pareille et le génie différent sont appropriés, par une sagesse suprême, à la diversité des situations. Alhanase, Basile et Ambroise se suivent dans l'admiralioii des cbrétiens et manquent, chacun par son caractère propre et par un trail particulier de sa pliysiouo- ■
RÉSUMiÉ ET COriCLUSION. ii^
mie, une des phases du mouvement qu'ils précipiten-t et qui les entraîne.
Atlianase paraît le premier et fait lace à Constantin. A la vérité, son attitude n'est point celle qui, au premier momeEt, semblerait convenir pour célébrer dignement la paix rendue à l'Église; car dans un pontilicat de plus de cinquante années, cet infatigable champion ée la vérité ne cesse pas de rester armé pour la lutte. 11 semble qu'un grand corps, comme l'épiscopat chrétien, appelé pour la première fois à s'approcher du trône, aurait eu besoin d'être iiîitié à l'art complexe de la politique par quelqu'un de ces esprits faciles et variés dont l'adresse sait ménager la bienveillance d'un souverain, en fixant ses incertitudes et en dissipant ses ombrages. On cherche ces qualités sans les trouver dans l'àme plus ferme que souple, dans l'intelligence plus vigoureuse qu'étendue, dans l'ardeur guerrière, dans l'éloquence toute polémique de l'évêque d'Alexandrie. Imumable représentant de la tradition, Athanase veille à son mahitien comme une sentinelle ; mais tout entier à la consigne, il ne porte même pas ses regards au delà de la frontière qu'il a pris à charge de défendre. Cette amitié des princes dont autour de lui tant de ses frères dans l'épiscopat font déjà un chai^itable emploi ou un égoïste abus, le laisse insensible, et c'est tout au ipilius s'il n'en est pas importuné. Objet tour à tour oie faveur ou de disgrâce, à peine s'il s'aperçoit, et il ne s'affecte nullement de ces alternatives. Il oppose aux
caresses de Constant et de Jovien le même regard froid qu'aux menaces de Constance *. En un mot, du rôle nouveau que peut assigner aux dépositaires de la puissance spirituelle la confiance impériale, Athanase prend si peu de souci qu'on peut douter s'il en a bien le sentiment et l'intelligence.
La suite des événements ne tarde pas à faire comprendre que celte ignorance, ou, pour parler avec plus de discernement et de respect, cette indifférence d'Athanase, fut précisément le mérite qui lui permit d'assurer au christianisme tous les fruits d'une victoire acquise, en le préservant des périls du lendemain. Au moment où une loi inexorable de salut public précipitait l'État dans les bras de l'Église, Dieu ne pouvait faire à ses serviteurs de don plus précieux que celui de celte grande âme, élevée au-dessus des séductions comme des menaces, et aussi éloignée d'être éblouie par le prestige de l'amitié des rois qu'inlimidée par leur colère. Précisément parce qu'une confusion apparente, et parfois réelle, allait s'établir entre les pouvoirs politique et spirituel se prêtant mutuellement plus d'une de leurs attributions, il importait qu'une main à la fois froide et ferme fixât la limite que ce concours et cet échange ne pourraient, du côté de l'Église du moins, jamais dépasser. Précisément parce qu'on allait voir des évoques faire et défaire des rois, il importait d'établir que