Luc. Cal, Op., p
Ï.A PEKSKCL'TIO.X ARIKXXK. 3o3
traces de cet esprit trop véhément qui le mit plus tard lui-même aux pi i>es avec Lucifer, il n'hésita pas, devant tant décourage et dans un tel péril à lui envoyer ses félicitations. Il l'appelait : « 0 véritable Lucifer, qui portes le flambeau de la vérité et le mets sur le chandelier, pour qu'elle luise aux yeux de tous. » Bien plus, l'empereur lui-même reçut un jour un de ces manuscrits, qui lui fut directement adressé. Surpris d'une telle audace, et ne voulant pas croire qu'elle fût possible, il fil écrire à Lucifer par Florentins, son maître des offices, pour savoir s'il était bien réellement l'auteur de l'envoi. Nous possédons encore cette étrange correspondance, dans laquelle le persécuteur semble reculer intimidé devant la victime.
« Florenlius, mu lire des offices, au très-excellent seigneur Lucifer :
«i Quelqu'un est venu offrir en votre nom un manuscrit à noire Seigneur et Auguste; et celui-ci a désiré qu'il fût renvoyé à Votre Sainteté, et veut savoir si c'est bien vous qui l'avez adressé. Répondez donc ce qui e^l vrai, et renvoyez le manuscrit, afin qu'on puisse l'offrir de nouveau à son Éternité. »
Lucifer répond sans hésiter :
« Mon fils très-cher, votre lettre très-honorée me fait savoir qu'un homme a remis en mon nom, à l'empereur, un manuscrit qu'il dit avoir été adressé par mon humilité. Votre religieuse Prudence saura que j'ai examiné avec soin ce manuscrit , et que je le remets , pour
vous êlre rendu, à Bonose , l'agent d'affaires. Et maintenant Votre Générosité voudra bien dire à l'empereur que je le reconnais pour mien sans difficulté. Et quand l'empereur aura commencé de réfléchir aux raisons qui m'ont décidé à discuter de cette sorte , il verra que nous sommes décidés à souffrir la mort qu'on nous prépare \ »
C'était autour de Constance môme, et aux portes de son palais, que celte forte organisation de l'Église se jouait de sa colère et bravait sa puissance. Avec quelque dureté qu'il eût sévi , il n'avait pu bannir tous les évoques d'Occident, et ceux qui restaient sur leurs sièges, même au prix de quelque complaisance extérieure, conservaient pour Athanase un penchant secret, et pour la foi de Nicée un profond attachement. Dans les diocèses où on avait installé de force des évêques intrus, les populations en masse refusaient de communiquer avec eux. Le diacre Félix, créé évêquede Rome en place de Libère, restait seul dans son église, abandonné de son troupeau et d'une grande partie de son clergé , bien qu'il protestât très -hautement qu'il était fidèle à la foi de Nicée *. Zosime, établi à Naples, aux mêmes conditions, n'y recevait pas un meilleur accueil , et un mal très-grave qui le frappa peu après, fut considéré par tout le monde comme une justice de Dieu 3. Plus on
1. Ces lettres se trouvent à la fin des œuvres de Lucifer de CagUari. a. Rufin, — Soz., iv, 11. — Soc., n, 37. — Tliéod., n, 16. 8. Marcellini et Fatustioi, Libellus precum, p. 55. — Ilist. eccl.
LA PERSÉCUTION ARIENNE. 35j
s'éloignait d'Italie, du côté de l'Occident, plus la résistance était prononcée. Le vieil Osius, bien que déjà affaibli par l'âge, et assailli chaque jour d'instances et de menaces qui ébranlaient son intelligence obscurcie , tenait encore réunis autour de lui les évéques d'Espagne Enfin , en Gaule, un athlète plus jeune venait de se lever tout à coup du sein du paganisme, et consacrait à la foi du Verbe une ardeur mûrie par la réflexion etrélude. C elait Hilaire, noble de Poitiers, récemment converti à la foi chrétienne, puis promu à l'épiscopat de sa ville natale, après une jeunesse passée dans la culture des lettres et dans les jouissances honnêtes de la vie du monde 2.
Hilaire était animé pour la divinité du Verbe d'une sorte de passion, née de Ja reconnaissance personnelle ; car il devait à celte croyance ineffable le repos d'une intelligence longtemps agitée par les doutes d'une philosophie curieuse. Il nous a enseigné lui-même dans ses écrits toutes les étapes de la voie laborieuse qui lavait conduit à ce terme suprême de la foi , et il explique par