A mm. Marc, xxu
8. Liban., Or. 10, p. «71. — Jui., ad Ath»n.t p. MO. — Soi., v, t, î — Amm. Marc, xvi, 2
JILIL.N LN GAULE.
Barbares avaient mis le siège. Quand il y arriva, le 24 de ce mois, les Barbares avaient disparu et la ville était libre. Le seul bruit de son approche, en effet, avait rendu le courage aux vétérans qui défendaient la cité, et plusieurs sorties heureuses avaient fait reculer les troupes assiégeantes qui s'éloignaient par la route d'Auxerrc. Julien n'hésita pas h se mettre à leur poursuite. Deux routes pouvaient ô^re suivies pour les atteindre : la grande voie romaine qui passait par Sidoleucum et Cora (Saulieu et Saint-Moré, le long de l'Yonne), et un chemin de traverse qui coupait au plus court en s'enfonçant dans les bois. Julien choisit sans balancer la voie la plus rapide et la plus périlleuse. Accompagné de deux corps de cavalerie et d'infanterie légère, il traversa la forêt et se trouva à Auxerre au moment où l'ennemi sortait de celte ville pour se diriger sur Troyes (Tricassini). Après quelques instants de repos, la poursuite fut reprise. Entre Auxerre et Troyes on atteignit enfin les Barbares, et Julien se vit même environné par eux de toutes parts. Un combat engagé dans un lieu habilement choisi lui permit de frapper un grand coup sur une de leurs bandes isolées, qu'il fit captive presque tout entière. Le reste de la troupe, très-effrayé, continua son mouvement rétrograde, et Julien, ne se souciant pas de commettre son petit corps d'armée avec une foule désordonnée, laissa à dessein les fugitifs s'échapper. Tous ces mouvements avaient été accomplis pourtant avec tant de célérité, que quand
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il arriva aux portes de Troyes, les gens de la ville, distinguant mal la masse d'hommes qui s'avançait, ne pouvaient croire que ce fussent les troupes romaines t;t hésitaient à ouvrir leurs portes \
L'audace qui, dans cette première attaque, lui avait réussi, faillit le perdre quelques jours après. De Troyes il se rendit à Reims pour faire sa jonction avec le gros de l'armée de Gaule qui était sous le commandement de Marcellus, successeur d'Urficin. Confiant dans cet accroissement de ses troupes, il reprit avec un nouvel élan sa poursuite ; et, malgré les avertissements de son conseil, il s'engagea , pour atteindre un parti d 'Alamans, dans le pays qui s'étend entre la Sarre et la Moselle, aux environs de Decempagi (aujourd'hui Dieuze). Un brouillard s'éleva autour de lui dans cette région marécageuse et le couvrit d'une ombre si épaisse, qu'au moment où il s'y attendait le moins il se trouva complètement tourné par les Barbares, qui attaquaient déjà son arrière-garde. Deux légions eussent été ainsi entièrement détruites si, au bruit de la mêlée, un corps d'auxiliaires, probablement germains, ne fût accouru et ne les eût dégagées. Cet accident acheva l'éducation militaire de Julien. Il était audacieux , il devint prudent -9 il cherchait le combat, il apprit à craindre les embûches. S'avançant dès
1. Amm. Marc., xvi, *. — Le chemin suivi par Julien entre Autan et Auxerre n'est indiqué que par ces mots inachevés: Per arbor... qu'on ne sait comment interpréter. (Voir le commentaire sur Ammien.de Henri Valois, dans l'excellente édition de Wagner, Leipzig 1808, t. u, p. 178; et Katauich, Orbis antiquus ex tabula itirtrraya, t. i, p. 103.)
lors avec plus de circonspection, mais non avec moins de courage, en peu de mois il eut poussé devant lui les Barbares jusqu'à Strasbourg ; et de là, descendant le cours du Rhin, il put rétablir successivement la puissance romaine à Coblenlz , puis enfin à Cologne. Une seule bataille, livrée dans une plaine d'Alsace, décida la fortune. Un des rois francs demanda la paix; les fortifications de Cologne furent réparées; puis Julien n'osant ni se fier à ces traités, ni passer l'hiver sur une frontière encore si dégarnie de troupes, eut le temps de traverser de nouveau la moitié de la Gaule et de venir dans un lieu plus sûr, aux environs de Sens , non pas jouir de ses victoires, mais en préparer de nouvelles f.
Pendant les derniers jours de cette heureuse campagne, un incident assez singulier fit le sujet des conversations de l'armée. On distribuait un matin aux soldats, sous les veux du César lui-même, la solde extraordinaire de campagne, et chacun venait à l'appel pour la recevoir. On appela à son tour Martin, fils de vétéran , et à ce nom on vit sortir des rangs un tout jeune homme , de bonne mine, qui, au lieu de s'approcher du payeur, marcha droit au prince et lui dit : « César, jusqu'aujourd'hui j'ai servi pour vous : souffrez que désormais je serve Dieu. Que celui qui veut porter les armes prenne votre solde : pour moi, je ne veux plus être soldat que du Christ, et les combats ne me sont plus permis. » A cette demande inattendue,
i. 4mm. Marc, loc. cit. — Liban., Or. 10, p. 271, 272.
suivie de cette profession de foi qui ne lui plaisait guère, Julien fronça les sourcils, d'assez mauvaise humeur : « Quel est le lâche, dit-il, qui veut se retirer la veille d'un combat? » — « Si Ton prend ma foi pour de la peur, reprit le jeune cavalier sans se troubler, qu'on me mctle demain sans armes devant les rangs, et au nom du Seigneur Jésus, et avec le signe de la croix pour toute défense, je saurai traverser les bataillons ennemis. » Soit qu'il voulût ou non accepter l'épreuve, Julien fit toujours , en attendant, mettre l'importun pétitionnaire aux arrêts. Puis le hasard fit qu'il n'y eut plus de combat, les Barbares ayant demandé la paix dès le lendemain. Alors, si Julien voulut examiner les états de service du jeune homme, il put apprendre qu'il était originaire de Pannonie ; qu'on l'avait enrôlé de force cinq ans auparavant, à peine âgé de seize ans, en vertu de la loi qui obligeait les fils de vétérans à embrasser la carrière de leurs pères. On ne parlait dans la légion que de son inépuisable charité ; ses camarades l'aimaient vivement ; il distribuait aux pauvres ce qui ne lui était pas strictement nécessaire pour subsister, et ce nécessaire était peu de chose, car sous l'uniforme il vivait avec l'auslérité d'un moine. On racontait de lui, entre auti*es choses, un Irait touchant. Un jour, par un grand froid, il avait rencontré sur sa route un pauvre à moitié nu : lui-même était fort mal couvert, ne portant d'autre vêtement que le simple manteau militaire; et n'ayant fTnWleurs mn nrgom sur lui, il n'avait rien imagine fle
mieux que de partager son manteau par la moitié avec son épée, et d'en donner une partie au mendiant. Puis il était rentré au camp dans cet accoutrement bizarre, au milieu des plaisanteries de ses camarades. Mais , ajoutaient les soldats chrétiens, dans la nuit, le Christ lui était apparu couvert du lambeau qu'il avait donné au pauvre , en disant : <c C'est Martin qui m'a vêtu de la sorte. » Depuis lors il n'avait plus songé qu'à quitter le camp pour se rendre auprès de l'évéque Ililaire de Poitiers, dont la renommée croissante l'attirait. Rien de tout cela, sans doute, ne touchait beaucoup Julien ; mais Martin était dans son droit, son temps de service était fini. On le laissa partir sans autre observation, et bientôt personne ne pensa plus à lui
Malgré l'enthousiasme qu'excitaient dans l'armée les succès inattendus de la première campagne, personne mieux que le jeune César ne sentait combien ils étaient incomplets. « Les affaires allaient mal la première année » , écrivait-il lui-même plus tard : il avait raison. Les Barbares n'étaient nullement découragés. Des transfuges, partis probablement des rangs des troupes auxiliaires, les informaient régulièrement de tout ce qui se passait dans le camp romain. Ils apprirent ainsi que, pour subvenir à la subsistance de l'armée sans trop fouler des populations déjà épuisées par l'invasion, Julien avait disséminé ses troupes à d'assez grandes distances autour de Sens. Ils surent même en par-
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ticulicr que les deux corps qui portaient les noms de Scutarii et de Gcntilcs, les meilleurs dont Julien pût disposer, n'étaient point avec lui en garnison dans la ville. Profilant de cet avertissement, ils prirent subitement les armes au milieu de l'hiver, et on les vit arriver devant Sens, au moment qu'on s'y attendait le moins. A peine eut-on le temps de fermer les portes et de mettre les murailles en défense. Julien, surpris, ne perdit pas pourtant courage: il ne s'agissait, après tout, que de tenir quelques jours, car on ne pouvait douter que le mailrc de la cavalerie, Marccllus, campé à peu de distance, n'accourût à la première nouvelle du péril qui menaçait une personne impériale. Fortifiant le mieux qu'il put la muraille intérieure, Julien rangea sa petite troupe en armes sur le rempart, ci enprit lui-même le commandement. Plusieurs nuits, plusieurs jours s'écoulèrent dans une attente infructueuse. Marccllus n'arrivait pas. La troupe tombait de fatigue et de sommeil; Julien se promenait sur le rempart avec rage et regardait en grinçant des dents la plaine, très-irrilé de ne voir rien paraître. Aucun retard ne put pourtant le déterminer à céder la place, et trente jours se passèrent ainsi, au bout desquels les Barbares, fatigués eux-mêmes, et ne trouvant plus de quoi se nourrir, s'en allèrent comme ils étaient venus
C'était alors à Marccllus d'expliquer sa coupable inaction. Julien le cila à comparaître; mais l'offi-