Voir le volume précédent, p. 371 et sniv
î. Le ton général de ce discours est païen et philosophique : il n'y a pas un mot qui indique une croyance chrétienne. Dans un endroit même, l'auteur se sert à plusieurs reprises du mot « les Dieux » ( Or. a, p. 159). Cette singularité a justement étonné les éditeurs. Comment
chrétien. Mais l'esprit général n'a pu ùlre altéré. C'est une suite de citations classiques, entrecoupées d'aphorismcs philosophiques, tout empreints des souvenirs de Platon et des interprétations de l'école d'Alexandrie. Libanius n'eût fait ni mieux, ni même aussi bien ; mais en fait de basses flatteries, l'élève ne reste pas non plus au-dessous du maître. Constance a la valeur d'Ajax, mais n'a pas sa violence ; il n'a pas fui, comme Hector, devant Achille; son éloquence est plus heureuse que celle de Nestor et d'Ulysse, car elle a apaisé une guerre civile, et les orateurs grecs n'ont pu empêcher leurs princes de se quereller. Suivent les récits obligés des exploits de Nisibe et de Murse , et pas un mot ne fait soupçonner que Constance était absent à la première de ces affaires, et se cachait à la seconde. Vient enfin un tableau d'un bon prince, d'un prince coura-
Constancc pouvail-il se laisser dire par son subordonné, qu'il était un serviteur des Dieux (cùx <5>.:p>pc; ôtpa^iîa; 8t«v), et cela l'année même où il rédigeait des lois contre le paganisme et où il faisait enlever la statue de la Victoire du sénat? — Les commentateurs Spanbeim , Pétau, et plus récemment M. Desjardins, inclinent à penser que Julien retoucha ce discours plus tard, pour le faire figurer dans ses œuvres. Mais cette conjecture elle-même n'est pas sans difficulté. Comment croire que Julien, une fois empereur, c'est-à-dire quand il ne se gênait pas pour accabler d'invectives la mémoire de son prédécesseur, ait r>ris plaisir à retoucher un panégyrique qui devait lui rappeler des temps d'humiliation et de bassesse ? — Nous avouons n'avoir pas de réponse satisfaisante à cette question. Peut-être cependant, dans l'habitude des écoles, l'éloge du souverain régnant était-il une chose tellement de style, une affaire tellement de convention, que Julien n'éprouvait vis-à-vis de ses conseillers habituels, les rhéteurs, accoutumés à ce genre d'exercices, et en connaissant les conditions, aucun embarras do l'excès de flatterie auquel il était descendu.
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geux dans l'adversité et clément dans la victoire, et Constance est encore prié de se reconnaître dans ce tableau si ressemblant f.
Un accent plus vrai se fait entendre dans l'éloge d'Eusébie. Il y a de la grâce et du sentiment dans ce début. « Je m'étonnerais, en vérité, si nous, qui lonons si volontiers les hommes de bien, nous regardions comme indignes de louanges les vertus des femmes, qui ne sont pas moindres que celles des hommes. Nous voulons qu'une femme soit chaste, prudente, juste pour tous, courageuse dans le danger, magnanime, libérale. Nous exigeons d'elle, en un mot, toutes les vertus, et nous la privons de toute louange*, comme si nous craignions de paraître flatteurs. Mais Homère n'a pas rougi de louer Pénélope et l'épouse d'Alcinoiis... Nous ne rougissons pas de recevoir d'une femme un bienfait. Hésiteronsnous à lui en rendre grâce? Et si Ton dit qu'il est ridicule d'attendre quelque chose d'une femme, trouveronsnous donc que le sage Ulysse a manqué de courage, lorsqu'il est venu supplier la vierge royale qui jouait avec ses compagnes sur le rivage de la mer5? »
L'auteur s'attendrit tout à fait lorsqu'il vient à raconter l'inépuisable charité d'Eusébie et à vanter ses bontés pour lui-même. Il ne s'abandonne pourtant pas complètement à son émotion, car l'allusion aux malheurs qu'il a soufferts est toujours conçue dans un esprit de