‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 155 sur 297 · Jul., Or. 3, p. 19Î-Î · texte numérisé non relu

Jul., Or. 3, p. 19Î-Î

dissimulation prudente. « Dès mon enfance, dit-il1, l'empereur s'était montré pour moi très-humain et tout à fait amical. Il m'avait arraché à des périls dont un homme, même parvenu à l'âge viril, n'aurait pu se tirer sans la protection divine. Ma famille était comme abandonnée dans un désert, quand il m'enleva de la main des puissants qui me persécutaient, et me rendit ma première fortune ; et j'aurais encore à raconter bien d'autres bontés de lui , dignes d'une grande reconnaissance. Plein du souvenir de tels bienfaits, je lui portai toujours une fidèle affection. Mais je m'aperçus un jour, je ne sais pour quelle cause, qu'il était irrité contre moi. Alors EUsébie, remarquant ces soupçons qui ne reposaient sur aucun tort de ma part, l'engagea à ne pas admettre sans éxaroen ces fausses et injustes calomnies; et elle ne cessa point de le supplier jusqu'à ce qu'elle eût obtenu de lui que je parusse en sa présence et qu'il m'entendît? Quand elle me vit justifié, elle s'en réjouit avec moi et décida le prince à m'accorder une escorte sûre pour me ramener dans mon pays. Puis, la suite de mon mauvais sort, ou quelque autre accident, ayant empêché mon départ, elle me fit envoyer vers la Grèce..., sachant que je trouvais tout mon plaisir dans l'étude, et que ce lieu était favorable à l'éducation de l'esprit. Quelles grâces n'aije point rendues alors, d'abord à l'empereur, puis à elle , parce qu'ils avaient accordé, l'un et l'autre, à mon

i. Jul., Or. 3, p. 219 et suiv.

vif désir le bonheur de voir ma véritable patrie? » À. ce mot de Grèce, l'imagination de l'écolier s'enflamme. « La Grèce, dit— îl f ar une gracieuse comparaison, est pour la philosophie ce que le Nil est pour TÉgypte. C'est un réservoir d'eaux vives que le soleil ne peut tarir. » Suit le récit do son élévation à l'empire» de sa surprise, de ses craintes, de son agitation, à la veille d'un si grand changement dans son existence. « Songeant à ces choses nuit et jour, continue-l-il, j'errais triste et sombre. Mais d'abord le noble et divin empereur, m'honorant par ses actes et ses paroles, m'enleva une part de mon souci. Puis il m'ordonna d'aller saluer l'impératrice : grand encouragement pour moif et grand témoignage de sa confiance. Lorsque je parus en présence d'Eusébie, il me sembla que j'entrais dans un sanctuaire et que je contemplais la statue de la Chasteté. Le respect saisit mon âme et mes yeux restèrent fixés vers la terre. Mais elle : «Rassure-toi, me dit-elle; tu as déjà reçu quelque chose de nous; tu recevras le reste de Dieu, pourvu que tu sois fidèle et juste envers nous. » Elle n'en dit pas davantage, se servant de peu de paroles, quoiqu'elle sache foire des discours qui ne le cède* raient point à ceux des meilleurs orateurs. Après cette entrevue, je restai frappé de surprise, comme si la Sagesse elle-même venait de me parler. Le son harmonieux de sa voix retentissait encore à mes oreilles. Youlez-vous que je vous dise ce qu'elle fit ensuite, et que je vous raconte en détail tous ses bienfaits?... combien de mes

amis éprouvèrent sa bonté, et l'alliance qu'elle ma fail contracter avec l'empereur? Peut-être voulez-vous aussi que je vous énumère ses riche? présents et, comme dit Homère :

« Sept trépieds qui n'ont point vu le feu , deux fois cinq talents d'or et vingt aiguières.

<( Mais je n'ai point de temps pour raconter de pareilles choses. Peut-être cependant faut-il que je vous parle d'un présent qui m'a comblé de joie plus que tout autre. Ce sont les livres des philosophes, des meilleurs historiens, des rhéteurs, des poètes, qu'elle m'a donnés, sachant que j'avais apporté peu de volumes avec moi, parce que j'avais le désir et l'espérance de retourner bientôt dans ma maison ; cl le nombre de ceux qu'elle m'a remis est si grand qu'il satisfait même ma soif de le : lire qui auparavant ne pouvait se rassasier. Grâce à elle, la Gaule, la Germanie, sont devenues pour moi comme un musée de livres grecs; et toutes les fois que j'ai quelque loisir, je saisis ce don précieux, et je ne puis oublier de qui je le tiens. Toutes les fois même que j3 pars en expédition, un de ces livres me suit, comme un compagnon de guerre1. »

L'empereur, comme on le voit, n'avait point à se troubler de ces éloges donnés à l'impératrice, dans lesquels on lui faisait si généreusement sa part. Une seule personne aurait pu se plaindre; c'était la pauvre Hélène, si froidement mentionnée par Julien an

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