‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 157 sur 297 · Jul., Or. S, p · texte numérisé non relu

Jul., Or. S, p

S. Amzn. JAzzZ^ twz. *JL

où Julien avait disposé de toutes parts des embuscades pour les accabler. Ils se trouvaient ainsi chassés du côté où Barbation devait les attendre; et, pour être plus sùr de les faire tomber dans les mains de ce général, Julien envoya sur leurs derrières un corps de cavalerie commandé par Bainobaude et Valentinien, tous deux tribuns, et le dernier destiné plus tard à une grande fortune. Ils avaient ordre de presser l'ennemi, l'épée dans les reins. Mais , au milieu de leur course, les deux officiers se trouvèrent arrêtés subitement par un tribun du corps des Scutaires , appartenant à l'armée de Barbation, qui vint leur interdire de passer outre, attendu que les Barbares étaient déjà hors de portée. En effet, bien que très -fortement posté sur le Rhin, où il avait établi un pont de bateaux , Barbation, par une négligence affectée, avait laissé passer l'ennemi sous ses yeux, et les Barbares s'acheminaient tout à leur aise vers la Germanie, en suivant les deux rives du fleuve , Victime une seconde fois de la trahison, et voyant s'échapper de ses mains la proie qu'il croyait tenir, Julien ne se découragea pas. Suivant de son côté, à marches forcées, une ligne parallèle à celle des Barbares, il les atteignit dans les campagnes qui s'étendent entre le Rhin et les Vosges. Leurs masses étaient considérables; ils avaient occupé toutes les (les du fleuve. Avertis de l'approche de l'armée romaine, ils fortifiaient, par de? nbntîs

\. àïtïhî. Marc., ffeiVt.

de grands chênes, l'entrée des défilés des montagnes. Cette barricade improvisée fut rapidement emportée; mais ce ne fut pas sans un grand effroi que les Romains aperçurent alors le vaste fleuve chargé de barques toutes pleines d'hommes, de femmes et d'enfants, et entendirent retentir de toutes parts des cris de fureur et de sauvages hurlements.

Pour attaquer toute cette foule qui se réfugiait dans les embarcations et dans les îles, Julien n'avait pas un navire à mettre à flot. Il envoya sur-le-champ ordre à Barbation de rompre le pont dont il avait fait si peu d'usage et de mettre à sa disposition les baleaux qui le composaient. Par une complication plus que suspecte, il se trouva que le feu avait pris au pont la veille, et que les bateaux étaient consumés. Tout se réunissait donc pour perdre Julien ; son audace fit tète à la fortune. Quelquemois échappés à des prisonniers lui firent supposer que, grâce h l'extrême sécheresse de la saison, le fleuve pourrait à la rigueur être guéablc. Il donna ordre de faire entrer dans l'eau un corps de troupes légères, et d'attaquer ainsi directement l'île principale, qui servait de retraite au gros de l'armée barbare. Les vélites auxiliaires sous la conduite de Bainobaudc, se risquèrent à l'aventure, et on vit ces braves, entrant sans sourciller dans le fleuve, ayant de l'eau jusqu'aux épaules, tantôt nageant, tantôt marchant, monter en quelque sorte à l'assaut de l'île. Ils firent un grand carnage sur la foule prise à l'improviste, et, détachant les nacelles qui étaient

amarrées à l'île, ils les ramenèrent au rivage, où elles purent servir à embarquer le reste de l'armée. Le massacre des Barbares culbutés dans le Rhin fut épouvantable. Une partie cependant put regagner l'autre rive et rentrer en désordre en Helvétie ' .

Ce n'était pas tout ce qu'avait rêvé Julien; c'était un résultat pourtant dont il crut devoir momentanément se contenter. Il se retira vers un établissement militaire nommé Tres-tabernœ (aujourd'hui Saverne), et se mit en devoir de constituer là une place de guerre bien fortifiée et régulièrement ravitaillée, qui pût tenir tête de ctî côté aux incursions de l'ennemi. Il voulait y former un approvisionnement de vingt jours de vivres, et complait, pour remplir ses greniers, sur un convoi qu'il attendait des provinces méridionales. Le convoi n'arriva pas; Barbation l'avait retenu au passage. Il fallut y suppléer en entrant en armes sur les terres cultivées par les Germains et en faisant main basse sur leurs moissons. L'irritation était grande dans les légions contre ces trahisons successives de Barbation , et on disait tout haut qu'il avait ordre de l'empereur d'entraîner le césar dans un piège et de l'y faire périr2.

Mais ce fut bien pis quand on apprit que l'arrièrogarde des Barbares, échappée des ondes du Rhin et re-

1. Amm. Marc., Ibid. — Liban., Or. 10, p. 272. Il y a fort peu *1o chose à tirer du récit emphatique et confus de Ubanius. Mais les principaux traits concordent avec la narration lumineuse d'Ammicu- Marcellin.

Page 1